avril 2015
L Ma Me J V S D
« mar    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Le Prix Hugo 2015 et les activistes conservateurs

hugo-award-logoC’est un tremblement de terre qui vient de secouer le milieu de la science-fiction et fantasy américaine. A la surprise générale, lorsque les nominés de l’édition 2015 du Prix Hugo ont été annoncés début avril, la liste des finalistes a provoqué un tsunami d’indignations. Chaque année, les nominés aux différentes catégories du prix sont déterminés à l’issue d’un scrutin ouvert à tous les membres des WorldCons de l’année en cours, de l’année précédente et de la prochaine édition. Le scrutin de l’édition 2015 concernait donc toute personne ayant réglé son inscription de 40 dollars aux conventions de 2014, 2015 ou 2016. A l’origine du malaise, ce scrutin a fait l’objet d’une vaste campagne de lobbying de la part d’un groupe d’auteurs conservateurs. Leur objectif ? Inscrire le plus possible d’activistes de droite sur les listes électorales du Prix Hugo, afin d’influencer l’issue du scrutin en promouvant massivement une sélection d’œuvres et d’auteurs beaucoup plus proches de leurs attentes littéraires et politiques. Une méthode ayant porté ses fruits, mais provoquant désormais une vague d’indignation sans précédents.

Convenons-en tout d’abord, un prix littéraire est rarement un monument d’impartialité. Outre l’amer constat qu’il est impossible de passer en revue la totalité des nouveautés parues à chaque rentrée littéraire, le jury sera également influencé par ses affinités éditoriales ou avec les auteurs nominés. Il est donc totalement utopique d’envisager un jury objectif exempt de tout conflit d’intérêt, et le lauréat du prix ne saurait être assimilé en aucun cas à la « meilleure oeuvre » de sa génération. La chose est entendue, et s’applique tout aussi bien aux grands prix littéraires qu’aux récompenses de science-fiction et fantasy. De ma modeste expérience, pour avoir participé deux années de suite au jury d’un prix de blogueurs SF, il m’est ainsi vite apparu que le choix des œuvres nominées et la sélection du lauréat relevaient plus de la politique que de la littérature. Le Prix Hugo n’échappe pas à cette règle, et des campagnes menées pour favoriser telle oeuvre ou tel auteur ont déjà eu lieu par le passé. Mais l’édition récente se distingue par l’ampleur et l’organisation exceptionnelle du lobbying mis en oeuvre. La stratégie est même comparée par l’auteur Arthur Chu aux campagnes de déstabilisation mises en place par les activistes réactionnaires. Exagération ? Peut-être pas, car la campagne intitulé « Sad Puppies » présente, sur la forme comme sur le fond, de nombreux points communs avec la frange républicaine la plus conservatrice outre-Atlantique.

A l’origine de ce mouvement, deux auteurs américains – Larry Correia et Brad R. Torgersen  – qui estiment combattre le « déclin » de la science-fiction et fantasy américaine. Depuis plusieurs années, le prix Hugo suscite beaucoup d’amertume de la part d’une frange d’auteurs politiquement orientés « à droite » : Larry Correia estime ainsi que, s’il n’a jamais été lauréat du prix, ce n’est pas en raison de la qualité littéraire de sa production, mais parce qu’il existe une censure systématique des auteurs nominés ne correspondant pas à une image « politiquement correcte » de gauche. Or qui décide de cette bonne moralité politique ? Toujours selon Correia, il faut chercher les responsables de cette censure parmi la frange « de gauche » des votants du prix Hugo, qui pratiqueraient une « chasse aux sorcières conservatrices » systématique dans les listes de nominés. Cette mouvance d’affreux gauchistes, qu’il qualifie de Social Warrior of Justice, dominerait selon lui le fandom américain, dictant ses propres normes politiques et sociétales à l’ensemble de la SF et fantasy anglophone. Mais les Sad Puppies de Correia et Torgersen ne sont pas seuls dans ce combat. L’auteur Théodore Beale (connu sous le pseudonyme Vox Day) entend lui aussi combattre la main-mise politique « de gauche » sur les Hugo en encourageant l’afflux massif de votants conservateurs. Ses partisans, tout aussi actifs, se sont surnommés pour leur part les Rabid Puppies et souhaitent se montrer beaucoup plus agressifs que leurs collègues attristés. Mais quels sont les arguments concrets des Sad Puppies et Rabid Puppies ? Pour tenter d’y voir plus clair, reprenons l’exposé publié par Brad Torgersen sur son propre blog. L’auteur conservateur s’explique en ces termes :

Cliquez ici pour lire

La théorie de la « couverture peu fiable » – ou théorie de la boîte de céréales Nutty Nuggets comme l’a baptisée Brad Torgersen – relève plus du conservatisme réactionnaire que de l’analyse critique sur la littérature de l’imaginaire contemporaine. S’appuyant sur sa nostalgie tout à fait concevable pour les œuvres de l’age d’or de la science-fiction américaine et les mythiques récits howardiens d’heroic fantasy (nostalgie que je partage comme beaucoup de lecteurs), Torgersen regrette la « disparition » de ses chers romans pulps au profit de récits décevants à son goût. Les couvertures sont toujours aussi aguichantes, à l’image d’une belle boîte de céréales Nutty Nuggets, mais dès la première cuillère il se sent lésé sur la marchandise. La principale erreur de Torgersen dans ce réquisitoire serait d’oublier que la science-fiction ne peut échapper à son époque, et se veut bien au contraire en dialogue avec le monde contemporain. Or le combat pour l’égalité des sexes, la reconnaissance des LGBT ou encore la lutte contre l’effroyable racisme latent de la société américaine sont des sujets d’actualité ne pouvant qu’inspirer la jeune garde d’auteurs américains. A défaut de récompenser le meilleur livre de l’année – ce serait illusoire – les prix littéraires figent dans le marbre le Zeitgeist, le climat de leurs présents successifs. C’est là tout l’intérêt d’une comparaison des listes de nominés au fil du temps, témoignage indirect d’une société en perpétuelle évolution. L’intrusion des Sad Puppies au cours du scrutin du Prix Hugo 2015 vient donc fausser cet instantané, et se montre en cela aussi déplorable que condamnable.

La seconde erreur – ou du moins désaccord idéologique – de Torgersen provient de sa critique des thématiques actuelles. En rejetant à tour de rôle les romans abordant le racisme, le combat égalitariste ou la reconnaissance des communautés marginalisées, Torgersen invite à censurer ces thèmes responsables selon lui du « déclin » actuel de la science-fiction et de la fantasy. Paradoxalement, son activisme se prétend salvateur, puisque cette « trahison » de l’esthétique de l’imaginaire serait, toujours selon lui, à l’origine du déclin des ventes de science-fiction et fantasy chez les libraires. Nous serions donc, selon les Sad Puppies, au bord du précipice : les lecteurs frustrés de ne plus trouver leur compte déserteraient le genre, tandis que les auteurs contemporains s’enfermeraient dans l’écriture de pseudo-genres dénaturés. Torgersen ne se contente pas de dénigrer les oeuvres, il accuse clairement le camp adversaire de mener le navire au naufrage. Voilà bien une posture réactionnaire aux conséquences plutôt désastreuses : car à défaut de rétablir un quelconque équilibre idéologique dans le scrutin, le coup de force des Sad Puppies impose unilatéralement une orientation idéologique au Prix Hugo. En d’autres termes, il s’agit là d’un kidnapping politique en bonne et due forme de l’événement, orchestré qui plus est dans la plus grande légalité.

Après le choc de la révélation, la contestation s’organise. Matthew Surridge a décliné sa nomination dans la catégorie du meilleur écrivain amateur, évoquant clairement son désaccord avec Torgerson et les Sad Puppies. Deirdre Saoirse Moen a proposé une nouvelle liste de nominations minorant les votes des activistes, mais créant ainsi une contradiction morale avec le règlement du scrutin ; son initiative ne souligne au final que le machiavélisme du piège dressé par les Puppies. GRR Martin s’est longuement épanché ces derniers jours sur l’affaire et enfin, dans une récente déclaration, Connie Willis a annoncé qu’elle ne présenterait pas la cérémonie de remise des Prix Hugo. Les conséquences du séisme provoqué par le PuppyGate sont encore difficiles à évaluer. Cependant, le prétexte de promotion d’une science-fiction et fantasy « à la grand-papa » ne saurait dissimuler une bien plus insidieuse opération de récupération politique d’un prix littéraire de renommée internationale. La World Science Fiction Society se retrouve face à une crise sans précédent, aux retombées dépassant largement le cadre anglophone du Prix. Les prochaines semaines seront sans doutes décisives quant à l’avenir éditorial du genre.

sad-puppy-lol


Games Workshop : la Fin des Temps ?

L’année 2015 marque un revirement dans la politique des revendeurs indépendants vis-à-vis de la société Games Workshop. Déçus par les nouvelles politiques de distribution imposées par l’enseigne anglaise, encouragés par la baisse de leurs ventes en rayon, plusieurs d’entre eux ont décidé de déréférencer la gamme des produits proposés à leur clientèle. Cette rupture est brutale, mais permise et encadrée par la Loi Galland. Etant donné qu’il est nécessaire d’alerter le fournisseur par la mise en place d’un préavis, ce déréférencement peut donc être considéré comme un échec commercial cuisant pour le fournisseur qui n’est pas parvenu à rétablit la confiance avec le revendeur.

40k_old

L’enseigne Ukronium 1828 à Lyon a exposé sur son blog les raisons de sa décision. Elle accuse des délais et difficultés d’approvisionnement, regrette l’insatisfaction de sa clientèle face aux nouveautés et déplore des entrées de gamme très élevées. En conséquence, ce revendeur indépendant note une perte d’intérêt de sa clientèle pour les produits Games Workshop – jolie formule pour désigner la baisse des ventes. Puisque la firme anglaise ne répond plus aux exigences commerciales de cet indépendant, leur choix est donc sans appel. Et c’est avec regret que l’équipe d’Ukronium 1828 se voit dans l’obligation d’abandonner une gamme qu’ils ont eux-même collectionné et apprécié par le passé.

Le cas lyonnais n’est pas le seul, d’autres boutiques indépendantes ont également franchi le pas. Le Warfo regroupe dans un fil de discussion plusieurs témoignages similaires. A Nice et Paris, des revendeurs indépendants déplorent les retards de livraison se comptant en mois, et considèrent que le fournisseur n’est plus à même d’assurer son approvisionnement. D’autres revendeurs, comme à Toulouse et Grenoble, s’apprêtent également à franchir le pas. Les boutiques indépendantes concernées liquident leurs derniers stocks, pour le bonheur des ultimes clients dont les achats ne permettaient plus de rentabiliser les commandes fournisseurs. Des annonces de stocks en liquidation ont même circulé sur Leboncoin !

Et pourtant, cette situation se présente comme la conséquence logique des choix stratégiques récents de la société anglaise : fermeture de son antenne française au profit d’une centralisation au siège social de Nottingham, nouvelle stratégie de recrutement pour ses boutiques officielles qui doivent désormais être tenues par un seul vendeur, distribution partielle de la gamme au profit des boutiques officielles et de la vente en ligne, hausse régulière des tarifs venant se cumuler avec l’augmentation sensible de la TVA, et surtout réorganisation fréquente et incohérente des univers Warhammer et Warhammer 40,000 pour l’exploitation commerciale intensive des rééditions et suppléments de jeux. Bref, les entrées de gamme deviennent trop chères pour le public-cible, et même les adolescents sur lesquels la société a tant misé ces vingt dernières années n’ont plus assez d’argent de poche à dépenser en figurines. Les jeux Games Workshop n’ont pas pour autant évolué vers un système de règles élitiste, et la fan-base en vient elle aussi à se lasser. Pour leur défense, seule la qualité de moulage des figurines s’est globalement améliorée au fil du temps, à l’exception notable de l’abandon du métal blanc au profit de la résine « finecast ».

Conséquence de cette nouvelle politique de son siège social, Games Workshop est en net recul en France. Nous sommes bien loin des années 90 où même la coopérative de magasins JouéClub distribuait leurs entrées de gamme ! Mais ce recul du leader historique de jeux de figurines profite à ses nouveaux challengers. Après des années d’hégémonie incontestée, des concurrents ont su s’imposer sur le marché des wargames : que ce soient Privateer Press, Spartan Games, Corvus Belli ou même Edge Entertainment, ils colonisent désormais le terrain abandonné. Les lyonnais d’Ukronium 1828 ont ainsi placé Warmachine et Hordes en tête de gondoles, un choix de plus en plus privilégié par les revendeurs indépendants. Games Workshop a annoncé de nombreuses nouveautés pour les mois à venir : une nouvelle faction à Warhammer 40,000 (Adeptus Mechanicus), le reboot de Warhammer Battle et peut-être même un nouveau jeu basé sur l’Hérésie d’Horus. La réponse est-elle à la mesure de la situation ? Seul l’avenir nous le dira.


Réforme des enseignements de latin et grec ancien : une mauvaise nouvelle pour l’imaginaire contemporain ?

La réforme du collège engagée par la Ministre Najat Vallaud-Belkacem fait couler beaucoup d’encre, et notamment du côté des enseignants de latin et de grec ancien. En effet, ces derniers se sont montrés particulièrement inquiets par les annonces de la Ministre confirmées dans l’enquête réalisée par l’Express. Les « langues mortes » ou enseignements de langues anciennes ne seraient plus une option ouverte à partir de la classe de cinquième, mais à l’avenir proposées comme une simple initiation linguistique et culturelle incluse dans les futurs programmes de Français. Quant aux élèves souhaitant apprendre le latin ou le grec ancien, il leur faudra se contenter d’une approche supplémentaire dans le cadre des nouveaux Enseignements Pratiques Transdisciplinaires (EPI). Message reçu par les enseignants : les langues anciennes seraient appelées à disparaître, ne laissant dans les programmes qu’une vague allusion linguistique au détours d’une heure de Français ou de cours d’EPI.

A l’origine de ce remaniement annoncé, le ministère espère ainsi briser le désintérêt pour une option suivie par seulement 20 % des élèves. Grâce à l’EPI, le ministère fait le pari que cette nouvelle souplesse permettra d’augmenter le nombre de candidats aux options de langues anciennes. Un second son de cloche plus rassurant ? Car en définitive, et dans l’attente d’une confirmation officielle, les langues anciennes resteraient une option ouverte, et le choix de les poursuivre serait offert aux collégiens à chaque nouvelle rentrée. Fini, donc, l’enseignement regroupé en trois ans ferme, comme dans les programmes actuels. Mais ces éclaircissements ne rassurent pas pour autant les professeurs de langues anciennes, particulièrement échaudés depuis la destruction de la filière Lettres Classiques dans l’enseignement supérieur. Est-ce un premier pas vers une fermeture à long terme de leurs enseignements ? Une situation que déplore Marjorie Lévêque, professeure, dans les colonnes de l’Express : « Le latin tel qu’enseigné aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce qui était proposé il y a 15 ans. C’est une ouverture au monde, une culture en plus, qui facilite l’apprentissage des langues étrangères » .

Kratos remplacera-t-il les profs de langue morte ?

Kratos remplacera-t-il les profs de langue morte ?

Conséquence insoupçonnée de cette réforme, le retrait progressif du latin et du grec ancien pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’apprentissage d’un socle imaginaire commun, ces fameuses racines gréco-latines qui contribuent à la littérature fantastique et de fantasy occidentale. La réécriture de ces mythes et légendes antiques a toujours inspiré les auteurs de chaque époque, mais jamais aucun de ces lettrés ne s’était retrouvé coupé du socle originel. Or cette transmission écrite comme orale se base sur un échange intemporel entre le mythe antique, l’auteur et son public. Si l’enseignement des langues anciennes vient à disparaître, cette chaîne est brisée. Or qui transmettra alors cette culture ancienne ? De nos jours, les industries du cinéma et des jeux vidéos ne manquent pas de s’inspirer très librement des mythes gréco-latins pour leurs productions. La disparition de l’enseignement des langues mortes ne laisserait donc comme ambassadeurs de cette culture antique auprès du grand public des œuvres hollywoodiennes et caricaturales telles que la série vidéoludique God of War ou les longs-métrages comme 300, Le Choc des Titans

Troie de Wolfgang Petersen (2004).

« Troie » de Wolfgang Petersen (2004) ou la mythologie des beaux gosses.

Et pourtant, le succès en libraire et en salles de cinéma des Percy Jackson, Narnia ou Harry Potter démontre à eux seuls l’engouement des jeunes spectateurs pour les références liées à la mythologie antique. Ces figures, réutilisées dans des scénarios fantastiques et anachroniques, n’ont rien perdu de leur attrait en près de trois millénaires ! Les textes antiques tels que l’Iliade et l’Odyssée ne se sont jamais démodés, il ont au contraire nourri une multitude d’œuvres comme le film Troie de Wolfgang Petersen, la célèbre série de dessins-animés franco-japonaise Ulysse 31, les romans Troie ou la Trahison des Dieux de Marion Zimmer Bradley, ou encore Ilium et Olympos de Dan Simmons, pour ne citer que ceux-là. La fantasy historique, sous-genre bien entendu le plus à même de se nourrir de mythologie antique, ne pourrait pas perdurer sans l’apprentissage des langues et cultures anciennes. En effet, comment retracer les sources d’inspiration et clins d’œil des auteurs sans maîtriser un tant soit peu les bases de cette culture revisitée ? Difficile d’accrocher au Lavinia d’Ursula Le Guin sans s’intéresser à l’Enéide de Virgile, ou d’apprécier l’uchronique Roma Æterna de Robert Silverberg sans avoir appris un peu d’histoire et de politique romaine. La culture gréco-latine est elle-même insuffisante, et au lieu de la menacer de disparition progressive du collège, elle devrait être étendue à un plus large catalogue de cultures et mythologies antiques, dont la richesse nous est une fois de plus rappelée par des romans de fantasy ou de science-fiction tels que l’œuvre de Tolkien et ses références aux mythologies nordiques et germaniques, le Gilgamesh de Robert Silverberg et ses références mésopotamiennes, le Seigneur de Lumière de Roger Zelazny et ses mythes hindous, ou encore l’univers celtique du Même pas mort de Jean-Philippe Jaworski !

Œdipe s'apprête à capturer un nouveau pokémon. Détails de "Œdipe explique l'énigme du sphinx" de Jean-Auguste-Dominique Ingres.

Œdipe s’apprête à capturer un nouveau pokémon. Détail de « Œdipe explique l’énigme du sphinx » de Jean-Auguste-Dominique Ingres.

La réforme du collège n’enterre pas encore l’enseignement des langues anciennes en France, mais fragilise un peu plus la transmission d’une culture antique déjà trop fortement focalisée sur sa portion gréco-latine. Si la situation n’appelle pas encore à manifester pour sauver de l’oubli la Rome des Césars, cette évolution de l’enseignement au collège pourrait bien menacer la transmission d’un socle culturel commun utile au lecteur lors de ses escapades dans la littérature de l’imaginaire. Visant à réformer des enseignements jugés trop « ardus » et « élitistes » , cette annonce rentre pourtant en contradiction avec la récente étude de marché du Centre National du Livre (CNL) qui démontre que les lecteurs de 15-24 ans, bien loin de bouder la lecture, apprécient d’abord les romans de fantasy, science-fiction et fantastique. Ces mêmes romans qui se réapproprient de nos jours la culture antique. Si l’enseignement des langues mortes est perçu de manière négative, le supprimer à long terme ne répondrait pas pour autant aux attentes culturelles des collégiens et lycéens. Il s’agit donc de modifier ces enseignements et non de les retirer. A bon entendeur.


Sir Terry Pratchett

Le monde est un disque plat, soutenu par quatre éléphants juchés sur une tortue gigantesque. Toute mon adolescence, les Annales du Disque-Monde ont illuminé mes soirées, comme une parenthèse humoristique entre deux lectures de science-fiction ou de fantasy parfois bien trop sérieuses par de nombreux aspects. Cet univers facétieux mais intelligent, rempli de second degré et de clins d’œils hilarants, n’est qu’une partie du vaste héritage littéraire et culturel que nous laisse le prolifique Sir Terry Pratchett.

Affaibli par une forme rare de la maladie d’Alzheimer, il avait pu achever son ultime roman l’été dernier avant que les étapes finales d’Alzheimer ne l’affaiblissent encore plus. Affrontant avec dignité sa maladie au cours de ces dernières années, il avait activement milité pour le droit à l’euthanasie et accompagné plusieurs patients dans leur ultime démarche. Selon une source proche, Sir Pratchett s’est éteint naturellement, sans avoir recours au suicide assisté. A la fois auteur talentueux et grand philanthrope, Sir Pratchett laisse en peine des millions de fans à travers le monde. L’homme au chapeau n’est pas prêt de quitter notre imaginaire et nos cœurs.

 

 


Adieu Leonard Nimoy

La nouvelle a fait l’effet d’une détonation dans la communauté des « trekkies » et amateurs de science-fiction. Spock, alias Leonard Nimoy, s’est éteint le 27 février 2015, à l’âge de 83 ans. Hospitalisé depuis le début de semaine pour des douleurs à la poitrine, il a succombé à des obstructions pulmonaires chroniques, comme l’a annoncé son épouse Susan Bay Nimoy au New York Times.

Spock ne naquit pas sur Vulcain mais à Boston, le 26 mars 1931. Dès son enfance, il se consacre au métier d’acteur, entamant même un cursus de théâtre à l’Université de Boston. Il enchaîne ensuite de nombreux rôles dans des films de séries B : Perry Mason, Bonanza, Two Faces West … C’est sur ces plateaux de tournage qu’il rencontra en 1954 William Shatner, le futur Capitaine Kirk. Nimoy enseigne le métier d’acteur dans son propre studio lorsqu’il rejoint le projet de série télévisée « Star Trek » au milieu des années 60. Un risque pour sa carrière qui s’avérera payant. Diffusée pour la première fois entre 1966 et 1969, Star Trek lui fait incarner son plus célèbre rôle : celui de Mr Spock, un alien né sur la planète Vulcain d’une mère humaine et d’un père vulcain. Sa logique et son premier degré en font un personnage emblématique de la série, dont les spectateurs guettent les retournements de situations dramatiques lorsque les racines terriennes du vulcain Spock font rejaillir des émotions sur ce visage impassible. L’acteur ne pourra jamais se détacher de son rôle de Spock, qui lui colle à la peau et dont il expliquera la difficile cohabitation dans deux autobiographies : « Je ne suis pas Spock » puis « Je suis Spock ».

 

In Spock, I finally found the best of both worlds: to be widely accepted in public approval and yet be able to continue to play the insulated alien through the Vulcan character.” Leonard Nimoy, I Am Not Spock (1975).

 

Sa carrière d’acteur est pourtant immense. Connu pour son rôle de Paris dans les saisons 4 et 5 de Mission Impossible ou encore dans son rôle du Dr William Bell dans Fringe, il reprend également son rôle de Mr Spock dans les Star Trek de J.J Abrams. Artiste talentueux, Leonard Nimoy scénarise également quatre films Star Trek, réalise une dizaine de téléfilms et épisodes de séries TV, effectue des doublage (dont celui de son propre personnage dans les Simpsons), publie des livres de photographie et entame même une carrière musicale de 1967 à 1997 avec six albums pop-folk country, dont la fameuse ballade de Bilbo Baggins. Homme exceptionnel, Leonard Nimoy laisse avant tout un immense héritage télévisuel et artistique. Aussi rendons hommage à l’artiste, dont l’écrasante facette de Spock n’était que la partie émergée de son talent.

leonard_nimoy


Neill Blomkamp réalisera le prochain Alien

Le réalisateur de District 9, Elysium et Chappie a enflammé les fans d’Alien en publiant, au début de l’année, des concepts-art inédits sur son compte Instagram. Des images volontairement fuitées sur le web et accompagnées d’un énigmatique message twitter, immédiatement relayées par les blogueurs ciné :

 

 
Déchaînant les rumeurs, Neill Blomkamp laisse planer le doute, jusqu’à révéler la genèse de ce projet sur le site Uproxx. Lors du tournage de Chappie, dans lequel joue Sigourney Weaver, ses discussions avec l’actrice mythique de la série Alien font germer toutes sortes d’idées quant à un cinquième volet. Profitant de ses temps libres sur le tournage, il développe sa propre vision d’une éventuelle séquelle qu’il illustre de dessins inédits. Neill se retrouve ainsi avec un projet Alien 5 prêt à entrer en production. La 20th Century Fox qui dispose des droits de la franchise se montre plutôt ouverte à l’idée, mais Neil reste indécis.
 

Oh shit Une photo publiée par Brownsnout (@neillblomkamp) le

 

Principal obstacle au projet selon ses propres mots : lui-même. En effet, son échec en salles avec Elysium fait tâche sur sa carrière, et Hollywood se montre quelque peu frileuse à son sujet. Pourtant, la Fox est disposée à lui confier la réalisation de son propre projet Alien 5. Alors, qu’attend Neill Blomkamp pour se lancer ? De s’auto-convaincre, en quelque sorte. Chose faite, si l’on en croit son dernier message twitter :

 

 
Deux films sont donc en préparation dans l’univers Alien : Prometheus 2 et Alien 5. Pour le moment, aucune information confirmée quant au casting prévu par Neill Blomkamp, mais Sigourney Weaver serait intéressée pour reprendre son rôle mythique. Reste à savoir dans quelle mesure la préquelle et la séquelle se rejoindront, en espérant que le massacre de la première n’entachera pas le projet esthétiquement alléchant de Blomkamp. Wait and see …  
 

Um… So I think it’s officially my next film. #alien Une photo publiée par Brownsnout (@neillblomkamp) le