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Des créatures mythologiques anatomiquement correctes

Vous connaissez la cryptozoologie ? Cette science à la fois ludique et pédagogique ne se limite pas uniquement à rejeter les canulars et autres créatures cryptidees. Elle explore également les possibilités d’une zoologie élargie aux organismes imaginaires et mythologiques. E.B. Hudspeth est un artiste passionné par cette approche très originale de la biologie. Son artbook « The Resurrectionist » propose un remarquable travail spéculatif d’anatomie ‘vraisemblable’ pour différentes créatures fantastiques. Il est d’ailleurs disponible dans sa version française sous le titre « Le Cabinet du docteur Black » aux éditions Le pré aux clercs. Certainement sommes-nous en présence dé l’éminent chimérologue français Camille Renversade !

 

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#CharlieHebdo

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Message du 7/01/2015

On n’arrête rien, on ne suspend rien, mais on continue à manifester sa liberté de ton et d’expression publique. C’est le meilleur message à envoyer face à l’horreur du terrorisme.

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Editorial du 11/01/2015

Je suis Charlie, comme beaucoup de gens aujourd’hui. Je suis ce cri de l’esprit citoyen, cette indignation face à l’horreur, cette volonté de soutenir la liberté d’expression en France. Mais je ne suis pas un « ami » de Charlie Hebdo ou des autres victimes, que je ne connaissais pas personnellement. D’ailleurs, ma présence aux rassemblements et manifestations nantaises durant cette semaine sanglante ne signifient pas plus que les premières lignes de ce billet. A vrai dire, j’avais perdu de vue Charlie depuis quelques années. La faute à un désintérêt de jeunesse pour la politique et la société, la faute aussi aux récentes affaires Siné et Val qui m’avaient laissé un peu froid. J’y suis pourtant revenu, à l’occasion. D’abord parce que Charlie Hebdo est un journal, avec le Canard Enchaîné et Marianne, est un journal que j’ai énormément lu durant mon adolescence et jusqu’à la vingtaine, et parce qu’ils ont contribué à forger mes opinions politiques et critiques, même si je me mets souvent en veilleuse en raison d’un grosse part d’apolitisme récurrent. Bref, quand je me réveille de ma léthargie et que je vais voter, ce sont eux qui me parlent dans ma réflexion et inspirent ma décision politique. En cela je suis Charlie.

Agnostique plutôt qu’athée, laïc convaincu mais tolérant, j’ai toujours vomi les procès et menaces des intégristes religieux contre Charlie. Lors de l’incendie des locaux puis de l’attentat de mercredi, j’ai eu mal. Car cela attaquait mes valeurs, piétinait mes convictions. En cela je suis profondément Charlie, ce journal satirique et irresponsable qui savait bouffer du curé, de l’imam ou du rabbin sans jamais être raciste. Oui j’aimais leurs dessins, oui je suis convaincu que j’aimerai les prochains. Car Charlie ne haïssait pas tant que ça les croyants, il bousculait leur tendance naturelle au repliement sur soi. Quand il caricaturait la Manif pour Tous, combien de catholiques se sont sentis interpellés au point de rejeter la tentation Boutin et Barjot ? Quand les caricatures ont circulé, combien de musulmans se sont rendus compte que brocarder leur foi n’était pas un crime mais une liberté d’expression, une respiration dans un pays libre face à l’horreur qui vivent leurs frères et sœurs de confession dans le reste du monde ? Et combien de juifs ont souri bon enfants aux dessins facétieux de Charlie qui leur rappelaient qu’eux aussi ont leurs fous de Dieu ? On les oublie, tous ces croyants qui ont su rire et apprécier à leur juste portée les dessins de Charlie. Eux aussi sont Charlie.

Les attentats de cette semaine sont des horreurs sans nom. Il n’est pas possible de les décrire, les mots ne suffisent pas. Ils ont été commis par des terroristes fanatiques, des fous de Dieu qui insultent leur religion dans le moindre de leurs actes. Ils ont voulu diviser les français, opposé les communautés, semer un climat de guerre civile et religieuse en France. Ils ont échoué. Charlie n’est pas mort, il ressortira en kiosque la semaine prochaine. Ils ont échoué car ils ignoraient un point essentiel : le communautarisme n’existe pas en France. C’est un mensonge de l’extrême-droite et des intégristes. 100.000 personnes défilaient hier sur Nantes. Soit à peu près 1 habitant sur 5 du pôle métropolitain Nantes Métropole. D’autres rassemblements en France ont été plus importants, et ce n’était que le premier volet de ce week-end de marches blanches. Non, le communautarisme n’existe pas lorsque autant de français défilent ensemble dans la rue. Non, le climat de peur n’existe pas lorsqu’ils hurlent leur colère et applaudissent à tout rompre la liberté de la presse. Non, le communautarisme n’existe pas lorsque tous ces gens marchent côte à côte pour dénoncer ces crimes affreux. Il n’y a pas de communautarisme en France, car ils n’ont pas réussi à monter les français les uns contre les autres par la haine et la terreur. Mais il existe d’autres dangers bien plus insidieux, bien plus réels : l’exclusion des jeunes et le racisme politique qui favorisent leur radicalisation.

Ce sont ces fléaux que nous devons combattre au lendemain de ces manifestations, une fois l’indignation passée. Qu’on fiche la paix aux survivants de Charlie, ils doivent rester eux-même. Ils ont bien reçu nos soutiens et je suis certain que ces mouvements spontanés leur ont fait chaud au cœur. Mais toutes ces récupérations politiques mondiales deviennent ridicules. il n’ont pas besoin d’être sacralisés comme des symboles ou un mouvement politique salvateur. Charlie, ce n’est pas ça. L’ADN de Charlie a toujours été irrévérencieuse, impertinente et irresponsable. Charlie n’est ni un brûlot anarchiste, ni un groupuscule politique. C’est une bande de potes déconnant ensemble pour taper là ou ça fait mal (ou pas), et pour toujours bousculer les interdits et autres morales à la con. Charlie, c’est fait pour agiter le bocal, réveiller les endormis, et faire chier les cons. Mais Charlie, ce n’est pas l’étendard politique qui sauvera la France ou la carrière de nos politiques. Charlie n’est pas mort, et pourtant la classe politique dans son ensemble piétine le blessé, s’arrache sa tunique ensanglantée. Eux me font vomir, et pour cela je suis bien content que samedi, le rassemblement de Nantes fut totalement apolitique.

Je suis Charlie, c’est aussi un vent de déraison sur la twittosphère et la blogosphère. On a vu tant de comptes intégristes, tant d’horreur complotiste, que le travail d’éducation sera long, très long. Même au sein de la communauté des blogueurs de science-fiction, à laquelle je suis associé parfois, j’ai lu des messages ignobles, allant de la bêtise conspirationniste la plus totale à la récupération politique la plus gerbante. Dommage. Mais la priorité est désormais ailleurs. Il faut éduquer, combattre le faux, éclairer l’obscurantisme qui nous menace tous. Charlie a été flingué, mais revit. Nous devons continuer à bloguer, continuer à nous exprimer, être irrévérencieux s’il le faut, toujours chercher la vérité, la clamer haut et fort. Charlie doit être notre moteur, notre exemple à suivre. S’il y a un symbole en Charlie, c’est leur courage et leur détermination, rien de plus. « Je préfère mourir debout que vivre à genoux » disait Charb. J’arrête là, avec une telle épitaphe tout est dit.


Soumission – Michel Houellebecq

houellebecq_soumissionDans une France future, à la veille des Présidentielles de 2022, un universitaire en proie à la crise de la quarantaine assiste indifférent au tsunami politique qui s’apprête à submerger le pays. En cette fin de second mandat de François Hollande, le Front National de Marine Le Pen et la Fraternité Musulmane de Mohammed Ben Abbes remportent les scrutins du premier tour. Un climat de guerre civile menace le déroulement du second tour, et c’est sous la protection de l’armée que Ben Abbes sort vainqueur des urnes. Le narrateur, célibataire malheureux en amours, menant une ronflante carrière académique de spécialiste de Joris-Karl Huysmans, voit son quotidien fortement ébranlé par l’actualité politique. Mais contre toute attente, l’islamisation de la France n’aboutit pas à ce grand chaos tant redouté. Revenant d’un exil dans le sud-ouest aussi précipité que mélodramatique, le narrateur découvre que son renvoi de l’université s’accompagne d’une coquette pension à vie. Mieux encore, après quelques mois de traversée du désert, la réorganisation de la vie académique française lui rouvre peu à peu des portes qu’il croyait à jamais fermées. Ses errances sexuelles cèdent progressivement le pas à un questionnement religieux de circonstance : sa soumission au culte d’état lui offrira-t-elle un nouveau départ ?

Ces dernières semaines, le nouveau Houellebecq nous a été vendu comme un polémique roman de politique-fiction. Il faut bien avouer que l’anticipation d’une France musulmane a déjà été abordée par le passé, avec des résultats plutôt décevants comme dans le paranoïaque brûlot identitaire La Mosquée Notre-Dame de Paris : année 2048 d’Elena Tchoudinova. Aussi, le synopsis du roman dévoilé par l’éditeur laissant craindre une certaine islamophobie, Houellebecq s’attire déjà les foudres des journalistes. Mais qu’en est-il vraiment ? Puisqu’il faut entreprendre l’analyse de Soumission selon cet axe de lecture, revenons donc en quelques lignes sur le contexte politique prophétisé par Houellebecq. Au terme du second mandat du président Hollande, la France n’est toujours pas sortie de la crise et le communautarisme explose. La présence du FN au second tour semble donc plutôt plausible, tandis que l’arrivée d’un parti des frères musulmans dans l’échiquier politique français est d’emblée une énormité, une raillerie à laquelle il est difficile de croire. Encore plus absurde, au lendemain d’une tentative de déstabilisation des élections par les groupuscules identitaires, le front républicain du second tour engage derrière la bannière de la Fraternité Musulmane toute la classe politique française : la fiction relève plus de l’humour provocateur que de l’analyse politique fine. En tout état de cause, cette anticipation politique n’est en rien sérieuse, bien au contraire. Ceux qui mordraient encore à l’hameçon découvriront peut-être le pot aux roses lorsque Houellebecq, dans un élan de facétie, tresse des lauriers au président Ben Abbes dont le premier bilan renoue avec les « Trente Glorieuses » et hisse la France comme fer de lance d’une nouvelle union européenne et méditerranéenne. Provocation amusée que tout cela, Houellebecq raillant les critiques de tout bord en prêchant un intégrisme modéré (oxymore?), terreau d’un nouveau siècle des Lumières. Mais quelles lumières pour cette France musulmane ? Derrière l’explosion culturelle d’une Université revisitée et gavée de pétrodollars saoudiens se cache l’obscurantisme d’une société reléguant la femme au rang de simple récompense sociale pour son époux.

Houellebecq y croit-il vraiment ? De toute évidence non, et d’ailleurs il s’en contre-fiche. Dès les premières pages, il apparaît clairement que cette politique-fiction n’est qu’un décors pour son personnage de quadra universitaire. Que le monde change au lendemain de l’élection de Ben Abbes, que la France mute à grande vitesse, il n’en a cure. Les tracas de son petit quotidien ont plus d’importance que la géopolitique du nouveau président, et l’échec de sa vie surpasse de loin la situation de ses contemporains. Aussi risible que son premier ministre François Bayrou, aussi ironique que son distributisme musulman, cette France musulmane n’est donc qu’une farce, un décors comme un autre aux aventures de son narrateur dépressif. Le choix très provocateur de Houellebecq apparaît en définitive comme un pied-de-nez de l’écrivain aux critiques de tout bord : les journalistes de gauche crient à l’islamophobie zemmourienne, ceux de droite hurlent au militantisme gaucho-islamique. Houellebecq est-il un « troll » de la politique-fiction ? Mais si le décors importe si peu, il nous faut donc rechercher le thème central de Soumission. Revenons pour cela sur le profil du narrateur, universitaire désabusé et spécialiste de Huysmans. A la manière de cet écrivain peu connu du XIXème siècle, notre quadra mène une petite vie de fonctionnaire célibataire, désabusé par ses mœurs libertaires et écrasé par sa propre solitude. Notre héros est à l’image d’un métal liquide mais froid, reflétant la société contemporaine sans jamais s’y conformer totalement, glissant d’un état d’esprit à l’autre sans espoir de se modeler. Comme Huysmans de son vivant, notre narrateur traverse une grave crise existentielle et spirituelle. Mais pour notre narrateur, point de salut dans le catholicisme, ses vaines tentatives pour marcher dans les pas de son éternel sujet d’étude sont vouées à l’échec. Étonnamment, sa carrière universitaire est intimement mêlée à sa vie sexuelle. Les deux composantes sont essentielles à son épanouissement : privé d’une d’entre-elles il dépérit. Cette rapide psychanalyse du personnage va être la clé pour comprendre ce nouveau Houellebecq.

Dans cette France musulmane aux mœurs recadrées, le lecteur pourrait croire que le libertinage du narrateur touche à sa fin. Mais il n’en est rien, d’abord parce que Houellebecq ironise sur le libertinage clandestin proliférant sous le nez et la barbe des intégristes, mais ensuite parce que le nouveau rapport sociétal entre les hommes et les femmes va apporter une solution inattendue à son dilemme. Notre narrateur, tout de métal froid et coulant, trouve en l’Islam une soumission propre à résoudre à sa place ses petits malheurs quotidiens. La situation est confortable ; la conversion du narrateur n’a donc rien de religieuse et sa quête spirituelle s’achève sur un écrasant échec d’abandon. Puisqu’il n’a rencontré ni Dieu, ni Huysmans, le voilà résolu à confier les rênes de sa vie à un cadre pré-établi qui concilie à la fois sa vie sexuelle et sa carrière universitaire. En définitive, notre petit narrateur n’accepte le changement que de façon triviale, en tout égoïsme. A peine remarque-t-il que cette soumission imposée efface de la vie publique la moitié de la population. Il n’en a cure, bien au contraire, la polygamie de la nouvelle cellule familiale lui assurant un futur harem d’étudiantes. Apparaît alors la mise en abyme du roman et le retour entre les lignes de l’étiquette de « politique-fiction » . Le narrateur n’exprime aucune révolte, aucune résignation face à l’élection de Ben Abbes, tout comme ses concitoyens. Après la tension de l’entre-deux tours, un soupir de soulagement accompagne le triomphe de la Fraternité Musulmane. On se rassure en rappelant que les ministères-clés seront confiés à des politiciens socialistes ou libéraux, on concède l’éducation musulmane comme la part du trésor revenant aux « sauveurs » de la France face au péril de l’extrême-droite, et on se prend à rêver d’une nouvelle « Pax Romana » européenne éclairée par le croissant de l’Islam. Que la femme s’éclipse peu à peu, que les mœurs deviennent religieuses, rien ne semble alarmer le narrateur : l’islamisation « à la française » tolère le vin et glorifie les philosophes, flatte le vieil égo patriarcal et redonne à la nation sa place dominante d’antan. Quelles raisons aurait-il de se plaindre ?

Il est doux de se soumettre lorsque ses propres vices sont satisfaits, et Houellebecq nous l’explique que trop bien. Soumission est une farce cynique, mais également un réquisitoire grinçant. Nous ne sommes pas décadents, nous sommes des veaux que les barrières de fer du corral rassurent. Renouant avec une certaine approche du roman naturaliste, Houellebecq dresse un portrait grinçant du « français de souche » qui exècre l’égalité des sexes et la laïcité, et dont les « racines chrétiennes » ne sont en définitive qu’une douce nostalgie d’un patriarcat révolu. Qu’importe la soumission, du moment qu’elle permette de renouer avec ces égoïstes valeurs fantasmées. Amusant que Houellebecq confie ce troupeau de porcs dressés sur leurs pattes arrières à des imams. Une facétie particulièrement grinçante de la part d’un auteur à la plume toujours aussi aiguisée.

 

Soumission, Michel Houellebecq. Éditions Flammarion (2015), 320 p.


Dune – Cryo Interactive

Certains jeux vidéos ne se limitent pas à vous procurer une expérience ludique convaincante, ils vont beaucoup plus loin. Ceux-là marquent irréversiblement votre imagination au fer rouge, et dictent en grande partie vos goûts futurs. Dune développé par Cryo Interactive et édité par Virgin Interactive fait partie de ces jeux-là. Sorti en 1992 pour MS-DOS en format disquettes puis CD-Rom, Dune nous replonge dans l’univers du roman de Frank Herbert et du film de David Lynch. Véritable réussite du début des années 90, ce jeu marque son époque pour son scénario extrêmement bien ficelé, son gameplay fluide et sa musique de très bonne qualité pour l’époque. Mieux encore, ce jeu fait partie de mes madeleines de Proust dont l’expérience a fortement influencé l’enfant que j’étais lors de sa découverte.

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Nous sommes en plein été 1992. Encore à l’école primaire, je fais mes premiers pas dans le monde de l’informatique sur un ordinateur rapporté du travail par mon père. Comme la plupart des enfants de mon âge disposant d’un équipement informatique, MS-DOS n’a plus de secrets pour moi et je me régale avec les premiers jeux vidéos échangés sur disquettes. Parmi les petites merveilles pixelisées dont je dispose figure un jeu particulièrement intrigant, à la notice technique photocopiée en une grosse liasse de feuilles tâchées par des tasses de café. Première difficulté, il faut d’abord reconnaître chaque image du jeu et renseigner son numéro de page dans le livret pour pouvoir lancer le programme. Ces illustrations mal photocopiées m’intriguent : j’y distingue des personnages aux traits extrêmement bien dessinés pour un jeu de l’époque, des paysages désertiques, des scènes d’action futuristes et surtout d’immenses vers de terre géants. Ma fascination pour Dune vient de naître, sans que je ne connaisse alors ni le roman, ni l’adaptation cinématographique.

Dune fait partie de ces jeux dont l’envie d’y rejouer démange encore, 22 ans après l’avoir fini. Peut-être parce qu’il fut mon premier jeu vidéo achevé, certainement parce qu’il marque un tournant dans ma vie de gamer. Avec Dune, j’abandonne les consoles (j’étais jusque là un grand addict de Nintendo) en faveur des jeux PC, que je n’ai jamais lâchés depuis. Mais Dune est bien plus qu’une anecdote marquante de joueur. Dès les premières minutes, l’amateur de retrogaming comprend qu’il est en train de vivre une expérience de jeu exceptionnelle. Débutant comme un RPG (Role Player Game) dans lequel le joueur incarne Paul Atréides, Dune acquiert rapidement une dimension supplémentaire de STR (jeu de Stratégie en Temps Réel). Le glissement est aussi bien mené que logique : passées les premières étapes d’exploration et la découverte des Fremens, Paul Atréides se mue en gestionnaire d’épice, avant de reprendre son initiation sur Arrakis pour devenir le Muad’Dib que nous connaissons. Chaque nouvelle étape nécessite en quelque sorte d’augmenter son « expérience » de jeu : il faut d’abord découvrir des distilles, puis rencontrer les leaders Fremens les plus influents, et enfin boire l’Eau de Vie.

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Chaque nouvelle étape du volet RPG permet de déverrouiller des options supplémentaires pour l’interface STR du jeu. Ainsi, si au départ il est difficile de recruter des chefs Fremens même pour en faire des collecteurs d’épice, la situation évolue au fur et à mesure de la progression de Paul Atréides. Le jeu prend une toute autre allure lorsque enfin vous pouvez enrôler les Fremens comme combattants et que votre rencontre avec Liet Kynes vous permet de lancer la transformation écologique de Dune en un monde végétalisé. Le volet STR s’accélère alors, d’autant plus que vos pouvoirs de télépathie développés au contact du Mélange vous permettent désormais de contacter les leaders Fremens sans vous déplacer. La guerre contre les Harkonnens commence, et se déroule uniquement sur carte stratégique. Bien qu’il vous soit possible d’approcher les champs de bataille grâce à l’interface RPG, vous ne combattez pas directement, vous vous contentez d’équiper vos troupes et de les manœuvrer. Cependant, cette interface ne signifie pas simplification du jeu pour autant. Le joueur devant gérer à la fois la production d’épice, la transformation écologique d’Arrakis et la lutte contre les Harkonnens aura fort à faire sur cette interface stratégique !

Avec son grand nombre de décors proposés pour l’époque, Dune savait créer l’illusion d’un « open world » . Cependant, la progression de Paul Atréides au fil des heures de jeu restait limitée au cadre d’inspiration du roman et de son adaptation cinématographique, sans véritable possibilité de « sortir » de ce fil conducteur. Avec Dune II (1992) développé par Westwood Studios, la change donne et le joueur peut clairement choisir son camp. Si le gameplay strictement STR perd en qualité graphique, ce jeu resté culte préfigure le développement futur du genre, dont le descendant ne fut autre que l’excellent Dune 2000 (1998) également conçu par Westwood. Mais nous n’y sommes pas encore rendus : en ce lointain été 1992, l’aventure dunesque ne faisait que commencer pour moi…


Redémarrage du LHC : la traque de la matière noire !

La nouvelle année marque également un regain d’activité pour le célèbre Large Hadron Collider (LHC) du CERN. Dès le printemps prochain, après deux années de travaux d’entretien et d’amélioration des installations, les physiciens relanceront au cœur du Jura les expérimentations, prêts à générer des collisions deux fois plus énergétiques. Nouvel objectif visé : la traque de la matière noire.

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Gigantesque anneau de 27 kilomètres de circonférence enfoui à 100 mètres de profondeur, le LHC sort de sa période de réfection et voit sa puissance considérablement augmentée : désormais, les physiciens pourront y réaliser des collisions de 13 TeV au lieu des 7-8 TeV précédemment mis en oeuvre. Les résultats obtenus dans le cadre de la traque du boson de Higgs ayant été déjà considérables lors de sa précédente période d’activité, voici 3 ans, on ne peut que rêver aux nouvelles découvertes fondamentales que les physiciens du CERN réaliseront en 2015. Et à nouvelle mission du LHC, mise en place de conditions opérationnelles drastiques : durant deux mois, les aimants supraconducteurs du LHC seront refroidis progressivement jusqu’à atteindre la température de -271,3°C (soit 1,9 K). Cette température extrême sera même inférieure à cette du rayonnement fossile de l’Univers, de l’ordre de 2,7 K. Afin que les particules circulent sans obstacle dans le LHC, il faudra ensuite réaliser un « hypervide » dix fois inférieur à la pression infime régnant sur la Lune, ce qui permet de vulgariser sans trop d’erreurs ce vide en parlant de « vide absolu » …

Ces conditions extrêmes offriront dès le printemps prochain de nouvelles opportunités aux physiciens du CERN. Objectif visé : la traque de la matière noire, une matière hypothétique permettant de théoriser les masses des superamas, de galaxies et les propriétés de fluctuations du fond cosmologique. Cette matière noire serait composée de particules « WIMP » – pour l’abréviation anglaise de Weakly interacting massive particles (particules massives à interaction faible). Ces particules exotiques, encore de nature hypothétique, feront donc l’objet de toutes les attentions des physiciens du CERN. Grâce à la puissance augmentée du LHC, de nouvelles particules pourraient être produites au cours des collisions mises en oeuvre à très haute énergie. L’activité 2015 du LHC devrait donc tenir en haleine la communauté scientifique : selon les données collectées par le satellite Planck, 26,8 % de l’Univers serait composé de matière noire.


Star Wars – Legacy – tome 4

SW_legacy4Chaque saga Star Wars a sa planète martyr. Dans la première trilogie, il s’agit d’Alderaan. Dans la trilogie préquelle, ce rôle est dévolu à Naboo. Et dans Star Wars Legacy, le titre est attribué à Mon Calamari. Bien-sûr, il y a toujours un Sith derrière ces massacres. Après Dark Sidious en son temps, voici donc l’expression ultime de la colère de Dark Krayt. Ce quatrième tome de la série nous introduit les événements ayant mené le nouvel Empereur Sith à condamner à mort les Calamariens et les Quarrens. Leur crime ? Avoir toujours soutenu l’amiral Gar Stazi et les reliquats de l’Alliance Galactique. Et depuis la capture de l’Impérieux, vaisseau-amiral de la flotte Sith, Dark Krayt voit rouge. L’Empereur Sith se déplace en personne sur Mon Calamari pour prononcer la sentence et retransmet en direct le massacre dans toute la galaxie. Un message d’une extrême brutalité est envoyé aux rebelles et impériaux restés fidèles à l’Empereur déchu Roan Fel. Mais ce massacre pourrait également avoir l’effet inverse de galvaniser les ennemis des Sith et de les pousser à forger une nouvelle alliance. Ce sont ces deux épisodes, indispensables à la compréhension de cette saga, qui nous sont contés dans « L’indomptable » et « La Fureur du Dragon » .

Les lecteurs de ce blog se souviennent peut-être que le troisième tome de la saga s’achevait sur l’affrontement entre Cade Skywalker et Dark Krayt. Dans « Le Remède » , les conséquences de l’évasion spectaculaire de Cade du Temple Sith de Coruscant nous sont racontées du point de vue des Sith. Dark Krayt a été terriblement affaibli par son duel et doit être placé en chambre de stase. Plus que jamais, les graines de corail qui rongent son corps menacent de le détruire. Son fidèle bras droit, Dark Wyrlok, se retrouve investi d’une mission cruciale : trouver un remède pour son maître. Le voilà parti sur la planète Prakith où sa quête pourrait être couronnée de succès. Mais les holocrons Sith sont aussi fourbes que leurs propriétaires, et Dark Wyrlok doit affronter la réincarnation d’un puissant seigneur des temps passés : Dark Andeddu. Contrairement au schéma habituel du maître et de son apprenti, Dark Wyrlok ne cherche pas à détruire Dark Krayt. Bien au contraire. Il veut mettre toute sa puissance et sa volonté au service de son mentor. Un bien curieux comportement, que cette aventure tente d’expliquer au travers de planches aussi sombres que magnifiques.

Ce quatrième tome est incontestablement une petite réussite. Si nous perdons de vue Cade Skywalker et ses compagnons, nous prenons le temps de mieux comprendre les multiples enjeux de cette guerre tripartite qui déchire la galaxie. Cerise sur le gâteau, un dossier illustré des vaisseaux et personnages de Star Wars Legacy conclue cet excellent album, pour le plus grand plaisir des lecteurs qui s’y plongeront avec délice.

 

Star Wars – Legacy tome 4 – Indomptable. Scénario : John Ostrander. Dessins : Alan Robinson & Omar Francia. Couleurs : Brad Anderson. Éditions Delcourt (2008), 134 p.