Juste pour se faire plaisir.
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Juste pour se faire plaisir.
Les films de bataille navale sont légion au cinéma, surtout s’ils relèvent d’un contexte historique majeur. Etant assez porté sur l’adaptation de l’Histoire au grand écran et qui plus est professionnellement versé dans le domaine marin, je me suis assez vite intéressé à Master and Commander, qui a l’avantage de marier beaucoup de mes centres d’intérêt. Le film, purement fictionnel, est tiré à l’origine des romans de Patrick O’Brian, où le capitaine Aubrey servait dans la Royal Navy durant la seconde guerre anglo-américaine de 1812. Le personnage même d’Aubrey lui fut inspiré par la carrière de l’amiral britannique Thomas Cochrane, personnage au parcours aussi complexe qu’épique. Les producteurs jugèrent cependant plus prudent de ne pas présenter de navire américain sous les traits des « méchants » dans cette aventure, s’ils tenaient à toucher les spectateurs américains. Ils décidèrent donc de remplacer l’USS Norfolk des romans d’O’Brian par le corsaire français Achéron, tout aussi fictif. Les nostalgiques de Napoléon ne manqueront pas de maudire nos chers producteurs ! Si l’intrigue de Master and Commander est purement fictive, son cadre est cependant bien plus réaliste. Peter Weir s’attache à décrire la vie à bord d’un navire militaire anglais au début du XIXème siècle de la manière la plus crédible possible. Outre les techniques de navigation et de combat naval, le film s’attarde sur les membres d’équipage, reconstituant à bord du Surprise une sorte de société britannique miniature. Les officiers, issus majoritairement de la noblesse, vivent en cercle fermé dans un confort bien plus agréable que les marins sous-classés. Une hiérarchie rigide et élitiste s’impose par l’autorité, et en aucune circonstance les deux couches sociales viendront à se mélanger plus que ne l’impose la promiscuité physique du bâtiment. L’intrigue du film ne cesse de nous rappeler ce fossé social. Les officiers dînent dans le cadre feutré de la cabine du capitaine, boivent du café et du thé, jouent de la musique de salon. L’équipage mange un ragoût infâme dans la cale, boit du tafia et danse sur des airs traditionnels de marins. La discipline est rude, toute insubordination sévèrement punie, et le spectateur n’est pas dupe lorsque le capitaine Aubrey tente d’en expliquer la justesse au Dr. Maturin. Dans cet univers masculin, toutes les tranches d’âge sont présentes, du jeune mousse d’à peine sept ans à l’aspirant d’onze ans, des jeunes hommes marins ou officiers jusqu’aux vétérans dépassant la quarantaine ou la cinquantaine. Les occasions de débarquer étant plutôt rares, la mort met le plus souvent un terme au service, et les scènes de deuil jouées au cours du film sont d’autant plus poignantes qu’une franche camaraderie s’instaure entre marins de même classe. Au-delà de l’aventure militaire, Master and Commander parvient donc à faire ressortir l’aventure humaine de ces marins embarqués dans cette folle course-poursuite. Master and Commander a été récompensé de deux Oscars dans les catégories où il excelle le plus, à savoir la photographie et le montage musical. Ses huit autres nominations témoignent également de la qualité d’interprétation et de réalisation du film. Outre l’aspect militaire du scénario, Master and Commander s’attarde à refléter les criantes inégalités de la société britannique du début XIXème, et se paye même le luxe de nombreux clin d’œil au voyage de Darwin par l’intermédiaire du Dr. Maturin. Que pouvait espérer de plus un biologiste marin ? Spectacle époustouflant et divertissement de qualité, il serait dommage de passer à côté de ce très bon long-métrage, qui remplit haut la main son objectif de film d’époque. Ma note : 14/20
J’avais déjà écrit durant l’été tout le bien que je pensais de la série Ciaphas Cain parue chez la défunte édition Bibliothèque Interdite. Je n’ai pas beaucoup changé d’avis sur le personnage du Commissaire, ce rafraîchissant anti-héro qui tient sa réputation d’une chance incroyable plutôt que de ses initiatives déplorables pour survivre à chaque théâtre d’opération. Cain est une figure radicalement opposée aux space marines, et son cynisme n’a d’égal que sa couardise. Mais que voulez-vous, en tant que principal officier politique de son régiment, il ne peut guère tourner les talons à l’ennemi, et Cain n’a de cesse d’assurer ses arrières en se faisant aimer le plus possible des troupiers tout en tentant de sauver sa peau des situations les plus suicidaires. Le premier tome de ses aventures avait été, sur ce plan, un régal. D’autant plus que l’intrigue nous menait sur un monde frontière avec l’empire Tau, mêlant diplomatie et traque de cultes genestealer. Dans ce second tome, le monde polaire désolé que le 597ème régiment de Valhalla doit défendre m’a plutôt laissé de glace, sans mauvais jeu de mots. La planète, pourtant isolée, grouille d’ennemis en présence : xénos, orks et nécrons. C’est beaucoup trop pour un seul petit monde ! A tel point que l’intrigue, contenue en 236 pages, déborde sans un seul temps mort et finit par étouffer toute autre personnalité que celle de notre commissaire mégalomane. Impossible de s’attacher à ces adeptes fanatiques du Mechanicum, ni à ces soldats impériaux tellement lisses dont on vient à se demander s’ils ne sont pas heureux de faire la guerre pour le restant de leur vie. Paradoxale situation après ce premier tome prêtant énormément de vie aux personnages principaux comme secondaires ! Nous revenons donc, avec ce second tome, à un roman de licence trop classique. L’étincelle d’originalité du précédent opus s’est éteinte. Il n’en reste pas moins agréable de retrouver Ciaphas Cain dans ses improbables aventures, mais on regrettera amèrement l’intrigue plus posée du premier tome. Dommage… Ma note : 12/20
Dans cette aventure, le voilà envoyé sur un monde frontalier de l’Empire Tau. Les habitants de cette planète commercent avec ces extra-terrestres depuis des siècles, et leur idéologie du Bien Suprême a commencé à déteindre sur certains citoyens impériaux. Cain et son régiment de gardes impériaux découvrent un monde sous l’influence Tau, où pro-xénos et loyalistes menacent à tout moment de déclencher une guerre civile. Et comme si cela ne suffisait pas, l’ambassadeur Tau est assassiné publiquement lors d’une réception officielle chez le gouverneur planétaire ! La situation devient explosive, et Cain ne tarde pas à suspecter l’influence dans l’ombre d’un troisième parti. L’État-major impérial ne doute pas une seconde des réflexions de son héros, et le confie à une Inquisitrice de l’Ordo Xénos, afin de traquer cette menace et de l’éliminer au plus vite. Voilà Cain embarqué dans une mission-suicide pour les beaux yeux d’une Inquisitrice ! Comment notre commissaire parviendra-t-il à sauver sa peau tout en soignant sa réputation ? En quatre ans de lecture des romans de la Black Library, j’ai eu occasion de parcourir de très bons bouquins comme des torchons infâmes. Sandy Mitchell ne figurait pas, à ce sujet, dans mes auteurs préférés, jusqu’à ce que je découvre la série de Ciaphas Cain par ce premier tome. Et j’ai depuis lors révisé mon opinion sur cet auteur ! Mais avant toute chose, il me semble bon de revenir sur les éléments nécessaires à une bonne série de licence. Car même si le lecteur sera plus indulgent avec ce type de romans qu’avec de la plus haute littérature, il est tout de même indispensable que l’auteur en maîtrise la recette. A mon sens, une bonne série de ce genre doit se focaliser sur un personnage principal captivant le lecteur. Il n’est pas nécessaire d’en faire un super-héros invincible pour autant. Les meilleurs personnages seront ceux qui réussiront globalement à se sortir du pétrin sans pour autant briller sur tous les tableaux. Si le personnage a une personnalité et une histoire fouillées, l’intérêt du lecteur en sera encore plus grand. Et enfin, si notre héros se trimballe quelques défauts et vices cachés susceptibles de le rendre un brin humoristique, il y a de fortes chances pour que la recette soit convaincante ! En un paragraphe, voilà résumés les principaux arguments en faveur de Pour l’Empereur ! Toute la série repose en effet sur le personnage fort en couleurs de Ciaphas Cain, attachant au possible, bourré d’humour noir et assez désopilant sur les bords ! Ce premier roman, écrit à la première personne, correspond aux mémoires du Commissaire, qu’il retranscrit avec un parti-pris et une bonne dose de mauvaise foi délicieuse. L’auteur s’est amusé à rajouter une grille de lecture supplémentaire, en imaginant que les mémoires de Cain soient commentées par une Inquisitrice ayant bien connu notre héros. Cette dernière s’est ainsi mise en devoir de compiler la prose de Cain, postérieure aux faits de près d’un siècle, et d’y ajouter quelques notes et feuillets supplémentaires afin de modérer la narration très personnelle de notre cher commissaire ! Sandy Mitchell s’est visiblement également inspiré d’auteurs comme Dan Abnett, qui savent accorder cohérence de l’univers et actions de leurs héros. Cain n’est pas un Space marine hyper-bourrin, venu sauver d’un tir de bolter la moitié de la galaxie. Mitchell privilégie une scène d’opération de seconde zone, s’évertue à décrire le quotidien de la garde impériale, ses traditions, et dépeint en détails la société de cette planète-frontière. Les extra-terrestres Tau sont fidèles à l’esprit de l’univers Warhammer 40,000. Inutile d’en faire trop pour faire un bon récit, en somme, et Mitchell l’a bien compris. Il nous livre ainsi un premier tome de très bonne facture, efficace et divertissant. Mieux encore, le roman s’adresse aussi bien à des néophytes qu’à des initiés de l’univers 40k. Pour peu que vous recherchiez un planet-opéra militaire un peu humoristique et sortant de l’ordinaire, vous devriez apprécier Ciaphas Cain ! Ma note : 16/20
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