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La course à la fusion thermonucléaire relancée

Deux annonces retentissantes ont relancé la course à l’énergie de demain. D’un côté, la firme américaine Lockheed Martin a annoncé le développement d’un prototype de réacteur à fusion contrôlée miniaturisé. De l’autre, le laboratoire Sandia a révélé une avancée pour sa fameuse Z machine. Mais ces excellentes nouvelles ne manquent pas d’attirer une bonne dose de scepticisme auprès de la communauté scientifique. Alors, pipeautage ou date charnière de la physique du XXIème siècle ?

Crédits : Lockheed Martin  (2014)

Crédits : Lockheed Martin (2014)

Hélas, nous ne disposons pour le moment que des déclarations de chaque challenger, aussi le contenu de ces communiqués de presse doit être pris en compte avec la plus grande prudence. Il faut à ce sujet bien avouer que les habituelles annonces fracassantes relayées par les pure players sur le web se résument le plus souvent à de vulgaires hoax et escroqueries de charlatans, piètres physiciens du dimanche ou illuminés adeptes de pseudo-sciences. Cependant, certains éléments plaident en faveur de ces deux communiqués de presse, et ce bien au-delà des doutes légitimes de la communauté scientifique. Commençons tout d’abord par Lockheed Martin, précédé d’une réputation sérieuse dans cette affaire. Selon leurs propres déclarations, leurs ingénieurs seraient en bonne voie pour dévoiler d’ici un an le principe d’un réacteur thermonucléaire dix fois plus compact que Iter et permettant une fusion nucléaire sans risques. La firme, spécialisée dans l’équipement de défense militaire et de sécurité, d’envisager l’emploi de ces réacteurs à fusion pour mouvoir porte-avions et avions de transport militaire lourd. Bien entendu, la fusion nucléaire intéresse fortement le domaine civil : la firme américaine envisage ainsi d’alimenter des villes de cinquante à cent mille habitants à l’aide de petits réacteurs disponibles d’ici 5 ans. Quant au domaine aérospatial, le développement de moteurs ioniques à partir de cette technologie réduirait à un mois seulement le voyage vers Mars !

D’après les premières informations consultables, le secret de Lockheed Martin reposerait sur des aimants supraconducteurs, reprenant par la même occasion les propositions développées par le mathématicien Harold Grad au sujet de la fusion contrôlée dans les années 1950. A cette époque, les travaux théoriques de ce chercheur de l’Université de New York n’étaient pas expérimentables, faute de champs magnétiques suffisamment puissants. La technologie étant aujourd’hui disponibles, les ingénieurs de Lockheed Martin laissent à supposer qu’ils disposeraient déjà d’une maîtrise technique suffisante dans ce domaine appliqué. La situation est pour le moins différente dans le cas des laboratoires Sandia, rattachés au département américain de l’Énergie des États-Unis. Leurs chercheurs ont développé la fameuse « Z machine » , un générateur de rayons X pulsés. Développé depuis près de vingt ans, leur dispositif commence à donner des résultats plus qu’encourageants. Les chercheurs ont comprimé du deutérium, un isotope de l’hydrogène, dans un cylindre métallique soumis à un courant électrique de très haute intensité (19 millions d’ampères). Ils ont ainsi obtenu un plasma porté à 35 millions de degrés celsius. A titre de comparaison, le cœur du Soleil est deux fois plus froid, et ITER devrait atteindre des températures trois fois supérieures. Mesurant les flux de neutrons issus des réactions produites lors de cette expérience, ils ont mis en évidence la fusion d’atomes de deutérium (D-D), formant de l’hélium-3 et du tritium, ainsi que la fusion de deutérium et de tritium (D-T), preuve indirecte de la production précédente de tritium. Un résultat encourageant mais encore insuffisant, car il faudrait multiplier par un facteur de 10000 pour que le nombre de réactions puisse produire un bilan énergétique positif.

La Z machine (crédits : laboratoires Sandia).

La Z machine (crédits : laboratoires Sandia).

La maîtrise de la fusion thermonucléaire est sujet à de nombreuses controverses, essentiellement en raison des nombreux charlatans partisans de l’énergie libre ou de la fusion froide qui pullulent sur le web. Aussi ces bonnes nouvelles, aussi ténues soient-elles, représentent une véritable bouffée d’air frais. A défaut de pouvoir émettre une opinion définitive sur la portée de ces annonces, il nous faudra guetter les prochains développements dans ces affaires respectives et suspendre notre souffle d’ici là.


Qui croit sérieusement en la théorie de Terre plate ?

FE_lolUn article récemment paru sur le site web Vice a fait découvrir à des lecteurs incrédules l’improbable Flat Earth Society. Cette organisation américaine, qui se veut héritière de l’ouvrage « Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe » (1881) de Samuel Rowbotham, promeut une pensée pour le moins incongrue. En effet, ses quelques quatre cent membres sont persuadés qu’un vaste complot mondial organisé par les plus hautes instances gouvernementales cache au monde entier que la Terre est en vérité un vaste disque et non une sphère. Dans ce modèle, le point central du disque correspondrait au pôle nord, tandis que l’Antarctique serait son périmètre. Quant aux innombrables preuves scientifiques de la rotondité de la Terre, elles ne seraient que des sophismes grecs entretenus par des organisations supranationales.

Comment réfutent-ils les démonstrations et preuves scientifiques de la sphéricité de la Terre ? Avec beaucoup d’aplomb, et une bonne dose de notions pour le moins fantasques. Ainsi considèrent-ils qu’un « tourbillon éthérique » perturbe les ondes électromagnétiques, induisant des phénomènes d’illusion optique pour l’observateur terrestre. Ou encore que le Soleil comme la Lune n’ont que 52 km de diamètre. Ces déclarations ont de quoi faire rire : bien avisé l’internaute qui croirait à une parodie digne du Disque-Monde de Pratchett. Et pourtant, cette association fondée en 1956 n’a rien d’un canular. Il s’agit même de la refondation d’une autre organisation, l’Universal Zetetic Society, elle-même créée à la fin du XIXème siècle.

Le plus surprenant reste que la théorie de la Terre plate était déjà considérée comme désuète à l’époque hellénistique (IVème siècle avant J.C.). Platon admettait dans ses écrits la sphéricité de la Terre. En vérité, le dernier grand débat eut lieu dans le monde romain chrétien d’Orient entre l’École théologique nestorienne d’Antioche, partisane de la Terre plate et l’École théologique d’Alexandrie, partisane de la Terre ronde. Cette controverse présente elle-même que peu d’importance puisque après le départ des Nestoriens vers la Perse, l’École jacobite leur succédant prôna un modèle d’univers sphérique. Cette culture hellénique transmise ensuite au monde musulman permit non seulement de conserver une grande part du savoir antique en Orient, mais ancra définitivement le modèle de la Terre ronde auprès des philosophes arabes. Quant à l’Occident, mis à part quelques exceptions comme Lactance (250-325), quasiment aucun autre philosophe ou religieux des derniers siècles de l’Empire Romain ne remit en cause la rotondité de la Terre. Contrairement à ce que qu’écrivit Cyrano de Bergerac (1619-1655), Saint Augustin ne défendit même jamais la théorie de la Terre plate, bien au contraire. Dans la Cité de Dieu (livre XVI, 9), le fameux philosophe et théologien écrivit :

« Quant à leur fabuleuse opinion qu’il y a des antipodes, c’est-à-dire des hommes dont les pieds sont opposés aux nôtres et qui habitent cette partie de la terre où le soleil se lève quand il se couche pour nous, il n’y a aucune raison d’y croire. Aussi ne l’avancent-ils sur le rapport d’aucun témoignage historique, mais sur des conjectures et des raisonnements, parce que, disent-ils, la terre étant ronde, est suspendue entre les deux côtés de la voûte céleste, la partie qui est sous nos pieds, placée dans les mêmes conditions de température, ne peut pas être sans habitants. Mais quand on montrerait que la terre est ronde, il ne s’ensuivrait pas que la partie qui nous est opposée ne fût point couverte d’eau. D’ailleurs, ne le serait-elle pas, quelle nécessité qu’elle fût habitée, puisque, d’un côté, l’Écriture ne peut mentir, et que, de l’autre, il y a trop d’absurdité à dire que des hommes aient traversé l’immensité de l’Océan pour y implanter un rameau détaché de la famille du premier homme » .

Saint Augustin ne remet nullement en cause la rotondité de la Terre mais débat uniquement de l’absence de preuves qu’elle soit habitée aux antipodes ; ce court extrait démontre que la théorie de la Terre plate n’était même plus sérieusement évoquée de son vivant. Il est d’ailleurs amusant de noter que s’il ne doutait pas pour mieux soutenir le dogme des Écritures, Augustin aurait pu faire un brillant zététicien !. La chute de l’Empire Romain ne signifie pas pour autant l’abandon de l’idée d’une Terre ronde. Les penseurs du Haut Moyen-Âge conservent les démonstrations du monde antique, bien que le savoir grec leur reste partiellement inaccessible pendant plusieurs siècles. Aussi l’idée encore véhiculée de nos jours qu’avant Christophe Colomb les intellectuels du Moyen-Âge niaient la rotondité de la Terre est tout simplement fausse ! En définitive, quiconque ayant un peu d’instruction croyait en la Terre ronde, cependant les hommes de lettre craignaient qu’une zone infranchissable ne sépare les deux hémisphères, rejoignant en cela les doutes de Saint Augustin. Le défi relevé par les grands explorateurs ne fut donc jamais de prouver la rotondité de la Terre, mais plutôt de démontrer qu’il était possible de rallier les quatre coins du globe.

Aussi est-il encore plus difficile de croire qu’au XXIème siècle, des hommes et des femmes puissent se déclarer partisans de la théorie de la Terre plate, retardant de 2400 ans en matière de compréhension de notre globe terrestre. Que des internautes puissent ainsi détenir moins de savoir scientifique qu’un lettré romain ou qu’un chevalier en route pour les Croisades a quelque chose de vertigineusement ridicule. Mais peut-être est-ce là un des paradoxes de notre société de l’information immédiate …


Chemtrails, HAARP, Moon Hoax, ces complots insensés qui pullulent sur le web

L’été est propice à l’observation du ciel, qu’il soit d’un bleu d’azur immaculé ou d’un noir constellé de milliers d’étoiles scintillantes. Confortablement allongé sur sa chaise longue, on regarde le voyage au long cours d’avions perchés à haute altitude ou l’éclat fascinant d’une pleine lune au-dessus de l’océan. On se prend alors à rêver à quelques destinations lointaines et exotiques, ou à d’autres mondes inconnus situés bien au-delà des étoiles filantes. Mais pour les partisans de la théorie du complot, rien dans le ciel n’invite à cette douce rêverie qui remplit vos vacances estivales, bien au contraire. De nombreux complots voient dans les formes allégoriques des nuages les preuves de terribles machinations, et les voilà s’agitant sur le web, tels des gaulois craignant que le ciel ne leur tombe sur la tête !

Démonter les propos des charlatans anti-sciences fait également partie de mes objectifs de blogueur, et les lecteurs réguliers connaissent déjà mes combats contre les créationnismes et les climato-sceptiques. Mais toutes les théories anti-sciences ne se valent pas. Si les deux citées ci-dessus ne peuvent qu’inspirer une réfutation sans concessions, certaines polémiques sur les cultures d’OGM ou les thèses des Bogdanoff ne peuvent être rejetées d’un seul bloc, et nécessitent un rigoureux débunking afin d’en séparer la part de vérité de l’affabulation. D’autres, enfin, se basent sur des rumeurs tellement folles que leur message semble dénué de toute logique ; leur décryptage devient d’autant plus difficile que leurs partisans se sont enfermés dans une vision paranoïaque de la réalité et refusent systématiquement de briser leur cercle de raisonnement vicieux. Curieusement, les trois plus grands hoax répondant à cette définition concernent le ciel : ce sont les chemtrails, le projet HAARP et le Moon Hoax.

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Audrey Garric, journaliste et blogueuse du Monde.fr s’est attaquée dernièrement à la théorie des chemtrails. Dans un article aussi passionnant qu’instructrif, la journaliste réalise l’un des meilleurs travail de synthèse qu’il m’ait été permis de lire sur le sujet. Retraçant les origines du hoax à un rapport de l’US Air Force de 1996 baptisé « Le climat comme un multiplicateur de force : posséder le temps en 2025 » , elle montre comment le réseau internet récemment ouvert au public permit alors, grâce à l’émergence des premiers sites conspirationnistes, de véhiculer une interprétation paranoïaque de ces réflexions militaires sur la faisabilité d’armes climatiques, pourtant un très vieux thème scientifique. Comment les partisans du complot firent-ils le rapprochement entre les traînées de condensation laissées par les avions en haute altitude (les contrails, pour condensation trails) et l’idée d’un vaste complot de géoingénierie militaire ? Probablement en regardant le ciel, comme tout à chacun. Les condensation trails s’expliquent aisément par le choc thermique entre l’air chaud et humide éjecté par les turbines d’avion et l’air froid et plus sec de la haute atmosphère. En fonction du degré d’humidité relatif et de la température à ces altitudes, il va se créer dans le sillage de l’avion un voile nuageux de gouttelettes et cristaux de glace issus de la condensation de la vapeur d’eau. En d’autres termes, les turbines des avions de ligne fabriquent derrière elle d’inoffensifs mais spectaculaires nuages artificiels.

Et pourtant, dans l’imaginaire des théoriciens du complot, les contrails sont en vérité de dangereux chemtrails remplis de produits nocifs : métaux pauvres comme l’aluminium, métaux de transition ou alcalino-terreux, polymères irritants ou nanoparticules nocives, le cocktail a de quoi effrayer les profanes. Bien entendu, les réfutations scientifiques comme aéronautiques ne suffisent pas à démonter les rumeurs : l’absence de preuves est, pour le théoricien du complot, la meilleure preuve que la vérité lui est cachée. Aussi serait-il vain d’accumuler les analyses géochimiques des traînées nuageuses en haute altitude pour rassurer un conspirationniste, l’effet inverse serait obtenu. Le plus surprenant réside peut-être dans les tenants et aboutissants du complot. A qui profitent les chemtrails ? Selon les théoriciens du complot, sont renvoyés sur le banc des accusés aussi bien l’armée américaine (chemtrails militaires et armes climatiques), la gouvernance mondiale (chemtrails économiques ou démographiques), le GIEC (chemtrails réchauffistes) ou encore l’incontournable firme Monsanto qui mettrait ainsi sur place des cultures génétiquement modifiées résistantes à l’aluminium ! Même constat avec le complot HAARP, étroitement associé dans les théories du complot climatique aux chemtrails. Le projet High Frequency Active Auroral Research Program (HAARP) installé depuis 1993 près de Gakona, en Alaska, est une installation de recherche sur l’ionosphère financée conjointement par l’US Air Force et l’US Navy, sous la direction scientifique de l’Université d’Alaska. Grâce à l’excitation via des ondes haute fréquence de la haute atmosphère, le projet tend à comprendre les mécanismes électromagnétiques complexes qui régissent l’ionosphère. Le programme se présente au sol comme un champ d’antennes assez monotone. Car pour vraiment observer les effets de ces installations, il faut écouter en radioamateur sur des fréquences précises les impulsions émises lors d’expériences menées conjointement avec les géophysiciens américains. Le projet HAARP a cependant permis une percée scientifique assez spectaculaire, lors de l’apparition d’une émission optique artificiellement provoquée par l’interaction de ces ondes haute-fréquence et du plasma ionosphérique. Le phénomène, décrit par Pedersen & Gerken (2005) dans la revue Nature, excita bon nombre de conspirationnistes y voyant là une preuve éclatante de la puissance néfaste du projet HAARP. Puisque les scientifiques génèrent des lumières dans le ciel, il n’y a – dans l’esprit des conspirationnistes– aucune raison pour que les militaires ne puissent pas modifier le climat, interrompre toute forme de communication hertzienne, détruire ou détourner des avions et missiles transcontinentaux et même influencer les comportements humains. Tout ceci grâce à une petite tâche lumineuse verdâtre bien moins spectaculaire qu’une aurore boréale, rappelons-le.

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Il suffirait d’un peu plus de bon sens et de culture scientifique aux tenants de ces théories du complot pour se rendre compte de leur erreur : dans le cas du Moon Hoax, théorie attribuant à divers degrés les vols lunaires habités à une supercherie du gouvernement américain, un débunking en règle des arguments complotistes montre que la plupart d’entre-eux sont basés sur une méconnaissance de disciplines scientifiques basiques telles que l’optique, l’astronomie ou encore la mécanique du point. De même pour les chemtrails, les théories conspirationnistes rejetent de facto une explication basique de chimie physique pour lui préférer des théories aussi complexes que fumeuses. Le principe du rasoir d’Ockham permet, comme toujours, de rejeter par simple raisonnement logique ces explications conspirationnistes. Prenons quelques instants au sérieux l’hypothèse d’un déversement de métaux toxiques et micro-particules dans la haute atmosphère. Un premier problème se pose : dans l’aéronautique, le moindre kilogramme de charge utile transportée est précieux. Les ingénieurs métallurgistes connaissent bien le problème pour rechercher sans cesse de nouveaux alliages à la fois résistants et légers. Etant donné qu’une compagnie aérienne doit optimiser sa charge utile embarquée (son gagne-pain) par rapport à la masse totale de l’avion au décollage, embarquer des tonnes de produits chimiques à pulvériser dans le ciel équivaut à réduire cette charge utile, et donc à rendre chaque vol bien moins rentable. Dans ce cas, qui payerait la facture ? Imaginons que l’état et certaines firmes privées financent la pulvérisation d’aluminium au-dessus de nos têtes. Nous pouvons, de manière assez grossière, estimer le coût de la manœuvre rien qu’en calculant l’achat quotidien de matière première. Supposons que chaque avion de ligne en vol embarque en moyenne secrètement une tonne d’aluminium à pulvériser, ce qui représente 1/18ème de la charge utile embarquée d’un Boeing 737-700. Ce choix d’avion utilisé aussi bien pour le fret que pour le transport de passagers n’est pas anodin, puisque actuellement, le Boeing 737 (et ses nombreuses déclinaisons) est l’avion de ligne le plus vendu au monde. A la rédaction de ce billet, le cours de l’aluminium était de 1520,34 euros la tonne. Sachant que d’après les statistiques consultées, 80000 vols mondiaux sont quotidiennement enregistrés, il faudrait payer quotidiennement la bagatelle de 121,63 millions d’euros pour arroser le ciel d’aluminium. Soit une facture à l’année de 44,4 milliards d’euros ! Si le complot des chemtrails était vrai, cela impliquerait deux conséquences directes : l’explosion exponentielle des cours de l’aluminium et autres métaux dispersés, alors que ceux-là fluctuent selon les demandes du marché, et bien entendu la faillite de la firme Monsanto, qui avec son chiffre d’affaires de 10,8 milliards d’euros, n’a clairement pas les moyens de financer ce complot. Quant à l’état payant la facture, ceci pourrait toujours expliquer dans l’esprit des conspirationnistes l’acharnement des gouvernements à réduire les dépenses publiques…

Les théories conspirationnistes frisent même le ridicule dans le cas du projet HAARP, actuellement à l’arrêt depuis plus d’un an et probablement démantelé dans un proche avenir malgré les annonces de reprises partielles d’activité à l’automne prochain. Ces mauvaises nouvelles pour la géophysique ne font pas pour autant réagir les conspirationnistes, qui malgré l’abandon du projet lui attribuent encore toute sortes d’événements climatiques et catastrophes aériennes. A croire que les installations de Gakona restent opérationnelles même une fois éteintes ! Mais puisque la moindre explication rationnelle sera rejetée comme une tentative de justification du complot, que la moindre absence de preuves sera interprétée comme l’évidence même de l’existence d’un complot, ces quelques exemples de raisonnements biaisés et contres-arguments ne pourront pas briser le cercle vicieux du conspirationnisme. Les commentaires postés en réponse au billet d’Audrey Garric en sont une preuve consternante. Pris au second degré, ils peuvent se révéler amusants et postés par des trolls patentés. Hélas, ces navrantes répliques dénuées de toute logique ou culture scientifique sont écrites avec le premier degré le plus sincère. Car le conspirationniste n’est pas seulement un militant anti-sciences trollant les sites et blogs. Il s’agit, le plus souvent, d’un innocent candide berné par des théories fallacieuses que son manque de culture scientifique ne lui ont pas permis d’éviter. A la fois victime et vecteur des théories du complot, le conspirationniste reflète une vérité bien plus triste : celle d’une société hautement technologique, et pourtant si dépourvue de culture scientifique. Or de même que l’enseignement de l’histoire permet de lutter contre le négationnisme et l’intolérance, seul l’enseignement des sciences et de leur culture permettra de rejeter les théories du complots dès le plus jeune âge. Encore faut-il se donner les moyens de ce combat et s’interroger : voulons-nous pour demain une société éclairée ou un monde obscurantiste ?

gaulois


Warp Drive NASA : un design pour vaisseaux à distorsion

Les travaux de recherche du Dr. Harold G. White sur la métrique d’Alcubierre ont de quoi faire furieusement rêver les geeks du monde entier. Et pour cause : ce physicien de la NASA travaille avec son équipe sur la propulsion par distorsion, mieux connue sous le nom de « warp drive ». Intervenant lors du congrès Spacevision 2013 qui se déroula à l’Université d’Arizona en novembre dernier, le Dr. White a présenté une conférence des plus passionnantes sur la faisabilité du « warp drive ». Alors, voyagerons-nous un jour plus vite que la lumière ? Certainement pas dans les décennies à venir. Mais en attendant, le Dr. White et et l’artiste Mark Rademaker se sont attelés à l’étude du design de ces futurs vaisseaux spatiaux. Le projet, baptisé IXS Enterprise (IXS-110), est déjà publié sous la forme de premières images de synthèse d’un réalisme bluffant :

warp_drive_design_NASA

La conférence du Dr. White est également disponible en ligne. Voilà une belle occasion de découvrir le travail enthousiasmant de ce physicien et de revenir plus en détails sur ses propositions de design à l’attention des ingénieurs en aérospatiale des siècles prochains.

 


Des étudiants s’attaquent aux boucliers déflecteurs de Star Wars

dark_star2Si vous êtes un fan de Star Wars, la notion de bouclier déflecteur ne vous est pas étrangère ! Ces champs de force capables d’encaisser les projectiles solides ou énergétiques sont des équipements indispensables pour tout vaisseau spatial ou engin militaire. Outre leurs atouts majeurs dans le combat, ils permettent aussi d’éviter les collisions avec des micro-météorites ou particules diverses lors des voyages interstellaires.

Aujourd’hui, cette technologie nous semble des plus inaccessibles. Et pourtant, des étudiants de physique de quatrième année de l’Université de Leicester ont relevé le défi. Dans le cadre du Star Wars Day qui se tiendra le 4 mai prochain, ces jeunes scientifiques se sont intéressés à la faisabilité de ces champs de force tels que présentés dans les deux trilogies. Les résultats de leur investigation font l’objet d’une publication dans le Journal of Physics Special Topics, une revue étudiante peer-reviewed éditée par le département de Physique et d’Astronomie de leur université.

Pour ces jeunes fans de science-fiction, les boucliers déflecteurs pourraient correspondre à un champ de plasma chaud mis en place par un champ magnétique autour du vaisseau spatial. Plus le champ de plasma serait dense, plus hautes seraient les fréquences d’ondes électromagnétiques déflectées. Ce principe peut déjà être observé dans notre propre univers : il s’agit d’un phénomène pris en compte dans les communications radio longues distance et les radars trans-horizon. Un des co-auteurs étudiants, Alexander Toohie, fait ainsi remarquer à juste titre sur Phys.org que l’ionosphère étant assimilable à une couche de plasma atmosphérique, elle réfracte ainsi certaines fréquences électromagnétiques selon le principe de l’horizon-radar.

Le champ magnétique nécessaire à la mise en place de l’écran plasma de ces boucliers déflecteurs nécessiterait un importante source énergétique, certainement encombrante et réduisant considérablement l’habitacle du vaisseau spatial. En d’autres termes, les technologies actuelles de production et de stockage énergétique ne sont pas les plus compactes pour équiper de petits appareils tels que des chasseurs. Il faut donc se fier sur ce point à la technologie de Star Wars. Autre désagrément de taille, le bouclier déflecteur devrait également réfracter toute onde lumineuse, laissant au pilote un panorama des plus sombres tout autour de son cockpit ! Même pour une personne sensible à la Force comme Luke Skywalker, piloter totalement en aveugle reste un problème majeur. Il faudrait, selon les étudiants, utiliser des caméras sensibles aux ultra-violets, ces longueurs d’onde ayant plus de chance d’être détectables au-delà du bouclier.

Si ce travail étudiant présente avant tout un objectif purement spéculatif, la discussion contenue dans leur article montre que la technologie décrite dans la série Star Wars n’est pas toujours totalement déconnectée de la réalité physique et peut même inspirer quelques projets scientifiques. Comme le proposent nos étudiants de Leceister, un autre intérêt de ces boucliers déflecteurs serait de piéger le rayonnement dans une enveloppe de plasma et non de la repousser. Cela pourrait être utile dans le cas d’applications physiques nécessitant des milieux à très haute température, comme pour les réacteurs à fusion expérimentaux. Enfin, ces travaux étudiants ont un réel intérêt pédagogique : comme le rappelle leur tuteur, le Dr Mervyn Roy, ce projet de scientifiction permet aux étudiants suivant ce module d’acquérir une première expérience dans le domaine de la publication scientifique peer-reviewed. Une manière ludique et originale de se frotter à leur futur métier de chercheur !