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Running Man – Paul Michael Glaser (1987)

running_manNous sommes en 2017. Suite à l’effondrement de l’économie mondiale et à la raréfaction des ressources premières, les grande majorité de la population vit dans la pauvreté et le rationnement. Des états policiers se substituent aux démocraties du siècle passé. Ben Richards (Arnold Schwarzenegger), un officier de police de Los Angeles, désobéit aux ordres en refusant de tirer à bout portant sur des manifestants non armés. Arrêté et envoyé dans un camp de travail, il parvient à organiser son évasion. Mais le voilà capturé. Accusé d’un massacre de manifestants qu’il n’a pas commis, il est incorporé de force dans l’émission de télévision The Running Man. Ce concept de télé-réalité co-produit par le gouvernement est une retranscription moderne des combats de gladiateurs. Les condamnés à mort se voient offrir une chance de rédemption s’ils parviennent à triompher dans l’arène face à d’impitoyables traqueurs. Le spectacle est bien entendu truqué, le « running man » n’ayant aucune chance de s’en sortir. Ben Richards va pourtant relever le défi, espérant que lui et ses coéquipiers puissent trouver un moyen de survivre et de révéler la supercherie devant les caméras du monde entier…

Inspiré du livre éponyme de Richard Bachman (pseudonyme de Stephen King), Running Man se présente comme un divertissement dystopique, où l’action tient le premier rôle devant la réflexion. Et pourtant, malgré son succès modéré en salles, ce film un peu oublié fut récompensé en 1988 d’un Saturn Award du meiller second rôle et nominé deux fois pour le Saturn Award du meilleur film et des meilleurs costumes. Son manque de popularité vient peut-être de son synopsis, proposé maintes fois auparavant. Impossible de ne pas comparer Running Man à Roller Ball ou Death Race 2000, deux prédécesseurs ayant déjà marié jeux de cirque télédiffusés et scénarios dystopiques. Même le roman de Stephen King recyclait une nouvelle de Robert Sheckley, « Le prix du Danger» (1958), elle-même portée à l’écran en 1983 par Yves Boisset. Rien de nouveau, donc, dans cette relecture de Paul Michel Glaser, si ce n’est les muscles bien huilés d’un Schwarzenegger en pleine gloire.

La critique de la télévision ne date pas de la fin des années 80, et le spectre de la télé-réalité n’a jamais cessé d’inspirer romanciers comme cinéastes. Dans Running Man, cette télé-réalité se veut ultra-violente et cathartique. L’émission-vedette sert à la fois de défouloir et de moyen de contrôle de la population mondiale. Du pain et des jeux pour le peuple affamé, qui vénère les « traqueurs » tels des gladiateurs de la Rome antique. Le « running man » y est conspué et soumis à une épreuve truquée, parodie de justice moralisée par la violence. Le peuple exulte face à ces meurtres gratuits et idolâtre l’image des bourreaux, sortes de rock-stars sur-vitaminées et bodybuildées. La violence du show télévisé ne parvient cependant pas à contenir totalement le peuple ; les émeutes de la faim sont courantes, comme le montre la première scène du film. La réussite du programme de télé-réalité « running man » est donc partielle. Sa chute entraînera-t-elle vraiment une destruction du gouvernement policier ? Voilà une question cruciale à laquelle le film ne répond hélas pas. En effet, une fois sa vengeance manichéenne accomplie, Ben Richards reçoit en récompense le baiser de la caricaturale héroïne, barbie latino décérébrée ne servant qu’à combler les brèches du scénario et à conclure le spectacle sur une chaste romance hollywoodienne. Sans grande surprise cependant, puisque tout du long, Running Man ne nous promettait rien de plus.

Film d’action au scénario dystopique manquant d’originalité, Running Man reste tout de même un bon divertissement. Si le jeu des acteurs, les dialogues homophobes censés rendre virils les protagonistes et les costumes kitsch ont indiscutablement pris un coup de vieux, il est à noter que contrairement à bon nombre de productions plus modernes comme Hunger Games, le film n’est ni mièvre, ni ennuyeux. La critique de cette société aliénée par le petit écran a le mérite d’esquisser quelques traits de réflexion intéressants, qui auraient très certainement gagné à être plus développés. Un défaut que l’on retrouve également dans le fameux Battle Royale, où l’ultra-violence prend définitivement le pas sur la critique sociale. Avé, téléspectateur. Ceux qui vont mourir pour l’audience te saluent.


Du fond du labo #6

Elle vous a manqué, la revoilà. Votre rubrique de brèves actualités scientifiques émise depuis le fond du labo est de retour ! Au programme de ce sixième épisode, Hawking et les trous noir, le zéro absolu, l’évolution réinventée en éprouvette et une émission TV à ne pas rater.

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Stephen Hawking remet-il en cause l’existence des trous noirs ? Cette annonce fracassante a fait le tour des réseaux sociaux et sites d’information, plaçant une fois de plus le célèbre physicien au centre des projecteurs médiatiques. Mais contrairement au fameux jumeaux du paysage audiovisuel français, Hawking n’est pas un simple agitateur du buzz. Aussi le court article qu’il a déposé sur la plate-forme arxiv le 22 janvier dernier n’est pas le pavé jeté dans la mare que nous décrit la presse internet. Au contraire, Hawking y livre ses dernières réflexions sur la théorie des trous noirs, bien loin de remettre en cause l’existence de ces phénomènes astrophysiques. Il propose plutôt une autre interprétation de l’horizon des événements, cette région de l’espace-temps correspondant à la surface d’un trou noir et constituant un point de non-retour au-delà duquel rien ne peut sortir, ni matière, ni énergie. Hawking propose d’abandonner ce caractère destructeur de l’horizon d’un trou noir, estimant que cette région ne fait que piéger temporairement la lumière et la matière. Pour Hawking, un trou noir serait une sorte d’état lié du champ de gravitation, turbulent et chaotique. Si la proposition d’Hawking laisse certains physiciens dubitatifs, elle pourrait cependant venir en aide à la théorie des cordes, et notamment l’hypothèse du physicien Samir Mathur qui envisage les trous noir comme des « pelotes de cordes ». Dans ce modèle, l’essentiel de la théorie standard des trous noirs serait toujours valable, mais les propositions récentes d’Hawking seraient également vérifiées. Encore une passionnante énigme posée à la physique du XXIème siècle. A lire sur Futura-Sciences.

Les températures thermodynamiques négatives n’existeraient pas. Du moins, c’est ce que prétendent Jörn Dunkel, mathématicien du MIT, et Stefan Hilbert, membre du Max Planck Institute for Astrophysics. Et ce malgré les travaux des Prix Nobel de physique Edward Purcell et Norman Ramsey au début des années 1950. Depuis lors, le débat restait animé, certains physiciens pensant interpréter les systèmes thermodynamiques en-dessous de ce zéro absolu (-273,15°C) comme soumis à des supra-rendements, voire même au tendancieux concept de mouvement perpétuel à l’échelle quantique. Dunkel et Hilbert couperaient donc court à ces spéculations. Leur article, paru dans la revue Nature Physics, revient sur une méthode de dénombrement des nombres d’états microscopiques d’un système thermodynamique. Cette méthode n’a cependant rien de novateur ou d’inédit, puisqu’elle fut proposée par le célèbre physicien Gibbs en personne et oubliée depuis lors. Elle permet de retrouver des interprétations similaires aux prédictions de la physique statistique à ces échelles microscopiques, mais sans jamais obtenir de températures thermodynamiques négatives. Ces dernières seraient un artefact d’une mauvaise définition de l’entropie par Boltzmann en mécanique statistique. Si leur interprétation est correcte, il faudra donc corriger certains modèles théoriques mais également une partie de nos enseignements en thermodynamique et physique statistique. A lire sur Science.

Peut-on réinventer l’évolution moléculaire en laboratoire ? Un des thèmes de recherche mené par les biologistes moléculaires consiste à comprendre comment des reconnaissances aussi étroites ont pu s’établir entre biomolécules au fil du temps. Ce dilemme, difficilement expliqué par les théories chimiques, a peut-être été résolu en mimant in vitro ce processus darwinien. Pour cela, les chercheurs de l’Université de Floride ont eu recours au processus SELEX (Systematic Evolution of Ligands by Exponential Enrichment). Cette méthode expérimentale permet de sélectionner à partir d’une banque aléatoire d’ADN ou d’ARN les séquences reconnaissant le mieux une molécule-cible précise. Dans cette méthode, la séquence génétique codée n’importe pas. Seule la capacité chimique de l’ADN ou l’ARN à s’associer par liaison faible avec un ligand spécifique est retenue. Mais nos chercheurs sont allés encore plus loin : s’associant avec la Foundation for Applied Molecular Evolution, ils ont eu recours à une méthode révolutionnaire, appelée AEGIS (Artificially Expanded Genetic Information System). Cette technique permet de concevoir des séquences d’ADN possédant non pas quatre mais jusqu’à 12 bases nucléiques différentes dans leurs séquences ! En combinant les méthodes SELEX-AEGIS, les chercheurs sont parvenus à sélectionner dans une banque d’ADN artificiels (AxN) à 6 acides nucléiques différents (dont deux nouvelles formes Z et P) une séquence (ou aptamère) reconnaissant spécifiquement une lignée de cellules cancéreuses. Le développement de banques aléatoires d’AxN ouvre de nouvelles perspectives quant à l’élaboration de nouveaux médicaments anticancéreux. Mais la méthode SELEX-AEGIS constitue également un fascinant outil d’étude in vitro de l’évolution moléculaire. La NASA s’est d’ailleurs montré intéressée par cette technique en exobiologie, qui permet d’envisager la conception in vitro de xéno-ADN et l’étude de leur évolution darwinienne dirigée. A lire sur PhysOrg.

Enfin, terminons sur une annonce des plus réjouissantes, puisque la célèbre émission de vulgarisation scientifique Cosmos (1978-80), initialement présentée par Carl Sagan, revient sous une nouvelle mouture. Cette fois-ci, l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson présentera le programme, rebaptisé pour l’occasion Cosmos: A Space-Time Odyssey. Le premier épisode sera diffusé le 9 mars prochain sur la Fox et la National Geographic Channel.

 


Mars One : rêve martien ou éternel appel du Nouveau Monde ?

Depuis l’annonce du projet Mars One, en 2012, plus de deux cent mille personnes ont candidaté afin de devenir des pionniers de la conquête martienne. La première sélection achevée, 1058 candidats venus de 140 pays différents ont été retenus. Parmi les heureux élus figurent des français, dont la chroniqueuse et blogueuse Florence Porcel. Prochaine étape, la sélection des profils physiques et psychologiques les plus adaptés à cette hypothétique colonisation de la planète Mars. De quoi laisser chacun sceptique ou rêveur, c’est selon. Beaucoup d’encre a déjà coulé à l’annonce du projet, notamment en raison de la vente des droits de diffusion de l’aventure sous forme de programmes de télé-réalité. Mais depuis, finie l’idée d’un loft martien. La copie a été sérieusement revue et le projet, bien qu’encore pharaonique, a quelque peu mûri. Un an et demi après mon précédent article sur Mars One, une nouvelle réflexion sur cette initiative privée me semble donc nécessaire.

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Alors que les candidats, dans l’attente de la seconde phase de sélection en 2014, jouent les ambassadeurs du projet de Bas Lansdorp dans les médias, de nombreuses ressurgissent. Si la faisabilité d’une telle entreprise reste encore incertaine, nous ne pouvons qu’apporter une seule réponse honnête quant aux questions morales soulevées par un tel projet. Quels que soient les moyens mis en œuvre, quelles que soient les chances de succès d’une telle aventure, si l’Homme est techniquement capable d’aller sur Mars, cela se fera un jour ou l’autre. Notre espèce, à l’origine nomade, n’a rien perdu de sa nature curieuse et de son besoin de nouveaux espaces. Ces désirs, qui s’expriment plus fortement chez certains individus que chez d’autres, ont toujours poussé aventuriers et pionniers à repousser les limites du monde connu. Aussi toute condamnation éthique ou morale de Mars One reste vaine, puisque de tout temps, il s’est toujours trouvé des individus mettant leur curiosité au-dessus de toute autre considération, dussent-ils jouer avec leur propres chances de survie.

Il n’est pas question dans ce plaidoyer de résignation face à une telle entreprise, mais de simple constat. Puisqu’il existera toujours des esprits en quête de nouveaux espaces, il ne reste plus qu’à répondre à cette demande. Traditionnellement, le secteur public était en charge de la conquête de l’espace. Mais désormais à court de budget et de volontés politiques décisives, la vision « Ad Astra » d’un avenir spatial s’est retrouvée remisée au placard. Les retards accumulés par la NASA ne font que confirmer cet état de fait. Désormais, le secteur privé devient un interlocuteur de poids dans le domaine de l’aérospatiale. Si l’exploration spatiale habitée venait à redécoller, fort est à parier que ce secteur d’activité en serait un des moteurs. Les progrès fulgurants de SpaceX, qui travaille actuellement sur la mise au point de vols spatiaux habités et dont le fondateur Elon Musk a déjà présenté un programme de colonies martiennes, crédibilisent un peu plus les rêves de Bas Lansdorp et du Prix Nobel Gerard ‘t Hooft. Le projet Mars One s’appuie d’ailleurs sur la firme américaine pour parvenir à ses fins. Ce scénario d’une colonisation privée de la planète Mars reste en définitive une aventure très « heinleinienne ». L’auteur américain de science-fiction Robert A. Heinlein avait déjà envisagé en 1950, dans sa nouvelle « L’Homme qui vendit la Lune », que l’initiative privée soit la première à décrocher la Lune. Dans sa nouvelle, l’entrepreneur D.D. Harriman rêve de fouler le sol de notre satellite naturel et d’y fonder la première cité humaine. Mais l’initiative intéresse peu les politiques, et l’état a enterré ses prétentions spatiales. Harriman cherche alors à réunir les capitaux nécessaires à son projet. Comment y arriver ? En rendant la Lune rentable, pardi ! Montant une spectaculaire opération marketing et financière, Harriman offre à chacun la possibilité de spéculer et d’investir sur des parts du gâteau lunaire. De la vente immobilière aux campagnes de publicité lunaire les plus ahurissantes, tout y passe. Et ça marche. Harriman devient la figure pionnière de L’Histoire du Futur de Robert Heinlein en ouvrant la porte de l’espace à toute l’Humanité. Le projet Mars One est-il si différent que cela ? Pas vraiment. Bas Lansdorp cherche lui aussi à faire vivre son rêve par le biais d’une initiative privée. Et pour financer son projet, il cherche aussi à vendre du rêve. Lansdorp ne propose pas de concessions immobilières martiennes, mais mise sur la vente de produits dérivés, la contribution de généreux donateurs, la mise en place de crowfunding et l’encaissement des revenus générés par l’exploitation audiovisuelle de l’aventure. Car contrairement à ce que le projet initial laissait entendre, il n’est pas question de créer un loft d’enfermement sur Mars, mais de chroniquer l’aventure sous forme de programmes de télé-réalité. Le business-plan de Mars One, consultable en ligne, compare d’ailleurs le budget de l’aventure (6 milliards de dollars) aux revenus générés par des événements mondiaux bien plus terre à terre comme les Jeux Olympiques. Reste à savoir si les deux événements sont comparables aussi bien dans les chiffres que dans la réalité, mais seule la mise à l’épreuve financière du projet martien nous le dira.

Si l’entreprise mise en place a tout d’une anticipation heinleinienne, la question de l’engagement des candidats dans ce voyage sans retour reste posée. Beaucoup de voix s’élèvent à ce sujet, et la discussion se justifie amplement. Bien entendu, étant donné que les candidats sont tous volontaires et que les colons retenus seront, selon la formule consacré, « sains d’esprit et de corps », on ne peut qu’être persuadés que ces pionniers quitteront le sol terrestre en âme et conscience. Etant donné que le projet est privé et que les individus sont conscients des risques encourus, leurs choix n’engagent que leur propre liberté et ne nuisent à personne. En cela l’aventure Mars One ressemble beaucoup à une entreprise libertarienne, la rapprochant encore plus de la pensée heinleinienne. Pour leur assurer un maximum de chances de survie et remplir les missions d’exploration scientifique qui leur seront attribuées, les pionniers devront avoir suivi un entraînement théorique, technique et pratique des plus intensifs (à partir de 2015). Hors de question d’envoyer en 2022 des candidats qui n’aurait fait qu’assurer le show sur les plateaux TV. La feuille de route du projet Mars One consultable sur le site officiel est on ne peut plus claire à ce sujet. Puisqu’il ne s’agit pas de peupler Mars avec des cobayes à la manière du Royaume-Uni qui vida ses prisons pour peupler l’Australie, il faut donc voir dans ces candidatures un acte volontaire et sensé, témoignant d’une réelle motivation de pionniers. « Je me sens un peu à l’étroit sur Terre depuis toujours » , déclare en ce sens Florence Porcel à l’AFP. Peut-être est-ce là l’expression de ce besoin d’exploration, de cette curiosité qui a toujours poussé les Hominidés à quitter leurs foyers pour de nouvelles terres. Konstantin Tsiolkovsky, le père de l’astronautique, le prophétisait déjà de son temps : « la Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

Vouloir quitter la Terre pour mourir probablement prématurément sur Mars peut sembler un projet suicidaire. Et pourtant, en était-il différemment des premiers colons partis vers les Amériques ? Lorsque les Pères pèlerins fuirent à bord du Mayflower les persécutions religieuses et l’instabilité de l’Europe afin de trouver une terre vierge où créer une « nouvelle Jérusalem », avaient-ils de meilleures chances de succès ? Certes, comparer les deux aventure reste délicat, et au besoin d’un « nouveau Monde » , il faut rajouter des motivations religieuses et politiques qui ne concernent en rien les candidats de Mars One. Cependant, remis dans le contexte de l’époque, cette entreprise privée présentait tout comme Mars One d’énormes risques d’échec, sans aucune garantie de retour une fois l’océan Atlantique franchi. De nombreuses tentatives de colonisation échouèrent par ailleurs au cours du XVème siècle, faisant pencher la balance de manière très défavorable pour nos pères fondateurs, qui subirent de nombreuses pertes dans leurs rangs et connurent la famine avant que leur colonie ne devienne viable. Tout en souhaitant de meilleurs vœux de succès à cette hypothétique colonisation martienne, les difficultés rencontrées et les risques de décès prématurés faute de moyens techniques ou médicaux élaborés représenteront un risque réel pour nos pionniers, qui à l’image des passagers du Mayflower devront assurer leur propre survie avec les moyens du bord, dans un environnement hostile et encore trop méconnu.

Christophe Colomb découvrit les îles Bahamas en 1492, mais il fallut attendre plusieurs décennies avant qu’un réel engouement colonisateur ne s’empare de l’Europe. Plus de quarante ans après la fin du programme Apollo, peut-être assistons-nous aujourd’hui aux premiers pas de l’épopée colonisatrice de notre système solaire. Ou peut-être qu’au contraire, ce futur chapitre de l’histoire de l’Humanité que nous ont promis tant d’auteurs de science-fiction se résumera à une simple anecdote en bas de page. A l’heure actuelle, nous n’avons aucune garantie que le projet Mars One puisse un jour aboutir. Face aux contraintes techniques et médicales encore non résolues d’un voyage sans encombres jusqu’à Mars et d’une colonisation de la planète rouge, les certitudes de Bas Lansdorp peuvent sembler relativement peu crédibles. Et si Mars One n’était en définitive que de la poudre aux yeux ? Si l’initiative n’était qu’un vaste écran de publicité sans aucune réalisation concrète dans les années à venir ? Personne ne peut garantir que le projet puisse réellement aboutir, ni qu’il parvienne à suivre jusqu’au bout sa feuille de route. Reste cependant la part de rêve fournie par cette entreprise privée, la promesse d’une « Histoire martienne » à la manière d’Heinlein, et la confirmation, si besoin était, que la soif de nouveaux mondes s’exprime encore au profond d’entre-nous.


Under the Dome – Saison 1

La première saison de la série américaine Under the Dome, développée par Brian K. Vaughan à partir du roman de Stephen King, vient d’être diffusée sur M6. S’il faut souligner la relative rapidité de sa disponibilité en VF sur une chaîne nationale (la série ayant été initialement diffusée cet été sur CBS) et la programmation d’une diffusion VM (version multilingue) par la petite chaîne qui monte, il faudra cependant regretter que cette option n’ait pas été proposée sur leur tout nouveau site de streaming. Cette première saison, donc, diffusée de fin octobre à fin novembre, a connu un bon démarrage : le premier épisode a ainsi attiré 4,66 millions de téléspectateurs pour 20,5 % de part de marché. Il est fort probable que l’étiquette « Stephen King » et une programmation concurrente plutôt décevante aient éveillé l’intérêt de nombreux téléspectateurs…

Car n’en doutons pas, Stephen King représente une véritable mine d’inspiration pour les créateurs de séries télévisées. L’adaptation de la moindre œuvre tirée de sa bibliographie conséquente suffit également à éveiller la curiosité, pour peu que la production sache en tirer un scénario digne de ce nom. Lister ici même toutes les adaptations de ses œuvres sur le petit écran prendrait d’ailleurs trop de temps et mériterait un billet à part entière, tant elles sont nombreuses. Aussi revenons plutôt à cette nouvelle série, Under the Dome : Chester’s Mill, dans l’état américain du Maine, est une paisible bourgade rurale. Les événements retentissants y sont rares, et chacun vit sa petite histoire à l’abri des regards indiscrets de ses voisins. Mais subitement, un dôme transparent recouvre la ville et la prive de toute communication avec le monde extérieur. Les citoyens de Chester’s Mill se retrouvent prisonniers. A la confusion des premiers temps succède la panique, et la ville toute entière menace de sombrer dans le chaos. Quelques individus émergent, profitant de la confusion ambiante. James « Big Jim » Rennie, conseiller municipal, s’improvise chef de la ville. Linda Esquivel, adjointe du shérif, se retrouve en charge de la sécurité de la bourgade après que ce dernier meurt brutalement en touchant le dôme. Dale « Barbie » Barbara, petite frappe et ancien militaire, est lui aussi coincé sous le dôme alors qu’il cherchait à quitter précipitamment la ville. Enfin « Junior » Rennie ne supporte pas la brutale rupture avec sa petite amie Angie McAlister, et décide de la séquestrer dans un ancien abri anti-atomique… Le dôme acerbe les tensions et les dérapages se multiplient à une vitesse vertigineuse. Mais encore plus préoccupant, ce huis-clos brutal risque de faire ressurgir plus d’un secret à Chester’s Mill… Et certains pourraient bien menacer la survie même de la population prise au piège.

Série de science-fiction pour l’instant disponible sous la forme d’une seule saison de 13 épisodes (la seconde saison étant actuellement en production), Under the Dome s’appuie donc sur le roman de Stephen King. Ne l’ayant malheureusement pas lu, je ne serai pas en mesure de juger de la fidélité de l’adaptation. Cependant, le côté thriller de l’œuvre et les multiples rebondissements ficelés pour tenir le spectateur en haleine permettent de retracer l’intrigue principale du roman. Si les premiers épisodes suivent les conséquences de l’arrivée du dôme pour plusieurs personnages indépendants, ces histoires s’entremêlent rapidement autour d’un principal axe de développement centré autour des rivalités de Big Jim et de Barbie pour le contrôle de la ville. La découverte par un groupe d’adolescents d’un mini dôme protégeant un mystérieux œuf noir crée au fil de la saison un second plan scénaristique, et le spectateur ne manquera pas de comprendre rapidement que ces deux intrigues finiront par se rejoindre au terme de la saison. Le scénario, relativement convenu, est également truffé de rebondissements et révélations secondaires censés maintenir l’attention du spectateur. Malheureusement, rien de nouveau dans ce domaine, toujours les mêmes ficelles, et chaque nouvel épisode aurait plutôt tendance à amener son lot d’incohérences supplémentaires plutôt que de ciseler une trame suffisamment riche et complexe pour tenir véritablement en haleine le spectateur.

Under the Dome ne m’a donc pas particulièrement convaincu. Programme agréable à regarder mais n’offrant qu’un divertissement moyen, nous ne sommes franchement pas en présence d’une nouvelle série culte de science-fiction. Au final, je qualifierais même Under the Dome de série plutôt dispensable, mais qui aura eu l’avantage de meubler quelques dimanche après-midi pluvieux.

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Real Humans – saison 1

real_humans_coverSérie d’origine suédoise diffusée pour la première fois en 2012 sur la chaîne SVT1, Real Humans (titre original : Äkta Människor) a été récemment proposée par la chaîne franco-allemande Arte sous le titre Real Humans (100% humain). Cette série de science-fiction, créée par Lars Lundström, ne comprend pour le moment qu’une saison de dix épisodes de 52 minutes chacun. La seconde saison est actuellement en cours de tournage et devrait arriver sur nos écrans courant 2014. Présentée comme une série-événement de science-fiction, venant même concurrencer les plus célèbres auteurs s’étant frotté au thème des androïdes, Real Humans a su se montrer des plus alléchantes. Mais qu’en est-il au final ? Alors que l’épisode final était diffusé jeudi dernier, revenons sur cette création originale suédoise. Il est temps de voir de plus près ce que ces hubots nous cachent dans leurs cerveaux de gel organique !

Dans une Suède alternative et contemporaine, les androïdes ou « hubots » prennent une place prépondérante dans notre quotidien, et nous assistant aussi bien dans les tâches domestiques, les loisirs que dans les travaux manuels. Mais ces hubots sont-ils capables de sentiments, ont-ils une âme, ou sont-ils seulement des intelligences artificielles mimant avec réalisme nos attitudes humaines ? La série débute d’emblée sur ces interrogations, lorsque nous faisons dès les premières minutes la rencontre d’un groupe d’hubots indépendants, les « enfants de David ». David Eischer, scientifique de génie et co-inventeur des hubots, serait parvenu à implanter chez ses propres robots un logiciel évolutif les humanisant autant que possible. Ce groupe d’hubots, désormais mené par son fils, Leo Eischer, attaque une maison isolée pour lui voler du courant électrique. Le raid tourne au semi-fiasco lorsque plusieurs hubots sont abattus et que des trafiquants capturent Mimi, la hubot compagne de Leo. Ce dernier décide de partir à son secours, tandis que l’inquiétante hubot Niska prend la tête du groupe restant. A partir de cette première séquence, la quasi-totalité de l’intrigue de cette première saison est posée : un groupe d’hubots sauvages poursuit un but assez flou (préparation d’une guerre contre les humains ou volonté de reconnaissance comme personnes à part entière ?) tandis que Leo Eischer, leur mystérieux guide, part seul à la recherche de sa compagne hubot dérobée.

Le reste de la série sert en définitive de décorum à l’intrigue. Les scénaristes nous proposent ainsi de suivre deux groupes de personnages : la famille Engman et le couple Roger/Thérèse. Ces suédois lambda, issus de la classe moyenne, vivent en pavillon à la périphérie d’une grande ville. Si progressivement au cours de la saison 1, ces personnages se retrouvent impliqués dans l’intrigue principale, ils permettent en premier lieu d’explorer les interactions sociales entre hubots et humains. Malgré le grand nombre de personnages mis en place dès le premier épisode, une rapide présentation s’impose pour mieux apprécier les différentes relations humains-hubots mises en avant au cours de la série : Lennart Sollberg, un retraité à la santé fragile, est épaulé par Odi, un vieux modèle d’hubot devenu défectueux. Sa fille et avocate, Inger Engman, le pousse à s’en débarrasser après qu’Odi ait subi un bug au supermarché. Mais Lennart le cache dans sa cave au lieu de le déposer au recyclage. Hans Engman, l’époux d’Inger, décide de remplacer l’hubot défectueux de son beau-père par Vera, un hubot gériatrique dernier cri. Le gérant du hubomarket lui fait à cette occasion une promotion en lui offrant une hubot aide-ménagère, que la famille Engman baptise Anita. L’actrice Lisette Pagler incarnant à la fois Mimi et Anita, le spectateur comprend rapidement que la famille Engmann se retrouvera tôt ou tard mêlée aux « enfants de David ». Tobias, l’adolescent de la famille, tombe rapidement amoureux d’Anita, tandis que Hans, fantasmant sur les sexbots, hésite à lui installer un logiciel pornographique.

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L’arrivée des hubots dans nos sociétés occidentales pose aussi de sérieuses questions de cohabitation. Juste en face du pavillon de la famille Engman habitent Roger, Thérèse et leur fils, Kevin. Roger vit de plus en plus mal le remplacement des employés de son usine par des hubots; seul son poste de contremaître lui évite encore le licenciement. Lorsque sa compagne Thérèse achète un hubot coach sportif, Rick, c’est la goutte d’eau de trop. Le couple se sépare violemment. Thérèse part vivre avec Rick et son fils, Roger reste seul avec sa colère. Notre père de famille rejoint alors le mouvement Äkta Människor (les « Vrais Humains »), un groupuscule extrémiste voulant interdire l’usage d’hubots, tandis que Thérèse affiche au grand jour sa nouvelle relation amoureuse avec Rick. La spirale infernale ne fait que commencer pour Roger, qui se radicalise de plus en plus, alors que Thérèse cherche à hacker son robot pour en faire un amant à part entière. Perturbé par la séparation de ses parents et la nouvelle relation transhumaine de sa mère, Kevin est un adolescent prêt à exploser.

Cette première saison s’enchaîne à un rythme particulièrement lent, notamment en raison des nombreux personnages qu’il nous faut suivre à chaque épisode. Ce développement en douceur, qui privilégie beaucoup les intrigues secondaires par rapport à l’histoire principale, peut rebuter plus d’un téléspectateur, surtout si ce dernier reproche déjà aux séries suédoises une certaine torpeur scandinave ! Mais cette flânerie des scénaristes apparaît au contraire comme l’une des grandes forces de la série. Loin d’innover sur le plan de la science-fiction, Real Humans prend le temps d’explorer son univers, regorge de détails socio-économiques pertinents et met en scène un impressionnant travail de comédien de la part des acteurs incarnant ces fameux hubots. S’il est difficile de prendre la série en cours de route, son visionnage intégral offre cependant un spectacle des plus passionnants. Cette société suédoise, fortement modifiée par l’emploi d’hubots, est en pleine mutation. La machine androïde devient un membre à part entière du cercle familial, voire professionnel ; l’intrigue liée aux enfants de David mise à part, la question de la place des hubots au sein de cette société alternative reste posée. Les personnages de Roger et de Thérèse en sont probablement les meilleurs témoins, aussi bien au niveau professionnel que familial. La prolifération des hubots reste en effet préoccupante, puisqu’elle ne fait qu’aggraver des problèmes socio-économiques déjà existants. Cet aspect prend d’ailleurs une teinte plutôt pessimiste avec le recours aux hubots pour les taches les plus manuelles (que sont devenus les ouvriers humains remplacés ?) ou encore la prostitution d’hubots (remplaçant le trafic humain par un trafic de robots présenté de manière tout aussi dérangeante). La question religieuse est également abordée à travers un regard plutôt progressiste (notre pasteur étant une femme lesbienne) et tout aussi pertinent : en créant des robots à notre image, nous laissons la porte ouverte à un regain de questionnements créationnistes, et la métaphysique ne tarde pas à s’inviter dans cette série en s’interrogeant sur l’âme des hubots.

Nous ne sommes cependant pas pour autant en présence d’une version androïde de la controverse de Valladolid, loin de là. Le sujet principal de la série reste résolument ancré dans la course-poursuite entre les enfants de David et les autorités suédoises, qui redoutent au fil des épisodes l’émergence d’une révolte des hubots. Cette insurrection, que le premier épisode et la bande-annonce nous promettaient à grands renforts d’action, tarde visiblement à venir au fil de la série et semble même renvoyée aux calendes grecques. L’aspect thriller s’essouffle donc brutalement en fin de saison, laissant un mauvais ressenti de série policière mollassonne lors de l’épisode final, malgré le florilège d’actions et de dénouements. En dehors de son univers passionnant et de l’excellent hommage rendu aux récits science-fictionnels d’androïdes, cette première saison de Real Humans s’achève donc sur un scénario essoufflé. Une fausse note particulièrement regrettable que la seconde saison devra absolument corriger, si les producteurs veulent offrir au spectateur une série suffisamment cohérente et convaincante. Real Humans offre tout de même un très bon spectacle, capable de séduire aussi bien le néophyte que l’amateur de science-fiction. Gageons également que de nombreux téléspectateurs d’Arte s’intéresseront grâce à Real Humans au thème des androïdes, un sujet progressivement rattrapé par la science moderne.

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Real Humans saison 1 diffusée sur Arte

Arte diffuse à partir de jeudi prochain la série suédoise « Real Humans » : Dans un monde proche du nôtre, les hubots (human robots) ressemblent à s’y méprendre aux êtres humains qu’ils remplacent dans les tâches domestiques. Une cohabitation qui engendre des relations complexes et des émotions contrastées, entre amour et haine, alors que certains humanoïdes rêvent d’émancipation.

Série d’anticipation mêlant hard science et cybernétique, « Real Humans » nous interroge sur la place du robot dans nos sociétés de services et de son anthropomorphisme poussé à l’extrême. L’objet robotique devient-il un être humain à part entière ? Quelle place pour cette humanité artificielle ? Autant de sujets passionnants que cette série se propose d’aborder, dans un scénario qui ne manquera pas de rappeler certains classiques de la SF comme le Cycle des Robots d’Asimov.

Et vous, attendez-vous avec impatience cette série ? Ou l’avez-vous déjà visionnée ?

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Real Humans (100% humains)

Saison 1
Titre original : Äkta Människor
(Suède – 2011 – 10x60mn – VF/VOST F)
Une série créée par Lars Lundström
Réalisation : Harald Hamrell et Levan Akind
Image : Trolle Davidson, Linus Rosenqvi st
Musique : Rikard Borggård
Montage : Björn Kessler, Rickard Krantz, Kicki Niemi, Gustav Wachtmeister
Directions artistique : John Virke, Annelie Wemstad
Casting : Ann-Christine Rolén, Harald Hamrell
Co-production Matador Film, SVT – Avec la participation d’ARTE France