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Warhammer Fantasy Battle : la minute nostalgique

SLG_warhammerLe dernier épisode de Salut les Geeks offrait un petit moment inattendu de nostalgie. En effet, alors que Mathieu Sommet se lançait dans l’explication d’un tatouage chaotique, voilà notre geek brandissant un vieux livre de règles de Warhammer Fantasy Battle. Quelle ne fut pas ma surprise à la découverte de ce clin d’œil fait en l’honneur de la quatrième édition française de Warhammer ! Et quel retour nostalgique quinze ans en arrière pour moi. Je dois avouer qu’après le visionnage de cet épisode, j’ai ressorti de mes étagères poussiéreuses mon précieux exemplaire et ses suppléments. Et après l’avoir une nouvelle fois parcouru, mon opinion n’a guère changé. De toutes ses éditions françaises, celle datant de l’an 2000 reste de loin ma préférée.

Alors pourquoi tant de nostalgie ? S’il me faut reconnaître que ma véritable initiation remonte à l’édition précédente, mon attrait pour l’univers de Warhammer se voulait tout aussi bien ludique que fluffesque. Aussi, l’aspect vieux grimoire de la quatrième édition m’avait immédiatement frappé à sa sortie. Je me souviens encore me l’avoir procuré dans la boutique officielle rennaise, puis de m’être précipité pour le bouquiner bien au chaud dans mon logement universitaire de tout jeune étudiant de première année. Que de souvenirs de cette lointaine époque où ma principale préoccupation n’était absolument pas de réussir mes études de sciences mais d’optimiser mes listes d’armées elfiques ! Quand je pense que j’ai quitté la fac avec un doctorat en poche, je n’étais franchement pas un étudiant consciencieux à l’époque …

Mais revenons à ce magnifique ouvrage. Alors que la troisième édition française privilégiait les illustrations humoristiques à la Monty Python, cette quatrième édition comprenait un grand nombre de dessins crayonnés dans un style heroïc fantasy rappelant les fameuses illustrations de Frazetta. Le changement d’ambiance était particulièrement réussi, collant à l’esprit des précédents livres d’armée. Games Workshop avait vraiment mis le paquet en matière d’ambiance, et son univers-patchwork de fantasy prenait subitement une identité qui lui était propre. Le livre de règles se présentait comme un énorme guide du joueur, contenant aussi bien les règles de base et avancées, des scénarios et générateurs de terrain, ainsi que des addenda sur les races et armées en présence. La synthèse de l’ancien découpage entre livre de règles et bestiaire avait hélas éjecté quelques règles de monstres et créatures, reléguées aux futurs livres d’armées, mais son côté bon gros grimoire avait quelque chose de jouissif à prendre en main. Bien entendu, la formule a depuis été en grande partie conservée et chaque nouvelle édition des jeux de figurines Games Workshop s’est accompagnée de son grimoire-compagnon, jusqu’à la sixième édition de Warhammer 40,000 comprise.

La sortie de la quatrième édition était accompagnée de deux suppléments gratuits. D’abord le condensé de règles d’armées « Hordes Sauvages » qui devait assurer la transition entre la précédente et la nouvelle édition ; ensuite la campagne thématique « Dark Shadows » se déroulant sur l’île septentrionale d’Albion. Ce court « Hordes Sauvages » présentait le nouveau découpage des armées en unités de base, spéciales et rares. Une petite révolution pour l’époque, censée équilibrer les parties. De plus, le supplément comprenait un condensé des règles spéciales de toutes les factions jouables, soit une bonne solution pour aligner n’importe quelle armée sans acheter le moindre supplément. L’astuce était plutôt sympathique et économique pour le joueur, aussi n’avions-nous que peu d’espoir de voir Games Workshop continuer sur cette lancée ! Dommage, car dans l’absolu un second grimoire « bestiaire » comprenant toutes les historiques et règles spéciales des factions aurait constitué un magnifique supplément de jeu. Quant à la campagne « Dark Shadows », son histoire modulable offrait quelques possibilités scénaristiques plutôt sympathiques. En relisant ce complément gratuit, j’y ai retrouvé quelques commentaires griffonnés de ma propre main au crayon papier. Il semblerait qu’à l’époque, cette première campagne thématique pour la quatrième édition française m’avait laissé dubitatif. Avec le recul, j’avoue regretter son efficace sobriété, surtout lorsque je constate dans quelles surenchères ridicules s’est désormais engagée la sixième édition française …

Refermons ici cet interlude nostalgique. C’est avec une réelle vénération que je possède toujours mon vieux livre de règles et ses deux suppléments, et ce pour des raisons tout aussi personnelles que ludiques. En effet, avec sa formule « tout en un » permettant de jouer les unités classiques du monde de Warhammer, il est possible de monter de petites parties entre anciens du lycée ou de la fac, sans pour autant investir dans les onéreuses nouveautés de l’éditeur. Un bon moyen de poursuivre ma balade nostalgique dans le Vieux Monde tel que je l’ai connu, voici bientôt une vingtaine d’années. On ne se refait pas, surtout passé le cap de la trentaine !


Ambition

Court-métrage de space fantasy dédié à la mission Rosetta, Ambition (2014) de Tomek Bagiński a été tourné en Islande et est issu d’une collaboration entre Platige Image et l’ESA. Présenté en octobre dernier à Londres, il connaît depuis un franc succès sur les réseaux sociaux. Et pour cause : car au-delà de son scénario de fantasy futuriste, Ambition est une magnifique pièce de vulgarisation scientifique. Enjoy !

 


Le Hobbit Annoté – J.R.R. Tolkien & Douglas A. Anderson

hobbit_annoteOn ne présente plus le Hobbit, oeuvre fondatrice dans la chronologie d’édition de l’univers de J.R.R. Tolkien. Bon nombre d’entre-vous ayant lu le livre, vu l’adaptation controversée de Peter Jackson ou les deux à la fois, je ne vous ferai pas l’affront de vous résumer l’intrigue. De même la genèse de ce roman, à l’origine rédigé par Tolkien pour le seul plaisir de ses enfants, est devenue une de ces légendes incontournables de l’histoire de la fantasy. Si je prends la peine de chroniquer un tel monument du genre, ce n’est donc pas pour répéter ce qui déjà été écrit maintes fois ni tenter de révéler d’inédites interprétations d’entre les lignes, non. Je me contenterai juste de vous en présenter une édition particulière, et quelle édition, puisqu’il s’agit de sa version annotée.

Les éditions Christian Bourgois proposent depuis 2012 la version française de ce document de référence : sous la plume de Douglas A. Anderson, le texte de Tolkien est enrichi de très nombreux commentaires et illustrations. Autant de sources d’information et d’approfondissement de l’œuvre et de la vie de Tolkien. Quant au texte du Hobbit, il a été entièrement revu et corrigé grâce à une nouvelle traduction française, signée par Daniel Lauzon. Il faut bien comprendre que pour proposer cette version du Hobbit annoté, il était nécessaire de coller aux consignes et modifications de Tolkien : notes aux traducteurs, que l’auteur avait rédigé à leur attention, mais également coquilles corrigées et ajouts postérieurs à la première édition. Prendre en compte ces modifications tout en conservant la traduction précédente était trop délicat : cela s’opposait à la législation en vigueur concernant les droits d’auteur de la traduction précédente. Il était donc plus simple pour l’éditeur Christian Bourgois de commander une traduction inédite. Bien entendu, ce choix est le plus pertinent sur le plan littéraire, puisqu’il a permis par la même occasion une mise à plat totale de l’ouvrage. Et comme la parution coïncidait avec la sortie en salles du premier volet de la trilogie de Peter Jackson, l’aspect pécuniaire de l’opération s’annonçait plutôt bien.

Mais le Hobbit annoté ne se limite pas à ces pages enrichies de commentaires dans les marges. En complément de ce travail remarquable, deux appendices figurent également au sommaire : L’Expédition d’Erebor et Les Runes, ainsi qu’une multitude de tirages d’illustrations de très bonne qualité. Un vrai régal. D’une lecture fort agréable, se présentant comme un bon gros bouquin à la couverture souple, Le Hobbit annoté est devenu en quelques jours mon livre-compagnon. Il me suit à chaque instant de mes loisirs, m’a permis de me replonger rapidement dans l’intrigue avant ma séance cinéma du troisième volet cinématographique, et m’apporte un réel réconfort d’évasion en cette période à l’actualité si troublée. Si vous replonger dans ce voyage inattendu vous tente, voici là une magnifique occasion de refaire la route en compagnie de Bilbo.


Le Hobbit : La Bataille des Cinq Armées – Peter Jackson (2014)

hobbit3Conclusion de la nouvelle trilogie en Terre du Milieu de Peter Jackson : nous retrouvons Bilbo et ses compagnons Nains en bien fâcheuse posture. Smaug le Dragon a quitté la Montagne Solitaire pour fondre sur Lacville et détruire la bourgade humaine. Mais Bard, l’héritier du trône de Dale, parvient à terrasser le ver infâme d’une flèche noire bien ajustée. Erebor est désormais libérée du dragon ! Mais à quel prix : les hommes fuient Lacville en flammes et réclament dédommagement de la part des Nains. La nouvelle de la mort du grand ver attire également les Elfes sylvestres : le roi Thranduil y convoite certains trésors accumulés dans les grandes salles abandonnées. Pendant ce temps, Thorin Ecu-de-chêne succombe à la malédiction du Dragon. Aveuglé par l’immense trésor, il cherche frénétiquement l’Arkenstone, joyau de la montagne qu’il place au-dessus de toute autre considération. Face aux armées massées à ses portes, il a appelé en renfort son cousin Dáin, qui à la tête d’une armée de Nains entend bien défendre Erebor contre les Elfes et les Hommes. Folie que cela ! Mais Bilbon et Gandalf parviendront-ils à raisonner les trois armées avant que ne déferlent deux redoutables osts d’orques et de gobelins ? La Bataille des Cinq Armées scellera le sort de la Montagne Solitaire !

Parti d’un roman jeunesse, Peter Jackson accouche d’une montagne cinématographique. Le Hobbit, diptyque rallongé en une trilogie de 700 millions de dollars (contre 300 millions de budget pour la trilogie du Seigneur des Anneaux), était déjà à bout de souffle au terme de La Désolation de Smaug. Et nous voilà pourtant embarqués pour 2h24 d’aventures supplémentaires en Terres du Milieu ! Le virage amorcé au cours du second volet se poursuit : nous ne sommes plus dans une adaptation fidèle à l’œuvre de J.R.R. Tolkien mais dans une lecture revisitée de la « légende » du Hobbit. Une fois cet état de fait accepté, il est donc possible de chroniquer la Bataille des Cinq Armées selon deux axes d’analyse : d’un côté, la réécriture l’œuvre originelle ; et de l’autre, la réalisation jacksonienne de ce « thriller » de fantasy. Mais existe-t-il un axe de visionnage susceptible de sauver le Hobbit du naufrage engagé ? Là est toute la question.

Dans ses grandes lignes, l’intrigue du Hobbit de J.R.R. Tolkien est globalement respectée : Bard tue le dragon Smaug, puis prend le contrôle des opérations militaires visant à investir, en compagnie des Elfes sylvains, les ruines d’Erebor. Là-haut, il découvre que Thorin et sa compagnie ont survécu, et il entame des pourparlers avec le Roi sous la Montagne. S’en suit la querelle avec les Nains, le vol de l’Arkenstone par Bilbo qui espère forcer Thorin à la diplomatie, l’arrivée de l’armée naine de Dáin et l’affrontement interrompu in-extremis par l’intrusion d’osts de gobelins et de loups. La première différence majeure apparaît ici, puisque si Tolkien met en scène une vaste horde combinée de gobelins, de loups et de wargs en provenance des Monts Brumeux et avides de piller les trésors de feu le dragon Smaug, Peter Jackson lance à l’assaut d’Erebor deux armées d’orques et de gobelins, chargées cette fois-ci d’occuper la Montagne Solitaire pour en faire l’avant-poste d’un grand royaume maléfique septentrional. Tout comme dans le roman, les Aigles et Béorn volent au secours des trois armées avant que les orques ne les submergent. Le sort de Thorin, Fili et Kili sont beaucoup plus développés que dans le roman, et ceci pour plusieurs raisons. Déjà parce que Peter Jackson a voulu faire d’Azog, roi des orques sous la Moria, l’ennemi juré de Thorin ; ce qui ne correspond pas à la chronologie de Tolkien qui situe bien avant la mort d’Azog, tombé sous les coups de Dáin lors des guerres entre nains et orques des Monts Brumeux. Durant les aventures de Bilbo, le chef de guerre Bolg qui prend la tête des gobelins est décrit par Tolkien comme le fils d’Azog. Changement de chronologie pour Peter Jackson, qui place Bolg à la tête de la seconde armée d’Azog dans son adaptation. Comble de l’ironie, Bolg n’affronte pas Thorin et ses compagnons mais Légolas, Tauriel et Kili (!) tout en assommant Bilbo d’un magnifique revers ! Quant au dénouement final de cette longue bataille, Peter Jackson n’en retient que la victoire de l’Alliance, le deuil porté aux nains Thorin et Kili, ainsi que les adieux de Bilbo à ses compagnons Nains. Nous ne saurons rien du destin de Bard, de Dáin ni du roi Thranduil mais apprendrons que Legolas s’en va rejoindre un certain « Grand-Pas ». De même pour le retour de Bilbo dans la Comté, la conclusion du roman est télégraphiée pour insister lourdement sur le cliffhanger avec la trilogie du Seigneur des Anneaux. Quant aux ajouts de Peter Jackson par rapport au roman, ils s’avèrent cette fois-ci totalement inutiles. L’adaptation de l’appendice du Seigneur des Anneaux concernant le Nécromancien n’apporte rien à la trilogie, car si Gandalf évoque la présence de cet ennemi dans le Hobbit, nous sommes encore loin de son rapprochement avec le retour de Sauron et le récit des Anneaux de pouvoir. Enfin, bien que je reste convaincu que Tauriel se présentait comme un ajout intéressant dans La Désolation de Smaug, force m’est de constater que le personnage est massacré dans La Bataille des Cinq Armées et y figure aussi pathétique que ce pauvre Legolas.

Venons-en maintenant à ce « thriller » de fantasy. Le qualificatif n’a rien de personnel, puisqu’il provient de Peter Jackson lui-même. Et puisque c’est ainsi que le réalisateur désigne son ultime excursion en Terres du Milieu, commençons par revenir sur la définition même de « thriller » . Pour qu’une œuvre cinématographique se réclame de ce genre extrêmement courant dans le cinéma hollywoodien, il faut qu’elle développe tout au long de son visionnage un suspense narratif, une tension dont le climax débouchera sur un dénouement spectaculaire et un inévitable cliffhanger. Comme nous ne sommes pas dans un thriller policier, le climax marquera forcément la mort des figures maléfiques, accompagnée du trépas de quelques personnages principaux. Autant dire qu’avec une telle mise en scène, Peter Jackson s’affranchit considérablement des derniers chapitres du Hobbit de J.R.R. Tolkien, que C.S. Lewis n’hésitait pas à comparer au style des sagas nordiques. Nous sommes mêmes assez éloignés du souffle époque de l’adaptation du Retour du Roi. Alors donc, puisqu’il faut verser dans le « thriller » plutôt que dans la saga épique, Peter Jackson n’en finit pas de faire monter la tension entre Thorin et ses adversaires. Seulement voilà, à trop vouloir faire durer un suspens inexistant, l’intrigue devient insipide, et la soupe promet d’être fade. Dommage, car pourtant dès les premières minutes, on pourrait croire en une soudain résurrection de la trilogie. L’attaque de Smaug sur Lacville et le triomphe de Bard constituent une séquence sublime, à couper le souffle. Mais elle intervient après le cut final de la Désolation de Smaug, soit une coupure de près d’un an dans le rythme de la trilogie. Malgré tous les artifices du montage, impossible de ne pas se figurer cette séquence comme initialement retirée du second volet pour alimenter le troisième opus.

Et puisque le dragon est vaincu, quel avenir pour la Montagne Solitaire ? Tolkien traite la question géopolitique de la bataille des cinq armées sous la forme d’une saga médiévale, où chaque camp fait valoir non seulement ses intérêts, mais porte aussi en avant l’honneur de son peuple et sa bravoure au combat. Curieusement, Peter Jackson, qui se doit pourtant d’alimenter en contenu sa trilogie de peur qu’elle ne paraisse trop insipide, télégraphie ces importants pourparlers. C’est là tout le piège de cette écriture du scénario en « thriller » : puisque seuls les dialogues instaurant une tension entre les protagonistes lui sont utiles, Peter Jackson écourte tout autre échange. Pire encore, une fois le climax atteint, il passe outre le dénouement de la bataille pour ne se concentrer que sur ses adieux à la Montagne Solitaire et son cliffhanger final. A croire que toute cette bataille n’était qu’un prétexte à l’affrontement final entre Thorin et Azog, dont la veine tentative de justification s’égare complètement d’un film à l’autre. Et puisqu’un « thriller » se doit d’incorporer une histoire d’amour, la belle Tauriel volera au secours de son beau Kili avec l’aide d’un Legolas au cœur brisé mais pas rancunier. Ce pathétique ménage à trois ne sera pas de trop pour ruiner définitivement la seule idée originale intéressante de la Désolation de Smaug. Coup de grâce porté au spectateur, si les mange-terres ressemblant aux gobeurs de têtes de King Kong ne vous ont pas fait sursauter de votre siège, la cascade de Legolas façon God of War 3 vous provoquera peut-être tout comme moi un rire nerveux incontrôlable.

Arrêtons-là le massacre. Ce dernier volet du Hobbit, particulièrement décevant, fait bien pâle figure face à son homologue du Seigneur des Anneaux. De son propre aveu, Peter Jackson ne voulait pas reprendre la réalisation de cette nouvelle trilogie. Force est de constater qu’il n’avait plus rien à apporter à la Terre du Milieu, et que cette ultime mascarade sous fond vert est de trop. Qu’aurait-il fallu au Hobbit pour réussir, se limiter à un diptyque ? Probablement. Abandonner cette écriture de « thriller » pour rester fidèle à l’esprit de saga des derniers chapitres du roman ? De toute évidence. Le virage entamé au cours de la Désolation de Smaug oriente le Hobbit dans le seul but d’en faire une préquelle au Seigneur des Anneaux. Et cela ne marche pas, car ce n’est pas dans l’esprit du roman. Il ne faut pas perdre de vue que même si Tolkien révisa son Hobbit dans les années 60 pour l’harmoniser avec son univers, il n’en fit jamais pour autant un appendice supplémentaire au Seigneur des Anneaux. C’est probablement la plus grande erreur de Peter Jackson : s’obstiner à tourner une préquelle du Seigneur des Anneaux au lieu de se contenter d’adapter le Hobbit.

 

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Le crépuscule des épées – Fritz Leiber

leiber7Nous voici arrivés au terme des aventures de Fafhrd et du Souricier Gris, une folle cavalcade en sept tomes dont l’édition finale fut compilée par Fritz Leiber à partir de ses premières œuvres de jeunesse, dans les années 30, jusqu’aux ultimes textes inédits publiés au cours des années 80. L’œuvre d’une vie entière, un monument majeur de la fantasy. Et forcément, difficile pour un auteur vieillissant d’abandonner un tel ouvrage non sans une certaine nostalgie. Aussi, lorsque Leiber met en scène une dernière fois ses héros désormais installés sur l’Île de Givre, loin de la fabuleuse cité de Lankhmar et de ses dangereuses intrigues, il ne peut s’empêcher de se préoccuper de leur retraite imaginaire. Un peu comme un père vieillissant songe à l’avenir de ses enfants et de leurs foyers. Mais Leiber leur réserve tout de même un dernier coup du sort. Nos deux héros ont raccroché les armes et se sont transformé au fil des saisons en d’honnêtes marchands nordiques. Or voilà que la crise de la quarantaine les surprend un beau matin, et les plonge dans d’ultimes aventures. Celles de trop ? Possible, mais pas comme l’on serait en droit de l’imaginer.

Si vous ne saurez pas en lisant cette chronique quels destins funestes s’annoncent derrière les figures de la Mort de Fafhrd et de la Mort du Souricier, force est de reconnaître que ce dernier tome n’est pas pour autant le plus réussi. La plume de Leiber s’est hélas quelque peu émoussée, et passés les trois premiers récits crépusculaires, nous entamons une ultime novella dans laquelle l’humour et les rebondissements propres aux aventures de nos deux compagnons ont cédé le pas à un incessant babillage radotant. L’intrigue se résume en une seule ligne : les ennemis du Souricier Gris tentent une ultime manœuvre pour se rappeler à son bon souvenir, mais échouent lamentablement lorsque des puissances supérieures se résignent à accorder de vieux jours apaisés à nos héros vieillissants. Le reste n’est qu’incessants dialogues ennuyeux et évocations du passé. Image symbolique s’il en est, le Souricier est magiquement enterré vivant durant la quasi-totalité du récit. Bref, si le récit manque de dynamisme en devenant rapidement barbant, en abandonner la lecture serait tout de même regrettable, car entre les lignes se cache une vérité beaucoup plus intéressante, et même particulièrement émouvante.

Cette perte de rythme s’accompagne dans le même temps d’une appropriation extrêmement forte du récits par l’auteur : Leiber n’écrit plus qu’en un interminable monologue, délassant ses lecteurs que pour mieux entamer ses propres adieux avec ces héros qui l’ont accompagné tout au long de sa vie. Pour cette raison, la dernière novella se teinte d’une nostalgie poignante. Leiber retient l’intrigue comme pour mieux retarder l’inévitable point final, s’évertue à se replonger dans ses propres souvenirs d’écrivain comme s’il voulait les revivre encore et encore, et n’en finit pas de faire ses adieux au monde de Nehwon. Si le Crépuscule des épées est, de loin, le tome le moins passionnant de toute la saga, il faut cependant en excuser Leiber, qui parvient tout de même à dévoiler son cœur ému entre les lignes, entamant avec tendresse cette ultime escapade imaginaire dans cet univers central de sa carrière d’écrivain. Nous touchons là à l’œuvre d’une vie entière (54 ans d’écriture), et au crépuscule d’un vieil homme à l’esprit si fécond. Fritz Leiber nous quitta quatre ans plus tard, en 1992, à l’âge de 81 ans. L’ultime tome n’était alors disponible en français que depuis un an. Excusons-lui ce dernier monologue, et remercions-le plutôt pour cette grande saga indémodable de fantasy qu’il nous laisse en héritage. Et puisque la « Descente aux abîmes du Souricier » a dans sa conclusion des airs de testament, il est temps de faire à notre tour nos adieux à Fafhrd et au Souricier Gris, qui tout du long du Cycle des Epées ont démontré toute la vigueur indémodable de l’heroic fantasy et de cette « sword and sorcery » si chère à Leiber. Grand merci, cher Maître, and farewell.

 

Notice bibliographique :

 

Leiber, F. The Knight and Knave of Swords, éditions William Morrow, 1988, 303 p. Édition française consultée : Le crépuscule des épées (traduction : Dominique Haas), éditions Pocket Science-Fiction (n°5418), 1991, 344 p.

 

Sommaire :

 

  • “Sea Magic“ (Magie de la mer). The Dragon Magazine #1, Décembre 1977.
  • “The Mer She“ (Elle-de-Mer). Heroes and Horrors. Whispers Press, 1978.
  • “The Curse of the Smalls and the Stars“ (La Malédiction des Riens et des Étoiles). Heroic Visions. Ace Books, 1983.
  • “The Mouser Goes Below“ (La Descente aux abîmes du Souricier). The Knight and Knave of Swords, éditions William Morrow, 1988.

Nouveautés de décembre Warmachine / Hordes

Il est un peu tard pour annoncer les nouveautés Pivrateer Press du mois, cependant je tenais à rapporter ma sélection parmi les dernières figurines et suppléments parus en version française pour Warmachine et Hordes. Au programme, le nouveau livre de faction Khador et un pack spécial Vladimir Tzepesci & Drago, le warjack lourd cygnaréen Dynamo, les prétoriens karax de la faction Skorgne et quelques Trollbloods visiblement fans des highlanders d’Ecosse !

Pour m’être procuré ce week-end le nouveau livre de faction Khador, je confirme l’excellente qualité de ces nouvelles éditions françaises. Succédant à la parution du livre de faction Cygnar, cet imposant volume comporte autant d’historique que de profils de personnages, unités et warjacks. Un régal pour l’amateur de l’univers des Royaumes d’Aciers que je suis. Pour en savoir plus ou découvrir les autres nouveautés de cette fin d’année, une seule adresse : VictoriaGame.

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