avril 2015
L Ma Me J V S D
« mar    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Nightwish – Endless Forms Most Beautiful

nightwish8La voilà donc, cette huitième galette du groupe finlandais de metal symphonique Nightwish. Sorti fin mars en Europe, l’album était précédé un mois plutôt du single Elan et de son titre inédit « Sagan » composé en hommage à l’astronome et vulgarisateur américain. Cette fois-ci dédié à la raison, aux sciences et plus particulièrement à Charles Darwin, Endless Forms Most Beautiful se veut une opposition complémentaire au précédent album Imaginaerum, pour sa part inspiré par la puissance de l’esprit et de l’imaginaire. Il faudrait peut-être expliquer à Tuomas Holopainen que sans l’esprit, il n’y a pas de raison; et que sans imagination, il n’y a pas de recherche scientifique, mais passons. La sortie de ce nouvel album confirme également l’officialisation de Floor Jansen comme nouvelle chanteuse-diva du groupe, après successivement Tarja Turunen (1996-2006) puis Anette Olzon (2007-2013). Alors donc, que donne cette ode à la science et au chapeau haut de forme de Tuomas Holopainen ?

Commençons l’écoute avec « Shudder Before The Beautiful » : une intro efficace dans le meilleur alliage de metal symphonique, s’enchaînant hélas sur une composition beaucoup trop hard FM pour ne pas dire pop-rock. La friandise est délicieuse avec sa croûte sucrée de chœurs accrocheurs, mais une fois croquée, la guimauve est plutôt fade, dommage. L’album s’enchaîne ensuite avec « Weak Fantasy » bien plus rythmé au niveau des guitares, avec de bons riffs heavy contre-balancés par un break folk. Enfin, il se passe quelque chose ! du moins pour ceux qui n’ont pas décroché dès l’intro. Vient alors « Élan » tiré du fameux single précédent et titre vedette de cet album, la diva entre en scène pour son grand air. La mélodie est riche, Floor convaincante au chant, bref un très bon morceau de pop metal ou de hard FM. Les amateurs de riffs joués au flûtiau apprécieront d’ailleurs la performance. Quant au clip, je préfère oublier ce moment de grand n’importe quoi.

Heureusement s’annonce un vrai morceau de metal melodique en la présence de « Yours Is An Empty Hope » ! Nerveux, incisif, mené par une guitare qui donne enfin le rythme tandis que les chœurs et instrumentation classique enrichissent la mélopée électrique. Floor Jansen et Marco Hietala y forment un excellent duo au chant, et leur prestation studio est parfaite. Il était temps, jJe commençais à désespérer. Hélas, cela n’était pas fait pour durer. L’ouverture de « Our Decades In the Sun » nous emmène dans le monde féerique d’une bande originale de Disney ou d’une composition empruntée à Evanescence, il m’a même fallu vérifier que j’étais bien en train d’écouter le dernier Nightwish. Passée cette soupe, Nightwish remet le couvert avec « My Walden », dont la composition celtique m’aurait certainement convaincu si j’avais chroniqué la BO d’un remake de Braveheart. Bref, deux morceaux particulièrement pénibles en longueur, au rythme soporifique brutalement rompu par « Endless Forms Most Beautiful » : guitare inquiétante, riffs mous se voulant faussement agressifs, et chant maîtrisé pour Floor qui n’a nullement besoin de forcer la voix pour interpréter cette composition on ne peut plus classique sur un album de Nightwish. Seul intérêt de ce morceau, il permet de mieux comprendre sa sélection comme nouvelle chanteuse rien qu’en comparant sa prestation par rapport aux derniers enregistrements de Tarja ou Anette. On validera donc sur le principe sa nomination, mais on oubliera rapidement la mélodie insipide de ce titre. Et dire qu’il s’agissait de la piste éponyme de l’album …

Enchaînons rapidement avec la fin de cette galette. « Edema Ruh » reste dans le même tonneau, classique, insipide et s’oubliant une fois écouté. « Alpenglow » se présente comme le seul morceau de cet album méritant d’être testé en concert, avec son intro au clavier reprise en riff à la guitare et ses effets de voix sur Floor particulièrement entraînants. On tient enfin quelque chose qui sonne comme du rock, l’alchimie peut opérer. Quant à « The Eyes Of Sharbat Gula », il s’agit d’une très bonne surprise, en référence au célèbre portrait de la « Afghan Girl », Sharbat Gula, photographiée par le journaliste Steve McCurry en décembre 1984. La tragédie afghane évoquée à travers la composition de Tuomas est sombre, dotée d’une émotion intense et sachant se faire poétique malgré la noirceur du sujet. Un excellent morceau instrumental qui mérite d’être mis en avant, à l’inverse du reste de cet album. La transition est musicalement réussie avec le dernier titre « The Greatest Show On Earth » particulièrement long (24 minutes !). Le morceau en lui-même se subdivise en plusieurs enchaînements beaucoup moins convaincants, voire même pitoyables lors de l’inclusion de bruitages remixés d’animaux. On croirait une intro de Shaaman ! L’instant de grâce précédent est désormais brisé et nous retombons dans les travers de ce nouvel album. Mention spéciale tout de même à Floor Jansen, talentueuse chanteuse qui mériterait d’être encore plus mise en avant à l’avenir. La diva de metal symphonique, voilà un choix marketing surfait me direz-vous, certes, mais avec une diva comme Floor, ça peut marcher. Toujours est-il que sans leur nouvelle recrue, nos finlandais de Nightwish auraient sombré dans la soupe symphonique insipide. L’album n’est pas pour autant une réussite, loin de là, et les quelques rares pistes intéressantes s’en démarquant ne sont pas suffisantes pour que je vous le recommande. Information bonus pour les plus mordus d’entre-vous, Nightwish sera présent au Hellfest 2015 en clôture de festival ; c’est dommage, j’ai un autre concert au même moment !


Le Prix Hugo 2015 et les activistes conservateurs

hugo-award-logoC’est un tremblement de terre qui vient de secouer le milieu de la science-fiction et fantasy américaine. A la surprise générale, lorsque les nominés de l’édition 2015 du Prix Hugo ont été annoncés début avril, la liste des finalistes a provoqué un tsunami d’indignations. Chaque année, les nominés aux différentes catégories du prix sont déterminés à l’issue d’un scrutin ouvert à tous les membres des WorldCons de l’année en cours, de l’année précédente et de la prochaine édition. Le scrutin de l’édition 2015 concernait donc toute personne ayant réglé son inscription de 40 dollars aux conventions de 2014, 2015 ou 2016. A l’origine du malaise, ce scrutin a fait l’objet d’une vaste campagne de lobbying de la part d’un groupe d’auteurs conservateurs. Leur objectif ? Inscrire le plus possible d’activistes de droite sur les listes électorales du Prix Hugo, afin d’influencer l’issue du scrutin en promouvant massivement une sélection d’œuvres et d’auteurs beaucoup plus proches de leurs attentes littéraires et politiques. Une méthode ayant porté ses fruits, mais provoquant désormais une vague d’indignation sans précédents.

Convenons-en tout d’abord, un prix littéraire est rarement un monument d’impartialité. Outre l’amer constat qu’il est impossible de passer en revue la totalité des nouveautés parues à chaque rentrée littéraire, le jury sera également influencé par ses affinités éditoriales ou avec les auteurs nominés. Il est donc totalement utopique d’envisager un jury objectif exempt de tout conflit d’intérêt, et le lauréat du prix ne saurait être assimilé en aucun cas à la « meilleure oeuvre » de sa génération. La chose est entendue, et s’applique tout aussi bien aux grands prix littéraires qu’aux récompenses de science-fiction et fantasy. De ma modeste expérience, pour avoir participé deux années de suite au jury d’un prix de blogueurs SF, il m’est ainsi vite apparu que le choix des œuvres nominées et la sélection du lauréat relevaient plus de la politique que de la littérature. Le Prix Hugo n’échappe pas à cette règle, et des campagnes menées pour favoriser telle oeuvre ou tel auteur ont déjà eu lieu par le passé. Mais l’édition récente se distingue par l’ampleur et l’organisation exceptionnelle du lobbying mis en oeuvre. La stratégie est même comparée par l’auteur Arthur Chu aux campagnes de déstabilisation mises en place par les activistes réactionnaires. Exagération ? Peut-être pas, car la campagne intitulé « Sad Puppies » présente, sur la forme comme sur le fond, de nombreux points communs avec la frange républicaine la plus conservatrice outre-Atlantique.

A l’origine de ce mouvement, deux auteurs américains – Larry Correia et Brad R. Torgersen  – qui estiment combattre le « déclin » de la science-fiction et fantasy américaine. Depuis plusieurs années, le prix Hugo suscite beaucoup d’amertume de la part d’une frange d’auteurs politiquement orientés « à droite » : Larry Correia estime ainsi que, s’il n’a jamais été lauréat du prix, ce n’est pas en raison de la qualité littéraire de sa production, mais parce qu’il existe une censure systématique des auteurs nominés ne correspondant pas à une image « politiquement correcte » de gauche. Or qui décide de cette bonne moralité politique ? Toujours selon Correia, il faut chercher les responsables de cette censure parmi la frange « de gauche » des votants du prix Hugo, qui pratiqueraient une « chasse aux sorcières conservatrices » systématique dans les listes de nominés. Cette mouvance d’affreux gauchistes, qu’il qualifie de Social Warrior of Justice, dominerait selon lui le fandom américain, dictant ses propres normes politiques et sociétales à l’ensemble de la SF et fantasy anglophone. Mais les Sad Puppies de Correia et Torgersen ne sont pas seuls dans ce combat. L’auteur Théodore Beale (connu sous le pseudonyme Vox Day) entend lui aussi combattre la main-mise politique « de gauche » sur les Hugo en encourageant l’afflux massif de votants conservateurs. Ses partisans, tout aussi actifs, se sont surnommés pour leur part les Rabid Puppies et souhaitent se montrer beaucoup plus agressifs que leurs collègues attristés. Mais quels sont les arguments concrets des Sad Puppies et Rabid Puppies ? Pour tenter d’y voir plus clair, reprenons l’exposé publié par Brad Torgersen sur son propre blog. L’auteur conservateur s’explique en ces termes :

Cliquez ici pour lire

La théorie de la « couverture peu fiable » – ou théorie de la boîte de céréales Nutty Nuggets comme l’a baptisée Brad Torgersen – relève plus du conservatisme réactionnaire que de l’analyse critique sur la littérature de l’imaginaire contemporaine. S’appuyant sur sa nostalgie tout à fait concevable pour les œuvres de l’age d’or de la science-fiction américaine et les mythiques récits howardiens d’heroic fantasy (nostalgie que je partage comme beaucoup de lecteurs), Torgersen regrette la « disparition » de ses chers romans pulps au profit de récits décevants à son goût. Les couvertures sont toujours aussi aguichantes, à l’image d’une belle boîte de céréales Nutty Nuggets, mais dès la première cuillère il se sent lésé sur la marchandise. La principale erreur de Torgersen dans ce réquisitoire serait d’oublier que la science-fiction ne peut échapper à son époque, et se veut bien au contraire en dialogue avec le monde contemporain. Or le combat pour l’égalité des sexes, la reconnaissance des LGBT ou encore la lutte contre l’effroyable racisme latent de la société américaine sont des sujets d’actualité ne pouvant qu’inspirer la jeune garde d’auteurs américains. A défaut de récompenser le meilleur livre de l’année – ce serait illusoire – les prix littéraires figent dans le marbre le Zeitgeist, le climat de leurs présents successifs. C’est là tout l’intérêt d’une comparaison des listes de nominés au fil du temps, témoignage indirect d’une société en perpétuelle évolution. L’intrusion des Sad Puppies au cours du scrutin du Prix Hugo 2015 vient donc fausser cet instantané, et se montre en cela aussi déplorable que condamnable.

La seconde erreur – ou du moins désaccord idéologique – de Torgersen provient de sa critique des thématiques actuelles. En rejetant à tour de rôle les romans abordant le racisme, le combat égalitariste ou la reconnaissance des communautés marginalisées, Torgersen invite à censurer ces thèmes responsables selon lui du « déclin » actuel de la science-fiction et de la fantasy. Paradoxalement, son activisme se prétend salvateur, puisque cette « trahison » de l’esthétique de l’imaginaire serait, toujours selon lui, à l’origine du déclin des ventes de science-fiction et fantasy chez les libraires. Nous serions donc, selon les Sad Puppies, au bord du précipice : les lecteurs frustrés de ne plus trouver leur compte déserteraient le genre, tandis que les auteurs contemporains s’enfermeraient dans l’écriture de pseudo-genres dénaturés. Torgersen ne se contente pas de dénigrer les oeuvres, il accuse clairement le camp adversaire de mener le navire au naufrage. Voilà bien une posture réactionnaire aux conséquences plutôt désastreuses : car à défaut de rétablir un quelconque équilibre idéologique dans le scrutin, le coup de force des Sad Puppies impose unilatéralement une orientation idéologique au Prix Hugo. En d’autres termes, il s’agit là d’un kidnapping politique en bonne et due forme de l’événement, orchestré qui plus est dans la plus grande légalité.

Après le choc de la révélation, la contestation s’organise. Matthew Surridge a décliné sa nomination dans la catégorie du meilleur écrivain amateur, évoquant clairement son désaccord avec Torgerson et les Sad Puppies. Deirdre Saoirse Moen a proposé une nouvelle liste de nominations minorant les votes des activistes, mais créant ainsi une contradiction morale avec le règlement du scrutin ; son initiative ne souligne au final que le machiavélisme du piège dressé par les Puppies. GRR Martin s’est longuement épanché ces derniers jours sur l’affaire et enfin, dans une récente déclaration, Connie Willis a annoncé qu’elle ne présenterait pas la cérémonie de remise des Prix Hugo. Les conséquences du séisme provoqué par le PuppyGate sont encore difficiles à évaluer. Cependant, le prétexte de promotion d’une science-fiction et fantasy « à la grand-papa » ne saurait dissimuler une bien plus insidieuse opération de récupération politique d’un prix littéraire de renommée internationale. La World Science Fiction Society se retrouve face à une crise sans précédent, aux retombées dépassant largement le cadre anglophone du Prix. Les prochaines semaines seront sans doutes décisives quant à l’avenir éditorial du genre.

sad-puppy-lol


Dernière valse pour les partisans du géocentrisme

Galilee-a-tortEn novembre 2010, se déroulait à l’Hôtel Garden Inn de South Bend, Indiana, la première – et unique – conférence catholique sur le géocentrisme. Ce rendez-vous exceptionnel que vous regrettez certainement d’avoir raté réunissait les dix plus grands détracteurs de l’héliocentrisme, dont parmi eux le Dr. Robert Sungenis et sa fracassante intervention : « Le Géocentrisme : Ils le savent, mais ils le cachent » ou encore le Dr. Robert Bennett et ses « expériences scientifiques démontrant l’immobilité de la Terre dans l’espace ». Tout un programme. Sachez que le merchandising n’était pas en reste, puisqu’il était même possible de repartir avec le livre des deux compères Sungenis et Bennet, « Galileo Was Wrong : The Church Was Right », 1200 pages d’un réquisitoire sans appel également disponible en version numérique sur CD-Rom. Inutile de préciser qu’après un tel tour de force, nos fiers géocentristes ne pouvaient que renvoyer dans les cordes la blasphématrice communauté scientifique.

Hélas, quatre années se sont écoulées, et il semblerait que ces mécréants de physiciens rechignent toujours à admettre l’évidence. Est-ce par dépit que nos fiers défenseurs du géocentrisme n’ont point souhaité renouveler leur rendez-vous scientifique de haut niveau ? Ou bien faut-il y voir la preuve qu’un complot ourdi depuis les plus hautes sphères supranationales œuvre pour nous cacher la vérité ? Mais trêves de sarcasmes ; aussi saugrenu que cela puisse paraître, le géocentrisme attire encore de nos jours quelques rares partisans. Internet se fait comme toujours l’écho de leurs élucubrations, et avec le temps deux mouvements distincts sont apparus : d’un côté les partisans d’une astrophysique purement biblique, de l’autre les adeptes des théories du complot en quête d’une improbable vérité. Autant dire qu’aucun de ces deux camps n’admet les enseignements pourtant élémentaires de nos manuels d’astronomie.

Mais comment peut-on croire encore au XXIème siècle que la Terre est le centre du système solaire ? Il peut sembler ridicule que des quidams puissent encore se fier au lever oriental et au coucher occidental du Soleil pour admettre le géocentrisme, ou encore rejeter le principe même de la force de Coriolis au nom de leur livre saint. La dispute semble elle-même largement dépassée, puisque dès le Vème siècle avant J.C., le philosophe grec Philolaos de Crotone émettait l’hypothèse que la Terre ne fut pas le centre de l’univers mais un astre tournant autour d’un grand « feu central ». Les grecs anciens avaient d’ailleurs perfectionné le système en un modèle hélio-géocentriste, que le savant Héraclide du Pont décrivait vers 340 av. J.C. comme la révolution de Vénus et Mercure autour d’un Soleil lui-même en orbite autour d’une Terre immobile. Sans oublier la première théorie scientifique d’héliocentrisme à proprement parler, que nous devons au savant Aristarque de Samos qui, au IIIème siècle av. J.C., proposa un modèle héliocentrique justifié par le postulat que les corps célestes de petit diamètre ne peuvent que tourner autour de ceux présentant un plus grand diamètre. Et pendant qu’en Europe médiévale la plupart des savants, bridés par l’autorité ecclésiastique, se limitaient aux critiques que formula Archimède en son temps pour rejeter l’héliocentrisme, les sciences indiennes et musulmanes connaissent un véritable âge d’or et de lumières. Les astronomes indiens Âryabhata (V-VIème siècle) et Bhāskarācārya (XIIème siècle), ainsi que le savant perse Nasir ad-Din at-Tusi (XIIIème siècle) développèrent leurs propres modèles d’univers héliocentriques. Pendant ce temps en Europe, deux périodes obscurantistes faisaient rage : d’abord la chute de Rome, ensuite les croisades d’une chevalerie chrétienne fanatisée.

Nicolas Copernic

Nicolas Copernic

Il faut attendre la Renaissance pour qu’enfin les astronomes européens osent enfin affirmer leurs intuitions personnelles. Le chanoine polonais Nicolas Copernic (1473-1543) publie en sa dernière année d’existence son fameux ouvrage De revolutionibus orbium coelestium, dans lequel il présente un nouveau modèle d’héliocentrisme. Copernic est encore considéré à tort comme le premier découvreur de ce modèle astronomique. Il s’agit d’un mythe habilement forgé par l’intéressé, qui retire dans la version finale de son ouvrage toute mention faite à Aristarque de Samos pour ne privilégier que Héraclide du Pont, certes plus populaire auprès des lettrés du moyen-âge mais lui permettant de suggérer à ses lecteurs la paternité de son modèle héliocentrique. Copernic n’est pas pour autant un fraudeur : son principal travail scientifique cherchait à corriger mathématiquement les erreurs et incompréhensions astronomiques de son époque, pour la plupart liées à l’utilisation de modèles géocentriques. Ses travaux sont ardemment défendus par le savant italien Galilée (1564-1642), qui ne fut pas son contemporain mais dont les observations astronomiques vinrent appuyer le modèle héliocentrique copernicien. Le personnage de Galilée mériterait un article à part entière tant son nom s’accompagne de rumeurs et fausses histoires. Contrairement à un des hoax les plus répandus, Galilée n’a jamais inventé la lunette astronomique, mais fut parmi les premiers à utiliser une lunette d’approche comme instrument d’observation céleste. Ses découvertes viennent progressivement infirmer le géocentrisme promu par l’Église. Dans un premier temps, il observa plusieurs satellites de Jupiter, que l’on baptise depuis « satellites galiléens », et remit partiellement en cause le géocentrisme à partir de ces découvertes. Quelques mois plus tard, il découvrit les phases de Vénus, comparables à celles de la Lune. Mais alors qu’il consignait ses observations, deux irrégularités vinrent le convaincre définitivement d’adopter l’héliocentrisme copernicien. D’abord, Vénus présente toutes les phases possibles et non certains quarts, comme le prédit le modèle géocentriste. Ensuite, la taille de Vénus varie au cours de son cycle de phases ; or si la Terre était immobile au centre du système, le diamètre de l’étoile du Berger devrait rester constant.

S’il existe bien une observation permettant de rejeter le géocentrisme sans le moindre doute, nous la devons à Galilée. Il suffirait en définitive de convaincre les partisans du géocentrisme d’observer tous les soirs Vénus à la lunette astronomique pendant plusieurs mois et de constater son évolution. Rien d’insurmontable pour quiconque s’équipant d’un télescope grand public et d’une caméra numérique adaptable. Certains astronomes amateurs se sont d’ailleurs prêtés à l’exercice et ont ainsi réalisé de superbes photomontages. Il faut cependant s’armer de patience, le cycle complet de Vénus durant 584 jours. Cependant, le phénomène reste compatible avec le modèle hélio-géocentriste de Tycho Brahé (1546-1601), lui-même inspiré des idées d’Héraclide du Pont. Dans la théorie de Brahe, le Soleil et la Lune tournent autour d’une Terre immobile, tandis que Mars, Mercure, Vénus, Jupiter et Saturne tournent autour du Soleil. Lors du procès de Galilée, l’inquisiteur jésuite Roberto Bellarmino (canonisé en 1931) reprit les thèses de Brahe pour infirmer les arguments de l’astronome italien. Le système de Copernic (1473 – 1543) fut déclaré contraire à la Bible par l’Église en 1616, tandis que système de Tycho Brahe était adopté par les jésuites, puis progressivement par l’Église catholique dans son ensemble. Contrairement à une autre légende tenace, si Galilée est condamné par l’Église, il ne fut jamais livré au bûcher. Son abjuration publique prononcée en 1633 lui épargna cette sentence à mort, de même qu’il ne rétorqua jamais sa fameuse phrase « et pourtant elle tourne » , aparté apocryphe qui, s’il l’eut prononcé, lui aurait valu pour le coup le bûcher. Galilée fut d’abord assigné à résidence chez l’archevêque Piccolomini à Sienne, avant d’être autorisé à retourner vivre dans sa villa d’Arcetri où il finit ses jours.

Qu’en est-il de l’abandon du modèle de Brahe ? Sa réfutation nécessita une meilleure connaissance astronomique et optique, mais s’opéra dès le siècle suivant. En 1728, l’astronome anglais James Bradley démontra la révolution de la Terre autour du soleil en résolvant le problème d’aberration de la lumière. En 1838, l’allemand Frederich Wilhelm Bessel mesura la parallaxe d’une étoile, donnée empirique que Galilée était incapable de fournir avec l’instrumentation de son époque pour prouver de manière irréfutable son prise de position en faveur du modèle héliocentrique. Quant à la rotation de la Terre sur elle-même, dernière clé du modèle, elle ne fut guère plus complexe à prouver expérimentalement. En 1851, Foucault (1819-1868) proposa au Panthéon de Paris une expérience restée célèbre : grâce au simple mouvement d’un pendule géant, il démontra de manière spectaculaire la rotation du globe terrestre.

Face à l’accumulation de preuves, l’Église catholique est bien obligée de faire machine arrière. Les levées d’index entourant les thèses héliocentriques sont prononcées en 1741 puis 1757. Il faudra pourtant attendre 1992 pour que le Vatican reconnaisse officiellement les erreurs commises par la plupart des théologiens lors de l’affaire Galilée. Il est donc difficile de croire qu’encore aujourd’hui, des militants se réclament du géocentrisme. Et pourtant, l’anecdotique conférence américaine de 2010 est là pour nous rappeler que certains intellectuels emprisonnent encore leur esprit critique derrière les barreaux de l’obscurantisme religieux. Le plus ridicule dans cette affaire ? nulle part dans la Bible il n’est dépeint de modèle astronomique pour notre système solaire : tout au mieux peuvent-ils tirer de l’Ancien Testament une traduction contestable à la source de leur interprétation subjective. Mais nos partisans d’une Terre immobile ne sont plus à une absurdité près !

solar_system


Star Wars – tome 2 – haute trahison

sw_htLa rébellion a plus que jamais besoin de trouver une nouvelle base planétaire. En attendant que ces recherches aboutissent enfin, Luke Skywalker et Wedge Antilles sont chargés d’enquêter sur les raisons du succès du colonel impérial Bircher. Mais pour réussir leur mission d’espionnage, ils doivent s’infiltrer à bord d’un croiseur impérial. Et quelle meilleure méthode qu’en se laissant capturer ? Voilà les deux pilotes émérites transformés en vulgaires camionneurs de l’espace ! Le stratagème marche bien, trop bien même, à croire qu’un agent double œuvre dans l’ombre. Une intrigue plutôt haletante, au dénouement pour le moins décevant typique des banales séries TV d’agences fédérales américaines. Très franchement, le NCIS à la sauce Star Wars, ça ne me convainc pas.

Pendant ce temps, Han Solo et Chewbacca tentent d’échapper aux bas-fonds de Coruscant avec de précieux crédits nécessaires au budget de la rébellion. Une situation particulièrement périlleuse puisque les mercenaires et les autorités impériales sont sur leurs talons. Pire encore, Boba Fett et Bossk, les deux plus redoutables chasseurs de primes de la galaxie, ont leurs cibles dans le viseur ! Il leur faudra accepter l’aide d’une petite frappe des quartiers pauvres pour s’en sortir, et pour notre cher Han, ravaler au passage son machisme légendaire. Distrayantes planches hautes en couleurs et somme toute assez convenues.

Quant à la Princesse Leia, la pression des derniers mois retombe brutalement sur ses épaules. Voici venu le temps de commémorer la destruction d’Alderaan, un douloureux souvenir pour notre héroïne qui ne parvient pas à faire son deuil. Alors qu’elle respecte la tradition du souvenir des survivants, son X-Wing croise la route d’une épave de croiseur de l’ancienne république. A son bord, un mystérieux vieil homme vit en solitaire, entouré de reliques d’Alderaan. La Princesse Leia découvre qu’il s’agit de l’ingénieur ayant conçu le super laser de l’Étoile de la Mort. Un cas de conscience terrible se présente devant elle : faut-il abattre ce criminel de guerre ou distinguer l’arme de celui qui appuya sur la détente, en l’occurrence feu le Grand Moff Tarkin ? Nous touchons certainement là un des meilleurs éléments de ce second tome, qui n’est pas sans rappeler les cas de conscience des scientifiques et ingénieurs du projet Manhattan au lendemain de la seconde guerre mondiale.

Un second tome au final assez hétérogène, avec quelques bonnes idées malheureusement trop peu mises en avant par rapport à la banalité décevante des autres intrigues. Quant à la conclusion, elle ne m’inspire que peu d’entrain en se présentant comme une future histoire de mariage de princesse… Bigre, tout ceci sent un peu trop le rachat Disney.

 

Star Wars – tome 2 – haute trahison. Scénario : Brian Wood. Dessins : Carlos D’Anga et Ryan Kelly. Couleurs : Gabe Eltaeb. Editions Delcourt (2014), 160 p.


Lumière virtuelle – William Gibson

lumiere_virtuelleSan Francisco, à l’aube du troisième millénaire. La planète est devenu cyberpunk : espionnage réseau, internet omniprésent, pollution massive, sida et psychoses de masse. Ce monde n’en finit pas de crever dans son cocon high-tech. Dans cette mégalopole, la coursière à vélo Chevette tombe par hasard au cœur de cette spirale infernale. Elle livre par hasard un paquet au neuvième étage d’un hôtel vieillot mais huppé lorsqu’elle atterrit dans une soirée complètement cinglée. Prise à parti par Blix, un européen éméché, elle se tire non sans lui piquer ses lunettes à réalité augmentée. Le début des embrouilles pour Chevette, puisque son réflexe un peu idiot prend une toute autre dimension lorsque Blix est retrouvé assassiné. La voilà poursuivie par tout ce que San Francisco contient de flics, fédéraux, ripoux et privé en tout genre. Car ces lunettes ne sont pas seulement le dernier gadget à la mode, elles contiennent des informations à même de dynamiter la puissante Sunflower Corporation !

Quatrième roman de William Gibson, l’un des « papes » du cyberpunk, Lumière Virtuelle paraît en 1993 sous le titre original de « Virtual Light ». Premier tome de la Trilogie du Pont, ce roman se veut aussi bien une œuvre de cyberpunk qu’un polar dystopique. Un coup de maître pour Gibson, alors âgé de 45 ans, et qui impose à nouveau sa griffe créatrice sur tout le mouvement cyberpunk en pleine ascension culturelle. Lumière Virtuelle nous plonge en plein San Francisco, et plus précisément aux abords du fameux Bay Bridge, désormais livré à l’abandon et à la misère des classes sociales rejetées par cette société ultra-libérale. Plus qu’une cour des miracles, c’est un lieu de marginalisation en réaction à ce monde dystopique, une alter-ville qui n’est pas sans rappeler celle fondée en plein Dublin dans le Ch3val de Troi3 d’Eric Nieudan, un des héritiers contemporains du cyberpunk gibsonien. Les esprits les plus altermondialistes y trouveront même un petit parallèle désormais évocable avec l’expérimentation zadiste de Notre-Dame des Landes.

Dans ce futur proche, dont l’échéance semble n’avoir été que retardée pour nos sociétés actuelles, la réalité augmentée devient le nouveau pouvoir décisionnel et exécutif à tous les niveaux. Chevette tombe ainsi en possession d’une de ces curieuses paires électroniques, des lunettes opaques qui une fois allumées permettent une vision augmentée de la réalité. Des onglets sur-affichés par les verres viennent ainsi compléter l’environnement réel. Le système est bluffant, mais encore très cher et réservé à une certaine élite. L’idée a d’ailleurs séduit plus d’un créateur : la mini-série dystopique Wild Palms de 6 épisodes, produite par Oliver Stone, recycle ainsi l’idée de lunettes augmentant la réalité. Détail amusant, William Gibson est présent dans la série comme inventeur du « cyberespace ». L’Oculus Rift et les Google Glass sont d’ailleurs sur la bonne voie de Lumière Virtuelle, Gibson ayant pu récemment en tester une paire et savourer ce rare moment où la réalité rattrape sa propre fiction :

 

 

Le polar est notamment centré sur l’attachant personnage de Chevette, notre héroïne qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler dans une certaine mesure le personnage de Max Guevara dans série télévisée Dark Angel. Un clin d’œil supplémentaire nous rappellant au combien, outre-Atlantique, l’œuvre de Gibson a profondément marqué l’univers culturel cyberpunk, toujours en pleine expansion. Il serait bien entendu inexact d’attribuer la seule paternité littéraire du mouvement à Gibson, cependant l’importance du « cyberpape » est désormais si indiscutable que la lecture de ses romans demeure encore une étape incontournable pour tout amateur ou militant adepte de cette contre-culture à la fois artistique et revendicatrice. Seul bémol, Gibson reste un auteur difficile à lire, demandant parfois de la persévérance face à un style bien trop souvent indigeste. Le lecteur averti devra donc s’armer de patience s’il veut tirer de ces œuvres toute la substantifique moelle.

 

Lumière Virtuelle, William Gibson. (Virtual Light, 1993). Traduction de Guy Abadia (1995), J’ai Lu SF n°3891, 445 p.


Parlons un peu de metal #18

Poursuivons notre série d’articles en attendant que débute le Hellfest 2015 ! La semaine dernière, je vous présentais le groupe de pagan metal Arkona. Restons très légèrement dans l’ambiance avec les écossais de Alestorm. Leur religion ? L’alcool, les femmes et la flibusterie. Leur style ? le pirate metal, ou pour préciser un mélange de folk metal, de punk et de chants de marins revisités. Servez le tout avec une bonne rasade de rhum et vous obtiendrez un groupe explosif, qui devrait mettre le feu à la scène du Temple le dimanche soir. Comme toujours, non, désolé, je ne revends pas mon pass pour le Hellfest. Oui, je sais que vous me détestez, mais moi aussi je vous aime 😛

alestorm

On aime tous les écossais. Surtout lorsqu’ils s’amènent faire la fête dans un pub ! Alors imaginez qu’un bateau rempli à ras bord de pirates débarque à Clisson, rien de tel pour mettre l’ambiance me direz-vous. Et nos flibustiers s’y connaissent, niveau ambiance. Formé à l’origine par Gavin Harper (guitare et choeurs) et Christopher Bowes (clavier et chant) en 2004 sous le nom de groupe Battleheart, nos écossais se font très vite repérer comme un énergique groupe de power metal mâtiné d’ambiance folk et de références à l’épopée des pirates au cours du XVIIème siècle. En 2007, le groupe rejoint le label Napalm Records et se rebaptise Alestorm (nom composé de Ale pour la bière et de Storm pour la tempête, le ton est donné !). A l’origine du changement de nom, un problème de proximité avec celui du groupe Battlelore, déjà signé par le label. Leur premier album, Captain Morgan’s Revenge, sort en 2008 et connaît un bon accueil par la communauté metal. Surprenants sur scène, sachant mettre l’ambiance et enchaîner les concerts, ils livrent dès 2009 Black Sails at Midnight, leur second album. C’est aussi durant cette époque que Gavin Harper quitte le groupe, remplacé par Dani Evans.

Alestorm est un groupe de concert et de festivals, et ceci demeure indiscutable au vu de leurs titres aussi festifs qu’entraînants. Mais nos écossais savent également composer d’excellents albums studios, recréant une ambiance de « pirate punk » extrêmement jouissive à l’oreille. Leurs clips sont aussi délirants que leurs compositions, et les références à la liberté pirate tant fantasmée dans notre culture populaire clairement assumées. Avec leur quatrième album studio, Sunset on the Golden Age, nos écossais ont tapé particulièrement fort. Les titres « Drink » et « Hangover » cumulent à eux deux près de cinq millions de vues, et le groupe a connu un très vif succès en France depuis que le youtubeur Antoine Daniel les a mis à l’honneur dans son dernier épisode. Autant dire que Alestorm s’est fait une place au soleil d’internet, ce qui lui promet de voguer vers un bel avenir.

Notez donc sur vos agendas que Alestorm arrosera de rhum et de bière la scène du Temple dimanche soir, de 18h35 à 19h25. Et malheur aux marins d’eau douce qui rateront le rendez-vous !