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Flatland – Edwin A. Abbott

flatland_coverTout le monde vous le dira, le plat pays de Flatland n’a que deux dimensions : la longueur et la largeur. Les hommes sont des figures géométriques, dont l’identification de leur nombre de côtés permet de les situer sur l’échelle sociale. Les femmes, quant à elles, ne sont que des lignes au babillage incessant. Mais tout gentleman vous le dira, les hypothèses de mondes à trois dimensions ou plus ne sont que de dangereuses hérésies qu’un honnête homme se doit d’ignorer ! Ainsi pensait notre hôte le Carré, respectable notable de Flatland et narrateur de cette allégorie satirique écrite en 1884 par Edwin Abbott.

Critique de la rigide société victorienne de la fin du XIXème siècle, Flatland nous introduit un surprenant monde à deux dimensions : les hommes présentent à la naissance des figures géométriques euclidiennes définissant leur statut social. Les triangles isocèles constituent la plus basse classe sociale, les triangles équilatéraux sont des marchands (petite bourgeoisie), les carrés font office de notables, les pentagones sont des médecins, les hexagones entrent dans la haute bourgeoisie, et les plus grands polygones représentent l’aristocratie jusqu’à ce que leur nombre croissant de côtés leur ouvre les portes de la caste monarchique des cercles. Si la plupart des hommes demeurent dans la caste de leurs pères, l’ascension sociale se caractérise par l’apparition de nouveaux côtés à la naissance. Mais la fréquence du phénomène biologique est inversement proportionnelle au statut social des géniteurs. Ainsi le Carré, notre guide dans ce curieux pays, nous explique qu’il est issu d’une longue lignée de triangles isocèles, son père ayant été le premier d’entre eux à s’élever jusqu’à la caste de triangle équilatéral. Viennent ensuite la richesse, la réussite sociale et la possibilité d’enfanter des rejetons dotés de côtés supplémentaires. Le Carré, respectable notable de Flatland, a ainsi quatre fils pentagones et deux petits-fils hexagones. Sa famille est donc en pleine ascension sociale.

Ce petit monde bien rangé ne manque pas d’assujettir la femme au simple statut de ligne. Considérée à la fois comme une génitrice et pourvoyeuse de statut social, elle représente un atout crucial pour les figures géométriques de castes inférieures qui chercheront à souscrire un mariage arrangé avec une famille de caste supérieure et ainsi augmenter leurs probabilités d’enfanter des rejetons supérieurs. La femme présente également une menace pour ces figures géométriques, sa pointe formant un durillon mortel si par malheur elle vient à transpercer un homme. Et voilà notre pauvre femme obligée de manifester en permanence sa présence par un babillage incessant, sous peine d’exécution capitale en cas de rébellion contre cette société patriarcale ! La satire de la société victorienne n’est donc guère difficile à deviner, et l’allégorie du Pr. Abbott pourrait s’apparenter à un brûlot politique s’il n’introduisait pas rapidement un élément perturbateur dans la vie bourgeoise de notre Carré. Alors que ce dernier s’apprête à fêter dignement le troisième millénaire, voilà qu’une Sphère pénètre dans sa maison plate. Le Carré, qui croit d’abord à l’intrusion d’un cercle de la noblesse, s’aperçoit rapidement que cette figure géométrique ne vient pas du nord mais d’en haut !

Flatland devient dès lors un curieux essai géométrique, dans lequel une Sphère tente de convaincre un Carré que le monde ne se limite pas aux seules dimensions que sa perception lui permet d’appréhender. A partir de cette révélation, la Sphère veut faire du Carré le prophète de l’Evangile des Trois Dimensions, mais ce dernier est partagé entre la contemplation géométrique et ses nouveaux devoirs religieux. Abbott, professeur et théologien anglais, oriente ici Flatland vers la satire mathématique et religieuse. Faisant voyager le Carré dans les curieux royaumes de Pointland et Lineland, il révèle à son narrateur comment science et religion modèlent la perception du monde : il suffit que la première peine à décrire l’univers pour que la seconde s’empresse d’imposer ses maximes. L’une comme l’autre, elles échouent lamentablement, et la religion de la Sphère n’est qu’une vaine tentative pour corriger ces échecs. Mais Abbott va encore plus loin dans l’allégorie. A l’époque de la rédaction de Flatland, les mathématiques supérieures ne dépassent guère les trois dimensions intuitives. Les quelques rares intrusions dans une quatrième dimension et au-delà se présentent comme des curiosités mathématiques, encore jugées comme des spéculations d’avant-garde. Sans en avoir eu la moindre intuition, Abbott va pourtant dialoguer à travers son allégorie avec la génération suivante de physiciens. En 1920, William Garnett publie dans la revue Nature une lettre intitulée « Euclide, Newton et Einstein » et dans laquelle il attire l’attention de ses contemporains sur la satire d’Abbott : « Il y a une trentaine d’années ou davantage, un petit jeu d’esprit fut écrit par le Dr Edwin Abbott, sous le titre Flatland (Le Plat Pays). A l’époque de sa publication, il ne suscita pas tout l’intérêt qu’il méritait […]. Transférons cette analogie à un mouvement de la quatrième dimension dans un espace tridimensionnel ! Supposons que le passé et l’avenir de l’univers soient dépeints dans un espace quadridimensionnel et visibles pour tout être qui a conscience de la quatrième dimension. S’il se produit un mouvement de notre espace tridimensionnel relatif à la quatrième dimension, tous les changements que nous ressentons et que nous attribuerons au passage du temps seront dus simplement à ce mouvement, l’ensemble de l’avenir ainsi que du passé existant toujours dans la quatrième dimension ». Flatland trouve soudain un écho avec les travaux d’Einstein ou de Minkowski, révèle la complexité d’un monde aux dimensions multiples, et séduit les physiciens en quête de réflexion sur les quatre dimensions de l’espace-temps. Un coup de maître pour ce cher Pr Abbott, dont le « jeu d’esprit » dépasse la satire sociale et religieuse et s’inscrit conceptuellement dans la physique et mathématiques modernes !

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La demeure du Carré (illustration de la 1ère édition anglaise).

Roman allégorique plutôt ignoré lors de sa parution, redécouvert par la « nouvelle » génération de scientifiques au début du XXème siècle, Flatland est entré dans la culture scientifique et populaire comme une œuvre insolite, démontrant que les limites de nos certitudes se doivent d’être dépassées si nous voulons explorer la physique de notre univers. La culture « geek » s’est plus récemment réapproprié Flatland, notamment grâce aux allusions qu’en font Sheldon Cooper dans la série The Big Bang Theory ou le Pr. Farnsworth dans Futurama. En 2007, Seth Caplan co-produisit une adaptation animée du roman d’Abbott. S’intéressant au problème de la découverte scientifique face à l’obscurantisme sociétal, Caplan gomme toute la satire de la société victorienne, réduisant Flatland à un film-document à destination des enseignants et animateurs scientifiques. L’adaptation y perd hélas en intérêt par rapport à l’œuvre originale.


Réchauffement climatique : comment l’Homme menace d’extinction la biodiversité

Le réchauffement climatique fait peser une menace sévère sur la biodiversité, au point que certains écologues n’hésitent pas à parler de « sixième extinction de masse ». Ce phénomène, très clairement relié à l’activité humaine, est pointé du doigt pas des centaines de rapports environnementaux et analyses scientifiques. Mais comment estimer très précisément le poids du réchauffement climatique anthropique sur la biodiversité ? Dans une nouvelle méta-étude publiée par la revue Science, le biologiste Mark Urban, de l’Université du Connecticut (Etats-Unis), propose une méthode particulièrement efficace afin de répondre à cette question.

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Une crise d’extinction massive correspond à une brève période sur l’échelle des temps géologiques durant laquelle au moins 75 % des espèces présentes dans la biosphère viennent à s’éteindre. Ces périodes entraînent également des transitions importantes quant aux taxons dominants. Dans son étude récente, Mark Urban s’est livré à une méta-analyse de 131 articles issus de la littérature scientifique. Comparant l’évolution des populations mondiales pour l’ensemble des espèces suivies dans ces études, il a pu attribuer un poids statistique respectif à différents facteurs dominants : l’augmentation des températures, des groupes taxonomiques, des régions géographiques, de l’endémisme, des techniques de modélisation, des hypothèses de dispersion, des espèces et des seuils d’extinction. Le résultat donne une estimation des taux futurs d’extinction et une distinction parmi chaque menace majeure perturbant la biodiversité. Ses conclusions, jugées robustes par ses pairs, montrent que le risque le plus important est lié à l’augmentation de la température.

Les résultats de Mark Urban montrent également que le risque d’extinction ne peut que s’accélérer avec la hausse des températures. Actuellement, ce risque moyen pour une espèce quelconque est de 2,8 %. Si le seuil d’une hausse des températures globales de +2°c est atteint, ce risque grimpe à 5,2%. Et l’emballement se poursuit : 8,5% pour une hausse de +3°c ; 16% pour une hausse de +4,3°c ! Les risques d’extinctions spécifiques varient cependant selon les régions et les espèces concernées. L’Amérique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont particulièrement concernées. A terme, une espèce sur six classée comme « menacée » pourrait rapidement s’éteindre. Mark Urban conclut donc sur l’importance d’adopter au plus vite des mesures internationales afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique !

Aussi préoccupante soit-elle, cette étude ne s’intéresse cependant qu’aux effets directs du réchauffement climatique sur la biodiversité. Elle ne prend pas en compte d’autres conséquences liées telles que la hausse du niveau des océans, la modification des berges et cours d’eau, la pluviométrie, les événements météorologiques extrêmes ou encore l’acidification des océans par le dioxyde de carbone. Ces critiques ne viennent pas invalider les travaux de Mark Urban, loin de là, mais rappellent que le réchauffement climatique anthropique s’accompagne d’une cohorte d’effets catastrophiques sur la biodiversité comme sur l’activité humaine. En décembre 2015, la France accueillera la 21ème conférence internationale sur le défi climatique, ou COP21. Espérons que ce rendez-vous sera l’occasion d’une réelle prise de conscience politique, car derrière la biodiversité, c’est la survie de l’Humanité toute entière qui se retrouve menacée par ses propres activités industrielles …


Podcast #2 – Les Empires Galactiques

La Pax Romana dans les étoiles. Des milliers de planètes unifiées sous la bannière d’un Empereur. D’immenses flottes spatiales s’affrontant dans l’espace, conquérant de nouveaux domaines. Et de gigantesques mondes-capitales régnant au cœur de ces hégémonies stellaires. Les Empires galactiques font partie intégrante des meilleurs univers de space-opéra. Mais quels points communs partagent-ils avec la Rome Antique, leur lointaine source d’inspiration historique ? Quelles limites économiques et sociologiques menacent ces empires interstellaires ? Et pourrons-nous un jour relier les mondes d’un Impérium galactique tout en respectant les Lois de la Physique?

C’est ce que je vous propose de découvrir dans ce second épisode podcast du Traqueur Stellaire !

 


Mad Max : Fury Road – George Miller (2015)

mad max fury roadLe monde s’est écroulé. D’abord la fin du pétrole, ensuite le changement climatique et enfin la grande guerre pour l’eau. Le conflit atomique a ravagé la planète, irradiant les survivants et condamnant les générations futures à de courtes vies avant de succomber aux mutations cancérigènes. Dans ce monde aride, rares sont les îlots de survivance. « Immortan Joe » (Hugh Keays-Byrne) possède un de ceux-là. Cet être tyrannique dirige une forteresse bâtie sur une station de pompage d’eau profonde, nappe phréatique préservée de toute contamination. Il a bâti une société ultra-violente, dirigée par sa caste-guerrière des « War Boys ». Ces gamins, enfants du monde irradié, sacrifient leur demi-vie sous ses ordres. Ils vouent un culte à la violence et à la vitesse, et espèrent rejoindre le Valhalla en se sacrifiant au combat.

Immortan Joe considère les femmes comme son butin le plus précieux. Parmi ses innombrables « pondeuses », il place au-dessus de toutes les anciens mannequins qu’il séquestre dans son nid d’aigle. Mais ces femmes refusent d’être assimilées à des objets. Elles trouvent en la guerrière Furiosa, enlevée dès son enfance par les War Boys, une alliée précieuse. Lorsque Furiosa est élevée au titre d’Imperiosa, elles montent un plan d’évasion audacieux. Immortan Joe lance toute sa horde à la poursuite des fuyardes, et l’issue de cette course-poursuite semble hélas bien mal engagée pour Furiosa. Réapparaît alors Max, l’ancien flic devenu justicier solitaire. Capturé par les War Boys, il est dressé comme trophée de guerre sur l’un de leurs buggys customisés. Mais notre héros schizophrène ne va pas rester longtemps prisonnier de la horde, et s’allie rapidement avec les fugitives …

Après trente années d’attentes, George Miller fait son grand retour dans l’univers Mad Max sur grand écran, et concrétise un projet envisagé depuis la sortie de Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (1985). Mais le parcours aura été semé d’embûches. En 2003, Miller annonçait qu’un script était enfin écrit, et que la pré-production allait pouvoir débuter. Le projet tombe hélas à l’eau, et il faut attendre 3 ans pour que Miller revienne à la charge. Cette fois-ci, le film se fera sans Mel Gibson, et le scénario est rédigé avec l’aide de l’auteur de comics britannique Brendan McCarthy. Nouveau coup de théâtre en mars 2009 : George Miller annonce que le film sera produit en images de synthèse. En 2010, il est même question de sortir deux films à suivre. Le tournage revient heureusement sur le choix initial de décors naturels, mais des intempéries modifient considérablement le désert de Broken Hill, et Miller préfère repousser le tournage à début 2012. Nouveau retard jusqu’à l’été 2012, lorsque l’équipe s’installe enfin en Namibie, et sortie alors annoncée en mai 2015. Miller en dévoile un peu plus au fil des années suivantes. Il présente son nouveau projet comme un « reboot » total de la saga, remise au goût du jour. Dans le rôle de Max Rockatansky, est retenu l’acteur britannique Tom Hardy. Quant à Mel Gibson, annoncé pour un caméo, il est finalement annulé, aux grands regrets de George Miller.

Privilégiant les déserts de Namibie comme décors naturels rehaussés d’effets spéciaux numériques, George Miller parvient à recréer ce frisson d’image si caractéristique des deux premiers Mad Max de sa trilogie initiale. Le spectateur ressent immédiatement une bouffée d’air chaud mêlée d’odeurs d’essence, de sueur et de fumée. L’adrénaline monte à l’écran, les moteurs vrombissent et un furieux désir de destruction s’empare des conducteurs. Nous sommes bien dans un Mad Max, indéniablement. Tous les ingrédients du mad movie post-apocalyptique y sont présents, cuisinés avec amour par le chef George Miller. La pellicule est jouissive, les personnages tout droit surgis de comics déjantés, et surtout, le film s’épargne l’arrière-goût de carton des séries B produites dans d’obscurs studios climatisés. La bande-son elle-aussi participe au génie de Fury Road. Privilégiant les percussions, imposant un rythme effréné à cette longue course-poursuite de deux heures, elle se fond aux riffs survoltés du War Boy guitariste enchaîné à l’énorme truck-sono d’Immortan Joe. Une invention supplémentaire parmi tant d’autres qui renforce l’univers fou et ultra-violent de George Miller, propulsant ce nouveau volet bien au-delà des qualités esthétiques du mythique Mad Max 2 : Le Défi (1981).

En résumé, Fury Road a tout du film d’action authentique, du long-métrage complètement barré qui en jette. Cerise sur le gâteau, Miller nous épargne le détestable ragoût réchauffé et bourré d’images de synthèse qu’Hollywood nous aurait servi sans vergogne en d’autres occasions. Fort de près de quarante ans d’immersion dans son univers, Miller est parvenu à refondre totalement l’esprit Mad Max dans une super-production à la fois moderne et ambitieuse. Il ne me semble pas si exagéré de qualifier Fury Road de meilleur film de la saga tant le travail de Miller se concrétise avec autant de talent à l’écran. Sans l’ombre d’un doute, Fury Road est un excellent mad movie post-apocalyptique, du grand Miller à voir au plus vite sur grand écran.

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Journal de Bord #35

traqueur_stellaire_mobilenauteQuelques nouvelles du blog en ce pont de l’Ascension : tout d’abord, depuis quelques semaines, un site web spécial écrans mobiles vous est proposé automatiquement lorsque vous vous connectez via votre smartphone. D’une ergonomie aisée et d’un style épuré, il est optimisé pour améliorer le confort de lecture et de discussion sur chaque billet. Vous pouvez toujours sélectionner un affichage « bureau » si vous le souhaitez, mais le thème développé pour les affichages sur écrans d’ordinateurs n’est pas du tout optimisé sur smartphone !

Autre point important que j’aimerais aborder sur ce billet, la gestion des commentaires. Deux événements récents m’ont fait réfléchir à mon approche vis-à-vis des messages déposés sur mes billets. Tout d’abord, je tiens à remercier la majorité de lecteurs réguliers ou occasionnels postant des commentaires sympathiques, constructifs ou encourageants. Ce n’est évidemment pas de ceux-là que je veux parler, mais bien de la part non négligeable de trolls s’évertuant à polluer les billets d’actus scientifiques ou de jeux vidéos. Depuis quelque temps, je remarque en effet une forte hausse des messages anti-sciences ou homophobes soumis sur ce blog. Ma stratégie habituelle consiste à supprimer la plupart des soumissions de ce type, ne validant que les commentaires permettant une réponse pertinente ou (avouons-le) les messages les plus loufoques, comme dans le cas des partisans de la Terre creuse.

Il m’a également été reproché par un autre blogueur de science-fiction de « refuser toute discussion ». Je le remercie pour ce jugement expéditif, c’est bien mal me connaître. Il me semble donc important de rappeler qu’un blog n’est pas un forum public : je n’entends pas accepter toute discussion, je recentre systématiquement les débats autour du thème de chaque billet et supprime si besoin les commentaires hors sujet. L’anecdote ci-dessus concernait les commentaires censurés sur mon article consacré à Conan le Cimmérien. En effet, les messages bloqués insistaient lourdement sur l’omission de la biographie d’un des traducteurs français (quel intérêt ?), un hors-sujet total venant polluer le billet. De même, dans de récents débats animés autour du climat, il m’est apparu nécessaire de censurer deux climato-négationnistes qui, non contents de véhiculer des informations mensongères, niaient la dangerosité du dioxyde de carbone sur l’environnement et la santé. Et ceci malgré de nombreuses (et répétées) corrections apportées dans les commentaires. Un déni qui pouvait même se révéler criminel, puisqu’il remettait en cause les accidents par asphyxie.

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Mon expérience de blogueur m’a hélas appris que seule la pré-modération des commentaires permet d’éviter ces regrettables dérapages hors sujets. Pour avoir eu le malheur de lever ce filtre en début de semaine, un climato-sceptique patenté a pu profiter de ce relâchement et venir littéralement pourrir un récent billet scientifique. De toute évidence, la pré-modération ne nuit en rien aux commentaires constructifs et intéressants, bien au contraire. Mais elle s’avère un outil indispensable afin d’éviter que les discussions de ce blog ne dérivent comme sur les forums publics ou journaux en ligne. N’oublions pas qu’un blog vit d’abord grâce au travail de son blogueur, que ce dernier joue en quelque sorte le rôle de taulier de son propre estaminet, et qu’il n’a aucun intérêt à se laisser marcher sur les pieds.

Aussi ai-je décidé de non seulement maintenir la pré-modération sur ce blog, mais également de limiter drastiquement la validation de commentaires potentiellement trollesques, même en cas de contre-argumentation pertinente à répondre en retour. Que les choses soient claires : mon blog n’a nullement vocation à servir de tribune à une quelconque idéologie, prise de position ou opinion opposée à la teneur de mes billets. J’accepte le débat uniquement s’il se veut constructif, basé sur un réel échange cordial. Mais désormais, tout commentaire provocateur ou destiné à détourner le sujet d’un billet sera systématiquement supprimé. Toute discussion dérivant vers ces regrettables travers sera également suspendue, sans aucun droit de réponse de la part de la partie adverse.

Ces règles ne sont pas excessives, elles ne visent pas non plus à imposer une « parole unique » dans les commentaires des billets, mais ont pour objectif de m’éviter de perdre du temps avec des trolls n’ayant aucun autre but que de pourrir mes activités de blogueur. Répondre à un climato-négationniste ou à un anti-sciences est particulièrement chronophage, il m’arrive d’y consacrer autant de temps que pour rédiger un billet : il faut reprendre chaque argument de la partie adverse, les réfuter avec des informations scientifiques solides, et travailler la pédagogie de chaque réponse. Tout cela ne servant le plus souvent strictement à rien face au mur d’idioties que le troll ne cesse de brandir en retour. Je ne peux rien expliquer à une personne refusant de comprendre, je ne peux rien enseigner à un internaute refusant d’apprendre. C’est pourquoi il est grand temps de cesser ce dialogue de sourds avec les trolls de tout poil afin de me libérer plus de temps pour vivre pleinement mes loisirs de blogueur et de podcasteur.


Top 10 des projets de SF que la NASA veut réaliser pour explorer l’univers

L’agence spatiale américaine cherche en permanence à faire progresser la recherche appliquée. Si certains de ces projets n’ont jamais dépassé le stade de la planche à dessin, d’autres ont abouti à la navette spatiale, à la station internationale ou encore aux premiers pas de l’homme sur la Lune. Cette année encore, de nombreux projets scientifiques ont été soumis au programme d’exploration spatiale de la NASA. Ceux ayant été admis en phase I de réalisation sont désormais crédités de 100.000 dollars américains. S’ils franchissent avec succès les études préliminaires d’une durée de neuf mois, ils seront autorisés à poursuivre en phase II pendant deux ans et seront crédités de 500.000 dollars supplémentaires.

Parmi les quinze sélectionnés pour cette première phase de R&D, dix projets m’ont particulièrement impressionné pour leurs connexions fantastiques entre sciences et science-fiction. Que ce soit le développement d’un GPS spatial, la création d’essaims de robots sociaux ou encore l’envoi d’un calamar robotisé dans les océans lunaires, il y a de quoi rêver à la science de demain ! Voici donc sans plus attendre mon top 10 des projets les plus fous actuellement à l’étude :

 

 

Chandra-crab1. Un système de navigation dans l’espace profond basé sur les pulsars

Comment fonctionnera le GPS de l’espace ? Peut-être grâce aux étoiles à neutrons et à leurs émissions électromagnétiques caractéristiques. Michael Hecht, chercheur au MIT, propose ainsi d’utiliser les données radio des quasars, pulsars et autres sources d’émissions similaires afin de guider les vaisseaux spatiaux dans l’espace. Le projet, baptisé DARN (Differential Deployable Autonomous Radio Navigation) équipera peut-être un jour les systèmes de navigation de sondes interstellaires. Première phase de ce projet : dresser un catalogue de ces sources électromagnétiques afin de permettre leur reconnaissance et déterminer sa propre localisation dans l’espace. Pour Proxima Centauri, tournez à droite après la prochaine planète naine.

 

 

interstellar_travel2. Des micro-satellites pour l’exploration interstellaire

A l’heure actuelle, nos rares sondes en passe de quitter définitivement le système solaire sont semblables à des bouteilles jetées en mer, sans grand espoir de garder le contact avec elles. Phil Lubin, de l’Université de Californie, souhaite renouveler l’exploit et même multiplier le nombre de sondes envoyées vers l’espace profond. Ses satellites-plaquettes seraient propulsés directement par rayons lasers, une technologie développée depuis 40 ans par les ingénieurs de la NASA. Les satellites miniatures seraient conçus pour compléter la détection à longue distance actuellement menée par les télescopes orbitaux. Ces minuscules satellites pourraient même théoriquement accélérer jusqu’à des vitesses relativistes, faisant d’eux nos premières véritables sondes interstellaires !

 

 

LROC_moon_view3. Des essaims de robots explorateurs sur la Lune

La Lune présente d’importantes ressources naturelles que l’agence spatiale américaine ne souhaite pas négliger. Afin de prospecter plus efficacement la surface de notre satellite naturel, Jeffrey Plesia de l’Université Hopkins propose le concept CRICKET, acronyme de « Cryogenic Reservoir Inventory by Cost-Effective Kinetically Enhanced Technology ». Un essaim de robots parcourt la surface lunaire à la manière d’insectes sociaux. L’un d’eux est un orbiteur (la Reine, en charge de la coordination, localisation et communication), un autre est un collecteur (la Ruche, en charge de la réception des échantillons, du ravitaillement et de la navigation à la surface) et tous les autres robots de l’essaim sont des Criquets (des Ouvriers chargés de l’exploration et de la prospection). Chaque Criquet serait équipé d’analyseurs chimiques et de capteurs numériques, permettant ainsi de dresser rapidement de vastes cartes géologiques lunaires à haute résolution.

 

 

atmosphere_jupiter4. Surfer sur les courants atmosphériques des géantes gazeuses

Soyons clairs : il ne s’agit pas de poser le pied sur une géante gazeuse ! Le rêve littéraire se Simak serait difficilement réalisable, convenons-en sans ironie. Cependant, la NASA a peut-être trouvé une solution afin de contourner le problème : envoyer des robots planeurs dans l’atmosphère de ces géantes gazeuses. Ces WindBots utiliseraient l’énergie des puissants courants atmosphériques et champs magnétiques de Jupiter et Saturne afin d’explorer ces deux géantes de notre système solaire. A la clé, une maîtrise exceptionnelle de la robotique et la collecte de données inédites sur l’atmosphère des planètes gazeuses.

 

 

5. Miner des astéroïdes pour ravitailler les vaisseaux spatiaux

Un des problèmes majeurs pour l’exploration de notre système solaire à partir de propulseurs chimiques demeure le ravitaillement en carburant d’un vaisseau en transit dans l’espace. John Lewis de Deep Space Industries a peut-être la solution : exploiter directement le carburant disponible dans l’espace ! En minant les astéroïdes proches de la Terre, il serait ainsi possible de réapprovisionner les réservoirs d’un vaisseau spatial. Cependant, ce carburant spatial nécessiterait l’emploi d’un comburant approprié. Un problème délicat, car le peroxyde d’azote utilisé sur Terre par l’astronautique en raison de son stockage stable ne serait pas le meilleur choix à retenir pour ce carburant miné sur place. Reste donc à trouver une molécule alternative au peroxyde d’azote : il faudra qu’elle soit stockable sur Terre ou synthétisable dans l’espace !

 

 

deformable_mirror6. Des miroirs déformables selon les champs magnétiques

Un télescope réflecteur doté d’un miroir déformable et reconfigurable à volonté permettrait d’améliorer sensiblement la qualité et la précision des télescopes utilisés par les scientifiques. Deux équipes de l’Université de Northwestern et de l’Université de l’Illinois travaillent actuellement sur un revêtement intelligent disposé sur le dos d’un miroir déformable. Selon les impulsions fournées par une tête d’écriture magnétique sur le matériau, le miroir du télescope pourrait de se déformer et garder sa nouvelle configuration pendant de longues périodes d’observations. Une innovation qui révolutionnerait sensiblement l’astronomie !

 

 

philae_tchouri7. Provoquer des mini-séismes sur des astéroïdes ou des comètes

L’idée peut sembler un peu violente : afin de prospecter un astéroïde ou une comète, il suffirait de provoquer un mini-séisme à sa surface. Jeffrey Plescia, de l’Université Hopkins, propose ainsi de développer des nano-satellite CubeSats avec micro-sismomètres embarqués. Une fois le CubeSat en orbite autour de l’objet céleste à analyser, il s’y poserait et martèlerait sa surface avec un projectile. L’énergie sismique ainsi générée serait analysée par le CubeSat et fournirait de précieuses informations sur la structure du corps rocheux. La technique est directement inspirée de l’analyse de la structure interne de la Terres à partir d’ondes sismiques naturelles. Bon courage à nos amis américains, pour une fois nous autres européens avons une longueur d’avance avec Rosetta et Philae !

 

 

squid_robot8. Un sous-marin robotisé en forme de calamar pour explorer les océans lunaires

Dernièrement, la presse nous rapportait le projet d’un robot sous-marin développé pour une future exploration des lacs de méthane de Titan. Masn Peck, de l’Université de Cornell, veut aller encore plus loin en explorant l’océan sub-surfacique de la lune jovienne Europa. Son robot sous-marin est plutôt original, puisqu’il aurait l’allure d’un calamar géant ! Grâce à l’effet de turbine de ses tentacules mécaniques, il pourrait fournir l’énergie électrique nécessaire à l’électrolyse de l’eau, fournissant ainsi du dioxygène et du dihydrogène gazeux pour assurer le maintien de sa propre structure gonflable ainsi que sa propulsion. Notre calamar robotisé découvrira-t-il de la vie dans les océans des lunes de Jupiter ou Saturne ?

 

 

stratosphere9. Des drones volant en permanence dans la stratosphère

Vous souvenez-vous du film Interstellar et de ce drone indien redescendu accidentellement à basse altitude après des années de vol autonome dans la haute atmosphère ? Des ingénieurs américains souhaitent transformer ce rêve en réalité, grâce au développement d’une plate-forme permanente d’étude de la stratosphère terrestre. Utilisant le cisaillement du vent comme système de propulsion, le drone stratosphérique utiliserait également des films solaires et une éolienne intégrée comme sources d’approvisionnement électrique. L’avion automatisé sera envoyé en binôme, chacun volant à des altitudes différentes. Ils pourront ainsi fournir des données pour différents régimes significatifs de vents et s’adapteront aux conditions atmosphériques en assurant leur propulsion.

 

 

superconductivity10. Développer une super-congélation pour les missions dans l’espace profond

Afin de bénéficier des avantages d’une supraconduction et du stockage cryogénique dans l’espace, une équipe du NASA Kennedy Space Center propose de développer une technologie permettant d’atteindre de très basses températures sans avoir à dépenser de l’énergie en systèmes de refroidissement. Grâce à des surfaces à refroidissement passif extrême, les ingénieurs de la NASA sont parvenus à abaisser la température de prototypes de -50°c par rapport à la température ambiante. Mais leur technologie pourrait théoriquement être encore plus efficace dans le vide spatial. Avantage particulièrement intéressant de ces revêtements : ils pourraient également servir de boucliers contre les radiations cosmiques.

 

A lire aussi : une entreprise veut miner les astéroïdes, des ballons gonflables sur Vénus, un sous-marin dans les lacs de Titan.