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Aftermath : Population Zéro

Aftermath : Population Zéro est un docu-fiction de 90 minutes spéculant la disparition subite et pacifique de l’Homme de la surface de la Terre. Diffusé pour la première fois en 2008 par la chaîne National Geographic, ce programme cherche à imaginer comment le monde évoluerait sans l’homme. Très inspiré du livre Homo disparitus d’Alan Weisman, ce docu-fiction explore ce monde débarrassé de l’homme, des premières secondes jusqu’aux millénaires suivants.


World War Z – Marc Forster (2013)

WWZLa tranquille petite vie pavillonnaire de Gerry Lane, un ancien employé de l’ONU, et de sa petite famille se retrouve brutalement anéantie lorsqu’une invasion zombie ravage les rues de Philadelphie. Parvenu à contacter son ancien patron, Gerry et sa famille sont évacués in extremis par hélicoptère alors que les mégalopoles du monde entier sombrent dans le chaos. Recueilli sur le QG provisoire de la flotte américaine au large de l’océan Atlantique, Gerry rempile auprès de l’ONU pour assister le Dr. Andrew Fassbach. Leur mission consiste à remonter la source de l’épidémie zombie jusqu’à identifier l’origine virale. Cette course contre la montre les mènera en Corée du Sud, à Jérusalem et au Pays de Galles, à la recherche d’un vaccin efficace pour qu’enfin les survivants entament leur contre-attaque mondiale contre les zombies.

Très largement inspiré du livre de Max Brooks, World War Z prend à contre-pied l’univers de l’auteur américain. Ici, il n’est plus question de témoignages recueillis par un agent de l’ONU au lendemain de la guerre contre les zombies, mais des premiers jours de l’apocalypse vécus par un Brad Pitt destiné à sauver le monde. Le scénario de Matthew Carnahan, Joseph Straczynski et Damon Lindelof (car oui, ils ont du se mettre à trois pour pondre ça) déforme tellement le roman, à tel point que le spectateur averti en viendra à se demander si les trois scénaristes ont seulement pris la peine de lire le livre éponyme ou s’ils se sont vaguement inspirés du quatrième de couverture. Le résultat final s’apparente d’ailleurs si peu au roman qu’une comparaison avec les cinématiques d’un quelconque add-on zombiesque pour tout FPS du moment serait plus appropriée. Notez que Max Brooks en personne, pourtant familier du fonctionnement d’Hollywood, s’est déclaré particulièrement surpris et déçu par ce massacre total de son roman. Aussi Max Brooks reniant sans réserves ce film servira d’avertissement aux amateurs du roman. Les plus téméraires d’entre-eux n’auront pas manqué de répertorier l’impressionnante liste d’erreurs et de différences entre les deux œuvres.

Inutile de préciser que la vision des zombies est entièrement transformée. Les théories de Max Brooks sur le parasite cérébral sont tout simplement ignorées, remplacées par un banal virus rendant les morts-vivants ultra-rapides. La moindre originalité est d’ailleurs bannie du scénario, qui introduit la vélocité des zombies uniquement comme prétexte à la réalisation 3D de vagues d’assaillants aussi rapides et nombreux qu’un essaim de criquets s’abattant sur un champ de blé. Mais hélas, les meilleures scènes d’action de World War Z ont été largement diffusées sur le web par l’équipe marketing du film. A tel point que les quelques 32 minutes d’extraits vidéo gratuits mis bout à bout resteront toujours plus attrayants que les 116 minutes de la version complète. Film fade, sans saveur et dépourvu de tout scénario pertinent, World War Z ne sera pas non plus sauvé par la prestation de ses acteurs. Brad Pitt y joue le rôle du bon père de famille américain, beau gosse séduisant et véritable héros américain. L’icône commerciale dans toute sa splendeur se retrouve confrontée à des hordes de zombies en image de synthèse dans une orgie d’effets spéciaux. Mais le gavage de fond vert ne semble pas avoir inspiré l’acteur principal, dont la performance particulièrement médiocre décrédibilise la moindre scène du film. Passée l’adrénaline des scènes d’action, le film sombre dans le ridicule, pour ne pas dire le burlesque. Dommage que toute cette production soit hélas à prendre au premier degré, car face à tant de médiocrité, nous aurions presque pu croire à un parodie des films d’horreur apocalyptiques…

World War Z est l’archétype même du block-buster commercial, fade et sans aucun intérêt. Ce gavage d’effets spéciaux sert un scénario mauvais, dépourvu de la moindre logique et uniquement axé sur la bonne vieille ficelle de la course-poursuite à cent à l’heure. Explosions, zombies grotesques, chargeurs de fusils d’assaut vidés par dizaines, crash d’avion et autres accidents spectaculaires, rien ne semble décoiffer Brad Pitt. Ni même le spectateur, d’ailleurs. Même la bande originale, convenue et ennuyeuse, n’eut aucune grâce à mes oreilles. Elle ne fait que rajouter du bruit à la débauche d’effets spéciaux. En conclusion, Marc Forster nous propose un magnifique étron zombiesque réalisé avec la coquette somme de 190 millions. De quoi nous faire regretter les mauvais films d’horreur en noir et blanc des années 50, bien au-dessus du niveau de cette pitoyable mascarade zombiesque.


La légende de Hawkmoon – Michael Moorcock

legende_hawkmoon_omnibusReprendre sa lecture de l’Hypercycle du Multivers de Moorcock après une pause de treize ans peut sembler incongru, mais le hasard de mes lectures m’avait fait suspendre la découverte des multiples incarnations du Champion éternel après l’incomparable Cycle d’Elric. Cela faisait déjà plusieurs années que j’attendais l’occasion de poursuivre ma lecture, sans pour autant y trouver le temps nécessaire. Aussi profitai-je de cette rentrée pour me pencher enfin sur la Légende de Hawkmoon, double cycle de fantasy revisitant notre géopolitique dans un lointain futur post-apocalyptique baroque et goguenard.

Le premier Cycle de la légende, « L’histoire du bâton runique », tient en quatre ouvrages rédigés autour du récit de la lutte de Hawkmoon contre le Ténébreux Empire. Dans un futur très lointain, le Monde a connu un épisode apocalyptique majeur, surnommé le « tragique millénaire », et durant lequel la société humaine a régressé brutalement d’une ère de développement interstellaire à l’état de sociétés féodales. L’Europe se retrouve ainsi morcelé en seigneuries, toutes portant des noms dérivés des anciennes nations dont elles se disputent les territoires. Le plus puissant de ces états féodaux, la Granbretanne ou Ténébreux Empire, est dirigé depuis Londra par l’Empereur Huon, un monarque immortel enfermé dans sa sphère magique. Ce tyran a entrepris la conquête de l’Europe, et ses terribles légions sèment le chaos sur le vieux continent. Un seul royaume semble encore tenir tête à cette folie : la Kamarg, dirigée par le noble et sage Comte d’Airain.

Le drame qui va à la fois unir la destiné de nos personnages principaux et de leur propre monde va se jouer au Château d’Airain. Le perfide Baron Méliadus est envoyé en tant que diplomate par le Ténébreux Empire auprès du Comte d’Airain. Mais le Granbreton oublie rapidement sa mission en rencontrant Ysselda, la fille du Comte, qu’il tente d’enlever. Démasqué et défait par le Comte, Méliadus s’enfuit en jurant par le Bâton Runique de se venger. L’objet, puissant talisman légendaire, joue cependant un rôle majeur dans l’équilibre entre Loi et Chaos. Et voilà comment la destinée d’un monde entier se retrouve subitement engagée dans l’interminable combat régissant l’équilibre du Multivers. Le Baron Méliadus décide alors de faire de Dorian Hawkmoon, duc de Köln, le bras armé de sa vengeance. Ce rebelle germain ayant tenté de résister aux Granbretons croupit depuis dans les geôles de Londra. Sur son front est serti un joyau noir, signe de soumission au Ténébreux Empire, et qui à la moindre désobéissance lui dévorera son âme. Hawkmoon est envoyé auprès du Comte Airain. Mais les seigneurs de Kamarg ont tôt fait de découvrir la supercherie – et de sonder l’âme du duc de Köhln. Neutralisant le joyau noir, ils s’allouent la loyauté de Hawkmoon, qui brûle de détruire le Ténébreux Empire. Le chemin jusqu’à la victoire finale sera long, et Hawkmoon devra d’abord servir le Bâton Runique, avant que ce mystérieux objet légendaire lui accorde le pouvoir de triompher de ses ennemis.

Le décalage entre notre géographie actuelle et celle de ce lointain futur intrigue dès les premières pages, à tel point que la transposition de notre monde dans un univers de fantasy reste l’un des éléments forts de ce premier cycle. La Kamarg, pays de Cocagne relativement épargné des miasmes du Tragique Millénaire par le mistral, n’en possède pas moins des chevaux cornus et des flamants roses géants utilisés comme montures volantes. Les royaumes et cités d’Europe ont des noms parodiques, et cela en devient même un jeu pour le lecteur de les replacer sur la carte. Le décalage n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure, le glissement de genre du post-apocalyptique lointain vers l’heroïc fantasy du Monde Vert de Brian Aldiss. En quelque sorte, Moorcock garde la carte, mais déroute le lecteur en changeant les territoires. De plus, la mise en place d’un futur féodal où la science occulte et la technologie sont proches du concept de magie permet d’asseoir définitivement le récit dans le domaine de la fantasy. Le style, baroque et sombre, n’en reste pas moins goguenard à de nombreuses occasions. Tout d’abord, dans les dialogues entre personnages, usant de tournures de phrases médiévales forçant le trait et parodiant les éléments de langage des chansons de gestes. Ensuite, dans les descriptions de cités merveilleuses et de batailles titanesques. Moorcock s’amuse à tourner en dérision ces épiques combats médiévaux en abusant de superlatifs et en magnifiant la boucherie qui s’y déroule, et donne une description tout aussi baroque et exagérée des cités européennes que nos héros visitent. L’humour est également au rendez-vous : si les terribles dieux Granbretons Jhone, Jhorg, Phowl et Rhunga sont nommés en référence aux Beatles, les politiciens ont également droit à leurs divins pastiches : Chirshil ou encore Aral Vilsn (pour Harold Wilson); même les auteurs Aldiss, Ballard et Sallis ont droit à leur clin d’œil dans ce terrible panthéon Granbreton ! Enfin, l’image caricaturale de la Kamarg n’est pas sans faire penser à une sorte de carte postale d’un anglais en vacances dans le sud de la France, notre auteur s’amusant du regard à la fois naïf et caricatural que ses compatriotes jettent sur ces pittoresques camarguais lors de leurs vacances. Il en aurait fallu de peu pour que Saint-Tropez se retrouve transposée dans la Légende de Hawkmoon ! Le ton parodique s’applique aussi à la Grande-Bretagne, comme nous l’avons vu. Cette fois-ci, son peuple inverse les rôles tenus durant la seconde guerre mondiale : les Granbretons sont les oppresseurs, et la figure mythique de la résistance est un guerrier germain. Notons cependant que la Grandbretanne n’est maléfique que sous le règne de l’Empereur Huon, monarque absolu et abhumain, alors qu’après la chute des partisans du Ténébreux Empire, c’est une Reine aussi belle qu’intelligente qui accède au trône et instaure une paisible monarchie constitutionnelle. Au final, Moorcock saves the Queen.

Le second Cycle, baptisé « La nouvelle légende de Hawkmoon », intervient après que la quête initiale de notre héros soit accomplie et le Ténébreux Empire anéanti. Moorcock cherche alors à rapprocher Hawkmoon de son statut d’incarnation du Champion éternel, et effectue donc le raccord entre la Légende de Hawkmoon et l’Hypercycle du Multivers. Le principal reproche que je formulerais contre ce second cycle est l’abandon du ton parodique au profit d’un style plus grave, cherchant à nouer avec une toile de fond baroque et apocalyptique. Le résultat est mitigé. Si dans un premier temps Hawkmoon doit se battre contre le Comte Kalan, qui en tentant de rétablir le Ténébreux Empire déchire la trame du Multivers, le récit s’égare ensuite dans un drame assez peu convaincant, durant lequel les compagnons de Hawkmoon sont à tour de rôle morts au combat, ressuscités, puis ravis de cet univers par le Chaos. La montée en puissance jusqu’à la Conjonction d’un Million de Sphères et la quête ultime de Tanelorn réalisée conjointement par les quatre incarnations du Champion éternel – Elric, Hawkmoon, Corum et Erekosë – manque de conviction. Le second cycle intervient de manière trop abrupte, dans un contexte où le lecteur, encore plongé dans la saga de Hawkmoon, retrouve Elric, Corum et Erekosë certes avec plaisir mais sans réelle transition. Le fait que le dernier tome, La quête de Tanelorn, soit écrit en focalisant la narration plus précisément sur Hawkmoon a tendance à reléguer les trois autres Champions au rang de personnages secondaires, et seule une relecture préliminaire de leurs sagas respectives permettrait au lecteur de remédier quelque peu à cette situation.

Retrouver cet épisode majeur du Multivers relégué à un ultime tome de la Légende de Hawkmoon donne une impression de gâchis au final, et me laisse dubitatif. Il aurait été probablement plus intéressant d’y consacrer un cycle spécifique, et non de devoir y retrouver des éléments épars entre les différents cycles. A moins que cette écriture en feuilletons, typique des publications de l’époque et si éloignée de ce que les énormes pavés de G.R.R. Martin ou Robert Jordan nous proposent aujourd’hui, soit au final une sorte de quête pour le lecteur. Le voilà invité à retrouver dans chaque cycle les différentes clés qui lui ouvriront, à son tour, les portes de Tanelorn.

Hawkmoon2_battle_kamarg

Notice bibliographique :

- L’Histoire du bâton runique

  • Le joyau noir (The Jewel in the Skull, 1967). Editions Presse Pocket n°5298, 1988 (traduction : Jean-Luc Fromental et François Landon), 247 p.
  • Le dieu fou (The Mad God’s Amulet, 1968). Editions Presse Pocket n°5307, 1988 (traduction : Jacques Guiod), 245 p.
  • L’épée de l’aurore (Sword of the Dawn, 1968). Editions Presse Pocket n°5331, 1989 (traduction : Bernard Ferry), 249 p.
  • Le secret des Runes (The Runestaff, 1969). Editions Presse Pocket n°5339, 1989 (traduction : Bernard Ferry), 251 p.

- La nouvelle légende de Hawkmoon (Les Chroniques du Comte Arain)

  • Le comte Airain (Count Brass, 1973). Editions Presse Pocket n°5340, 1989 (traduction : Gérard Lebec), 156 p.
  • Le champion de Garathorm (The Champion of Garathorm, 1973). Edition Presse Pocket n°5344, 1989 (traduction : Gérard Lebec), 155 p.
  • La quête de Tanelorn (The Quest for Tanelorn, 1975). Edition Presse Pocket n°5345, 1990 (traduction Gérard Lebec), 147 p.

 
Bonus

Et comme il me semble impossible de conclure ce récit sans rajouter le morceau « The Quest for Tanelorn » du quatrième album de Blind Guardian, Somewhere Far Beyond , c’est chose faîte :


Connected

CONNECTED est un court-métrage post-apocalyptique, écrit et dirigé par Jens Raunkjær Christensen et Jonas Drotner Mouritsen. Dans un futur distant, des survivants errent dans les étendues dévastées suite à un accident inconnu. Rapidement, il apparaît que la survie du groupe soit du domaine de l’illusoire …


Mono no Aware – Ken Liu

earth_meteor-impactKen Liu est un auteur américain d’origine chinoise. A tour de rôle programmeur informaticien puis juriste dans le domaine des brevets, il est également nouvelliste et traducteur de fictions chinoises. La carrière d’écrivain de ce bostonien a connu une ascension fulgurante en 2012 lorsqu’il remporta d’affilée un Prix Nebula, un Prix Hugo et un Prix World Fantasy Award, tout en se voyant récompensé la même année pour son travail de traducteur de nouvelle grâce à un Prix Science Fiction & Fantasy Translation Award. Nous avions eu occasion de le découvrir sur ce blog voici quelques temps avec la chronique de sa nouvelle « The Plague » (2013) initialement parue dans Nature Futures. Le voici à nouveau sous le feu des projecteurs, puisqu’il vient de remporter un second Prix Hugo (catégorie short story) pour sa courte nouvelle « Mono no Aware », initialement parue dans l’anthologie The Future Is Japanese (2012) aux éditions Haikasoru.

« Mono no aware » (物の哀れ) est un concept japonais, à la fois spirituel et esthétique, qui se traduit vulgairement comme « l’empathie envers l’univers ». Nous nous en contenterons, car il serait bien trop ambitieux de vouloir en donner une définition pertinente en seulement quelques mots. Ken Liu reprend ce concept à son compte pour le titre de sa nouvelle, afin de mieux souligner le lien intemporel et continu qui relie Hiroto, son personnage principal, à ses parents défunts et son ancien foyer dévasté. L’union entre le passé cataclysmique d’une Terre dévastée par un météore tueur et la survie d’une poignée d’individus dans un vaisseau interstellaire à voile solaire nous est ainsi racontée à travers le regard d’Hiroto, personnage fortement emprunt de cette philosophie de vie. Inspiré par le manga SF Yokohama Kaidashi Kikō d’Hitoshi Ashinano, Ken Liu livre dans cette courte nouvelle un mélange particulièrement dosé de tranches de vies, alternant flashbacks des derniers jours sur Terre et de la vie quotidienne à bord du vaisseau spatial Hopefull. Le style est particulièrement bien maîtrisé, le découpage de l’intrigue en scènes successives alternant passé nostalgique et présent mélancolique donne toute son âme au récit, et confère au final cette impression de storyboard de manga dramatique.

La qualité de ce texte provient certainement de cette empathie mélancolique qu’il inspire à sa lecture. Ce sentiment d’harmonie « malgré tout » du personnage principal, ce décalage entre la situation désespérée de l’humanité et son empathie bienveillante pour l’univers qui l’entoure peut sembler paradoxale. Ken Liu lance l’humanité dans ce radeau de sauvetage spatial, expose la rancœur des survivants face à cet ancien monde ultra-libéral et arrogant qui faillit saborder leur mince espoir de salut, et laisse entrevoir l’immense douleur sourde qui accompagne en permanence les passagers du Hopefull. Pourtant, à l’image des dernières heures de sa nation, Hiroto est un personnage fort, d’apparence stoïque et inébranlable, mais cachant dans son cœur la même colère, la même douleur que ses co-équipiers, bien qu’apaisée par cet état d’esprit du « Mono no Aware ». C’est ainsi, nous explique Hiroto, que le peuple japonais a survécu aux pires épreuves de son histoire, et qu’il affronta sereinement sa destruction. C’est également ainsi qu’Hiroto conçoit son existence et vivra sa propre histoire dans l’espace. Il n’y a pas de grands hommes, de héros, mais des individus ordinaires, des pièces unies par le même concept, la même harmonie. Mono no Aware.

 

“Mono no Aware”, Ken Liu. In: The Future is Japanese (Edt. : Nick Mamatas & Masumi Washington), Editions Haikasoru (VIZ Media, 2012), p. 11-32.

Note : cette nouvelle fait également l’objet d’une republication dans Lightspeed (juin 2013). Vous pouvez la télécharger gratuitement sur le site web du magazine.


Survivors and saviours – Philip T. Starks

biohazardIl en faut peu pour rendre un univers post-apocalyptique glaçant. Car l’enfer n’est jamais pour les victimes du cataclysme majeur, bien au contraire, il n’est promis qu’aux survivants. Philip T. Starks, professeur agrégé de biologie à l’Université de Tufts (USA), a particulièrement bien compris ce vieil adage issu de la guerre froide. Dans une nouvelle publiée par la revue Nature, il plonge le lecteur dans un futur apocalyptique, où la quasi-totalité de l’humanité a été éradiquée par des pathogènes. Nouvelles souches émergentes ou armes microbiologiques ? Nous ne le sauront pas. Les survivants se terrent désormais à l’abri dans leurs cocons stériles, où la situation n’est pas viable à long terme. Pour gagner la guerre contre les micro-organismes, il faut donc que l’homme évolue, à tout prix.

S’organise alors le plus abjecte programme d’eugénisme jamais imaginé : l’utilisation de la totalité des enfants nés comme cobayes exposés aux agents pathogènes. Conçus, élevés puis lâchés dans des zones contaminées dans ce seul but, les autorités espèrent que suffisamment d’individus auront développé aléatoirement des résistances génétiques, et seront ainsi sélectionnés par l’impitoyable menace microbiologique. La nouvelle débute lorsqu’un récupérateur est envoyé sur un des sites d’expérimentation pour extraire d’éventuels enfants survivants. L’homme, choqué par le spectacle qui se présente à ses yeux, nous rapporte le décompte des cadavres amoncelés. Bon nombre d’enfants sont morts très rapidement, d’autres ont survécu quelques temps ; l’état de putréfaction de leurs corps atteste de ce cruel bilan médical. Et pour quel résultat ? Tel est l’horrible suspens qui attend notre homme sur le terrain.

La morale de cette histoire n’est pas très difficile à chercher. Il s’agit d’une très classique parabole sur l’éthique médicale à travers l’eugénisme poussé à l’extrême des moyens mis en oeuvre par les survivants pour gagner cette « guerre d’évolution ». Mais l’essai n’est pas suffisamment transformé, et si Philip T. Starks souligne bien la cruauté de la situation, le récit ne se démarque pas vraiment pour ses choix moraux. Nous sommes plutôt en présence d’une nouvelle à la sauce « pulp », jouant sur la peur d’un combat désespéré contre le monde microbien et l’évidente absurdité de la politique de survie mise en place. Au vu d’une espèce à stratégie K comme la nôtre, la solution peut même paraître quelque peu ridicule. Sommes-nous alors encore dans une logique eugéniste ou dans une situation totalement désespérée ? Difficile de faire ressortir dans ces conditions la critique morale ventée par l’éditeur. En conclusion, « Survivors and saviours » met en scène un horrible coup de poker évolutif pour sauver l’humanité, et joue à nous faire peur en brandissant le spectre d’un eugénisme totalitaire. Correcte et plaisante à lire pour le frisson qu’elle procure, il lui manque cependant ce petit plus qui la rendrait vraiment percutante.

« Survivors and saviours », Philip T. Starks. Nature 496, 392 (18 avril 2013). doi:10.1038/496392a