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Une proposition de loi veut bannir l’évolution des classes d’école dans le Missouri

L’enseignement scolaire de l’évolution subit actuellement une « chasse aux sorcières » assez préoccupante dans les états américains de la Bible Belt. Dernière nouvelle en date, l’état du Missouri étudie actuellement une proposition de loi visant à avertir les parents d’élève lorsque la « théorie de l’évolution par sélection naturelle » est abordée en classe. Ces derniers pourront non seulement avoir un droit de regard sur le matériel pédagogique utilisé en cours, mais ils également retirer leurs enfants de ces cours en cas de désaccord.

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Cette proposition de loi émane du représentant républicain du Missouri Rick Brattin, qui durant le premier débat public diffusé mardi dernier sur une chaîne de TV locale a décrit l’enseignement de l’évolution à l’école comme un « endoctrinement ». Brattin va même plus loin, accusant les enseignants de prôner l’évolution comme une « foi sortie de nulle part ». En d’autres termes, le représentant de l’état estime l’évolution comme une ineptie religieuse et une violation absolue des croyances de ses concitoyens. L’objectif de cette proposition de loi est donc clair : éviscérer les cours d’évolution des programmes de biologie en dotant les parents créationnistes d’un outil législatif leur permettant d’exercer leur droit de veto dans les salles de classe.

Paradoxalement, le projet de loi ne dit rien sur le contenu évolutionniste indispensable à l’enseignement de la génétique, de la biologie moléculaire, de la médecine moderne, ou encore des biotechnologies. Mais il est évident que les cours de paléontologie, de zoologie et de botanique seront strictement censurés si cette proposition de loi venait à passer. In fine, les élèves missouriens issus de l’enseignement secondaire (le niveau K-12 américain) n’auront jamais abordé autrement l’évolution que d’un point de vue créationniste. Outre le niveau scientifique déplorable de ces jeunes gens, leur intégration au sein des universités de sciences américaines posera certainement problème. L’endoctrinement de certains et le retard accumulé en sciences naturelles se feront sentir comme un handicap majeur pour tout candidat aux cursus de biologie. Un comble pour l’état du Missouri, dont l’Université accueillit de prestigieux scientifiques tels que la Prix Nobel Barbara McClintock ou encore l’astronaute Linda Maxine Godwin.


États-Unis : recul de la culture scientifique au profit de l’obscurantisme religieux

L’américain moyen n’est pas réputé pour sa culture scientifique mais plutôt pour son obscurantisme. Un paradoxe pour cette nation à la tête des progrès scientifiques et techniques depuis près d’un siècle. Le phénomène semble même toucher toutes les classes sociales, puisqu’un sondage publié en 2012 dans Scientific American montrait que la moitié de la classe politique se déclarait créationniste, avec 58 % des Républicains et 41% des Démocrates adeptes de la théorie de la « Terre jeune ». Mais le niveau scientifique de leurs électeurs est encore pire. Selon un nouveau sondage publié par la Fondation nationale des sciences américaine, 26 % des américains ignorent que la Terre tourne autour du Soleil et 52 % ne savent pas que l’homme a évolué à partir d’espèces précédentes d’animaux. Une situation paradoxale lorsque l’enquête montre qu’au demeurant, 90% des sondés estiment que les scientifiques « aident à résoudre des problèmes difficiles » et qu’« ils travaillent pour le bien de l’humanité ».

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Curieuse situation américaine dont le paradoxe reste difficile à expliquer. Les États-Unis, bien que possédant des structures éducatives et universitaires de haut niveau, présentent un taux d’illettrisme en hausse dans la population active sur ces vingt dernières années (augmentant de 16,6 % à 34 %), largement supérieur aux actuels 7 % estimés en France. Cependant, l’illettrisme n’est pas le seul facteur explicatif, puisque ces réponses obscurantistes et incultes concernent toutes les populations et classes sociales. L’influence de la religion représente en effet le second facteur de cette situation. Alors que le modèle américain met en avant l’ingénieur et l’entrepreneur, figures incarnant la croissance et le développement industriel du pays, les esprits restent profondément influencés par leurs croyances religieuses et leurs influences dans la vie publique.

Il n’est donc pas surprenant de voir les progrès technologiques appréciés, 34 % des sondés estimant même que le recherche appliquée devrait bénéficier de plus de financements, tandis que la recherche fondamentale en biologie ou géophysique inspire au citoyen lambda la plus grande méfiance. Les deux thèmes les plus rejetés par la population américaine restent l’évolution et le changement climatique, tous deux pour des raisons assez similaires. Inculture scientifique, croyances ou philosophies de vie incompatibles avec les thèses avancées par ces domaines scientifiques, la mentalité américaine reste avant tout conservatrice. L’Intelligent Design y trouve donc un public facilement séduit par ses thèses, d’autant plus la religion reste intimement liée à la société et à l’état. Dans ces conditions, la croyance religieuse représente autant que l’illettrisme un obstacle à la vulgarisation scientifique que l’éducation ne parvient plus à franchir. En effet, l’exemple des états de la « Bible Belt » montre comment les créationnistes sont parvenus à imposer leurs opinions au cœur même du système éducatif américain. Réfutant la science en l’accusant de dogmatisme anti-religieux, les partisans de l’ID n’ont de cesse de réclamer la stigmatisation de l’évolution darwinienne, qu’ils considèrent comme une « simple théorie infondée  » . Dénoncer le prétendu « dogmatisme » de la science et réfuter les innombrables expériences démontrant in situ comme in vitro la confirmation des mécanismes évolutifs nous rappelle que l’ID relève du militantisme religieux, et non d’une critique scientifique comme voudraient le présenter les pseudo-chercheurs partisans de ce mouvement obscurantiste.

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Si la situation n’est pas nouvelle, son aggravation reste inquiétante. Dans un pays où l’illettrisme gangrène la société et où le sentiment religieux reste encouragé jusque dans la Constitution, l’obscurantisme ne peut que progresser à visage découvert. Si le phénomène épargne encore l’écrasante majorité des chercheurs américains, il faut craindre qu’à l’avenir la population américaine se déconnecte encore plus de la science fondamentale au profit d’une lecture biblique de la Nature. Jusqu’au divorce définitif et l’amorce d’un déclin de la recherche américaine. Il faut, pour une fois, nous féliciter de notre système français, qui malgré la crise résiste encore à la pression obscurantiste. Certes, la situation est fragile dans certains collèges et lycées, les enseignants de SVT faisant cas d’une pression créationniste s’accentuant d’année en année. Certes, la sur-médiatisation de courants chrétiens d’extrême-droite remettant en cause la laïcité de notre société peuvent faire craindre une dégradation de la situation dans l’hexagone. Mais nos concitoyens restent encore épargnés dans leur majorité par ces régressions intellectuelles. Cependant, le risque demeure même en France. Les idéologies véhiculées dans les déclarations de dirigeants politiques conservateurs ou les slogans scandés par les manifestants de mouvements radicaux tels que le Printemps Français ou la Manif pour Tous marquent l’émergence d’un recul sociétal réactionnaire dangereux pour la société française tout comme la recherche publique. Aussi faut-il rester vigilants, avant qu’un jour prochain les gros titres des journaux ne nous révèlent un basculement massif de nos concitoyens dans l’ignorance et l’obscurantisme.


Fin du mystère pour la roche apparue devant la sonde Mars Opportunity

C’est le dénouement d’une affaire qui aura fait grand bruit sur le web. Le fameux caillou subitement « apparu » sur le chemin de la sonde Mars Opportunity alors qu’elle revenait sur ses pas douze jours après son premier passage n’a donc rien d’extraordinaire. Selon la NASA, il s’agit tout simplement d’un fragment de roche que le rover, en roulant dessus, a projeté sur le bas-côté. Un nouveau cliché réalisé par le robot martien montre la roche fracturée au passage des chenilles d’Opportunity. Finies les hypothèses fantasques de champignon martien.

Tout au plus présente-t-elle à sa surface claire une érosion rouge sombre originale, sans que les géologues puissent pour autant déterminer si cette trace d’érosion est ancienne ou récente. Mais rien de bien passionnant pour les scientifiques du programme, qui ont définitivement éloigné la sonde du site. Silence radio du côté de Rhawn Joseph, le neuropsychologue ayant déposé plainte pour obliger la NASA à analyser convenablement ce « spécimen biologique ». Mais comme le dirait Mulder, la vérité est forcément ailleurs.

NASA/JPL-Caltech/Cornell Univ./Arizona State Univ.

NASA/JPL-Caltech/Cornell Univ./Arizona State Univ.


Affaire Dieudonné : les dégâts collatéraux

Je ne traite que très rarement de questions politiques ou sociétales sur ce blog, notamment pour la simple et bonne raison que mon thème éditorial ne s’y prête pas. Cependant, la récente affaire Dieudonné a soulevé suffisamment d’inquiétudes pour me permettre d’y rajouter mon petit grain de sel. Bien que n’étant pas un client « habituel » de Dieudo, mais ayant à son sujet une opinion relativement proche de celle d’Alexandre Astier, je reste extrêmement soucieux face au traitement politique et médiatique réservé à Dieudonné. Pour des raisons probablement différentes de beaucoup de ses défenseurs, qui ne trouveront pas un réel soutien à leur cause sur ce billet. Car la riposte gouvernementale menée contre Dieudonné fait peser un risque sur tous les médias – internet compris.

Entendons-nous bien dès le départ, il existe autour de Dieudonné un flou sémantique et idéologique que l’homme de scène cultive sur le ton de la provocation. C’est son fond de commerce. L’origine même de la dispute repose sur une confusion entre trois termes pas si évidents que cela à définir : l’antisionisme, l’antisémitisme et l’antijudaïsme. Commençons par l’antisionisme ; il s’agit de la critique de l’état d’Israël à divers degrés. Les plus extrémistes sont totalement opposés à l’existence de cet état. Les autres marquent une différence ou une contestation face à la politique menée par Israël, passée ou présente, concernant des sujets aussi épineux que la colonisation, la bande de Gaza ou encore les décisions politiques ou militaires d’Ariel Sharon. L’antisionisme a donc différents visages, différentes motivations. Il n’est pas possible de regrouper dans le même sac les quelques groupuscules d’extrême-droite encore opposés à l’existence d’un état juif, les pro-palestiniens radicaux ou les voix modérées réclamant plus pacifiquement un double état pour Jérusalem, ou encore les opposants politiques israéliens. La définition est tellement vaste que même l’excellent « Valse avec Bashir » pourrait être jugé antisioniste ! La confusion avec l’antisémitisme en devient alors dérangeante. A l’inverse, nous avons cette fois-ci affaire à une discrimination raciste contre des individus ou une communauté jugée coupable de méfaits nuisant à la société toute entière. L’antisémitisme remonte à l’Antiquité, et a été alimenté de tout temps par la théorie du complot. Cette forme de racisme trouve parfois sa source d’inspiration dans l’antijudaïsme, forme d’hostilité à l’égard de la religion juive. L’exemple historique le plus célèbre fut l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, qui refusant le baptême forcé, durent s’exiler de la péninsule ibérique catholique. Où se place Dieudonné dans tout ça ? Ouvertement antisioniste, il n’hésite pas mettre le doigt dans la faille en jouant sur les clichés et une certaine forme de provocation antisémite. A tel point que son combat d’origine, anti-communautariste et anti-raciste, se retrouve brouillé dans un imbroglio de déclarations incendiaires et de gestes mal placés.

Quand Dieudonné se dédouane de tout antisémitisme devant la presse, peut-être est-il de bonne foi. Hélas, son fond de commerce restant la provocation à outrance, les médias retiendront avant tout la phrase choc et la petite formule judiciairement condamnable. La situation échappe même très facilement à Dieudonné, qui a cru pouvoir s’entourer de personnages négationnistes ou complotistes sans dommages collatéraux. Mais face à la chasse aux sorcières médiatique, un intellectuel antisémite se réfugiera derrière l’écran de fumée antisioniste, jouant sur les mots afin de ne rien laisser transparaître de sa radicalité. Pour de telles personnes, Dieudonné représente le bouclier idéal. Il mord quand on l’attaque, et se réjouit d’être soutenu par des personnes infréquentables. Un parfait fusible qui sautera bien avant eux. L’affaire de la quenelle en est très représentative. Geste anti-système et grossier, voilà qu’elle échappe à son créateur lorsque des sympathisants se font photographier devant des synagogues, lycées privés et mémoriaux de la Shoah. Que fait Dieudonné ? Au lieu de rejeter ces récupérations antisémites de son signe de ralliement, il les diffuse avec les autres. On l’accuse d’être lui-même antisémite, il en rajoute une couche avec sa chanson parodique, puis en attaquant Cohen de sa petite phrase sur la « solution finale ». Grossières erreurs qui, bien que faisant le buzz, entraînent une confusion médiatique entre antisémitisme et antisionisme. La barrière était déjà fragilisée, la voilà abattue. Et le déferlement médiatique s’empressera d’assimiler toute critique envers la politique israélienne comme antisémite. La suite, vous la connaissez, le bras de fer avec Valls, le contournement de la loi Gayssot par l’interdiction émise depuis le Ministère, la bataille juridique menée en une journée et le recours éclair au Conseil d’État.

J’ai hélas l’habitude de contredire à longueur de journée des complotistes, des créationnistes, des partisans d’une espèce humaine pluri-raciale ou des climato-sceptiques. Toutes ces personnes ont pour point commun la persuasion que la vérité leur est cachée ou censurée. C’est la fameuse phrase de Voltaire que Bricmont s’amuse à citer devant les caméras : « Pour savoir qui vous dirige vraiment il suffit de regarder ceux que vous ne pouvez pas critiquer ». Contrairement à ce que prétend Jean-François Kahn, cette phrase n’est pas antisémite, elle est tout simplement utilisée à des fins complotistes. L’erreur la plus grossière face une théorie complotiste reste de la censurer. Car le complotiste considérera toujours cet acte comme une preuve de « sa vérité ». Comment croyez-vous que des internautes se soient persuadés que la Terre est creuse ? Parce qu’ils ont bâti tout un argumentaire à base de documents classés secret défense et de preuves censurées. Le meilleur moyen de radicaliser encore plus Dieudonné et ses fans consiste justement à l’interdire. En agissant de la sorte, Valls a commis deux erreurs. Premièrement, il a court-circuité la Loi Gayssot et la Justice. Elles seules sont à même de déclarer si les dérapages de Dieudonné sont condamnables ou non. Deuxièmement, son acte de censure crée un dangereux précédent en matière de liberté d’expression. Car si à posteriori punissable en cas de non respect de la Loi, la parole doit rester libre. Le risque ? Martyriser les voix censurées. Or toute idéologie doit être combattue, à tort ou à raison, par le biais du débat et de l’argumentaire. La riposte ne doit pas se poser en terme d’interdiction préalable. Le risque est bien plus grand que de savoir si Dieudonné est antisémite ou non. Que ceux qui veulent accuser l’homme de scène se concentrent sur ses affaires financières, voilà bien un sujet sur lequel le citoyen Dieudo n’a pas à plus se défiler qu’un citoyen lambda. Mais en accordant le beau rôle de libre-penseur aux complotistes et négationnistes face à l’État censeur, Valls a commis une énorme maladresse que nous autres, adversaires des théories du complot, payerons par une décrédibilisation de nos argumentaires. Comment ne pas douter du discours d’un évolutionniste, d’un climatologue ou de toute autre personne défendant une position reconnue sachant que ses arguments font office d’autorité légale ? Comment faire entendre raison à un adversaire placé dans un esprit de persécution ? Monsieur Valls, vous avez cru faire triompher l’anti-racisme en interdisant Dieudonné. Sachez que vous n’avez fait qu’envenimer les choses, et stigmatiser un public ne se réclamant pas en masse de l’antisémitisme. Croyez-vous les en détourner en les stigmatisant ? Permettez-moi d’en douter. Car ne vous y trompez-pas, qui payera les dégâts collatéraux de cette affaire et de cette nouvelle jurisprudence ? Vous avez voulu fermer un courant d’air avec une bombe atomique. Sachez que désormais, tout le monde en subira les retombées.


Mars One : rêve martien ou éternel appel du Nouveau Monde ?

Depuis l’annonce du projet Mars One, en 2012, plus de deux cent mille personnes ont candidaté afin de devenir des pionniers de la conquête martienne. La première sélection achevée, 1058 candidats venus de 140 pays différents ont été retenus. Parmi les heureux élus figurent des français, dont la chroniqueuse et blogueuse Florence Porcel. Prochaine étape, la sélection des profils physiques et psychologiques les plus adaptés à cette hypothétique colonisation de la planète Mars. De quoi laisser chacun sceptique ou rêveur, c’est selon. Beaucoup d’encre a déjà coulé à l’annonce du projet, notamment en raison de la vente des droits de diffusion de l’aventure sous forme de programmes de télé-réalité. Mais depuis, finie l’idée d’un loft martien. La copie a été sérieusement revue et le projet, bien qu’encore pharaonique, a quelque peu mûri. Un an et demi après mon précédent article sur Mars One, une nouvelle réflexion sur cette initiative privée me semble donc nécessaire.

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Alors que les candidats, dans l’attente de la seconde phase de sélection en 2014, jouent les ambassadeurs du projet de Bas Lansdorp dans les médias, de nombreuses ressurgissent. Si la faisabilité d’une telle entreprise reste encore incertaine, nous ne pouvons qu’apporter une seule réponse honnête quant aux questions morales soulevées par un tel projet. Quels que soient les moyens mis en œuvre, quelles que soient les chances de succès d’une telle aventure, si l’Homme est techniquement capable d’aller sur Mars, cela se fera un jour ou l’autre. Notre espèce, à l’origine nomade, n’a rien perdu de sa nature curieuse et de son besoin de nouveaux espaces. Ces désirs, qui s’expriment plus fortement chez certains individus que chez d’autres, ont toujours poussé aventuriers et pionniers à repousser les limites du monde connu. Aussi toute condamnation éthique ou morale de Mars One reste vaine, puisque de tout temps, il s’est toujours trouvé des individus mettant leur curiosité au-dessus de toute autre considération, dussent-ils jouer avec leur propres chances de survie.

Il n’est pas question dans ce plaidoyer de résignation face à une telle entreprise, mais de simple constat. Puisqu’il existera toujours des esprits en quête de nouveaux espaces, il ne reste plus qu’à répondre à cette demande. Traditionnellement, le secteur public était en charge de la conquête de l’espace. Mais désormais à court de budget et de volontés politiques décisives, la vision « Ad Astra » d’un avenir spatial s’est retrouvée remisée au placard. Les retards accumulés par la NASA ne font que confirmer cet état de fait. Désormais, le secteur privé devient un interlocuteur de poids dans le domaine de l’aérospatiale. Si l’exploration spatiale habitée venait à redécoller, fort est à parier que ce secteur d’activité en serait un des moteurs. Les progrès fulgurants de SpaceX, qui travaille actuellement sur la mise au point de vols spatiaux habités et dont le fondateur Elon Musk a déjà présenté un programme de colonies martiennes, crédibilisent un peu plus les rêves de Bas Lansdorp et du Prix Nobel Gerard ‘t Hooft. Le projet Mars One s’appuie d’ailleurs sur la firme américaine pour parvenir à ses fins. Ce scénario d’une colonisation privée de la planète Mars reste en définitive une aventure très « heinleinienne ». L’auteur américain de science-fiction Robert A. Heinlein avait déjà envisagé en 1950, dans sa nouvelle « L’Homme qui vendit la Lune », que l’initiative privée soit la première à décrocher la Lune. Dans sa nouvelle, l’entrepreneur D.D. Harriman rêve de fouler le sol de notre satellite naturel et d’y fonder la première cité humaine. Mais l’initiative intéresse peu les politiques, et l’état a enterré ses prétentions spatiales. Harriman cherche alors à réunir les capitaux nécessaires à son projet. Comment y arriver ? En rendant la Lune rentable, pardi ! Montant une spectaculaire opération marketing et financière, Harriman offre à chacun la possibilité de spéculer et d’investir sur des parts du gâteau lunaire. De la vente immobilière aux campagnes de publicité lunaire les plus ahurissantes, tout y passe. Et ça marche. Harriman devient la figure pionnière de L’Histoire du Futur de Robert Heinlein en ouvrant la porte de l’espace à toute l’Humanité. Le projet Mars One est-il si différent que cela ? Pas vraiment. Bas Lansdorp cherche lui aussi à faire vivre son rêve par le biais d’une initiative privée. Et pour financer son projet, il cherche aussi à vendre du rêve. Lansdorp ne propose pas de concessions immobilières martiennes, mais mise sur la vente de produits dérivés, la contribution de généreux donateurs, la mise en place de crowfunding et l’encaissement des revenus générés par l’exploitation audiovisuelle de l’aventure. Car contrairement à ce que le projet initial laissait entendre, il n’est pas question de créer un loft d’enfermement sur Mars, mais de chroniquer l’aventure sous forme de programmes de télé-réalité. Le business-plan de Mars One, consultable en ligne, compare d’ailleurs le budget de l’aventure (6 milliards de dollars) aux revenus générés par des événements mondiaux bien plus terre à terre comme les Jeux Olympiques. Reste à savoir si les deux événements sont comparables aussi bien dans les chiffres que dans la réalité, mais seule la mise à l’épreuve financière du projet martien nous le dira.

Si l’entreprise mise en place a tout d’une anticipation heinleinienne, la question de l’engagement des candidats dans ce voyage sans retour reste posée. Beaucoup de voix s’élèvent à ce sujet, et la discussion se justifie amplement. Bien entendu, étant donné que les candidats sont tous volontaires et que les colons retenus seront, selon la formule consacré, « sains d’esprit et de corps », on ne peut qu’être persuadés que ces pionniers quitteront le sol terrestre en âme et conscience. Etant donné que le projet est privé et que les individus sont conscients des risques encourus, leurs choix n’engagent que leur propre liberté et ne nuisent à personne. En cela l’aventure Mars One ressemble beaucoup à une entreprise libertarienne, la rapprochant encore plus de la pensée heinleinienne. Pour leur assurer un maximum de chances de survie et remplir les missions d’exploration scientifique qui leur seront attribuées, les pionniers devront avoir suivi un entraînement théorique, technique et pratique des plus intensifs (à partir de 2015). Hors de question d’envoyer en 2022 des candidats qui n’aurait fait qu’assurer le show sur les plateaux TV. La feuille de route du projet Mars One consultable sur le site officiel est on ne peut plus claire à ce sujet. Puisqu’il ne s’agit pas de peupler Mars avec des cobayes à la manière du Royaume-Uni qui vida ses prisons pour peupler l’Australie, il faut donc voir dans ces candidatures un acte volontaire et sensé, témoignant d’une réelle motivation de pionniers. « Je me sens un peu à l’étroit sur Terre depuis toujours » , déclare en ce sens Florence Porcel à l’AFP. Peut-être est-ce là l’expression de ce besoin d’exploration, de cette curiosité qui a toujours poussé les Hominidés à quitter leurs foyers pour de nouvelles terres. Konstantin Tsiolkovsky, le père de l’astronautique, le prophétisait déjà de son temps : « la Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

Vouloir quitter la Terre pour mourir probablement prématurément sur Mars peut sembler un projet suicidaire. Et pourtant, en était-il différemment des premiers colons partis vers les Amériques ? Lorsque les Pères pèlerins fuirent à bord du Mayflower les persécutions religieuses et l’instabilité de l’Europe afin de trouver une terre vierge où créer une « nouvelle Jérusalem », avaient-ils de meilleures chances de succès ? Certes, comparer les deux aventure reste délicat, et au besoin d’un « nouveau Monde » , il faut rajouter des motivations religieuses et politiques qui ne concernent en rien les candidats de Mars One. Cependant, remis dans le contexte de l’époque, cette entreprise privée présentait tout comme Mars One d’énormes risques d’échec, sans aucune garantie de retour une fois l’océan Atlantique franchi. De nombreuses tentatives de colonisation échouèrent par ailleurs au cours du XVème siècle, faisant pencher la balance de manière très défavorable pour nos pères fondateurs, qui subirent de nombreuses pertes dans leurs rangs et connurent la famine avant que leur colonie ne devienne viable. Tout en souhaitant de meilleurs vœux de succès à cette hypothétique colonisation martienne, les difficultés rencontrées et les risques de décès prématurés faute de moyens techniques ou médicaux élaborés représenteront un risque réel pour nos pionniers, qui à l’image des passagers du Mayflower devront assurer leur propre survie avec les moyens du bord, dans un environnement hostile et encore trop méconnu.

Christophe Colomb découvrit les îles Bahamas en 1492, mais il fallut attendre plusieurs décennies avant qu’un réel engouement colonisateur ne s’empare de l’Europe. Plus de quarante ans après la fin du programme Apollo, peut-être assistons-nous aujourd’hui aux premiers pas de l’épopée colonisatrice de notre système solaire. Ou peut-être qu’au contraire, ce futur chapitre de l’histoire de l’Humanité que nous ont promis tant d’auteurs de science-fiction se résumera à une simple anecdote en bas de page. A l’heure actuelle, nous n’avons aucune garantie que le projet Mars One puisse un jour aboutir. Face aux contraintes techniques et médicales encore non résolues d’un voyage sans encombres jusqu’à Mars et d’une colonisation de la planète rouge, les certitudes de Bas Lansdorp peuvent sembler relativement peu crédibles. Et si Mars One n’était en définitive que de la poudre aux yeux ? Si l’initiative n’était qu’un vaste écran de publicité sans aucune réalisation concrète dans les années à venir ? Personne ne peut garantir que le projet puisse réellement aboutir, ni qu’il parvienne à suivre jusqu’au bout sa feuille de route. Reste cependant la part de rêve fournie par cette entreprise privée, la promesse d’une « Histoire martienne » à la manière d’Heinlein, et la confirmation, si besoin était, que la soif de nouveaux mondes s’exprime encore au profond d’entre-nous.


Utopiales 2013

Quelques mots sur le festival des Utopiales 2013 qui se déroulait à Nantes cette année, pour lequel je n’ai pu hélas être que très peu présent. Tout d’abord, l’organisation modifiée : le bar de Mme Spock s’est retrouvé à l’étage, sur le patio, avec un mini espace de rencontres auteurs. Une très bonne initiative qui a peu libérer le rez-de-chaussée en un immense espace exposition et conférences. La librairie étant toujours sur l’aile gauche de la cité des congrès, place qui se confirme cette année encore judicieuse. Ensuite, j’ai apprécié la qualité des interventions scientifiques et leur diversité. Notamment la conférence « Chimie verte ! » qui m’a, de part ma formation scientifique, énormément intéressé et a pu donner une image optimiste du développement durable scientifique. Les visiteurs garderont également, j’en suis certain, un excellent souvenir de la rencontre avec André Brahic. L’astronome, scientifique passionnant et accessible, a su transmettre la folle aventure des sondes Voyager et son amour de l’espace.

Enfin, j’ai été ravi de voir le pôle ludique aussi dynamique, avec de très bons jeux de figurines (Warmachine, 40k, etc…) et une large sélection de jeux de rôle, de plateau et petits jeux de société. Le sous-sol est devenu un espace tout aussi vivant que l’étage, alternant stands japanime, ludiques et bouquiniste (une très bonne adresse que je vous recommande en ces derniers jours de festival !). Seule déception pour le moment, j’apprends que la Maison des Derviches de Ian McDonald a reçu le prix des blogueurs. Ce livre m’avait tellement déçu que j’avais préféré ne pas le chroniquer sur ce blog. J’aurais préféré revoir L.L. Kloetzer lauréats cette année, tant pis.

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Quelques images prises lors de cette édition 2013 (les abonnés de la page facebook en avaient eu la primeur) :

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