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Neon Genesis Evangelion tome 14 – Nouveau Départ

NGE_14Nous voici arrivés au terme de l’aventure. Après vingt années de travail pour Yoshiyuki Sadamoto et de patience pour les inconditionnels de la série, Glénat publie enfin le quatorzième et dernier tome du manga Neon Genesis Evangelion dans sa traduction française ! Que de souvenirs pour le fan que je suis : quatorze, c’est aussi le nombre d’années me séparant de la découverte de la version manga du célèbre anime japonais, initialement proposé sous la forme d’une série de 26 épisodes et diffusé pour la première fois en France sur Canal+ en 1998. Bien entendu, le véritable suspens de cet ultime tome repose sur la découverte de la conclusion retenue par Sadamoto. Suivra-t-il l’épisode final de la série télévisée ou se rangera-t-il derrière le scénario du film The End of Evangelion ?

Beaucoup de fans attendent de cet ultime tome que Yoshiyuki Sadamoto tranche la fameuse dispute qui anima le studio Gainax alors que le scénario initial, jugé trop violent et trop ambitieux en terme d’animation et de budget, fut réécrit pour les deux derniers épisodes 25 et 26. Cette version revisitée du final de l’anime avait déçu plus d’un téléspectateur, et le réalisateur Hideaki Anno avait pu revenir sur son scénario initial à travers le film The End of Evangelion, œuvre tout âprement discutée par les fans de l’univers. La confusion générée entre les deux conclusions avait laissé le public aussi indécis que divisé. Mais est-ce pour autant à Sadamoto d’arbitrer définitivement cette dispute ? Non, je ne le crois pas, car une troisième option subsistait : l’adaptation manga de la série, entreprise par ce dernier et débutée la même année que la sortie de l’anime au Japon (1995). Yoshiyuki Sadamoto, alors dessinateur et character designer de la Gainax, n’avait de toute évidence pas l’intention de corriger le scénario d’Anno, mais bien d’en proposer sa propre interprétation. Les années se sont écoulées, chaque tome marquant sa légère différence avec la série, sans pour autant bafouer l’idée originale de Hideaki Anno. Puis, à partir du tome 12, Sadamoto sembla pencher pour une conclusion similaire au Troisième Impact apocalyptique de The End of Evangelion. Un choix en grande partie confirmé par le tome 13, bien que de légers changements de direction annonçaient que progressivement, le dénouement s’engagerait vers une conclusion inédite.

J’avais fait le pari que Sadamoto cherchait à préparer le lecteur en vue de lui présenter son propre dénouement, proche du film apocalyptique mais définitivement éloigné de sa dérangeante scène finale. J’envisageais même plusieurs spéculations quant à ce quatorzième et ultime tome, lançant ainsi une bouteille à la mer en attendant sa prochaine parution. Il s’avère qu’au final, j’avais vu juste, même très juste. A tel point que si je ne reviens pas sur mes propres pronostics, ce n’est que par souci d’en révéler le moins possible sur le dénouement de cette grande série. Mais alors, que dire sans risquer le spoil ? D’abord, commençons par un compliment. Cette conclusion est, à mon goût, une réussite totale. Un parfait dosage entre les dénouements de la série animée et du film The End of Evangelion. Mieux encore, Sadamoto parvient à imprimer sa propre marque dans l’intrigue plutôt que de se borner à la réécriture d’un scénario hybride entre les deux œuvres. Il s’agit également, à mon propre avis, de la meilleure interprétation du Plan de Complémentarité de l’Humanité, ce vaste projet obscur dont nous ne savions quasiment rien jusqu’à présent, et dont les clés étaient bien contenues en Rei Ayanami et Shinji Ikari. Positive sur le plan psychologique, cette conclusion amène enfin une ultime touche de mysticisme religieux, renforçant l’allégorie de l’Apocalypse tout en amorçant l’idée d’une sorte de big crunch métaphysique, une résurgence de l’océan primordial, fertile et régénérateur, qui mènera à la renaissance du monde et de l’Humanité. Mais pour quel avenir ? Tout dépendra de la volonté de Shinji Ikari, sorte de conscience supérieure et unique être capable d’exercer son dessein sur cette nouvelle Création.

Achever la lecture de ce quatorzième et ultime tome ne laisse pas indifférent, loin de là. Outre la révélation d’une conclusion attendue depuis deux décennies, Sadamoto nous livre un ultime épisode d’une très grande qualité, aussi bien sur le plan artistique que scénaristique. Plus qu’une conclusion du manga, ce quatorzième tome s’impose comme un extraordinaire magnum opus. Et cerise sur le gâteau, le génial Sadamato trouve même un rôle à Mari Makinami, personnage récemment introduit dans le controversé Rebuild of Evangelion. Si je ne manque pas d’éloges pour ce quatorzième tome, ne doutons pas pour autant que mon avis ne fera pas l’unanimité et que sa conclusion audacieuse suscitera de nombreux débats houleux entre fans de l’univers d’Evangelion. Pour ma part, mon parti est pris, et c’est avec une certaine nostalgie que je vous remercie une dernière fois, monsieur Yoshiyuki Sadamoto, pour toutes ces années passées à lire votre fabuleuse vision de Neon Genesis Evangelion.


The Last of Us – Naughty Dog

Le filon des univers de zombies post-apocalyptiques souffre depuis quelques années d’un manque d’originalité, du à la redondance de ses scénarios. Après les remakes plutôt décevants des mythiques films de George A. Romero, la sortie de la série Walking Dead a redonné un nouveau souffle au genre. Hélas, cette nouvelle vague qui atteint son apogée avec Max Brooks connaît désormais un creux depuis l’adaptation ratée de World War Z au cinéma. Alors, que reste-t-il encore d’original dans les univers de zombies ? Puisque le thème du rôdeur mort-vivant est désormais abordé même par la bitt-litt et les films young adults comme Warm Bodies, une alternative s’offre heureusement au fan en mal de nouvelles sensations. Il faut désormais reprendre le mythe à zéro, et en bousculer les bases fondamentales. Le domaine du jeu vidéo, dont l’industrie dépasse désormais celle du cinéma, est depuis quelques années un vecteur encore méconnu mais efficace d’univers revisités. Avec The Last of Us du développeur Naughty Dog, ce ne sont plus des créatures fantastiques mort-vivantes qui arpentent les ruines de notre civilisation mais des humains bien vivants, infectés et horriblement transformés par un parasite fongique.

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Jeu d’action-aventure basé sur le suivi rigoureux d’une intrigue monojoueur ou sur la survie d’un groupe en multijoueur, The Last of Us (2013) est édité par Sony Computer Entertainment et développé par Naughty Dog pour la console PlayStation 3. Enorme succès commercial salué par la critique et adulé par de nombreux joueurs, The Last of Us connaît même un retour en force depuis fin juillet avec la sortie de sa version remasterisée pour PlayStation 4. Prenant place quelques années après qu’une infection fongique ait ravagé l’Humanité, le jeu met en scène deux survivants, le quinquagénaire Joel et l’adolescente Ellie, qui doivent traverser un territoire américain délabré et hostile pour leur propre salut. Si le gameplay reste assez commun et laisse très peu d’initiatives quant à l’influence du joueur sur le scénario, les stratégies de survie et l’ambiance particulièrement immergente y sont traités avec brio. Privilégiant le suivi d’un récit en images de synthèse plutôt que de laisser le joueur prendre en main son destin et la difficulté des différents tableaux, The Last of Us s’est attiré cependant les foudres de certains joueurs hardcore, lui reprochant de trop couver le joueur au profit d’un public péjorativement désigné sous le terme de « cazu » . Ce reproche souligne surtout à mon sens que si The Last of Us reste un jeu à réserver à un public averti, son gameplay abordable permet au plus grand nombre de joueurs de s’immerger dans une intrigue digne d’un excellent film post-apocalyptique hollywoodien.

Comme exposé précédemment, The Last of Us ne reprend pas le thème habituel des zombies morts-vivants mais s’appuie sur une base scientifique avérée, celle de l’infection des fourmis par des champignons du genre Cordyceps sp. Les pauvres insectes se retrouvent parasités par une excroissance fongique, prenant le contrôle de leur cerveau afin que l’hôte se laisse mourir sur la cime des arbres, là où les conditions permettront au champignon de terminer son cycle de développement. Les nombreux documentaires animaliers consacrés à ce phénomène « d’insectes zombifiés » ont permis de démontrer de surprenants comportements entre fourmis saines et infectées, leurs congénères ayant tendance à bloquer l’accès à la fourmilière et à repousser les individus ainsi contaminés. Les développeurs de The Last of Us ont là une idée originale pour détourner le genre de son étiquette fantastique habituelle et explorer un aspect hard science plutôt inattendu. Imaginant que ces mêmes champignons du genre Cordyceps sp. puissent évoluer vers une espèce parasitant exclusivement les êtres humains, ils développent une pandémie incontrôlée basée sur le contact par le sang ou la respiration de spores disséminées dans l’air ambiant. Les victimes de ces infections développent rapidement au niveau de la tête des excroissances spongieuses et perdent le contrôle de leur corps. Le champignon, qui continue son développement jusqu’à différentes formes extrêmes, pousse son hôte à se nourrir d’humains sains et à rechercher des zones humides favorables à sa prolifération. Comme dans Le Jour des Triffides de l’écrivain britannique John Wyndham, les stades avancés peuvent se repérer au sonar et traquent les survivants dans les zones non-sécurisées.

L’intrigue rebondit également sur de récentes œuvres littéraires ou cinématographiques. L’idée d’un survivant dans la force de l’âge et d’une enfant l’accompagnant dans un monde hostile n’est pas sans rappeler La Route de Cormac McCarthy. Les dialogues courts, faits de consignes et mantras répétés entre les deux survivants sont directement tirés du chef-d’œuvre. L’esthétique de l’adaptation cinématographique de La Route ou encore du Je suis une Légende de Francis Lawrence sont largement repris par les développeurs pour créer les graphismes et décors de ce jeu, tandis que l’intrigue violente dépeignant les autres survivants comme des menaces bien plus importantes que les rôdeurs fongiques est clairement inspirée de Walking Dead. Les plus cinéphiles d’entre-vous auront d’ailleurs peut-être remarqué les clins d’œil faits à d’autres films comme Les Fils de l’homme, où une milice secrète lutte également contre les reliquats d’un état militaire, ou encore l’atmosphère noire et sanglante de No country for old men des frères Coen. En définitive, ces multiples sources d’inspiration ne se limitent pas à enrichir l’expérience ludique du joueur, elles permettent à The Last of Us de s’inscrire dans cette veine trans-médias actuelle revisitant le genre post-apocalyptique et offrant un éclairage moderne bien plus complexe de la figure du survivant dans un monde anarchique.

Excellent jeu d’ambiance et d’action-aventure que ce The Last Of Us, qui s’il peut décevoir le gamer hardcore par sa relative facilité et sa déclinaison sous la forme d’un film d’animation dont vous êtes le figurant, offre en contre-partie une plongée dans un univers et une intrigue particulièrement réussis. Après des années de morts-vivants toujours plus fantastiques, ce retour vers un univers post-apocalyptique d’influence « hard science » est aussi rafraîchissant qu’inattendu. Mieux encore, en réduisant la barrière séparant la fiction de notre réalité, ce jeu vidéo gagne en crédibilité, et inspire immanquablement une frousse effroyable au joueur. Et si une nouvelle espèce de Cordyceps sp venait un jour à nous infecter, que se passerait-il ? Jusqu’à quel point le scénario de The Last Of Us se reproduirait-il ? Trouver autant de réflexions de scientifiction dans un jeu d’aventure, s’attacher avec autant d’affection à des personnages à la psychologie aussi approfondie, suivre une intrigue percutante dont les multiples rebondissements n’ont de cesse de nous couper le souffle, voilà bien des arguments qui ne pourront que vous convaincre de franchir le pas et de découvrir The Last Of Us à votre tour.


La Planète des singes : l’affrontement – Matt Reeves (2014)

planete-singes-affrontementDix ans se sont écoulés depuis que la grippe simiesque a décimé l’humanité. Les rares survivants se sont regroupés au cœur des cités en ruines, tentant de rebâtir un semblant de civilisation. Dans les forêts de la côte ouest des États-Unis, César et les singes évadés ont bâti un nouveau foyer. Ces singes cobayes rendus accidentellement intelligents par un traitement expérimental contre la maladie d’Alzheimer ignorent que le virus simiesque s’est échappé en même temps qu’eux. Depuis plusieurs saisons, ils n’ont pas croisé la moindre trace d’humains. Jusqu’à ce qu’un groupe de survivants blesse un des leurs. Pour César, cette confrontation est un choc. Non seulement les humains sont toujours présents, mais ils pourraient représenter une menace pour le peuple des singes. Cependant, César choisit le parti de la paix et laisse les survivants restaurer un barrage électrique. Tous les singes ne partagent pas le même avis, et Koba va tout faire pour provoquer l’inévitable conflit entre les deux camps…

Avec un budget de 120 millions de dollars (soit un tiers de plus que le précédent volet), La Planète des singes : L’Affrontement s’annonce comme le gros box-buster de l’été 2014. Annoncé à grand renfort de courts-métrages originaux censés résumer les dix années écoulées entre les deux opus, ce film de science-fiction hollywoodien a su largement se faire attendre du public. Il faut dire que cette suite a été annoncée très tôt, le succès an box-office de La Planète des singes : Les Origines ayant rapidement ouvert l’appétit des producteurs. L’équipe du film évoque dès la sortie du film leur volonté de rebondir sur tout un univers de licence propice au développement de plusieurs suites. L’idée n’est alors pas sans évoquer les quatre suites produites après le succès de la Planète des Singes en 1968. Mais en septembre 2012, le réalisateur Rupert Wyatt aux commandes de La Planète des singes : Les Origines quitte le projet, considérant les délais de production beaucoup trop courts. Matt Reeves est annoncé à la réalisation en octobre 2012 et le tournage débute en avril 2013. Dès janvier dernier, le producteur Peter Chernin et la 20th Century Fox révèlent la mise en chantier d’une suite, qui devrait sortir pour l’été 2016. Les singes n’en ont donc pas fini d’occuper le grand écran.

Les origines de la Planète des Singes ayant déjà été portées à l’écran, le film de Matt Reeves n’est pas à proprement parler une nouveauté, ni même un reboot. En effet, la première et célèbre adaptation du roman de Pierre Boulle avec Charlton Heston à l’affiche (1968) connut en tout et pour tout quatre suites aussi improbables que totalement hors sujet vis à vis du roman. L’intrigue se déroule à chaque fois en dehors du synopsis de Pïerre Boulle, puisque l’auteur imaginait pour sa part un futur lointain dans lequel la civilisation humaine est remplacée par celle du singe à l’échelle de la galaxie toute entière. Si le long-métrage de 1968 restait fidèle au voyage interstellaire jusqu’à la planète des singes, les suites portées à l’écran en dérivaient progressivement pour ramener l’action sur Terre. Après les événements du Secret de la planète des singes de Ted Post (1970) les singes scientifiques Cornélius et Zira, personnages majeurs du roman et héros simiesques des premières adaptations, quittent finalement leur planète pour fuir sur Terre avec la navette spatiale du capitaine Taylor. Leurs aventures terriennes sont narrées dans le troisième opus, Les Évadés de la planète des singes (1971) de Don Taylor. Le quatrième opus débute quant à lui vingt ans plus tard, lorsque les singes sont devenus les nouveaux animaux domestiques après qu’un virus ait tué chiens et chats. La Conquête de la planète des singes de J. Lee Thompson (1972) a pour héros César, le fils de Cornélius et Zira. Ce singe élevé à l’écart du monde pendant toutes ces années découvre le traitement infligé à ses semblables terrestres et leur apprend à devenir des êtres intelligents. Il place ainsi les germes de la révolte dans leurs esprits simiesques. Après les violentes émeutes qui renversent l’ordre établi, le cinquième volet baptisé La Bataille de la planète des singes (1973), toujours réalisé par J. Lee Thomson, se focalise alors sur la guerre de conquête qui oppose l’humanité aux singes de César.

Malgré une similitude dans l’intrigue générale, à savoir l’avènement d’une civilisation simiesque sur Terre, il existe au final, peu de ressemblances entre la série précédemment portée à l’écran et cette nouvelle série de reboots inaugurée par La Planète des singes : Les Origines. La nouvelle monture et sa suite prennent encore plus le large vis à vis du roman de Pierre Boulle. Les scénaristes ont totalement occulté l’aspect futuriste des voyages interstellaires de l’œuvre littéraire pour ne se concentrer que sur une intrigue américaine ancrée dans notre propre époque. Le cadre flirte avec le post-apocalyptique et les menaces de pandémies de grippes, tandis que le lobby pharmaceutique tient lieu de responsable des cataclysmes décrits. Autres temps, autres problématiques, me direz-vous. Mais en modifiant si profondément l’intrigue du roman, ce reboot ne retient en défintive que la notion de singes intelligents en guerre contre l’homme. Le phénomène est typique du cinéma hollywoodien actuel et n’a donc plus rien de surprenant. Les amateurs du roman de Matheson se souviennent encore avec douleur du si décrié Je suis une Légende de Francis Lawrence qui suivait la même recette commerciale. Le film est donc sans surprises de ce côté-là, même si cette transformation des romans cultes en de simples « punchlines » adaptables à volonté laisse quelque peu songeur. Sommes-nous devant une évolution de ces romans en mythes de la culture populaire ou est-ce une conséquence du déclin artistique des bock-busters hollywoodiens ? La question mérite d’être posée, à défaut de pouvoir y répondre pour le moment.

Alors, qu’en est-il de ce nouvel opus ? Puisqu’il serait inutile de faire durer plus longtemps le suspens, La Planète des singes : L’Affrontement est de toute évidence un dispensable film à gros budget, dont la seule réussite est d’avoir pu accumuler en deux heures un maximum d’effets spéciaux numériques et de scènes d’action explosives. Mais le film reste d’une superficialité si affligeante que la débauche d’images ne fait pas très longtemps illusion. Il serait tentant de qualifier ce block-buster de singerie, mais au vu de son synopsis, le jeu de mot serait trop facile. Et pourtant, nous y sommes bien. Même ses décors classiques de ville en ruine manquent cruellement d’originalité. Quid du scénario ? Il est fade, sans grand intérêt et ne ménageant aucun suspens quant à sa conclusion. N’espérez pas qu’un des personnage ne vienne sauver la production, aussi bien du côté humain que du côté singes numériques, ce n’est qu’un festival de rôles clichés et mal interprétés. Il faut bien reconnaître pour la défense des acteurs que les incohérences du scénario et les répliques fadasses échangées entre leurs personnages n’aident pas à crédibiliser leur prestation. Au final, le film lasse rapidement, chaque plan étant tourné avec si peu de conviction qu’il aurait fallu beaucoup plus qu’un combat nocturne largement spoilé dans les bandes-annonces pour faire oublier leur vacuité. Quant à la poursuite de la série, rassurez-vous, une belle fin ouverte sur un coucher de soleil plein de promesses nous confirme qu’un troisième volet est déjà en préparation. Cette fois-ci, ce sera sans moi. Alors pourquoi pas sans vous ?


Aftermath : Population Zéro

Aftermath : Population Zéro est un docu-fiction de 90 minutes spéculant la disparition subite et pacifique de l’Homme de la surface de la Terre. Diffusé pour la première fois en 2008 par la chaîne National Geographic, ce programme cherche à imaginer comment le monde évoluerait sans l’homme. Très inspiré du livre Homo disparitus d’Alan Weisman, ce docu-fiction explore ce monde débarrassé de l’homme, des premières secondes jusqu’aux millénaires suivants.


World War Z – Marc Forster (2013)

WWZLa tranquille petite vie pavillonnaire de Gerry Lane, un ancien employé de l’ONU, et de sa petite famille se retrouve brutalement anéantie lorsqu’une invasion zombie ravage les rues de Philadelphie. Parvenu à contacter son ancien patron, Gerry et sa famille sont évacués in extremis par hélicoptère alors que les mégalopoles du monde entier sombrent dans le chaos. Recueilli sur le QG provisoire de la flotte américaine au large de l’océan Atlantique, Gerry rempile auprès de l’ONU pour assister le Dr. Andrew Fassbach. Leur mission consiste à remonter la source de l’épidémie zombie jusqu’à identifier l’origine virale. Cette course contre la montre les mènera en Corée du Sud, à Jérusalem et au Pays de Galles, à la recherche d’un vaccin efficace pour qu’enfin les survivants entament leur contre-attaque mondiale contre les zombies.

Très largement inspiré du livre de Max Brooks, World War Z prend à contre-pied l’univers de l’auteur américain. Ici, il n’est plus question de témoignages recueillis par un agent de l’ONU au lendemain de la guerre contre les zombies, mais des premiers jours de l’apocalypse vécus par un Brad Pitt destiné à sauver le monde. Le scénario de Matthew Carnahan, Joseph Straczynski et Damon Lindelof (car oui, ils ont du se mettre à trois pour pondre ça) déforme tellement le roman, à tel point que le spectateur averti en viendra à se demander si les trois scénaristes ont seulement pris la peine de lire le livre éponyme ou s’ils se sont vaguement inspirés du quatrième de couverture. Le résultat final s’apparente d’ailleurs si peu au roman qu’une comparaison avec les cinématiques d’un quelconque add-on zombiesque pour tout FPS du moment serait plus appropriée. Notez que Max Brooks en personne, pourtant familier du fonctionnement d’Hollywood, s’est déclaré particulièrement surpris et déçu par ce massacre total de son roman. Aussi Max Brooks reniant sans réserves ce film servira d’avertissement aux amateurs du roman. Les plus téméraires d’entre-eux n’auront pas manqué de répertorier l’impressionnante liste d’erreurs et de différences entre les deux œuvres.

Inutile de préciser que la vision des zombies est entièrement transformée. Les théories de Max Brooks sur le parasite cérébral sont tout simplement ignorées, remplacées par un banal virus rendant les morts-vivants ultra-rapides. La moindre originalité est d’ailleurs bannie du scénario, qui introduit la vélocité des zombies uniquement comme prétexte à la réalisation 3D de vagues d’assaillants aussi rapides et nombreux qu’un essaim de criquets s’abattant sur un champ de blé. Mais hélas, les meilleures scènes d’action de World War Z ont été largement diffusées sur le web par l’équipe marketing du film. A tel point que les quelques 32 minutes d’extraits vidéo gratuits mis bout à bout resteront toujours plus attrayants que les 116 minutes de la version complète. Film fade, sans saveur et dépourvu de tout scénario pertinent, World War Z ne sera pas non plus sauvé par la prestation de ses acteurs. Brad Pitt y joue le rôle du bon père de famille américain, beau gosse séduisant et véritable héros américain. L’icône commerciale dans toute sa splendeur se retrouve confrontée à des hordes de zombies en image de synthèse dans une orgie d’effets spéciaux. Mais le gavage de fond vert ne semble pas avoir inspiré l’acteur principal, dont la performance particulièrement médiocre décrédibilise la moindre scène du film. Passée l’adrénaline des scènes d’action, le film sombre dans le ridicule, pour ne pas dire le burlesque. Dommage que toute cette production soit hélas à prendre au premier degré, car face à tant de médiocrité, nous aurions presque pu croire à un parodie des films d’horreur apocalyptiques…

World War Z est l’archétype même du block-buster commercial, fade et sans aucun intérêt. Ce gavage d’effets spéciaux sert un scénario mauvais, dépourvu de la moindre logique et uniquement axé sur la bonne vieille ficelle de la course-poursuite à cent à l’heure. Explosions, zombies grotesques, chargeurs de fusils d’assaut vidés par dizaines, crash d’avion et autres accidents spectaculaires, rien ne semble décoiffer Brad Pitt. Ni même le spectateur, d’ailleurs. Même la bande originale, convenue et ennuyeuse, n’eut aucune grâce à mes oreilles. Elle ne fait que rajouter du bruit à la débauche d’effets spéciaux. En conclusion, Marc Forster nous propose un magnifique étron zombiesque réalisé avec la coquette somme de 190 millions. De quoi nous faire regretter les mauvais films d’horreur en noir et blanc des années 50, bien au-dessus du niveau de cette pitoyable mascarade zombiesque.