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Cosmos 1999

Série de science-fiction britannique développée entre 1975 et 1977, Space 1999 (Cosmos 1999 dans sa version française) se compose de deux saisons de 24 épisodes chacun, d’une durée moyenne de 49 minutes. Son synopsis proposait au téléspectateur un ambitieux scénario d’anticipation spatiale. En 1999, l’exploration de l’espace poursuivant son développement exponentiel, la communauté internationale a uni ses forces pour construire une base lunaire permanente. La station, forte d’un personnel de 311 techniciens et ingénieurs, s’occupe aussi bien de la préparation d’expéditions spatiales que du stockage des déchets nucléaires terrestres. Le 13 septembre 1999, le nouveau commandant Koening prend ses fonctions à la tête de la base lunaire Alpha. Mais suite à un bombardement électromagnétique intense d’origine inconnue, les déchets accumulés dans les silos de stockage atteignent une masse critique et provoquent une explosion thermonucléaire massive. L’énergie libérée est telle que la Lune se retrouve propulsée hors de son orbite et devient un astre errant à travers la galaxie.

Sans espoir de retour sur Terre, le commandant Koening organise la survie de son équipage piégé sur la Lune. Les installations autonomes de la base Alpha leur permettent en théorie de supporter une période d’autarcie prolongée, mais les Alphans espèrent que leur longue odyssée à travers le cosmos s’achèvera par la découverte d’un nouveau monde colonisable. Le voyage se révèle aussi long que risqué. Durant son périple, la Lune croise de nombreux dangers, et chaque épisode relate les obstacles rencontrés par nos naufragés lunaires. La première saison se présente donc comme l’Odyssée futuriste des Alphans à travers l’espace : les planètes rencontrées sont étranges et mortelles pour l’homme, un trou noir menace de détruire la Lune, les fantômes du passé resurgissent et les premières rencontres avec des formes de vie intelligentes sont tout aussi déstabilisantes. De nombreuses façons, cette première saison évoque un voyage philosophique où la place de l’homme, nouveau venu dans l’univers, est constamment questionnée. Jusqu’au final de cette première série renouant avec les mythes de la panspermie et de l’Atlantide. « Que savons-nous de l’Homme ? » s’interroge le Pr. Victor Bergman dans le second épisode. La question reste posée tout le long de la première saison, alors que nos Alphans sont semblables à ces hommes de l’allégorie de la caverne de Platon et dont les chaînes auraient été brutalement brisées pour les rejeter à l’extérieur. Cette accession à la connaissance aussi bien qu’à la réalité de l’Univers que les scientifiques de la base Alpha ne connaissaient que de manière partielle et déformée constitue de toute évidence l’épine dorsale de la saison.

space1999

La réception de cette première saison est toutefois mitigée. Le public et les critiques peinent à s’immerger dans l’univers de la série, comme si le ressort à même de suspendre leur incrédulité était cassé. Le même échec se constate dans l’analyse d’Isaac Asimov à l’issue du visionnage du pilote de la série. Critiquant avant tout la pertinence scientifique de la production, il ne loue que certains détails dans la mise en scène, notamment les mouvements ralentis des acteurs lors de leurs sorties lunaires ou encore le design de la base et des vaisseaux « Eagle ». Ces critiques que des séries contemporaines telles que Star Trek ou Doctor Who ne s’attirent alors pourtant pas proviennent très probablement de la ressemblance esthétique de Space 1999 avec 2001 : l’Odyssée de l’Espace (1968). Le lien est d’autant plus fort que Brian Johnson, assistant dans l’équipe d’effets spéciaux de 2001, est en charge des effets spéciaux pour Space 1999. En dépit de la conclusion métaphysique particulièrement troublante de ce chef d’œuvre, Kubrick s’était attaché tout au long de la réalisation à conserver une esthétique et une mise en scène aussi scientifiquement réalistes que possible. Kubrick n’avait qu’une crainte : que son film soit accueilli comme une vulgaire œuvre de série B. A croire qu’en s’inspirant de l’esthétique du film de Kubrick, les producteurs Gerry et Sylvia Anderson sont tombés dans les travers que ce dernier tentait à tout prix d’éviter.

Mais le pire coup bas porté à la série devait venir avec la seconde saison de Cosmos 1999. En raison d’audiences plutôt médiocres aux États-Unis, les distributeurs de la série demandent aux producteurs de revoir leur copie avec la prochaine saison. Une nouvelle formule est proposée : chaque épisode se présente désormais selon le même schéma répétitif : une figure ennemie fait son apparition et menace d’anéantir la base Alpha. Nos héros combattent ce méchant et triomphent du danger avant de reprendre leur périple à travers l’espace. Les décors sont réduits, la superbe salle de commandement de la saison 1 est remplacée par un local exiguë. Le commandant Koening et le Dr. Russell restent des personnages centraux de la série, mais leur amour platonique doit apparaître au grand jour. Un nouveau personnage principal rentre en scène : Maya, une jeune alien métamorphe de la planète Psychon qui choisit dès le premier épisode de la série de trahir le parti de son père pour sauver les Alphans. Elle est en couple avec Tony Verdesch, chef de la sécurité de la base et nouveau personnage qui secondera désormais le commandant Koening. Le personnage de Maya présente bien des avantages : c’est une femme forte, scientifique émérite et dont le rôle dans la série est prépondérant. En supplément du Dr. Helena Russel, elle garantit un certain équilibre des genres et brise la distribution un peu trop machiste de la première saison. Hélas, Maya est un personnage fantastique, dont le pouvoir de transformation tranche avec le background de la base lunaire. La série s’ancre plus dans l’imaginaire du spectateur, mais perd en caractère philosophique. Les épisodes n’ont plus d’allégories aussi efficaces à proposer, et les scénarios se répètent. Martin Landau (Commandant John Koening) ne cache pas sa déception, tout comme beaucoup de fans de la première heure.

A bout de souffle, Space 1999 s’est transformée au terme de la seconde saison en une série B américaine tout à fait banale. Misant sur le personnage central de Maya, les producteurs envisagent une troisième saison de 13 épisodes, dont le tournage devait démarrer à l’automne 1997. Mais les négociations avec les chaînes américaines échouent, et la série est annulée. Un revival apparaît en 1999 avec « Message From Moonbase Alpha », un court-métrage amateur soutenu par Johnny Byrne (co-scénariste) et l’actrice Zienia Merton qui accepte de reprendre pour l’occasion son rôle de Sandra Benes (un des rôles secondaires les plus populaires auprès de fans). Ce mini-épisode se présente comme un message final transmis dans l’espoir que des humains parviennent un jour à le capter. On y apprend que les alphans ont enfin trouvé une nouvelle Terre et en ont fait leur foyer. Des années ont passé et Sandra, qui semble à la fois la dernière gardienne de la base Alpha et l’ultime représentante de l’équipe, adresse ses poignants adieux. Diffusé en convention, « Message From Moonbase Alpha » semble annoncer une résurgence de la série. Les projets échouent cependant, la franchise Space 1999 n’intéressant aucun producteur. Jusqu’en février 2012, lorsque ITV Studios America et HDFILMS annoncent leur projet d’un remake baptisé « Space : 2099″ . Sans nouvelles depuis. Mais dans le cœur de milliers de fans, la base Alpha continue encore ses aventures à travers l’espace infini …


Usoni

Après avoir plaidoyé sur ce blog en faveur d’une ouverture de notre paysage science-fictionnel au-delà des horizons habituels, il me semble pertinent de vous parler d’une série d’anticipation climatique kényane. Usoni, dont le premier épisode pilote a été réalisé en 2013, et qui attend depuis lors qu’un distributeur ou une chaîne de télévision lui donnent le coup de pouce nécessaire à son décollage, est un bel exemple de science-fiction africaine pertinente et innovante. Dans un futur proche, en 2062, le monde a connu des bouleversements climatiques sans précédents suite à l’éruption massive de plusieurs volcans européens. Le vieux continent vit désormais dans une pénombre quasi-permanente. L’agriculture s’effondre, les émeutes de la fin se multiplient, l’économie et les gouvernements vacillent. Seul espoir pour les migrants européens : gagner le continent africain, épargné par ce cataclysme et promis à un bel avenir. La série suit le parcours de deux immigrants clandestins, ayant eu recours à des passeurs à défaut de visa d’entrée sur le sol africain. Mais le voyage n’est pas sans dangers. Partis de Lampedusa, désormais point d’embarquement pour les clandestins européens, le jeune couple va devoir affronter une mer méditerranée déchaînée, doux prélude aux obstacles qui les attendent …

Usoni se révèle particulièrement brillant en raison de son renversement de situation : dans cette série, ce n’est plus l’Afrique mais l’Europe que les migrants tentent de fuir. Les points de vue sont inversés de manière à nous faire mieux comprendre, nous autres européens, la tragédie de ces migrants prêts à tout risquer pour rejoindre notre vieux continent. Autre facteur original transfiguré, un impact climatique naturel cette fois-ci, puisqu’il ne s’agit pas d’un bouleversement lié au réchauffement climatique anthropique mais d’une phase de refroidissement et d’assombrissement des cieux suite à l’émission massive de poussières volcaniques. Le scénario est loin d’être improbable : en effet, lorsque le volcan islandais Laki entra en éruption de juin 1783 à février 1784, l’Europe toute entière connut une vague de disette, de surmortalité par affections respiratoires et les affres d’un hiver particulièrement rigoureux. Au total, 160 000 personnes succombèrent en Europe des conséquences de l’éruption, et le phénomène fut longtemps considéré (peut-être à tort) comme un des facteurs de déstabilisation à l’origine de la révolution française. Autant dire que l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010 , même si elle fut fort heureusement bien moins catastrophique, a tout de même de quoi laisser songeur …

Quoi qu’il en soit, Usoni est un excellent exemple de science-fiction africaine proposant un éclairage nouveau d’un sujet international grave, tout en jouant avec intelligence sur des facteurs naturels habituellement peu mis en valeur par l’anticipation climatique. Une belle surprise, qui ne demande qu’à s’épanouir …

 


Premier épisode pour Star Wars Rebels

Vous n’avez certainement pas échappé aux publicités annonçant la nouvelle série d’animation 3D américaine dans l’univers Star Wars. Produite par Lucasfilm Animation et Walt Disney Television Animation, la série est diffusée depuis aujourd’hui sur Disney XD avec en bonus la mise en ligne gratuite sur leur chaîne youtube dédiée du premier épisode pilote. Beaucoup d’appréhension circulait autour de cet épisode pilote, long de 45 minutes (les 16 suivants ne feront que 22 minutes) et censé inaugurer en grande pompe les nouveaux « canons » de la licence. Sortant de son visionnage, je dois dire que je craignais également beaucoup de ce moyen-métrage d’ouverture, baptisé énigmatiquement « Prémices d’une Rébellion ». Et comme première réaction à chaud, il me faut bien reconnaître que le résultat est plutôt satisfaisant.

Se déroulant durant la sombre période séparant l’épisode III de l’épisode IV, Star Wars Rebels débute 14 ans après la chute du Temple Jedi et l’ascension de l’Empire galactique. Les mondes impériaux tremblent sous l’autorité des forces impériales, promptes à faire régner l’ordre par la terreur et la violence. Nous rencontrons Ezra Bridger, un adolescent orphelin qui tente de survivre sur Lothal, son monde d’origine. Alors que le garçon prépare un larcin contre la garnison impériale locale, il tombe sur Kanan Jarrus et sa bande de rebelles. Les circonstances évoluent très vite pour le jeune voleur Ezra, d’abord en compétition avec les rebelles avant de lentement embrasser leur cause. Il rencontre à bord de leur vaisseau spatial, le « Ghost », les autres membres de l’équipe : la pilote Twi’lek Hera Syndulla, la Mandolarienne Sabine Wren, l’alien Zeb Orrelios et le droïde C1-1OP « Chopper ». D’aventures en péripéties, Kanan Jarrus se révèle être un ancien padawan ayant survécu à l’Ordre 66 …

Comme déjà révélé par les nombreuses actualités autour de cette nouvelle série d’animation, Star Wars Rebels met en scène une équipe disparate formant une même famille de cœur face à l’oppression de l’Empire galactique. Le statut de Jedi de Kanan Jarrus avait déjà été hélas largement spoilé. Aussi serait-il dommage, si vous voulez préserver au maximum votre suspens, de poursuivre l’inventaire des rôles attribués à chaque personnage durant cet épisode pilote. Notons cependant que le fonctionnement de l’équipage n’est pas sans rappeler celui d’un groupe de MMORPG, à la manière d’un Star Wars The Old Republic projeté dans l’époque de l’Empire galactique. Il est d’ailleurs assez surprenant de croiser une chasseuse de primes aux-côtés d’un Jedi, mais laissons le scénario nous surprendre sur ce point. Côté trame générale, nous retrouvons cependant la classique formule de l’expérience initiatique du jeune adolescent partant aussi bien à l’aventure qu’à la découverte de lui-même. Immanquablement, les jeunes spectateurs s’identifieront au personnage central d’Ezra Bridger. Quant au reste de l’équipage, nous avons affaire à de fortes personnalités, aussi bien masculines que féminines, promettant tout autant un fort potentiel d’attachement vis-à-vis du public ciblé. De ce côté-là, c’est déjà un sans fautes, et l’on sent poindre les inévitables produits dérivés d’ici la fin de l’année.

Seul bémol, l’intrigue dévoile dès la fin de ce pilote les principaux adversaires que notre équipe devra affronter, coupant court sur ce plan à tout suspens. Comme attendu, deux grands adversaires pourchasseront nos héros, en la personne d’un agent impérial et d’un inquisiteur Sith. Reste à savoir si ces révélations prématurées ne font que poser un cadre pour les épisodes à venir, et si d’autres objectifs qu’une interminable course-poursuite viendront pimenter les prévisibles développements attendus. En attendant d’en découvrir plus, Star Wars Rebels se présente donc comme un très bon divertissement familial. Gageons que cette nouvelle série jeunesse saura donner l’envie à nos chères petits têtes blondes d’explorer à leur tout la galaxie Star Wars, tout en offrant un agréable moment à leurs parents et aînés.

 

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Une compétition télévisée pour conquérir la Lune

Il faut croire que le projet Mars One a fait des émules. Seulement cette fois-ci, l’objectif est bien plus modeste. Il n’est plus question d’envoyer des colons pour un aller simple sur la planète rouge, mais d’attendre le premier la surface de la Lune avec une soude robotisée. La compétition, baptisée Google Lunar X Prize, permettra au gagnant d’empocher la somme de 30 millions de dollars. En avril dernier, les chaînes de télévision Science Channel et Discovery Channel ont annoncé qu’elles couvriraient la compétition, des premiers essais techniques jusqu’à l’alunissage du robot vainqueur. Le challenge comprendra non seulement le premier alunissage couvert par la télévision depuis le programme Apollo, mais sera également comme le second projet actuel de divertissement TV ayant pour cadre la conquête de l’espace.

Conquérir la Lune ne fait plus vraiment rêver le grand public. Et pourtant, concevoir une mission lunaire, qu’elle soit habitée ou non, représente un véritable défi scientifique, technologique et humain. De plus, la dernière retransmission d’un alunissage datant de près d’un demi-siècle, peu de téléspectateurs actuels peuvent se venter d’avoir assisté au dernier événement de ce genre. Pour Robert K. Weiss, président du Google Lunar X Prize, le défi n’est donc pas seulement technique. Il s’agit aussi de montrer aux téléspectateurs un spectaculaire projet spatial à même d’inspirer des vocations scientifiques auprès des plus jeunes tout en ravivant la curiosité de leurs aînés. La forme du programme télévisé, si elle n’a pas encore été révélée, pourrait être une émission de TV-réalité montrant les progrès réalisés par chaque équipe concurrente jusqu’à l’alunissage final. Il y a déjà de quoi se réjouir d’un tel programme, qui a contrario des habituels Nabilla et autres « Anges de la téléréalité » , aura l’avantage de vulgariser les sciences et l’intelligence humaine auprès des téléspectateurs.

Actuellement, 33 équipes et firmes se sont déjà engagées dans la compétition, dont les compétiteurs américains Astrobotic, Moon Express, Omega Envoy et le Penn State Lunar Lion. Toutes sont financées par des fonds privés. Afin de remporter les 30 millions de dollars mis en jeu, l’équipe gagnante devra faire alunir sa sonde robotisée en premier et lui faire parcourir cinq cent mètres minimum sur la surface lunaire. Le robot devra également retransmettre des vidéos, des images et des données utiles, sans que la durée de vie de la sonde ou le type d’expériences réalisées ne rentre plus spécifiquement dans les critères du jury. Cependant tout ne sera pas perdu pour les autres groupes, puisque des primes bonus allant jusqu’à un million de dollars récompenseront les meilleures innovations techniques. Des exemples ? Les trois alunissages les plus élégants remporteront le bonus d’un million de dollars, et les quatre caméra embarquées les plus innovantes permettront d’empocher 250,000 dollars à leurs équipes.

Gageons que genre de compétition inspirera certainement bon nombre d’étudiants et d’ingénieurs. Vu qu’il ne reste plus que 18 mois pour se lancer dans la course, il ne semble guère possible de vous lancer à votre tour dans la course. Mais pourquoi pas en organiser d’autres, avec encore plus d’objectifs originaux ? Comme par exemple un concours pour lancer des satellites environnementaux avec un bonus pour les projets réussis à plus faibles impacts carbone ; inventer des nano-satellites scientifiques innovants avec des bonus suivant les coups de cœur du jury pour les programmes d’étude ; ou encore concevoir des sondes d’exploration vers d’autres planètes du système solaire ? Non seulement l’idée est motivante, mais elle permettrait de faire aimer la science auprès du plus jeune public. Espérons cependant qu’à l’inverse, nous n’aurons jamais droit à un « Cauchemar au centre spatial » avec un Philippe Etchebest jouant les gros durs dans les coulisses techniques de Kourou. Quoique, dans un sens, cela pourrait être amusant !

 

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Running Man – Paul Michael Glaser (1987)

running_manNous sommes en 2017. Suite à l’effondrement de l’économie mondiale et à la raréfaction des ressources premières, les grande majorité de la population vit dans la pauvreté et le rationnement. Des états policiers se substituent aux démocraties du siècle passé. Ben Richards (Arnold Schwarzenegger), un officier de police de Los Angeles, désobéit aux ordres en refusant de tirer à bout portant sur des manifestants non armés. Arrêté et envoyé dans un camp de travail, il parvient à organiser son évasion. Mais le voilà capturé. Accusé d’un massacre de manifestants qu’il n’a pas commis, il est incorporé de force dans l’émission de télévision The Running Man. Ce concept de télé-réalité co-produit par le gouvernement est une retranscription moderne des combats de gladiateurs. Les condamnés à mort se voient offrir une chance de rédemption s’ils parviennent à triompher dans l’arène face à d’impitoyables traqueurs. Le spectacle est bien entendu truqué, le « running man » n’ayant aucune chance de s’en sortir. Ben Richards va pourtant relever le défi, espérant que lui et ses coéquipiers puissent trouver un moyen de survivre et de révéler la supercherie devant les caméras du monde entier…

Inspiré du livre éponyme de Richard Bachman (pseudonyme de Stephen King), Running Man se présente comme un divertissement dystopique, où l’action tient le premier rôle devant la réflexion. Et pourtant, malgré son succès modéré en salles, ce film un peu oublié fut récompensé en 1988 d’un Saturn Award du meiller second rôle et nominé deux fois pour le Saturn Award du meilleur film et des meilleurs costumes. Son manque de popularité vient peut-être de son synopsis, proposé maintes fois auparavant. Impossible de ne pas comparer Running Man à Roller Ball ou Death Race 2000, deux prédécesseurs ayant déjà marié jeux de cirque télédiffusés et scénarios dystopiques. Même le roman de Stephen King recyclait une nouvelle de Robert Sheckley, « Le prix du Danger» (1958), elle-même portée à l’écran en 1983 par Yves Boisset. Rien de nouveau, donc, dans cette relecture de Paul Michel Glaser, si ce n’est les muscles bien huilés d’un Schwarzenegger en pleine gloire.

La critique de la télévision ne date pas de la fin des années 80, et le spectre de la télé-réalité n’a jamais cessé d’inspirer romanciers comme cinéastes. Dans Running Man, cette télé-réalité se veut ultra-violente et cathartique. L’émission-vedette sert à la fois de défouloir et de moyen de contrôle de la population mondiale. Du pain et des jeux pour le peuple affamé, qui vénère les « traqueurs » tels des gladiateurs de la Rome antique. Le « running man » y est conspué et soumis à une épreuve truquée, parodie de justice moralisée par la violence. Le peuple exulte face à ces meurtres gratuits et idolâtre l’image des bourreaux, sortes de rock-stars sur-vitaminées et bodybuildées. La violence du show télévisé ne parvient cependant pas à contenir totalement le peuple ; les émeutes de la faim sont courantes, comme le montre la première scène du film. La réussite du programme de télé-réalité « running man » est donc partielle. Sa chute entraînera-t-elle vraiment une destruction du gouvernement policier ? Voilà une question cruciale à laquelle le film ne répond hélas pas. En effet, une fois sa vengeance manichéenne accomplie, Ben Richards reçoit en récompense le baiser de la caricaturale héroïne, barbie latino décérébrée ne servant qu’à combler les brèches du scénario et à conclure le spectacle sur une chaste romance hollywoodienne. Sans grande surprise cependant, puisque tout du long, Running Man ne nous promettait rien de plus.

Film d’action au scénario dystopique manquant d’originalité, Running Man reste tout de même un bon divertissement. Si le jeu des acteurs, les dialogues homophobes censés rendre virils les protagonistes et les costumes kitsch ont indiscutablement pris un coup de vieux, il est à noter que contrairement à bon nombre de productions plus modernes comme Hunger Games, le film n’est ni mièvre, ni ennuyeux. La critique de cette société aliénée par le petit écran a le mérite d’esquisser quelques traits de réflexion intéressants, qui auraient très certainement gagné à être plus développés. Un défaut que l’on retrouve également dans le fameux Battle Royale, où l’ultra-violence prend définitivement le pas sur la critique sociale. Avé, téléspectateur. Ceux qui vont mourir pour l’audience te saluent.