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Planète SF

Légion Word Bearers – Space Marines du Chaos

Certes, j’ai ouvert il y a quelques temps déjà un blog consacré aux figurines, mais l’envie de parler de nouveau d’un de mes loisirs préférés ici même fut trop tentant. Aussi ai-je craqué et préparé cette petite galerie, consacrée à mon ancienne armée de Space Marines du Chaos. J’insiste sur le terme d’ « ancienne » car ne jouant plus cette collection, je l’ai en grande partie revendue.

Mais à quoi correspondent ces figurines ? Pour aller vite, voici une petite présentation : les Word Bearers sont une légion de Space Marines du Chaos dans l’univers de fiction du jeu de figurines Warhammer 40,000, développé par la société Games Workshop. Anciennement loyaux à l’Empereur de l’Humanité, ils furent les premiers à trahir la cause de la Grande Croisade et plantèrent les graines de l’Hérésie d’Horus. Désormais considérés comme des traîtres et entièrement voués au Chaos, ils sont dirigés par leur Primarque et Prince Démon, le dévot Lorgar, depuis leurs repères situés dans l’Oeil de la Terreur. Leur armure, autrefois gris granit, est désormais rouge sombre à liserés métalliques. Leur insigne actuelle est une tête de démon ricanante et enflammée.

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 Les Word Bearers ne vivent que pour servir le Chaos Universel. Depuis leurs mondes-forteresses, ils planifient leurs raids à venir et agissent selon les visions que leur accordent les Dieux du Chaos. Ils encouragent les Cultes chaotiques sur les planètes impériales, infiltrent les mondes de cette manière, et implantent ainsi la corruption au coeur même de l’Imperium.

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 Les Word Bearers sont organisés en Osts, avec à la tête de chaque Ost un Apôtre Noir, sorte de seigneur-chapelain chaotique. Il délègue en partie son autorité militaire à son Coryphaus, général en chef de l’Ost. L’élite Terminator de chaque Apôtre Noir est regroupée au sein d’une Loge, les « Annointed ».

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 Le Culte du Chaos prend une place majeure dans la vie quotidienne de la Légion. Le Livre de Lorgar est un texte sacré, rédigé par le Primarque en personne, que les Apôtres Noirs citent avant chaque bataille, et dont certains versets sont hurlés comme cris de guerre par les space marines corrompus de la légion.

Il arrive parfois que des légions monothéistes accordent leur alliance aux Word Bearers, selon les caprices des Dieux ou les hasards de la guerre. C’est le cas de cette escouade de Thousand Sons, rattachée au service d’un Apôtre Noir. Qui sait quelle quête sanglante notre seigneur de guerre a pu bien mener au nom du dieu Tzeentch pour recevoir un tel honneur ?

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 Lorgar veillent toujours sur sa Légion depuis la planète-démon de Sicarus, dans l’Œil de la Terreur. Une seconde base majeure se situe cependant dans le Maelström : il s’agit du monde-forge corrompu de Ghalmek, où les adeptes du Méchanicum Noir conçoivent pour les Word Bearers des véhicules de guerre et des machines-démons aux redoutables capacités de destructions.

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 Le Land Raider demeure, au fil des millénaires, le tank de prédilection des élites terminator et escouades de commandement space marines. Au sein des légions chaotiques, ces antiques machines remontant à l’époque de l’Hérésie d’Horus bénéficient d’une dévotion toute particulière, et sont vénérées au même titre que les plus anciennes reliques de la Légion.

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La NASA confirme ses objectifs martiens pour 2030

Le patron de l’agence spatiale américaine, Charles Bolden, a de nouveau mis le cap vers la planète rouge. Lors d’une conférence consacrée à Mars, Bolden a déclaré qu’« un vol habité vers Mars est aujourd’hui l’ultime destination de l’humanité dans notre système solaire et est la priorité de la Nasa. Tout notre programme d’exploration spatial est aligné pour soutenir cet objectif ». La date fixée, 2030, reste cependant toujours compromise par les restrictions budgétaires auxquelles doit faire face la NASA. Le Président Obama a ainsi récemment proposé au Congrès une enveloppe de 17,7 milliards de dollars pour la Nasa en 2014, en baisse par rapport aux années précédentes.

Mais Bolden tout comme l’administration Obama continuent d’y croire. La course vers Mars est toujours d’actualité, et a même reçu le soutien médiatique de l’ancien astronaute Buzz Aldrin. La NASA prévoit même un calendrier par étapes, avec une mission de longue durée d’un an dans l’ISS pour deux astronautes russes et américains en 2015, puis un vol habité autour d’un astéroïde géocroiseur en 2025. Outre la recherche sur la médecine des longs séjours spatiaux, ces missions devront également permette de développer de meilleures capacités de survie et d’améliorer les systèmes de propulsion. Bolden souhaite également profiter du vol habité vers un petit astéroïde pour le capturer et le rapprocher de la Terre. L’alléchante promesse de l’exploitation minière d’astéroïdes fait également partie des objectifs de l’agence spatiale américaine.

Quant à la question des capacités techniques de la NASA pour concevoir un vol habité jusqu’à la planète Mars, Bolden reste réaliste mais élusif : « la Nasa n’a pas actuellement les capacités technologiques d’envoyer des humains sur Mars, mais je pense que nous sommes sur la route qui nous y conduira dans les années 2030 ». Refusant de commenter les projets privés de vols vers Mars, Bolden laisse planer un certain malaise sur les réelles capacités de la NASA. Désormais dépendante des lanceurs russes et d’entreprises privées telles que SpaceX, l’agence public aborde la décennie actuelle en net retrait sur l’échiquier de l’aérospatial. Débordée par les initiatives privées, la NASA sera-t-elle vraiment en mesure de planter le drapeau américain sur la planète rouge ? Malgré les convictions de Bolden, il y a de quoi en douter.

Sources : AFP.

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Real Humans – saison 1

real_humans_coverSérie d’origine suédoise diffusée pour la première fois en 2012 sur la chaîne SVT1, Real Humans (titre original : Äkta Människor) a été récemment proposée par la chaîne franco-allemande Arte sous le titre Real Humans (100% humain). Cette série de science-fiction, créée par Lars Lundström, ne comprend pour le moment qu’une saison de dix épisodes de 52 minutes chacun. La seconde saison est actuellement en cours de tournage et devrait arriver sur nos écrans courant 2014. Présentée comme une série-événement de science-fiction, venant même concurrencer les plus célèbres auteurs s’étant frotté au thème des androïdes, Real Humans a su se montrer des plus alléchantes. Mais qu’en est-il au final ? Alors que l’épisode final était diffusé jeudi dernier, revenons sur cette création originale suédoise. Il est temps de voir de plus près ce que ces hubots nous cachent dans leurs cerveaux de gel organique !

Dans une Suède alternative et contemporaine, les androïdes ou « hubots » prennent une place prépondérante dans notre quotidien, et nous assistant aussi bien dans les tâches domestiques, les loisirs que dans les travaux manuels. Mais ces hubots sont-ils capables de sentiments, ont-ils une âme, ou sont-ils seulement des intelligences artificielles mimant avec réalisme nos attitudes humaines ? La série débute d’emblée sur ces interrogations, lorsque nous faisons dès les premières minutes la rencontre d’un groupe d’hubots indépendants, les « enfants de David ». David Eischer, scientifique de génie et co-inventeur des hubots, serait parvenu à implanter chez ses propres robots un logiciel évolutif les humanisant autant que possible. Ce groupe d’hubots, désormais mené par son fils, Leo Eischer, attaque une maison isolée pour lui voler du courant électrique. Le raid tourne au semi-fiasco lorsque plusieurs hubots sont abattus et que des trafiquants capturent Mimi, la hubot compagne de Leo. Ce dernier décide de partir à son secours, tandis que l’inquiétante hubot Niska prend la tête du groupe restant. A partir de cette première séquence, la quasi-totalité de l’intrigue de cette première saison est posée : un groupe d’hubots sauvages poursuit un but assez flou (préparation d’une guerre contre les humains ou volonté de reconnaissance comme personnes à part entière ?) tandis que Leo Eischer, leur mystérieux guide, part seul à la recherche de sa compagne hubot dérobée.

Le reste de la série sert en définitive de décorum à l’intrigue. Les scénaristes nous proposent ainsi de suivre deux groupes de personnages : la famille Engman et le couple Roger/Thérèse. Ces suédois lambda, issus de la classe moyenne, vivent en pavillon à la périphérie d’une grande ville. Si progressivement au cours de la saison 1, ces personnages se retrouvent impliqués dans l’intrigue principale, ils permettent en premier lieu d’explorer les interactions sociales entre hubots et humains. Malgré le grand nombre de personnages mis en place dès le premier épisode, une rapide présentation s’impose pour mieux apprécier les différentes relations humains-hubots mises en avant au cours de la série : Lennart Sollberg, un retraité à la santé fragile, est épaulé par Odi, un vieux modèle d’hubot devenu défectueux. Sa fille et avocate, Inger Engman, le pousse à s’en débarrasser après qu’Odi ait subi un bug au supermarché. Mais Lennart le cache dans sa cave au lieu de le déposer au recyclage. Hans Engman, l’époux d’Inger, décide de remplacer l’hubot défectueux de son beau-père par Vera, un hubot gériatrique dernier cri. Le gérant du hubomarket lui fait à cette occasion une promotion en lui offrant une hubot aide-ménagère, que la famille Engman baptise Anita. L’actrice Lisette Pagler incarnant à la fois Mimi et Anita, le spectateur comprend rapidement que la famille Engmann se retrouvera tôt ou tard mêlée aux « enfants de David ». Tobias, l’adolescent de la famille, tombe rapidement amoureux d’Anita, tandis que Hans, fantasmant sur les sexbots, hésite à lui installer un logiciel pornographique.

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L’arrivée des hubots dans nos sociétés occidentales pose aussi de sérieuses questions de cohabitation. Juste en face du pavillon de la famille Engman habitent Roger, Thérèse et leur fils, Kevin. Roger vit de plus en plus mal le remplacement des employés de son usine par des hubots; seul son poste de contremaître lui évite encore le licenciement. Lorsque sa compagne Thérèse achète un hubot coach sportif, Rick, c’est la goutte d’eau de trop. Le couple se sépare violemment. Thérèse part vivre avec Rick et son fils, Roger reste seul avec sa colère. Notre père de famille rejoint alors le mouvement Äkta Människor (les « Vrais Humains »), un groupuscule extrémiste voulant interdire l’usage d’hubots, tandis que Thérèse affiche au grand jour sa nouvelle relation amoureuse avec Rick. La spirale infernale ne fait que commencer pour Roger, qui se radicalise de plus en plus, alors que Thérèse cherche à hacker son robot pour en faire un amant à part entière. Perturbé par la séparation de ses parents et la nouvelle relation transhumaine de sa mère, Kevin est un adolescent prêt à exploser.

Cette première saison s’enchaîne à un rythme particulièrement lent, notamment en raison des nombreux personnages qu’il nous faut suivre à chaque épisode. Ce développement en douceur, qui privilégie beaucoup les intrigues secondaires par rapport à l’histoire principale, peut rebuter plus d’un téléspectateur, surtout si ce dernier reproche déjà aux séries suédoises une certaine torpeur scandinave ! Mais cette flânerie des scénaristes apparaît au contraire comme l’une des grandes forces de la série. Loin d’innover sur le plan de la science-fiction, Real Humans prend le temps d’explorer son univers, regorge de détails socio-économiques pertinents et met en scène un impressionnant travail de comédien de la part des acteurs incarnant ces fameux hubots. S’il est difficile de prendre la série en cours de route, son visionnage intégral offre cependant un spectacle des plus passionnants. Cette société suédoise, fortement modifiée par l’emploi d’hubots, est en pleine mutation. La machine androïde devient un membre à part entière du cercle familial, voire professionnel ; l’intrigue liée aux enfants de David mise à part, la question de la place des hubots au sein de cette société alternative reste posée. Les personnages de Roger et de Thérèse en sont probablement les meilleurs témoins, aussi bien au niveau professionnel que familial. La prolifération des hubots reste en effet préoccupante, puisqu’elle ne fait qu’aggraver des problèmes socio-économiques déjà existants. Cet aspect prend d’ailleurs une teinte plutôt pessimiste avec le recours aux hubots pour les taches les plus manuelles (que sont devenus les ouvriers humains remplacés ?) ou encore la prostitution d’hubots (remplaçant le trafic humain par un trafic de robots présenté de manière tout aussi dérangeante). La question religieuse est également abordée à travers un regard plutôt progressiste (notre pasteur étant une femme lesbienne) et tout aussi pertinent : en créant des robots à notre image, nous laissons la porte ouverte à un regain de questionnements créationnistes, et la métaphysique ne tarde pas à s’inviter dans cette série en s’interrogeant sur l’âme des hubots.

Nous ne sommes cependant pas pour autant en présence d’une version androïde de la controverse de Valladolid, loin de là. Le sujet principal de la série reste résolument ancré dans la course-poursuite entre les enfants de David et les autorités suédoises, qui redoutent au fil des épisodes l’émergence d’une révolte des hubots. Cette insurrection, que le premier épisode et la bande-annonce nous promettaient à grands renforts d’action, tarde visiblement à venir au fil de la série et semble même renvoyée aux calendes grecques. L’aspect thriller s’essouffle donc brutalement en fin de saison, laissant un mauvais ressenti de série policière mollassonne lors de l’épisode final, malgré le florilège d’actions et de dénouements. En dehors de son univers passionnant et de l’excellent hommage rendu aux récits science-fictionnels d’androïdes, cette première saison de Real Humans s’achève donc sur un scénario essoufflé. Une fausse note particulièrement regrettable que la seconde saison devra absolument corriger, si les producteurs veulent offrir au spectateur une série suffisamment cohérente et convaincante. Real Humans offre tout de même un très bon spectacle, capable de séduire aussi bien le néophyte que l’amateur de science-fiction. Gageons également que de nombreux téléspectateurs d’Arte s’intéresseront grâce à Real Humans au thème des androïdes, un sujet progressivement rattrapé par la science moderne.

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Salammbô de Druillet

Hier paraissait sur ce blog mon billet consacré au chef d’oeuvre de Flaubert, Salammbô. C’était aussi l’occasion de m’associer avec mes excellents compères d’Acta est Fabula qui de leur côté publient une chronique du Salammbô de Druillet. Fingo s’y colle, et c’est un homme de goût qui vous convaincra d’investir dans cette superbe intégrale !

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Salammbô – Gustave Flaubert

salammboSix ans après Madame Bovary et le procès qui s’en suivit, Flaubert publie en novembre 1862 Salammbô, second roman d’un écrivain rendu célèbre par le retentissant succès de son précédent chef-d’œuvre. Ses lecteurs l’attendaient de nouveau plongé dans une histoire de terroir normand, révélant les mœurs intimes et coupables des bourgeois de province. Et le voilà qui s’embarque pour Carthage, sur l’autre rive de la Méditerranée. Cédant à sa fascination pour l’antiquité et le charme oriental, Flaubert ne se contente pas de remanier ses précédents textes sur ces thèmes, mais s’engage dans un plus vaste projet. Celui de visiter sous sa plume une Carthage exotique, mystérieuse, où la sensualité se mêle à la cruauté d’un peuple impérialiste à la fierté brisée par la première guerre punique.

De cette guerre des mercenaires (241-238 av. J.C.), épisode sanglant au lendemain du conflit carthagino-romain, nous connaissons la chronique rapportée par Polybe dans son Histoire. Flaubert entame un colossal travail bibliographique, étudiant les écrits de Polybe et des auteurs romains, mais s’intéressant également aux travaux d’archéologues et d’historiens plus modernes. Il se penche ainsi sur les notes du chevalier de Folard sur la stratégie militaire (1727-1730) durant cette guerre antique ou encore sur les chapitres consacrés de l’Histoire romaine de Michelet (1831). « Savez-vous combien, maintenant, je me suis ingurgité de volumes sur Carthage ? environ 100 ! et je viens, en quinze jours, d’avaler les 18 tomes de La Bible de Cahen ! avec les notes et en prenant des notes. [1] » Flaubert écrit avec une minutie obsessionnelle la moindre scène, le moindre détail de son récit, au point que cette érudition antique lui fut reprochée par deux critiques devenues célèbres : celle de Sainte-Beuve, d’abord, qui déplore l’intrusion de la science dans le roman ; et celle de l’archéologue Froehner, ensuite, qui lui reproche au contraire les trop grandes libertés et emprunts divers menés par son imagination au détriment de la réalité historique. Salammbô divise en raison de son orientalisme ou de son caractère historique, c’est selon.

Quelles libertés a pris Flaubert sur la chronique de Polybe ? Elles sont nombreuses, mais se résument en quelques éléments-clé. Salammbô, tout d’abord, personnage central de l’intrigue et pourtant pure fiction. La fille imaginaire d’Hamilcar vouée au culte de Tanit sont de purs éléments romanesques. Le zaïmph, voile sacré de la déesse Tanit, est un mot fantaisiste, tissé par Flaubert à partir de plusieurs éléments issus des religions antiques. Narr’Havas est le nom modifié du chef numide Naravas, dont le soutien à Hamilcar fut décisif. Flaubert lui invente une rivalité fictive avec Mathó autour de l’amour des deux hommes pour Salammbô. Le siège de Carthage, et le sacrifice des enfants à Moloch, sont des emprunts multiples de l’histoire carthaginoise, mêlés dans un épisode fictif de la guerre des mercenaires. Enfin, le défilé de la Hache, ou plutôt de la « scie » selon les historiens, est bien un épisode tragique de la guerre et une victoire carthaginoise décisive. Les mercenaires, bloqués dans le défilé, en seront réduits à manger de la chair humaine. Flaubert ne fait alors que forcer le trait, motivé par son plaisir sadique à choquer « les bourgeois ».

Qu’en est-il alors du cadre historique ? L’œuvre de Flaubert lui reste, dans ses grandes lignes, fidèle. Carthage, écrasée par Rome après vingt années de conflit, doit céder à sa rivale la Sicile et les îles Eoliennes, ainsi qu’une importante indemnité de guerre de 3 200 talents euboïques, 1 000 dans l’immédiat et 2 200 pendant une période de dix années. Carthage, économiquement très affaiblie, se retrouve dans une situation militaire catastrophique. Son armée, majoritairement composée de mercenaires, est massée aux portes de la ville. Le sénat carthaginois veut dissoudre cette onéreuse légion mercenaire, mais ne peut réunir l’imposante somme nécessaire au paiement de leur solde. Carthage les installe en ses murs pour les faire patienter, mais le désœuvrement de ces soudards, privés du fruit du pillage et déçus par l’arrêt de la guerre contre Rome voté par les partisans d’Hannon, se révèle une mauvaise idée.

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar.

Les soldats qu’il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d’Eryx, et comme le maître était absent et qu’ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté. » Le festin, Salammbô.

Les mercenaires ressassent leur mécontentement. Ils sont envoyés à Sicca avec un maigre acompte. On leur promet un règlement rapide de leur situation. Mais les esprits s’échauffent lorsque le sénat carthaginois tente de renégocier à la baisse leur solde. Vingt mille mercenaires marchent sur Carthage. Giscon, chef de l’armée punique régulière regroupée à Lilybée, est chargé d’entamer de nouvelles négociations. Les insurgés, menés par Mathó et Spendios (que Flaubert nomme Spendius dans son roman), refusent tout accord. Flaubert imagine que les deux hommes dérobent le zaïmph au temple de Tanit, galvanisant les mercenaires et démoralisant les Carthaginois.

« Les soldats, sans se douter qu’on les trompait, acceptèrent comme vrais les comptes des Syssites. Alors l’abondance où s’était trouvée Carthage les jeta dans une jalousie furieuse. Ils brisèrent la caisse de sycomore ; elle était vide aux trois quarts. Ils avaient vu de telles sommes en sortir qu’ils la jugeaient inépuisable ; Giscon en avait enfoui dans sa tente. Ils escaladèrent les sacs. Mâtho les conduisait, et comme ils criaient : « L’argent ! l’argent ! » Giscon à la fin répondit :

- « Que votre général vous en donne ! »

Il les regardait en face, sans parler, avec ses grands yeux jaunes et sa longue figure plus pâle que sa barbe. Une flèche, arrêtée par les plumes, se tenait à son oreille dans son large anneau d’or, et un filet de sang coulait de sa tiare sur son épaule.

A un geste de Mâtho, tous s’avancèrent. Il écarta les bras ; Spendius, avec un noeud coulant, l’étreignit aux poignets ; un autre le renversa, et il disparut dans le désordre de la foule qui s’écroulait sur les sacs. » Sous les murs de Carthage, Salammbô.

Quatre-vingt dix mille mercenaires se dressent alors contre Carthage. La guerre civile est inévitable. Hannon est chargé de mener l’armée punique contre les insurgés. Il entame une campagne pour libérer l’isthme de Carthage et rouvrir des voies stratégiques. Mais il échoue lors du siège d’Utique, piégé par une habile manœuvre des assiégeants mercenaires qui le laissent provisoirement occuper la cité. La déroute est terrible.

« Hannon était si fatigué, si désespéré, – la perte des éléphants surtout l’accablait, – qu’il demanda, pour en finir, du poison à Demonades. D’ailleurs, il se sentait déjà tout étendu sur sa croix.

Carthage n’eut pas la force de s’indigner contre lui. On avait perdu quatre cent mille neuf cent soixante-douze sicles d’argent, quinze mille six cent vingt-trois shekels d’or, dix-huit éléphants, quatorze membres du Grand-Conseil, trois cents Riches, huit mille citoyens, du blé pour trois lunes, un bagage considérable et toutes les machines de guerre ! La défection de Narr’Havas était certaine, les deux sièges recommençaient. L’armée d’Autharite s’étendait maintenant de Tunis à Rhadès. Du haut de l’Acropole, on apercevait dans la campagne de longues fumées montant jusqu’au ciel ; c’étaient les châteaux des Riches qui brûlaient.

Un homme, seul, aurait pu sauver la République. On se repentit de l’avoir méconnu, et le parti de la paix, lui-même, vota les holocaustes pour le retour d’Hamilcar. » Hannon, Salammbô.

Hamilcar le Grand est rappelé, et entame une habile campagne d’harcèlement des mercenaires. Il décide de couper les rebelles de leurs bases de ravitaillement par une pression sur leurs voies de communication. Flaubert imagine alors une ultime manœuvre des mercenaires venus assiéger Carthage : pour affaiblir la cité, ils l’assoiffent en brisant l’aqueduc. Rendus fanatiques par le siège, les Carthaginois sacrifient leurs enfants en les immolant au temple de Moloch. Le soir même, un orage éclate et remplit les citernes d’eau.

moloch3« Les bras d’airain allaient plus vite. Ils ne s’arrêtaient plus. Chaque fois que l’on y posait un enfant, les prêtres de Moloch étendaient la main sur lui, pour le charger des crimes du peuple, en vociférant : «Ce ne sont pas des hommes, mais des boeufs !» et la multitude à l’entour répétait : «Des boeufs ! des boeufs !» Les dévots criaient : «Seigneur ! mange !» et les prêtres de Proserpine, se conformant par la terreur au besoin de Carthage, marmottaient la formule éleusiaque : «Verse la pluie ! enfante !»

Les victimes à peine au bord de l’ouverture disparaissaient comme une goutte d’eau sur une plaque rougie, et une fumée blanche montait dans la grande couleur écarlate.

Cependant l’appétit du Dieu ne s’apaisait pas. Il en voulait toujours. Afin de lui en fournir davantage, on les empila sur ses mains avec une grosse chaîne par-dessus, qui les retenait. Des dévots au commencement avaient voulu les compter, pour voir si leur nombre correspondait aux jours de l’année solaire ; mais on en mit d’autres, et il était impossible de les distinguer dans le mouvement vertigineux des horribles bras. Cela dura longtemps, indéfiniment, jusqu’au soir. Puis les parois intérieures prirent un éclat plus sombre. Alors on aperçut des chairs qui brûlaient. Quelques-uns même croyaient reconnaître des cheveux, des membres, des corps entiers ». Moloch, Salammbô.

Carthage est sauve. Flaubert reprend le cours historique de son récit. Dans le défilé de la Hache, il piège quarante mille mercenaires, commandés par Spendius. Les assiégés escomptent des renforts qui ne viendront jamais. La faim finit par décimer leurs rangs ; ils en sont bientôt réduits à manger de la chair humaine.

« Alors des Garamantes se mirent lentement à rôder tout autour. C’étaient des hommes accoutumés à l’existence des solitudes et qui ne respectaient aucun dieu. Enfin le plus vieux de la troupe fit un signe, et se baissant vers les cadavres, avec leurs couteaux ils en prirent des lanières ; puis, accroupis sur les talons, ils mangeaient. Les autres regardaient de loin ; on poussa des cris d’horreur ; – beaucoup cependant, au fond de l’âme, jalousaient leur courage ». Le défilé de la Hache, Salammbô.

S’en suit la défaite finale des mercenaires, la crucifixion de Spendius et la capture de Mathó. C’est la victoire de Carthage, qui s’apprête à célébrer les noces de Salammbô et de Narr’Havas le même jour que le supplice de Mâtho, livré à la colère de la foule.

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu’il avait souffert pour elle. Bien qu’il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu’il mourût ! A ce moment-là, Mâtho eut un grand tressaillement ; elle allait crier. Il s’abattit à la renverse et ne bougea plus. » Mâtho, Salammbô.

 

Roman orientaliste, dont l’exotisme déroutant transporte le lecteur à la fois dans l’histoire et dans une contrée lointaine, Salammbô est restée, au fil du temps, une œuvre particulièrement moderne. Plus surprenant encore, sa lecture peut relever du roman fantastique en certains aspects, à tel point que le lecteur contemporain pourrait même y voir une œuvre précurseur de « fantasy » actuelle. Les arguments en faveur de cette comparaison abondent le long du roman. L’exotisme de Carthage, tout d’abord, y joue pour beaucoup. Flaubert voulut partir d’une minutieuse description historique pour décrire sa propre cité romanesque ; sa transcription littéraire la rend exotique, presque irréelle, située quelque part dans un lointain passé fantasmé. Cette cartographie presque irréelle, poussée par les libertés de Flaubert, crée un décors romanesque où des héros de légende s’affrontent dans d’épiques batailles, et donne une dimension mythique à son roman. Le cadre merveilleux est posé. Les personnages et l’intrigue ne vont que le renforcer un peu plus.

Ainsi, les aventures de Mâtho et de Spendius, inspirées de leurs doubles historiques, prennent rapidement une tournure qualifiable de « heroic fantasy ». L’épisode du vol du zaïmph, objet divin auquel Flaubert accorde une aura quasi-magique, en est un parfait exemple. Le personnage de Salammbô, riche patricienne obsédée par l’ésotérisme et les rites divins, y contribue également. Que ce soit au cours du chapitre 10 – Le serpent, ou à travers les liens presque surnaturels qui la relient au zaïmph, Salammbô apporte au récit une touche envoûtante de sensualité et de mysticisme. Mâtho incarne le guerrier, Salammbô la sorcière. Sword and sorcery. Et d’ailleurs, les dieux eux-mêmes n’arbitrent-ils pas le conflit ? La déesse Tanit se joue de Mâtho et de Salammbô, tandis que Moloch se repaît des enfants sacrifiés en échange de sa protection. S’ils n’apparaissent pas au même titre que les personnages de cette romance historique, leurs interventions divines s’insinuent de manière détournée, symbolisées par le serpent sacré, le zaïmph ou encore la pluie tombant sur Carthage. Faut-il y voir une simple superstition ou un véritable signe des dieux ? Flaubert entretien le mystère, déroute le lecteur, et renforce la mythologie de son œuvre en puisant, dans sa culture et son imagination féconde, les ingrédients qui font à son goût tant défaut aux chroniques antiques. Au final, ces inventions, que lui reprocha Froehner, ne sont-elles pas du même registre que celles du roman de fantasy ?

Salammbô est une œuvre colossale. Un monstre d’érudition écrasant le lecteur sous la démesure de son ambition littéraire. Et pourtant, de ce monument jaillit un souffle épique, un exotisme romanesque qui nous grise et nous transporte jusqu’à cette Carthage fantasque. Roman oriental, carthaginois, ou bien fantasy historique avant l’heure ? Au fond, toutes ces étiquettes ne font que souligner l’intemporalité du chef d’œuvre de Flaubert.

 

Gustave Flaubert, Salammbô (1862). Illustrations de Suzanne-Raphaëlle Lagneau pour l’édition Henri Cyral, Collection française n° 17, Paris, 1928.

[1] Lettre de Flaubert à Duplan, 26 juillet 1857.

A lire : la version BD chroniquée chez Acta Est Fabula.