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Conférence Utopiales 2014 : le voyage interstellaire, une idée intelligente ?

Les Utopiales démarrent aujourd’hui ; le président du festival et physicien Roland Lehoucq inaugurait ce matin l’édition 2014 avec une passionnante conférence consacrée à la plausibilité du voyage interstellaire. Le sujet étant aussi vaste que passionnant, le Pr. Lehoucq se proposait de l’aborder sous un angle qui lui tient particulièrement à cœur : l’énergie nécessaire. C’est devant un public venu nombreux que le Professeur a donc tenu une conférence aussi pédagogique que savante, à même de susciter des vocations parmi les plus jeunes auditeurs.

Le Projet Daedalus - vue d'artiste.

Le Projet Daedalus – vue d’artiste.

Premier constat à l’allure de douche froide, voyager dans l’espace nécessite de rallier des distances faramineuses. Les astres de notre minuscule portion de galaxie sont séparés entre-eux par des distances considérables, et même le moindre voyage dans le système solaire peut s’éterniser. Rejoindre Mars prendrait au bas mot six mois, tandis que la sonde New Horizons partie en 2006 devrait atteindre Pluton d’ici juillet 2015 … Même les sondes les plus éloignées de notre planète ont à peine atteint la limite du système solaire et dérivent aux alentours de 100 UA. Aussi rallier la plus proche étoile à l’aide de notre technologie spatiale actuelle peut sembler illusoire : il faudrait pas moins de 80000 années pour rallier Proxima Centauri ! Les lointains descendants de l’équipage d’origine seraient-ils en vie ? Ou même capables de comprendre l’odyssée dans laquelle leurs ancêtres les embarquèrent ?

La plus grosse difficulté, comme l’a exposé tout au long de cette conférence le Pr. Lehoucq, repose sur la notion d’énergie. En effet, plus nous voyageons à des vitesses relativistes, plus nous devons dépenser des sommes exponentielles d’énergie. Si un vaisseau lancé à 1% de la vitesse de la lumière rallierait l’étoile la plus proche en 400 ans, il nécessiterait en retour un potentiel énergétique considérable, de l’équivalent de plusieurs années de production mondiale d’énergie générée par l’activité humaine ! De même que nos modes de propulsions chimiques sont totalement incapables de rallier les étoiles, les modes de propulsion par fission, fusion nucléaire ou antimatière posent des contraintes technologiques encore insurmontables. Prenons l’exemple du Projet Daedalus, une étude menée de 1973 à 1978 par la British Interplanetary Society pour concevoir une sonde interstellaire réalisable. Sa propulsion par réaction de fusion nucléaire entre de l’hélium 3H et du deutérium permettrait d’atteindre – en théorie – l’étoile de Barnard distante de 5,9 années-lumière en seulement 50 ans. Mais comment constituer des stocks suffisants d’hélium 3H ? Pour le Pr. Lehoucq, seule l’exploitation des ressources isotopiques de Jupiter apporterait une production suffisante à court terme … encore faut-il développer l’exploitation de Jupiter à l’échelle industrielle ! De même pour les vaisseaux spatiaux équipés de moteurs à antimatière : outre la difficulté de concevoir un moteur au rendement acceptable, il se pose la question du stockage de l’antimatière en masse suffisante, là où seulement quelques particules sont contenues pendant à peine un quart d’heure avec la technologie de pointe actuelle.

Le "Venture Star" du film Avatar

Le « Venture Star » du film Avatar

En définitive, si le voyage interstellaire n’est pas encore à l’ordre du jour, la science-fiction nous offre tout de même quelques exemples de vaisseaux spatiaux suffisamment plausibles pour être discutés par les physiciens. Le Venture Star du film Avatar en est un parfait exemple. Bien que le film de James Cameron provoque d’âpres discussions entre cinéphiles, et notamment en raison de son scénario, le vaisseau spatial ralliant la Terre à la planète Pandora reste particulièrement bien pensé, avec ses énormes moteurs, ses réserves d’antimatière et son bouclier de proue protégeant l’équipage du bombardement de particules cosmiques. Dans Tau zéro de Poul Anderson, le vaisseau spatial fonctionne à la manière d’un aspirateur interstellaire, récupérant à la proue les particules cosmiques pour les éjecter en poupe et ainsi propulser le vaisseau. Une bien belle idée pour nourrir les rêves des scientifiques comme des lecteurs.


La course à la fusion thermonucléaire relancée

Deux annonces retentissantes ont relancé la course à l’énergie de demain. D’un côté, la firme américaine Lockheed Martin a annoncé le développement d’un prototype de réacteur à fusion contrôlée miniaturisé. De l’autre, le laboratoire Sandia a révélé une avancée pour sa fameuse Z machine. Mais ces excellentes nouvelles ne manquent pas d’attirer une bonne dose de scepticisme auprès de la communauté scientifique. Alors, pipeautage ou date charnière de la physique du XXIème siècle ?

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Crédits : Lockheed Martin (2014)

Hélas, nous ne disposons pour le moment que des déclarations de chaque challenger, aussi le contenu de ces communiqués de presse doit être pris en compte avec la plus grande prudence. Il faut à ce sujet bien avouer que les habituelles annonces fracassantes relayées par les pure players sur le web se résument le plus souvent à de vulgaires hoax et escroqueries de charlatans, piètres physiciens du dimanche ou illuminés adeptes de pseudo-sciences. Cependant, certains éléments plaident en faveur de ces deux communiqués de presse, et ce bien au-delà des doutes légitimes de la communauté scientifique. Commençons tout d’abord par Lockheed Martin, précédé d’une réputation sérieuse dans cette affaire. Selon leurs propres déclarations, leurs ingénieurs seraient en bonne voie pour dévoiler d’ici un an le principe d’un réacteur thermonucléaire dix fois plus compact que Iter et permettant une fusion nucléaire sans risques. La firme, spécialisée dans l’équipement de défense militaire et de sécurité, d’envisager l’emploi de ces réacteurs à fusion pour mouvoir porte-avions et avions de transport militaire lourd. Bien entendu, la fusion nucléaire intéresse fortement le domaine civil : la firme américaine envisage ainsi d’alimenter des villes de cinquante à cent mille habitants à l’aide de petits réacteurs disponibles d’ici 5 ans. Quant au domaine aérospatial, le développement de moteurs ioniques à partir de cette technologie réduirait à un mois seulement le voyage vers Mars !

D’après les premières informations consultables, le secret de Lockheed Martin reposerait sur des aimants supraconducteurs, reprenant par la même occasion les propositions développées par le mathématicien Harold Grad au sujet de la fusion contrôlée dans les années 1950. A cette époque, les travaux théoriques de ce chercheur de l’Université de New York n’étaient pas expérimentables, faute de champs magnétiques suffisamment puissants. La technologie étant aujourd’hui disponibles, les ingénieurs de Lockheed Martin laissent à supposer qu’ils disposeraient déjà d’une maîtrise technique suffisante dans ce domaine appliqué. La situation est pour le moins différente dans le cas des laboratoires Sandia, rattachés au département américain de l’Énergie des États-Unis. Leurs chercheurs ont développé la fameuse « Z machine » , un générateur de rayons X pulsés. Développé depuis près de vingt ans, leur dispositif commence à donner des résultats plus qu’encourageants. Les chercheurs ont comprimé du deutérium, un isotope de l’hydrogène, dans un cylindre métallique soumis à un courant électrique de très haute intensité (19 millions d’ampères). Ils ont ainsi obtenu un plasma porté à 35 millions de degrés celsius. A titre de comparaison, le cœur du Soleil est deux fois plus froid, et ITER devrait atteindre des températures trois fois supérieures. Mesurant les flux de neutrons issus des réactions produites lors de cette expérience, ils ont mis en évidence la fusion d’atomes de deutérium (D-D), formant de l’hélium-3 et du tritium, ainsi que la fusion de deutérium et de tritium (D-T), preuve indirecte de la production précédente de tritium. Un résultat encourageant mais encore insuffisant, car il faudrait multiplier par un facteur de 10000 pour que le nombre de réactions puisse produire un bilan énergétique positif.

La Z machine (crédits : laboratoires Sandia).

La Z machine (crédits : laboratoires Sandia).

La maîtrise de la fusion thermonucléaire est sujet à de nombreuses controverses, essentiellement en raison des nombreux charlatans partisans de l’énergie libre ou de la fusion froide qui pullulent sur le web. Aussi ces bonnes nouvelles, aussi ténues soient-elles, représentent une véritable bouffée d’air frais. A défaut de pouvoir émettre une opinion définitive sur la portée de ces annonces, il nous faudra guetter les prochains développements dans ces affaires respectives et suspendre notre souffle d’ici là.


Qui croit sérieusement en la théorie de Terre plate ?

FE_lolUn article récemment paru sur le site web Vice a fait découvrir à des lecteurs incrédules l’improbable Flat Earth Society. Cette organisation américaine, qui se veut héritière de l’ouvrage « Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe » (1881) de Samuel Rowbotham, promeut une pensée pour le moins incongrue. En effet, ses quelques quatre cent membres sont persuadés qu’un vaste complot mondial organisé par les plus hautes instances gouvernementales cache au monde entier que la Terre est en vérité un vaste disque et non une sphère. Dans ce modèle, le point central du disque correspondrait au pôle nord, tandis que l’Antarctique serait son périmètre. Quant aux innombrables preuves scientifiques de la rotondité de la Terre, elles ne seraient que des sophismes grecs entretenus par des organisations supranationales.

Comment réfutent-ils les démonstrations et preuves scientifiques de la sphéricité de la Terre ? Avec beaucoup d’aplomb, et une bonne dose de notions pour le moins fantasques. Ainsi considèrent-ils qu’un « tourbillon éthérique » perturbe les ondes électromagnétiques, induisant des phénomènes d’illusion optique pour l’observateur terrestre. Ou encore que le Soleil comme la Lune n’ont que 52 km de diamètre. Ces déclarations ont de quoi faire rire : bien avisé l’internaute qui croirait à une parodie digne du Disque-Monde de Pratchett. Et pourtant, cette association fondée en 1956 n’a rien d’un canular. Il s’agit même de la refondation d’une autre organisation, l’Universal Zetetic Society, elle-même créée à la fin du XIXème siècle.

Le plus surprenant reste que la théorie de la Terre plate était déjà considérée comme désuète à l’époque hellénistique (IVème siècle avant J.C.). Platon admettait dans ses écrits la sphéricité de la Terre. En vérité, le dernier grand débat eut lieu dans le monde romain chrétien d’Orient entre l’École théologique nestorienne d’Antioche, partisane de la Terre plate et l’École théologique d’Alexandrie, partisane de la Terre ronde. Cette controverse présente elle-même que peu d’importance puisque après le départ des Nestoriens vers la Perse, l’École jacobite leur succédant prôna un modèle d’univers sphérique. Cette culture hellénique transmise ensuite au monde musulman permit non seulement de conserver une grande part du savoir antique en Orient, mais ancra définitivement le modèle de la Terre ronde auprès des philosophes arabes. Quant à l’Occident, mis à part quelques exceptions comme Lactance (250-325), quasiment aucun autre philosophe ou religieux des derniers siècles de l’Empire Romain ne remit en cause la rotondité de la Terre. Contrairement à ce que qu’écrivit Cyrano de Bergerac (1619-1655), Saint Augustin ne défendit même jamais la théorie de la Terre plate, bien au contraire. Dans la Cité de Dieu (livre XVI, 9), le fameux philosophe et théologien écrivit :

« Quant à leur fabuleuse opinion qu’il y a des antipodes, c’est-à-dire des hommes dont les pieds sont opposés aux nôtres et qui habitent cette partie de la terre où le soleil se lève quand il se couche pour nous, il n’y a aucune raison d’y croire. Aussi ne l’avancent-ils sur le rapport d’aucun témoignage historique, mais sur des conjectures et des raisonnements, parce que, disent-ils, la terre étant ronde, est suspendue entre les deux côtés de la voûte céleste, la partie qui est sous nos pieds, placée dans les mêmes conditions de température, ne peut pas être sans habitants. Mais quand on montrerait que la terre est ronde, il ne s’ensuivrait pas que la partie qui nous est opposée ne fût point couverte d’eau. D’ailleurs, ne le serait-elle pas, quelle nécessité qu’elle fût habitée, puisque, d’un côté, l’Écriture ne peut mentir, et que, de l’autre, il y a trop d’absurdité à dire que des hommes aient traversé l’immensité de l’Océan pour y implanter un rameau détaché de la famille du premier homme » .

Saint Augustin ne remet nullement en cause la rotondité de la Terre mais débat uniquement de l’absence de preuves qu’elle soit habitée aux antipodes ; ce court extrait démontre que la théorie de la Terre plate n’était même plus sérieusement évoquée de son vivant. Il est d’ailleurs amusant de noter que s’il ne doutait pas pour mieux soutenir le dogme des Écritures, Augustin aurait pu faire un brillant zététicien !. La chute de l’Empire Romain ne signifie pas pour autant l’abandon de l’idée d’une Terre ronde. Les penseurs du Haut Moyen-Âge conservent les démonstrations du monde antique, bien que le savoir grec leur reste partiellement inaccessible pendant plusieurs siècles. Aussi l’idée encore véhiculée de nos jours qu’avant Christophe Colomb les intellectuels du Moyen-Âge niaient la rotondité de la Terre est tout simplement fausse ! En définitive, quiconque ayant un peu d’instruction croyait en la Terre ronde, cependant les hommes de lettre craignaient qu’une zone infranchissable ne sépare les deux hémisphères, rejoignant en cela les doutes de Saint Augustin. Le défi relevé par les grands explorateurs ne fut donc jamais de prouver la rotondité de la Terre, mais plutôt de démontrer qu’il était possible de rallier les quatre coins du globe.

Aussi est-il encore plus difficile de croire qu’au XXIème siècle, des hommes et des femmes puissent se déclarer partisans de la théorie de la Terre plate, retardant de 2400 ans en matière de compréhension de notre globe terrestre. Que des internautes puissent ainsi détenir moins de savoir scientifique qu’un lettré romain ou qu’un chevalier en route pour les Croisades a quelque chose de vertigineusement ridicule. Mais peut-être est-ce là un des paradoxes de notre société de l’information immédiate …


Chemtrails, HAARP, Moon Hoax, ces complots insensés qui pullulent sur le web

L’été est propice à l’observation du ciel, qu’il soit d’un bleu d’azur immaculé ou d’un noir constellé de milliers d’étoiles scintillantes. Confortablement allongé sur sa chaise longue, on regarde le voyage au long cours d’avions perchés à haute altitude ou l’éclat fascinant d’une pleine lune au-dessus de l’océan. On se prend alors à rêver à quelques destinations lointaines et exotiques, ou à d’autres mondes inconnus situés bien au-delà des étoiles filantes. Mais pour les partisans de la théorie du complot, rien dans le ciel n’invite à cette douce rêverie qui remplit vos vacances estivales, bien au contraire. De nombreux complots voient dans les formes allégoriques des nuages les preuves de terribles machinations, et les voilà s’agitant sur le web, tels des gaulois craignant que le ciel ne leur tombe sur la tête !

Démonter les propos des charlatans anti-sciences fait également partie de mes objectifs de blogueur, et les lecteurs réguliers connaissent déjà mes combats contre les créationnismes et les climato-sceptiques. Mais toutes les théories anti-sciences ne se valent pas. Si les deux citées ci-dessus ne peuvent qu’inspirer une réfutation sans concessions, certaines polémiques sur les cultures d’OGM ou les thèses des Bogdanoff ne peuvent être rejetées d’un seul bloc, et nécessitent un rigoureux débunking afin d’en séparer la part de vérité de l’affabulation. D’autres, enfin, se basent sur des rumeurs tellement folles que leur message semble dénué de toute logique ; leur décryptage devient d’autant plus difficile que leurs partisans se sont enfermés dans une vision paranoïaque de la réalité et refusent systématiquement de briser leur cercle de raisonnement vicieux. Curieusement, les trois plus grands hoax répondant à cette définition concernent le ciel : ce sont les chemtrails, le projet HAARP et le Moon Hoax.

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Audrey Garric, journaliste et blogueuse du Monde.fr s’est attaquée dernièrement à la théorie des chemtrails. Dans un article aussi passionnant qu’instructrif, la journaliste réalise l’un des meilleurs travail de synthèse qu’il m’ait été permis de lire sur le sujet. Retraçant les origines du hoax à un rapport de l’US Air Force de 1996 baptisé « Le climat comme un multiplicateur de force : posséder le temps en 2025 » , elle montre comment le réseau internet récemment ouvert au public permit alors, grâce à l’émergence des premiers sites conspirationnistes, de véhiculer une interprétation paranoïaque de ces réflexions militaires sur la faisabilité d’armes climatiques, pourtant un très vieux thème scientifique. Comment les partisans du complot firent-ils le rapprochement entre les traînées de condensation laissées par les avions en haute altitude (les contrails, pour condensation trails) et l’idée d’un vaste complot de géoingénierie militaire ? Probablement en regardant le ciel, comme tout à chacun. Les condensation trails s’expliquent aisément par le choc thermique entre l’air chaud et humide éjecté par les turbines d’avion et l’air froid et plus sec de la haute atmosphère. En fonction du degré d’humidité relatif et de la température à ces altitudes, il va se créer dans le sillage de l’avion un voile nuageux de gouttelettes et cristaux de glace issus de la condensation de la vapeur d’eau. En d’autres termes, les turbines des avions de ligne fabriquent derrière elle d’inoffensifs mais spectaculaires nuages artificiels.

Et pourtant, dans l’imaginaire des théoriciens du complot, les contrails sont en vérité de dangereux chemtrails remplis de produits nocifs : métaux pauvres comme l’aluminium, métaux de transition ou alcalino-terreux, polymères irritants ou nanoparticules nocives, le cocktail a de quoi effrayer les profanes. Bien entendu, les réfutations scientifiques comme aéronautiques ne suffisent pas à démonter les rumeurs : l’absence de preuves est, pour le théoricien du complot, la meilleure preuve que la vérité lui est cachée. Aussi serait-il vain d’accumuler les analyses géochimiques des traînées nuageuses en haute altitude pour rassurer un conspirationniste, l’effet inverse serait obtenu. Le plus surprenant réside peut-être dans les tenants et aboutissants du complot. A qui profitent les chemtrails ? Selon les théoriciens du complot, sont renvoyés sur le banc des accusés aussi bien l’armée américaine (chemtrails militaires et armes climatiques), la gouvernance mondiale (chemtrails économiques ou démographiques), le GIEC (chemtrails réchauffistes) ou encore l’incontournable firme Monsanto qui mettrait ainsi sur place des cultures génétiquement modifiées résistantes à l’aluminium ! Même constat avec le complot HAARP, étroitement associé dans les théories du complot climatique aux chemtrails. Le projet High Frequency Active Auroral Research Program (HAARP) installé depuis 1993 près de Gakona, en Alaska, est une installation de recherche sur l’ionosphère financée conjointement par l’US Air Force et l’US Navy, sous la direction scientifique de l’Université d’Alaska. Grâce à l’excitation via des ondes haute fréquence de la haute atmosphère, le projet tend à comprendre les mécanismes électromagnétiques complexes qui régissent l’ionosphère. Le programme se présente au sol comme un champ d’antennes assez monotone. Car pour vraiment observer les effets de ces installations, il faut écouter en radioamateur sur des fréquences précises les impulsions émises lors d’expériences menées conjointement avec les géophysiciens américains. Le projet HAARP a cependant permis une percée scientifique assez spectaculaire, lors de l’apparition d’une émission optique artificiellement provoquée par l’interaction de ces ondes haute-fréquence et du plasma ionosphérique. Le phénomène, décrit par Pedersen & Gerken (2005) dans la revue Nature, excita bon nombre de conspirationnistes y voyant là une preuve éclatante de la puissance néfaste du projet HAARP. Puisque les scientifiques génèrent des lumières dans le ciel, il n’y a – dans l’esprit des conspirationnistes– aucune raison pour que les militaires ne puissent pas modifier le climat, interrompre toute forme de communication hertzienne, détruire ou détourner des avions et missiles transcontinentaux et même influencer les comportements humains. Tout ceci grâce à une petite tâche lumineuse verdâtre bien moins spectaculaire qu’une aurore boréale, rappelons-le.

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Il suffirait d’un peu plus de bon sens et de culture scientifique aux tenants de ces théories du complot pour se rendre compte de leur erreur : dans le cas du Moon Hoax, théorie attribuant à divers degrés les vols lunaires habités à une supercherie du gouvernement américain, un débunking en règle des arguments complotistes montre que la plupart d’entre-eux sont basés sur une méconnaissance de disciplines scientifiques basiques telles que l’optique, l’astronomie ou encore la mécanique du point. De même pour les chemtrails, les théories conspirationnistes rejetent de facto une explication basique de chimie physique pour lui préférer des théories aussi complexes que fumeuses. Le principe du rasoir d’Ockham permet, comme toujours, de rejeter par simple raisonnement logique ces explications conspirationnistes. Prenons quelques instants au sérieux l’hypothèse d’un déversement de métaux toxiques et micro-particules dans la haute atmosphère. Un premier problème se pose : dans l’aéronautique, le moindre kilogramme de charge utile transportée est précieux. Les ingénieurs métallurgistes connaissent bien le problème pour rechercher sans cesse de nouveaux alliages à la fois résistants et légers. Etant donné qu’une compagnie aérienne doit optimiser sa charge utile embarquée (son gagne-pain) par rapport à la masse totale de l’avion au décollage, embarquer des tonnes de produits chimiques à pulvériser dans le ciel équivaut à réduire cette charge utile, et donc à rendre chaque vol bien moins rentable. Dans ce cas, qui payerait la facture ? Imaginons que l’état et certaines firmes privées financent la pulvérisation d’aluminium au-dessus de nos têtes. Nous pouvons, de manière assez grossière, estimer le coût de la manœuvre rien qu’en calculant l’achat quotidien de matière première. Supposons que chaque avion de ligne en vol embarque en moyenne secrètement une tonne d’aluminium à pulvériser, ce qui représente 1/18ème de la charge utile embarquée d’un Boeing 737-700. Ce choix d’avion utilisé aussi bien pour le fret que pour le transport de passagers n’est pas anodin, puisque actuellement, le Boeing 737 (et ses nombreuses déclinaisons) est l’avion de ligne le plus vendu au monde. A la rédaction de ce billet, le cours de l’aluminium était de 1520,34 euros la tonne. Sachant que d’après les statistiques consultées, 80000 vols mondiaux sont quotidiennement enregistrés, il faudrait payer quotidiennement la bagatelle de 121,63 millions d’euros pour arroser le ciel d’aluminium. Soit une facture à l’année de 44,4 milliards d’euros ! Si le complot des chemtrails était vrai, cela impliquerait deux conséquences directes : l’explosion exponentielle des cours de l’aluminium et autres métaux dispersés, alors que ceux-là fluctuent selon les demandes du marché, et bien entendu la faillite de la firme Monsanto, qui avec son chiffre d’affaires de 10,8 milliards d’euros, n’a clairement pas les moyens de financer ce complot. Quant à l’état payant la facture, ceci pourrait toujours expliquer dans l’esprit des conspirationnistes l’acharnement des gouvernements à réduire les dépenses publiques…

Les théories conspirationnistes frisent même le ridicule dans le cas du projet HAARP, actuellement à l’arrêt depuis plus d’un an et probablement démantelé dans un proche avenir malgré les annonces de reprises partielles d’activité à l’automne prochain. Ces mauvaises nouvelles pour la géophysique ne font pas pour autant réagir les conspirationnistes, qui malgré l’abandon du projet lui attribuent encore toute sortes d’événements climatiques et catastrophes aériennes. A croire que les installations de Gakona restent opérationnelles même une fois éteintes ! Mais puisque la moindre explication rationnelle sera rejetée comme une tentative de justification du complot, que la moindre absence de preuves sera interprétée comme l’évidence même de l’existence d’un complot, ces quelques exemples de raisonnements biaisés et contres-arguments ne pourront pas briser le cercle vicieux du conspirationnisme. Les commentaires postés en réponse au billet d’Audrey Garric en sont une preuve consternante. Pris au second degré, ils peuvent se révéler amusants et postés par des trolls patentés. Hélas, ces navrantes répliques dénuées de toute logique ou culture scientifique sont écrites avec le premier degré le plus sincère. Car le conspirationniste n’est pas seulement un militant anti-sciences trollant les sites et blogs. Il s’agit, le plus souvent, d’un innocent candide berné par des théories fallacieuses que son manque de culture scientifique ne lui ont pas permis d’éviter. A la fois victime et vecteur des théories du complot, le conspirationniste reflète une vérité bien plus triste : celle d’une société hautement technologique, et pourtant si dépourvue de culture scientifique. Or de même que l’enseignement de l’histoire permet de lutter contre le négationnisme et l’intolérance, seul l’enseignement des sciences et de leur culture permettra de rejeter les théories du complots dès le plus jeune âge. Encore faut-il se donner les moyens de ce combat et s’interroger : voulons-nous pour demain une société éclairée ou un monde obscurantiste ?

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Warp Drive NASA : un design pour vaisseaux à distorsion

Les travaux de recherche du Dr. Harold G. White sur la métrique d’Alcubierre ont de quoi faire furieusement rêver les geeks du monde entier. Et pour cause : ce physicien de la NASA travaille avec son équipe sur la propulsion par distorsion, mieux connue sous le nom de « warp drive ». Intervenant lors du congrès Spacevision 2013 qui se déroula à l’Université d’Arizona en novembre dernier, le Dr. White a présenté une conférence des plus passionnantes sur la faisabilité du « warp drive ». Alors, voyagerons-nous un jour plus vite que la lumière ? Certainement pas dans les décennies à venir. Mais en attendant, le Dr. White et et l’artiste Mark Rademaker se sont attelés à l’étude du design de ces futurs vaisseaux spatiaux. Le projet, baptisé IXS Enterprise (IXS-110), est déjà publié sous la forme de premières images de synthèse d’un réalisme bluffant :

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La conférence du Dr. White est également disponible en ligne. Voilà une belle occasion de découvrir le travail enthousiasmant de ce physicien et de revenir plus en détails sur ses propositions de design à l’attention des ingénieurs en aérospatiale des siècles prochains.