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Lire J.R.R. Tolkien – Vincent Ferré

lire_JRRTLongtemps demeuré en France comme une œuvre underground que chaque génération d’adolescent redécouvrait au hasard des lectures, l’univers littéraire de J.R.R. Tolkien a connu dès 1998 et l’annonce du projet d’adaptation cinématographique du Seigneur des Anneaux un rapide engouement du grand public, propulsant l’auteur en tête des meilleures ventes de fantasy pendant plus d’une décennie. S’il disputa le haut du podium avec la saga Harry Potter de J.K. Rowling avant que la déferlante Trône de Fer de G.R.R. Martin ne vienne les détrôner, cette déferlante commerciale laisse Tolkien que trop superficiellement connu du grand public en tant qu’auteur majeur du siècle passé. Un paradoxe littéraire hélas fort courant en France, où rares sont les auteurs de genre étrangers à avoir pu atteindre à la fois le cœur des lecteurs et les hautes sphères élitistes de la littérature académique.

Bien sûr, Tolkien reste un auteur aisément accessible en librairie, et il n’est désormais guère difficile de se procurer des biographies consacrés à l’auteur ou des analyses de son œuvre. Les titres remplissent les étagères des librairies spécialisées depuis plusieurs années déjà, en témoigne la traduction en 2003 chez l’éditeur le Pré au Clerc du précurseur essai de Lin Carter, qui eut le mérite d’initier un travail de recherche sur l’auteur et son œuvre, à défaut de constituer une référence de qualité en la matière. Mais face à la publication de mémoires et thèses universitaires d’approche difficile pour le lecteur profane, la lecture documentaire de l’œuvre de J.R.R. Tolkien nécessitait une pièce angulaire, un trait d’union entre le grand public et le monde académique. C’est désormais chose faîte, me semble-t-il, avec l’excellent ouvrage de Vincent Ferré publié aux éditions Pocket.

Impossible d’échapper à l’imagerie hollywoodienne de la Terre du Milieu. Les adaptations cinématographiques de Peter Jackson ont eu le mérite de révéler l’univers de Tolkien à un grand public très peu enclin à la fantasy : chez le spectateur découvrant cette littérature de genre à travers le prisme du cinéma tout comme chez le lecteur confrontant sa propre vision de l’œuvre aux images projetées à l’écran, les deux trilogies (Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit) ont considérablement influencé leur rapport à l’œuvre originelle. Il s’avère donc essentiel de se « déjacksoniser » en (re)lisant Tolkien, afin de remonter jusqu’à la véritable source de la Terre du Milieu. L’ouvrage de Vincent Ferré devient alors un guide précieux dans cette quête littéraire, nous proposant de défricher notre mémoire buissonnante emprunte d’adaptations variées de l’œuvre originelle. Point d’exagération cependant, l’axe de lecture privilégié par Vincent Ferré ne place nullement Tolkien comme père incontesté de la fantasy moderne, ce serait là une regrettable exagération. Mais plutôt comme le trait d’union entre les mythes et textes médiévaux et une fantasy moderne qui se nourrit encore largement de l’héritage tolkienien.

Le maître-mot de la première partie de cet essai est incontestablement « philologue ». Plus que la spécialisation universitaire de J.R.R. Tolkien au cours de sa carrière académique, il s’agit d’une démarche centrale de l’écrivain au cours de son travail littéraire. La philologie consiste en l’étude d’un langage à partir de documents écrits. Elle se base donc sur la critique littéraire, l’éclairage historique et l’analyse linguistique des textes étudiés. Dans le cas de documents anciens ou déformés par des traductions ultérieures, le philologue oeuvre à restituer le contenu original de textes connus par plusieurs sources, discutant des différents manuscrits et éditions imprimées, recherchant dans la tradition orale et la langue de précieux indices complémentaires, et proposant au final une traduction ou une lecture proposant de rétablir pour le mieux le texte dans sa forme et son interprétation originelles. La carrière universitaire de Tolkien est jalonnée de tels travaux, dont certains font encore office d’autorité, aussi n’est-il guère surprenant que la démarche inverse anime son travail d’écrivain. A partir de la construction de langues fictives, il bâtit une bibliothèque entière de poèmes, manuscrits, contes et récits médiévaux, vaste ouvrage de « philologie fictionnelle » teinté d’emprunts aux langues anciennes, vieux contes, mythologies nordiques, arthuriennes et textes médiévaux.

Eclairé par l’analyse littéraire de Vincent Ferré, le lecteur de retour sur les rivages de la Terre du Milieu esquisse peu à peu une nouvelle grille de lecture, qui selon son niveau d’immersion dans l’univers tolkienien lui sera plus ou moins familière. La relation permanente dressée entre l’écrivain et l’universitaire constitue cependant un axe de lecture relativement peu connu du grand public, et permet d’introduire l’étude – même dilettante – de l’œuvre en tant que réinvention littéraire autant que monument du genre. La seconde partie de l’ouvrage se révèle un peu plus inédite, puisque couvrant la réception de l’œuvre en France selon deux périodes, séparées par la date de sortie du premier volet cinématographique de Peter Jackson. De la traduction tardive du Hobbit et du Seigneur des Anneaux en français, depuis largement rattrapée par le travail éditorial des éditions Christian Bourgois, jusqu’à la perpétuelle redécouverte de l’auteur par la presse grand public (noircissant ses colonnes d’erreurs enrobées de condescendance), les premières décennies ne sont guère propices à Tolkien ; il faut donc attendre l’avènement des premiers sites Internet dédiés à l’auteur et surtout l’annonce officielle de la sortie cinématographique de la Communauté de l’Anneau pour qu’enfin l’œuvre sorte de sa caverne « underground » pour rôlistes et adultes rêveurs.

Cette notoriété apportée par le 7ème art aura permis d’encrer définitivement Tolkien dans la culture populaire tout en bousculant un milieu universitaire jusqu’alors plutôt hermétique à la littérature de genre grâce l’arrivée de jeunes chercheurs et étudiants « baignés » dans la fantasy depuis leur plus jeune âge. Néanmoins, ces « jacksoneries » auront eu l’inconvénient de formater la vision de l’œuvre de Tolkien selon un scénario et une esthétique des plus discutables ; et si l’ouvrage de Vincent Ferré n’a pas vocation à ranimer l’éternel débat autour de l’adaptation de l’œuvre, il ouvre cependant la voie à un « retour au sources » , militant en cela pour une imagination du lecteur débarrassée de ses oripeaux hollywoodiens. Aussi, puisque Tolkien puise son inspiration dans les récits médiévaux, la troisième partie de cet essai examine avec plus d’attentions l’influence de figures telles que Beowulf, Beorhtnoth (Byrhtnoth), Arthur, Tristan et Iseult sur les personnages tolkieniens. La rencontre entre ces récits médiévaux, leurs langues et la Terre du Milieu s’inscrit nettement dans l’esprit du lecteur, qui guidé par l’érudition de Vincent Ferré, s’engage de nouveau sur les chemins dressés par le maître de la fantasy. Ouvrage de lecture agréable et foisonnant d’analyses littéraires, ce guide de lecture de J.R.R. Tolkien méritait bien son Prix spécial du jury des « Imaginales » 2015. Incontestablement, un ouvrage de choix pour tout lecteur de fantasy qui se respecte.

 

Lire J.R.R. Tolkien, Tout ce que vous ne savez pas encore sur Le Seigneur des Anneaux, Vincent Ferré (2014). Editions Pocket, n°7167, 343 p.


Hordes – Trollbloods

hordes_trollbloodsL’univers de Caen est radicalement différent des habituels mondes de fantasy, et l’éditeur Privateer Press nous a habitué à une bonne dose d’imagination dans la présentation de chaque faction. Mais avec le jeu de figurines Hordes, les développeurs ont choisi de trancher encore plus avec les schémas classiques de races présentes dans leur univers de fantasy steampunk. S’ils ne sont pas parvenus à faire l’impasse sur les inévitables elfes et nains en décrivant leurs propres royaumes dans Warmachine, nous échappons tout de même aux habituels orques et gobelins peints en verts. A la place, un concept très intéressant de grande famille de trolls vient remplacer les habituelles créatures tolkieniennes : les Trollbloods, présents en Immoren sous la forme de quatre races majeures : les Pygmies, les Trollkin, les Trolls pur-sang, et les Dire Trolls.

Et comme Privateer Press n’avait nullement l’intention de réduire son concept de faction à une bande de sauvages verdâtres humoristiques, leurs Trollbloods à la peau rugueuse bleutée s’inspirent profondément des cultures pictes, celtiques, irlandaises et écossaises. Nous retrouvons ainsi dans les grandes lignes l’histoire de ces peuplades brittoniques en lutte contre les envahisseurs successifs et profondément attachées à la conservation de leur patrimoine commun. Autrefois unis sous le cri de guerre des Molgurs, les Trollkins ont depuis longtemps abandonné le cruel culte de leur père, le Ver Dévoreur, pour se rallier aux enseignements de leur mère Dhunia. Ils ont combattu les Orgoths alors qu’ils occupaient les royaumes d’Immoren occidentale, aidé la rébellion humaine jusqu’à leur victoire finale et cru naïvement que les jeunes Royaumes d’Acier respecteraient leurs territoires sauvages. Mais c’était sans compter sur l’avidité des hommes. Après de nombreuses guerres contre le Cygnar, Ord et Khador, les Trollkins ont acquis la certitude que seules l’union et la force leur rendront leurs terres sacrés. Désormais en lutte contre les excursions des Skornes, trahis par les vils druides du Cercle Orboros, les peuples nés de l’union forcée entre Dhunia et le Ver Dévoreur se battent unis contre tous pour l’honneur de leurs kiths et l’avenir de leurs kriels.

En raison de leur background original et riche, les Trollbloods sont particulièrement tentants à jouer. Non seulement ils excellent au corps à corps, mais les règles spéciales « régénération » et « robuste » leur confèrent également un bonus supplémentaire d’endurance. L’imposante liste d’unités, solos, warlocks et warbeasts sélectionnables enrichit considérablement le concept selon plusieurs angles d’attaque. D’une part, les trolls pur-sang (warbeasts légers) sont affiliés pour grand nombre d’eux aux éléments, milieux ou phénomènes naturels. Le joueur peut ainsi collectionner des trolls des tempêtes, de la nuit, de feu, des marais, ou encore trolls de l’hiver… D’autre part, les trolls se distinguent selon leur équipement et entraînement martial, sans oublier les habituels personnages spéciaux aux profils d’élite ! Côté trollkins, nous retrouvons l’esprit guerrier des clans écossais illustré dans de grands films inspirés d’événements historiques comme Braveheart. Détail amusant, les peintures de guerre bleues des écossais sont de la même teinte que la peau des Trollkins !

Une fois de plus, nous avons affaire à un excellent supplément pour Hordes. Dotés d’un background original et très motivant pour le joueur amateur de peuplades celtiques que je suis, les Trollbloods dépoussièrent le mythe du troll pataud et stupide pour le scinder en quatre races aussi diversifiées biologiquement que culturellement riches. Les Trollbloods furent parmi les premiers-nés civilisés du monde de Caen, et leur histoire gravée dans la pierre remonte aux temps immémoriaux où les hommes vivaient encore dans des cavernes. Aujourd’hui engagés dans une guerre de survie et d’honneur, les Trollbloods apportent leur nouvelle unité, la force vive de leurs trolls et la robustesse de leurs guerriers trollkins sur le champ de bataille. De nombreuses opportunités de modélisme et de scénarios s’offrent aux joueurs Trollbloods, et ce nouveau livre de faction constitue le compagnon idéal pour s’y préparer !


Warmachine – Reckoning

warmachine_reckoningLes guerres ravagent les Royaumes d’Acier. Pendant que les factions humaines s’entre-déchirent, les morts-vivants Cryx et leurs alliés Céphalyx renforcent leur présence sur le continent d’Immoren. Il est grand temps pour les seigneurs humains de mettre de côté leurs querelles et de s’unir contre la formidable forteresse que le seigneur liche Asphyxious a dressé en plein cœur de la forêt de Thornwood. Profitant des conflits incessants, l’infâme créature prépare au cœur de son nécrofactorium une immense horde de warjacks et serviteurs revenants.

Avec ce nouveau supplément pour son jeu de figurines Warmachine, Privateer Press nous propose de rejouer le terrible assaut contre le nécrofactorium de Thornwood. A la fois nouveau chapitre de la saga Warmachine et supplément d’armée pour six factions d’Immoren occidentale, ce livre de 108 pages se révèle riche en contenu. Une nouvelle en deux parties, intitulée « Nécessité fait loi » , fait office de préface et de postface : nous y découvrons la suite des événements déjà décrits dans les récents livres de faction Khador et Cygnar. L’impératrice Ayn et le roi Leto organisent une rencontre diplomatique en pleine zone de guerre, et conviennent d’une alliance temporaire. Pendant ce temps, le prince Vladimir Tzepesci convainc l’hériarque Severius d’engager le Protectorat de Menoth dans cette coalition. Mais toute cette puissance militaire sera-t-elle suffisante pour renverser la terrifiante magie nécromancienne des serviteurs du dragon Toruk ?

Le fracas des armes est une excellente occasion de découvrir les nouveaux warcasters, warjacks et unités proposés dans ce supplément. Si tous ne prennent pas part à l’assaut dans les sous-bois putrides de Thornwood, leurs fiches descriptives et les courtes nouvelles de préambule aux chapitres de faction nous permettent de découvrir d’autres théâtres d’opération, d’autres intrigues pour de futurs chapitres de la saga. Côté figurines, la carte bleue va chauffer au rythme des sorties à venir ! Puisqu’il serait fastidieux de faire l’article de chaque nouvelle figurine annoncée, je vous propose de plutôt focaliser ma chronique sur les nouveautés ayant le plus attiré mon attention.

Cygnar reçoit ainsi un nouveau warcaster épique, le Major Prime Victoria Haley. Nous avons affaire à une arcaniste extrêmement puissante, capable d’invoquer ses avatars du passé et du futur pour former une unité de warcasters. Le trio se fera bien entendu une joie d’accumuler les points de focus pour déverser un torrent de pouvoirs magiques sur le champ de bataille. Pour Khador, le nouveau warjack lourd personnage « Ruin » m’a littéralement fait craquer. Cette débauche de puissance sauvage bénéficiant de bonus supplémentaires s’il rejoint le battlegroup du warcaster Zoktavir offre toute la finesse d’une charge frontale et brutale à la sauce boucherie nordique. Tout ce qu’on aime chez Khador. Le Protectorat de Menoth n’est pas en reste en matière de force brute, avec un superbe nouveau colosse warjack, le « Revelator » , et le warcaster Anson Durst dont le feat renforce considérablement l’armure de son battlegroup. Nous en apprenons un peu plus sur le royaume elfique de Ios grâce à l’arrivée de la maison Ellowuyr et du warcaster Thyron. Une faction que je ne connais pas suffisamment mais qui, en dévoile quelques aspects fluffiques particulièrement intéressant, s’est révélée plutôt à mon goût.

La faction Cryx s’enrichit d’un nouveau warcaster épique en la personne de Deneghra, qui elle aussi a ressuscité parmi nous, mais pour sa part n’entend pas tendre l’autre joue… Chevauchant désormais une entité nécromékanique ailée, la célèbre nécromancienne puise sa puissance aussi bien du focus que de sa capacité à embraser les âmes de ses victimes. Son profil est donc optimisé pour l’accumulation et l’utilisation de marqueurs d’âmes, et si elle présente quelques atouts relativement honorables au combat, il n’en reste pas moins que la figurine est fragile et devra surtout s’appuyer sur un réseau de collecteurs d’âmes pour agir prudemment en seconde ligne. Cela tombe bien, le solo thrall « Soul Trapper » peut remplir ce rôle, tandis que le colosse « Sepulcher » se fera une joie de transformer les cadavres en nouvelles marionnettes mort-vivantes. Parmi les mercenaires, enfin, l’unité de pirates revenants pour Cryx « The Devil’s Shadow Mutineers » m’a fait très bonne impression : s’ils ne sont pas des tueurs ultimes au combat, ils sont capables de réincarner un de leurs acolytes tombés lorsqu’une figurine succombe sous leurs coups. Autant dire que les trois bretteurs gagnent sérieusement en endurance grâce à cette règle spéciale ! Je les imagine sans mal engluant les unités de fantassins ennemies, pour le plus grand malheur des êtres mortels…

Pertinent en terme de background et proposant une belle brochette de nouvelles figurines à venir, Reckoning est un supplément plutôt réussi, qui motive à bloc le jeune joueur de Warmachine que je suis. Reste à tester le maximum de nouvelles combinaisons de battlegroups pour mes diverses factions jouées et à peindre ces nouvelles pièces qui rejoindront ma collection. Décidément, Privateer Press fait du très bon boulot avec son univers compatible Warmachine & Hordes !

(c) Privateer Press, 2015.

(c) Privateer Press, 2015.


Hordes

hordes_coverSi les lecteurs de ce blog ont déjà eu l’occasion de découvrir le fantastique continent d’Immoren et ses Royaumes d’Acier à travers mes billets consacrés au jeu de figurines Warmachine, je n’avais encore pas eu l’occasion de présenter le jeu complémentaire et néanmoins indépendant de Hordes, nous plongeant cette fois-ci dans les terres sauvages situées à l’est d’Immoren. Annoncé dès 2005 et sorti l’année suivante, ce jeu de figurines de l’éditeur Privateer Press tient d’une idée plutôt brillante : alors que le medieval steampunk de sa gamme pouvait rebuter certains joueurs, pourquoi ne pas proposer une variante plus heroic fantasy et compatible avec Warmachine ?

Le résultat commercialisé tient de loin ses promesses, puisque cinq nouvelles factions sont apparues dans l’univers de Caen : les expansionnistes Skornes, la terrifiante Légion d’Everblight, les sauvages Trollbloods, les druides du Cercle d’Orboros et les mercenaires Séides. Tout ce petit monde s’affronte entre-eux et contre les Royaumes d’Acier grâce à un background aussi riche que captivant. Nous apprenons ainsi que Trollbloods et Orboros doivent lutter pour la préservation de leurs terres et forêts sacrées, qu’un Dragon ancestral sévit au nord et menace de nouveau Immoren, que l’empire Skorne entame son invasion de l’occident en profitant des nombreux conflits ravageant les Royaumes d’Aciers et que le continent tout entier grouille de trésors cachés, de créatures monstrueuses et peuplades sauvages. En avant, fiers guerriers et rusés aventuriers !

Se détachant comme d’habitude de l’imaginaire fantasy classique, Hordes propose des trolls aux allures de guerriers écossais et beaucoup plus attachants que leurs compères tolkienniens, laisse un peu de côté les habituels gobelins et évite les clichés d’elfes sylvains en confiant les forêts à des druides humains. Le Dragon Everblight et sa Légion de créatures monstrueuses évoquent la Roue du Temps de Robert Jordan, ces menaces draconiques planant sur Caen ayant d’ailleurs été largement reprises dans Guild Wars 2 : la ressemblance est vraiment troublante… Seuls les nains et les elfes sont présents de manière relativement classique dans cet univers : ce sont deux factions de Warmachine disposant d’une forte avancée technologique ; les nains interviennent uniquement comme mercenaires mais leurs vastes domaines septentrionaux menacés par Everblight pourraient bien changer la donne. Les elfes d’Ios quant à eux espèrent sauver leur déesse mourante Scyrah en stoppant la progression de la magie humaine. Reste que le royaume d’Ios parvint autrefois à enfermer Everblight avant qu’il ne se libère de sa prison de glace. Les elfes devront également reprendre les armes contre leur ancien ennemi… Autant d’interconnexions entre les factions de Hordes et de Warmachine !

Côté règles, le système du magicien contrôlant ses atouts forts reste de mise. Dans Warmachine, le warcaster est un puissant techno-mage dirigeant les machines magiques appelées warjacks. Il génère du focus, flux magique qu’il attribue aux machines sous son contrôle ou qu’il consomme pour lancer des sorts. Dans Hordes, le warlock possède des points de furie initiaux, mais il n’en générera pas au cours de la partie. Ses warbeasts, par contre, monstres sous son contrôle, génèrent de la furie lorsque leur maître les force à combattre. Le warlock doit drainer cette furie afin d’éviter que ses créatures ne deviennent enragées, tandis que cette puissance magique primale lui servira aussi à alimenter ses pouvoirs magiques ! Comme dans Warmachine, il devient rapidement nécessaire d’utiliser d’autres unités sous peine de saturer les compétences du warlock. Entrent alors en scène tout un choix de troupes ou solos redoutables qui diversifieront les choix stratégiques du joueur.

Côté collectionneur, la boîte de base (95 €) avec deux factions et le livret de règles reste encore très intéressante, puisque permettant d’accumuler deux collections pour joueur débutant à moitié prix. Il est possible également de tout acheter séparément, notamment si l’accumulation d’une seconde faction ne vous intéresse pas spécialement. A noter que comme pour Warmachine, les petites boîtes de battlegroup (45 €) contiennent un livret d’initiation gratuit. Il devient dès lors possible d’acheter deux battlegroups Hordes et Warmachine afin de jouer sans problèmes un affrontement entre ces deux systèmes de jeux. Cela rend vos premiers pas dans cet univers assez libres et ce jeu moyennement onéreux pour un wargame. A noter qu’à titre de comparaison parmi les starters pour novices proposés par les éditeurs de wargames les plus populaires, la boîte de base Star Wars X-Wing coûte 45 € mais ne contient que les règles et trois figurines, tandis que la prochaine boîte de base Warhammer, plus généreuse en figurines et à paraître en juillet, devrait tout de même coûter dans les 140 €. Au vu de la gamme développée par Privateer Press au fil des années, Warmachine/Hordes demeure un jeu particulièrement intéressant pour le collectionneur, tout en assurant un moindre investissement pour le joueur (comptez 150-200 euros pour une armée complète contre 300-500 euros pour une armée complète achetée chez Games Workshop). Rajoutez à cela le background alléchant de cet univers d’Immoren et vous comprendrez qu’en matière de wargame médiéval fantastique, je vous recommande vivement les créations de Privateer Press !


American Gods de Neil Gaiman adapté en série TV !

Excellente nouvelle pour les fans de Neil Gaiman : son roman best-seller American Gods sera adapté en série télévisée ! Le show, co-produit par Bryan Fuller (Hannibal) et Michael Green (The River), n’a pas encore de date de première diffusion et son tournage n’a pas encore débuté. Avis aux acteurs en herbe, le casting de son personnage principal est toujours en cours.

Les fans du roman de Neil Gaiman connaissent bien les aventures de Ombre, ex-taulard à la vie brisée qui se fait embaucher comme garde du corps par l’étrange personnage Voyageur. Ce dernier l’entraîne dans un long périple à travers les Etats-Unis, et notre héros ne tarde pas à découvrir que Voyageur n’est autre que le dieu nordique Odin, qui tente de rallier à sa cause d’autres dieux et personnages folkloriques afin de mener une guerre sans merci aux nouvelles divinités américaines que sont Internet, la télévision ou les médias…

American-Gods

Neil Gaiman lui-même officiera comme producteur exécutif sur ce projet. Très enthousiaste, l’auteur s’est déclaré confiant sur les intentions des scénaristes et a tenu à rassurer ses fans. Pour lui, son « bébé est entre de bonnes mains« . Initialement développé par HBO, la célèbre chaîne de télévision négligea cependant le projet dans les délais impartis par son contrat de licence et perdit toute option dessus. Une aubaine pour ses concurrents FremantleMedia et Starz, qui n’ont pas laissé passer à leur tour l’occasion.

FreemantleMedia est l’un des plus grands producteurs de fictions télévisées au monde, également connu pour ses jeux télévisés et programmes de téléréalité. Cet énorme conglomérat de chaînes et sociétés de production, dont l’actionnaire principal n’est autre que RTL Group, détient aussi près de la moitié du Groupe M6. La firme représente avant tout une imposante puissance de production et de diffusion de programmes télévisés, qui permet d’espérer une diffusion française extrêmement rapide de cette future série TV. Starz, quant à elle, est une chaîne de télévision payante et producteur de séries, concurrente directe de HBO et Showtime. Moins connue en France, la firme produit actuellement la série Outlander, basée sur la série de romans de fantasy historique Le Chardon et le Tartan (Outlander) de Diana Gabaldon. Avec la commande de cette nouvelle série, Starz compte bien devenir un concurrent sérieux face à l’incontournable HBO. Un contrat plutôt de bon augure, puisque chaque partenaire apportera un savoir-faire solide au projet American God. Il ne reste plus qu’à attendre encore quelques mois afin d’en savoir plus…


Le climat de la Terre du Milieu

Vulgariser les sciences climatiques à travers la fantasy, impossible ? La preuve que non, avec ce passionnant travail réalisé par le Pr. Dan Lunt, alias « Radagast the Brown » ! Si l’exercice peut sembler surprenant de la part d’un respectable universitaire, il explore une autre manière d’enseigner les sciences à travers le prisme de la fiction littéraire. Ce surprenant article qui, j’en suis certain, ne manquera pas d’intéresser les hobbits que nous sommes, a également fait l’objet d’une intervention vidéo dans le cadre du Mooc Denial101x de l’Université de Queensland, consacré quant à lui à la réfutation des arguments climato-sceptiques.

Couverture végétale de la Terre du Milieu prédite par modélisation climatique. Crédits : Dan Lunt (2013).

Couverture végétale de la Terre du Milieu prédite par modélisation climatique. Crédits : Dan Lunt (2013).

Les modèles habituellement utilisés pour étudier l’évolution du climat sont ici détournés par Dan Lunt en y introduisant comme données initiales les descriptions apportées par Tolkien dans Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Nous apprenons ainsi que la Comté bénéficie d’un climat océanique très proche de celui de l’Angleterre, ou encore que la géographie du Mordor n’est pas pour rien dans l’aridité de ces terres maudites. Il y a forcément quelque chose de particulièrement amusant à l’idée de marier Tolkien et sciences climatiques, mais encore plus encore d’introduire cette audacieuse comparaison dans un cours en ligne destiné à combattre la propagande du lobby climato-négationniste. Surtout lorsque l’on connait le mépris profond de ces idéologues conservateurs envers la contre-culture et les univers littéraires imaginaires !