juillet 2014
L Ma Me J V S D
« juin    
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Du fond du labo #8

L’actualité scientifique se bouscule en ce début d’été ! Bon nombre de mes sujets de prédilection se sont retrouvés enrichis de nouvelles publications, et notamment en anthropologie avec la révision de la chronologie des Hominidés présentée le jour même de mon précédent article sur les Australopithèques. Un coup de vaine terrible, puisqu’il venait illustrer dans la journée une explication que je vous livrais le matin même ! Aussi mon billet précédent a été mis à jour en conséquence. Mais les autres sujets à aborder sont nombreux, et il était temps de livrer un nouvel épisode du « fond du labo » . Au programme : des concurrents pour SpaceX, l’évolution moléculaire spottée en 3D et des fossiles vieux de plus de 2 milliards d’années. N’hésitez pas à signaler vos propres actualités marquantes dans les commentaires, et sur ce, bonne vacances à toutes et à tous !

 

Peut-on retrouver dans les biomolécules les plus communes chez les êtres vivants des reliquats de leurs ancêtres moléculaires communs ? Lorsque les premiers organismes unicellulaires sont apparus sur Terre, voilà à peu près quatre milliards d’année, ils ont transmis à leurs descendants leurs formes primitives d’ADN, d’ARN et de protéines, dont les séquences ont été progressivement modifiées alors que le Vivant se scindait en trois grands groupes : les Bactéries, les Eucacryotes et les Archées. Plus une biomolécule est essentielle au Vivant, plus elle sera conservée au sein de l’arbre phylogénétique du Vivant. Aussi est-il possible, à partir d’une biomolécule présente dans la plupart des organismes vivants, de rechercher des séquences encore similaires et provenant très probablement de la très lointaine forme ancestrale commune à toutes ces espèces. Forts de ce raisonnement, des biochimistes américains du School of Chemistry and Biochemistry de l’Université de Géorgie se sont penchés sur une des biomolécules cruciales du Vivant : le ribosome. Ce complexe à la fois composé de protéines et d’ARN est indispensable à la traduction des ARN messagers en protéines. Ils sont donc impliqués au cœur du mécanisme cellulaire permettant de décrypter les gènes en protéines. Tous les êtres vivants possèdent des ribosomes opérant dans leurs cellules. S’intéressant à la partie ARN du complexe (ARN ribosomique ou ARNr), les chercheurs ont comparé des représentations 3D de ces biomolécules issues de bactéries, de levures, de drosophiles et de cellules humaines. Leurs résultats montrent une portion commune à tous ces êtres vivants, sur laquelle ont été rajoutées des structures nouvelles ou altérées. Ces travaux soulignent donc qu’il est encore possible de retrouver des traces du lointain ribosome ancestral transmis par le dernier organisme commun à tous les êtres vivants, LUCA (Last Universal Commun Ancestor). A partir de ces résultats, d’autres équipes pourront également progresser dans la recherche d’une structure archaïque pour cet aïeul ribosomique. A lire sur Phys.org.

 

evolutionofl

Crédits : Université de Géorgie.

 

En 2008, la revue Nature publiait la découverte dans un gisement sédimentaire de Franceville, au Gabon, de fossiles d’organismes pluricellulaires complexes vieux de 2,1 milliards d’années. Cet article avait fait l’effet d’une bombe dans la communauté des paléontologues, puisque les plus vieux fossiles similaires jusque là connus remontaient à 600 millions d’années. A tel point que la vie sur Terre à cette lointaine époque était supposée se limiter à des bactéries et algues unicellulaires. Depuis cette publication, l’équipe du Pr. Abderrazak El Albani de l’Université de Poitiers a extrait plus de 400 fossiles du sol gabonais. Grâce aux dosages isotopiques du soufre, les chercheurs ont pu déterminer qu’il s’agissait bien de d’organismes ayant rapidement fossilisé grâce au remplacement bactérien de la matière organique par de la pyrite. Cette conservation exceptionnelle a permis de réaliser une analyse au microtomographe à rayons X, révélant la surprenante structure interne comme externe de ces fossiles antédiluviens. La variété de formes (circulaires, allongés, lobés…) et de tailles (des microfossiles jusqu’aux macrofossiles de 17 centimètres) révèle tout un écosystème marin, vieux de plus de deux milliards d’années. Selon l’équipe de géologues à l’origine de cette découverte, ce biota gabonais coïncide avec le premier pic d’oxygène rapporté dans les couches géologiques, entre -2,3 et -2 milliards d’années. La chute brutale de la teneur en oxygène aurait provoqué l’extinction brutale de cette première explosion de vie aquatique. A lire sur PloS One.

 

Abderrazak_El_Albani__cnrs

Crédits : El Albani et al. (2014)

 

Le succès de SpaceX aiguise les appétits : Airbus et le constructeur de fusées français Safran viennent en effet d’annoncer un nouveau partenariat visant à concurrencer la célèbre firme américaine. Il y a encore quelques années, l’industrie spatiale se concentrait autour de trois grands groupes : United Lauch Alliance (USA), Arianespace (Européens) et International Lanch Services (Russo-américains). Jusqu’à l’arrivée sur le marché de SpaceX, venant démontrer que ces trois grands leaders pouvaient être concurrencés sur leur propre domaine de chasse. Airbus et Safran présentent pour leur part de sérieux arguments et devraient représenter un concurrent redoutable sur les contrats et appels d’offres gouvernementales. Sources : Génération-NT.


Le Jour de l’Indépendance chez Robert Heinlein

RAH-portraitEn ce jour de 4 juillet, les Etats-Unis célèbrent leur fête d’indépendance. Un événement majeur de la vie civique américaine qu’un certain Emmerich n’hésita pourtant pas à massacrer dans un déluge d’explosions en réalisant le regrettable Independence Day. Chez les Heinlein, le 4 juillet était célébré de manière spectaculaire, comme il se doit. Mais avec un peu plus de tact qu’un block-buster hollywoodien et une certaine dose d’originalité, comme vous auriez pu le découvrir si, en ce début du mois de juillet, vous aviez été l’hôte de Robert et Virginia Heinlein :

Robert Heinlein était un patriote. Stoppons cependant immédiatement les idées reçues sur ce grand auteur de science-fiction américain, il n’était pas pour autant nationaliste et avait en horreur le fascisme. Pour bien comprendre la nuance, une maxime me revient à l’esprit. Le patriotisme, c’est l’amour des siens ; le nationalisme, c’est la haine des autres. Or chaque année, lors de la Fête de l’Indépendance du 4 juillet, Robert Heinlein avait pris l’habitude de participer à sa manière aux célébrations en tirant un coup de canon depuis les collines aux alentours de sa résidence. Bien entendu, les tirs étaient inoffensifs et il ne s’agissait pas de libérer symboliquement la Lune du joug terrien ! L’arme était une réplique à échelle réduite d’un canon d’alarme de la Marine du XVIIIème, dont il fit l’acquisition avant les années 60. A la mort de l’auteur, en 1988, Virginia Heinlein conserva le canon, avant qu’il ne revienne après le décès de Virginia, en 2003, à l’auteur de SF et ami du couple Brad Linaweaver. Le faisant restaurer, ce dernier organisa en 2007 une cérémonie d’hommage à Robert Heinlein durant laquelle plusieurs coups de ce canon furent tirés. La vidéo, disponible sur YouTube, est complétée de commentaires d’auteurs de SF et journalistes présents ce jour-là et ayant connu Heinlein de son vivant.

L’anecdote est d’autant plus intéressante qu’originellement, le roman Révolte sur la Lune (1966) se nommait « The Brass Cannon » avant d’être rebaptisé « The Moon Is a Harsh Mistress » à la demande de l’éditeur. Dans ce roman majeur de l’oeuvre d’Heinlein, la Lune est un pénitencier sur laquelle les prisonniers de droit commun et dissidents politiques sont exilés à vie, eux et leurs descendants, et condamnés à produire dans des fermes hydroponiques souterraines de la nourriture pour une planète Terre surpeuplée. Lorsqu’une révolution lunaire enflamme le pénitencier, le Professeur de la Paz suggère que le drapeau des insurgés représente un canon d’alarme sur une barre diagonale rouge, avec pour fond l’espace étoilé. La devise accompagnant cette bannière devient également la célèbre formule TANSTAAFL ou « There ain’t no such thing as a free lunch !  » popularisée par le roman. Tout un symbole de lutte et de résistance pour cette utopie romanesque à mi-chemin entre anarchie rationnelle et libertarianisme.

Mais s’agit-il pour autant d’une transposition de son fameux canon d’alarme ? De manière plus incertaine, le drapeau aurait tout aussi bien pu être inspiré par la bataille de Gonzales. Cette escarmouche de 1835 opposant les insurgés texans de John Moore aux dragons mexicains de Francisco de Castañeda marqua le premier engagement de la révolution texane. Les patriotes brandirent alors un drapeau blanc ornementé d’une étoile, d’un fût de canon et du slogan « Come and take it » emprunté aux révolutionnaires américains. La similitude entre les deux drapeaux repose tout de même plus dans l’idéologie que dans la vexillologie. Néanmoins, il est possible que, portant le regard sur son canon miniature, Heinlein eut l’idée de s’inspirer de cette anecdote historique pour créer son propre drapeau de Luna !


De l’imposture du chaînon manquant : Lucy super-star des créationnistes

Contrairement à ce que leurs discours peuvent laisser penser, la plupart des créationnistes s’intéressent à la science. Même les partisans de la « Terre jeune » , figurant pourtant parmi les courants créationnistes les plus radicaux, basent leurs argumentaires à partir de découvertes scientifiques. Mais à la différence des scientifiques, les créationnistes tirent de cette recherche bibliographique une interprétation biaisée et partielle. Comme il fallait s’y attendre, l’évolution des Hominidés n’échappe pas à cette grille de lecture militante. Considérant Lucy comme la seule preuve fossile d’Hominidés précoces, ces adversaires de l’évolution en déduisent que l’absence présumée d’autres spécimens fossiles démontre l’incapacité à relier le singe à l’homme de manière linéaire. Il existerait donc trop de chaînons manquants pour valider l’hypothèse évolutionniste. La focalisation autour de Lucy est telle que d’après le blogueur Adan Benton, près de 90% des discussions sur les sites créationnistes concernant les premiers Hominidés ne traiteraient que de la sur-médiatisée fille d’Hadar. Au rebut, Sahelanthropus tchadensis, Orrorin tugenensis et toute la grande galerie des Australopithèques !

Or cette interprétation surprenante des données paléontologiques présente deux biais majeurs : certes, le squelette de Lucy est fort bien conservé (à 40%), mais il ne s’agit nullement du seul spécimen d’hominidé déterré. Enfin, l’idée même d’une évolution linéaire débutant à partir du singe et dont la finalité serait l’espèce humaine est incorrecte. Nous pourrions rajouter à ce bilan la réfutation des méthodes de datation, cependant cette querelle oppose déjà deux courants créationnistes, à avoir les partisans de la « Terre vieille » et ceux de la « Terre jeune » , aussi pour ne pas trop alourdir notre sujet, focalisons-nous pour le moment sur leurs points d’accord.

homersapiens

“Lucy In The Sky with Diamonds” , bourdonnaient les scarabées tandis que Yves Coppens et ses collègues s’échinaient en 1974 sur le site d’Hadar, dans la vallée éthiopienne d’Aouach. L’anecdote veut que c’est en écoutant, le soir, le fameux groupe britannique tout en triant les ossements déterrés dans la journée qu’il leur serait venu l’idée de baptiser le spécimen AL 288-1 du nom de « Lucy ». La découverte de ce fossile partiel fut une étape majeure pour la paléontologie, puisque grâce aux restes de son bassin, de sa colonne vertébrale et de son fémur, il fut possible de confirmer la locomotion bipède des Australopithèques. Ce spécimen d’Australopithecus afarensis, âgé de 3,2 millions d’années, fut initialement considéré comme membre d’une espèce-mère de notre propre lignée. Cette première interprétation, sur-médiatisée pendant plusieurs décennies, a largement contribué à véhiculer l’image plus ancienne d’une évolution linéaire du singe vers l’homme, dans laquelle Lucy serait en quelque sorte un chaînon découvert.

A la lecture des journaux grand public, Lucy est encore décrite implicitement comme la seule représentante connue de son genre. Il faut croire que cette rumeur a la peau dure, puisqu’au moment de sa découverte en 1974, le genre Australopithecus était déjà connu depuis un demi-siècle avec la découverte en 1924 du crâne de Taung par Raymond Dart lors de ses fouilles en Afrique du Sud. Jusqu’aux années 40, la découverte de Dart alimenta une controverse entre anthropologues, certains détracteurs craignant que ce spécimen ne fut en réalité le crâne d’un grand singe et non d’un hominidé. Mais en 1947, Robert Broom et John T. Robinson déterrent en Afrique du Sud plusieurs ossements d’Australopithecus africanus, confirmant la découverte de Dart et suggérant déjà la bipédie de ces hominidés. La même année que la découverte de Lucy, Donald Johanson exhuma en Tanzanie les restes fossilisés d’une autre espèce, Australopithecus afarensis, âgés de 2,9 à 3,9 millions d’années. Au Kenya, Australopithecus anamensis, une espèce encore plus ancienne (4 à 5 millions d’années) a livré plusieurs ossements entre 1964 et 1967. Plus tardivement, en 1995, le paléontologue Michel Brunet découvrit au Tchad les restes d’Abel, un Australopithecus bahrelghazali vieux de 3,5 millions d’années. Et la liste des découvertes est loin de s’arrêter en si bon chemin. En 2000, le paléoanthropologue éthiopien Zeresenay Alemseged présentait au monde entier le crâne quasiment complet, le torse, les scapulas et une partie des jambes de Selam, une petite fille Australopithecus afarensis ayant vécu voici 3,1 à 3,3 millions d’années dans l’Afar, une région de l’Ethiopie. La presse s’empressa de baptiser Selam « le bébé de Lucy » , la chose étant totalement impossible vu qu’au moins cent mille ans séparent les deux spécimens, mais l’anecdote montre à quel point l’image erronée d’une évolution linéaire focalisée sur Lucy continuait alors à hanter l’esprit de nos contemporains.

Mais la plus surprenante découverte depuis Lucy date probablement de 2008, lorsque le paléoanthropologue américain Lee R. Berger exhuma en Afrique du Sud des restes fossilisés d’Australopithecus sediba datant de 2 millions d’années. Ces spécimens devraient à eux seuls dominer les débats entre créationnistes et évolutionnistes tant ces résultats viennent bousculer les images reçues sur l’évolution des hominidés ! Mais avant d’inclure A. sediba dans notre discussion, il nous faut revenir plus en détails sur cette découverte. Parmi les 220 ossements exhumés sur le site de Malapa, au moins cinq individus jeunes et adultes, des deux sexes, ont pu être répertoriés, dont deux spécimens bien conservés baptisés MH1 et MH2. Pour Lee Berger et ses collègues, cette espèce serait à l’origine d’Homo erectus. Pour Yves Coppens et d’autres paléontologues, cette conclusion est critiquable, car le genre Homo était déjà bien représenté à des datations antérieures. En résumé, le débat actuel au sein de la communauté des paléoanthropologues consiste à trancher sur la classification de A. sediba dans le genre Australopithecus ou le genre Homo. Pourquoi cette découverte récente est bien plus pertinente que Lucy ? Parce que A. sediba, avec ses caractéristiques anatomiques particulières, pose une véritable énigme : son bassin et ses membres soulignent qu’il était aussi prompt à la locomotion bipède qu’au déplacement dans les arbres. Ses mains, particulièrement évoluées, évoquent celles des Hominidés tardifs tels que notre propre espèce et démontrent que ces spécimens étaient tout à fait capables de saisir des objets, voire même de fabriquer des outils. En définitive, A. sediba a le profil idéal pour servir de chaînon manquant dans le modèle d’évolution linéaire. Et pourtant, ce n’est certainement pas le cas.

A la fois australopithèque et homme moderne, A sediba pose une véritable énigme aux paléontologues. Et si cette surprenante espèce ne venait pas tout simplement dynamiter ce vieux mythe erroné de l’évolution linéaire dirigée vers l’homme ? Ainsi que l’explique Yves Coppens, lorsque la lignée des Hominidés se sépare de celle des grands singes, elle s’épanouit alors comme « un vrai bouquet de pré-humains dont Lucy est une des fleurs ». Cette célèbre citation très poétique du chercheur français illustre une réalité bien différente de l’interprétation linéaire de l’évolution des Hominidés : celle d’un buissonnement d’espèces, dont le véritable challenge repose non plus en la recherche de chaînons manquants mais en la position de chaque espèce sur les branches de l’arbre phylogénétique de cette grande famille. Ce qui amène à réfuter le concept de chaînon manquant, et la démarche est des plus salutaires ! Car cette notion dépassée née d’une mauvaise vulgarisation scientifique a si largement contaminé l’imagerie populaire que même les personnes manifestant la plus grande bienveillance pour l’évolution promeuvent encore – involontairement – de fausses idées comme cette métaphore de « l’homme descendant du singe ». En réalité, la question n’est pas de collectionner des chaînons manquant comme d’autres enfileraient des perles pour confectionner un collier, mais d’identifier les nœuds successifs accompagnant la naissance de branches divergentes au cours de l’évolution des Primates. L’image ci-dessous présente dans ses grandes lignes l’interprétation correcte de la phylogénie sur laquelle notre espèce s’accroche à une branche parmi tant d’autres :

famille-des-hominides

Désigner l’Homme comme finalité de l’évolution renvoie à une grossière erreur d’anthropocentrisme. De même, considérer Lucy comme le seul fossile connu dans la lignée menant du singe à l’homme est une imposture tout aussi flagrante, car elle dénote une méconnaissance de la paléoanthropologie tout en véhiculant une image incorrecte de la phylogénie. Et même si cette confusion a pour origine une mauvaise vulgarisation scientifique, l’argument créationniste du chaînon manquant ne tient donc pas la route une fois confronté à l’ensemble des données paléontologiques et phylogénétiques. Pourtant, Lucy est encore brandie par les partisans de l’intelligent design tout comme par les créationnistes les plus intégristes comme la seule preuve fossile jamais exhumée par les paléontologues. Une obsession qui n’est pas anodine, puisqu’une lecture complète de la bibliographie sur les Australopithèques viendrait à ruiner tout l’argumentaire des créationnistes. Mais ne soyons pas trop dur avec eux, car paradoxalement, ces derniers ont tout de même raison de réfuter la célèbre image de la marche linéaire du singe vers l’homme. Il ne leur manque plus qu’un dernier effort pour remplacer ce modèle caduque par un arbre phylogénétique !


Métalorama : ethnologie d’une culture contemporaine – Nicolas Bénard

metaloramaRares sont les universitaires français à s’être penchés sur la culture hard-rock et metal. A vrai dire, Nicolas Bénard, Docteur en Histoire culturelle, y fait même quasiment figure d’exception. Les amateurs de musique extrême connaissent déjà cet auteur pour son ouvrage « La Culture Hard Rock » , qui reprenait sous une forme allégée ses travaux de thèse tout en nous épargnant les problématiques de recherche et discussions universitaires trop absconses pour un public non académique. Dans son second ouvrage publié aux éditions du Camion Blanc, Nicolas Bénard poursuit l’exploration de cette contre-culture musicale toujours aussi mal perçue par l’opinion public et les grands médias en l’abordant cette fois-ci par le prisme de l’éthnologie. Il ne s’agit donc plus de retracer l’histoire de cette culture métalleuse mais d’en étudier les codes, les symboles et son évolution propre à la manière du savant observant le fonctionnement d’une ethnie.

La démarche ne valide en rien cette stigmatisation des musiques extrêmes que la culture mainstream aime à laisser sur le banc de touche, mais aborde au contraire cette contre-culture comme une communauté « underground » , dont la compréhension ne peut passer que par un décryptage méthodique et objectif de ses concepts et de sa dynamique. En d’autres termes, Nicolas Bénard aborde le continent hard rock et metal comme une sorte de nation sans frontières, et non comme une sous-culture pop dégénérée. Une vision plutôt rassurante, puisque l’histoire des musiques extrêmes, aussi riche que complexe, ne peut être séparée de celle de ses adeptes. Que ce soit à travers la construction d’un style artistique propre ou la création d’un système de représentations symboliques aussi riches que complexes, les musiques extrêmes ont leur propres codes, leurs propres langages, et génèrent leur propre communauté : « hardos » et « métalleux » . Souvent caricaturé, taxé de satanisme, de fascisme ou considéré comme un vecteur de violence, le petit monde des cultures extrêmes est un prisme complexe. Se nourrissant de tout élément culturel, politique, sociologique, spirituel et religieux, il digère ces références et les restitue sous la forme d’image revisitées et codifiées que le grand public peine à interpréter correctement.

Sur la forme, cette ethnologie des métalleux se présente comme un glossaire fourni, enchaînant les thèmes et mots-clés de manière aléatoire. Tout y passe, du Pape à la politique, de l’aviation aux doubles voix, des aigles à l’Egypte. C’est une mosaïque d’entrées, un florilège de thématiques, s’achevant à chaque fois par un extrait du courrier des lecteurs de vieilles revues spécialisées et entre-mêlées de sympathiques strips dessinés par Michel Janvier. Sur le fond, le bouquin est une mine d’informations, aussi bien pour le néophyte que pour l’initié. On se surprend, au détours d’une entrée, à découvrir un thème ou une anecdote qui nous avait échappé, sans jamais se lasser à la lecture de sujets plus éculés. Ce Métalorama peut donc sembler de prime abord un joyeux fouillis, et l’on regrettera l’absence d’index en fin d’ouvrage, mais il parvient à donner au final un panorama assez large et plutôt complet de ce vaste royaume des hardos et métalleux, une joyeuse tribu jouant la carte du second degré comme s’il lui fallait cacher sa grande culture et son ouverture d’esprit.

S’il peut sembler un peu cher à l’achat (34 euros), si ces entrées de glossaire parfois un peu courtes peuvent donner l’impression d’un ton superficiel, ce Métalorama n’en demeure pas moins, à mon humble avis, une acquisition intéressante pour la bibliothèque de tout métalleux. Loin de se prétendre référence encyclopédique en la matière, le Métalorama apparaît plus comme une sorte de guide de voyage dans les terres des musiques extrêmes, le genre d’ouvrage qu’on aime à feuilleter lorsque l’occasion se présente, et y trouver quelques premières pistes de réflexion qui alimenteront par la suite ses propres recherches sur des thématiques précises. En définitive, un bon livre-compagnon, sans l’ombre d’une hésitation.

 

Nicolas Bénard, Métalorama : ethnologie d’une culture contemporaine (2011). Editions du Camion Blanc, 312 p.


Star Wars – La genèse des Jedi – tome 1

starwars_genese_t1

M’étant récemment lancé dans la lecture de comics dans l’Univers Étendu de Star Wars, j’attaque de front plusieurs séries à la fois. Il faut croire que mes fréquentes parties de Star Wars : The Old Republic m’ont donné envie d’explorer plus en détails ce colossal univers. Mais que lire en premier ? Pour ma part, j’ai jeté mon dévolu sur la « Genèse des Jedi » , une série actuellement publiée par Delcourt au rythme d’un épisode quasiment par an. Deux tomes sont déjà disponibles, et le troisième devrait sortir à la fin août. Une bonne occasion de se plonger à la fois dans les origines de l’Ordre Jedi et dans une série encore toute récente dans sa traduction française. De plus, le synopsis est pour le moins intéressant : sur la planète Tython, une organisation de moines guerriers s’efforce de maintenir la paix grâce à un mystérieux pouvoir, bientôt connu sous le nom de la Force. Mais un étranger décide de perturber ce fragile équilibre. Il est celui qui ouvrira les portes de la Galaxie à l’exploration et aux conquêtes, mais aussi au Côté Obscur et au chaos. La naissance de l’Ordre Jedi est imminente…

L’origine des Jedi ne se limite pas à une seule date fondatrice – tant est qu’il soit possible d’en désigner une – mais est parsemée d’événements successifs déjà légendaires à l’époque de l’Ancienne République. John Ostrander et Jan Duursema se sont donc attelés à plonger dans les plus vieux mythes fondateurs déjà évoqués à travers l’Univers Etendu et ont porté leur regard sur l’arrivée des premiers élus philosophes, prêtres, scientifiques et guerriers sensibles à l’appel de la Force sur la célèbre planète Tython. Mais raconter cette période légendaire n’est pas chose aisée, puisque le background indique également qu’en cette période lointaine le moteur à hyperpropulsion était une technologie rarissime et que Tython restait un monde du Noyau profond de la galaxie difficile d’accès. De plus, les premières Guerres de la Force remontant à plus de vingt cinq millénaires avant la bataille de Yavin (ou BBY – la destruction de l’Etoile Noire dans l’épisode IV marque l’an zéro dans la chronologie de l’Univers Étendu), il était intéressant pour nos deux auteurs de s’attarder à la fois sur l’arrivée des pèlerins sur Tython et sur cette période reculée durant laquelle les proto-Jedi s’entre-déchirèrent pour la première fois avant de devoir quitter pour un temps la planète Tython.

Cependant dans cette genèse, point de « Jedi » tels que nous les connaissons. Lorsque les premiers pèlerins atterrirent sur Tython en 36453 BBY, ils fondèrent alors l’Ordre Je’daii, bien différent en de nombreux points des fameux Jedi que nous connaissons si bien. Tout d’abord, le Je’daii est un mystique encore peu instruit des mystères de la Force, essayant de comprendre quelle est sa place dans la galaxie et d’étudier ses interactions avec les êtres vivants. Cherchant en permanence un équilibre entre le côté obscur et le côté lumineux, il ne voit pas de dualité mais une complémentarité entre ces deux aspects essentiels de la Force. Son apprentissage commence en tant que Voyageur, approfondissant son savoir et sa capacité en effectuant des pèlerinages de temple en temple sur Tython et s’initiant aux mystères de cette dangereuse planète sauvage. Puis il devient Ranger et voyage parmi les Mondes Colonisés selon les exigences de la Force – ou à la demande des gouverneurs locaux. Car le Je’daii est déjà un justicier solitaire et un guerrier accompli. Cependant, il ne possède pas encore de sabre laser mais une lame rappelant les katanas des samouraïs. Enfin, les Je’daii les plus accomplis deviennent des Maîtres, le grade ultime étant d’obtenir la direction d’un Temple sur Tython.

L’Ordre Je’daii prône l’équilibre dans la Force, aussi tout mystique guerrier basculant d’un des côtés de la Force est envoyé en exil sur une des deux lunes de Tython, Ashla (la lune du côté lumineux) ou Bogan (la lune du côté obscur), jusqu’à ce qu’il retrouve l’équilibre dans la Force. Dès le premier tome, nous comprenons très vite que Bogan jouera un rôle bien particulier par la suite. Nous n’y sommes cependant pas encore, et pour le moment cette mystérieuse et sauvage Tython nous apparaît comme bien éloignée de la vénérable planète accueillant les nouveaux joueurs Jedi dans Star Wars : The Old Republic. Il en est de même pour les voyages spatiaux, bien plus difficiles à réaliser sans hyperespace : pour rallier les différents systèmes habités, il faut voyager à bord de navires d’hibernation. Aussi les Mondes Colonisés décrits par nos deux scénaristes ne concernent pour le moment que le système de Tython, riche en planètes et lunes habitables. La République galactique n’a pas encore été fondée, et la seule puissance à même d’imposer son hégémonie sur plusieurs systèmes n’est autre que l’Empire Infini des Rakata. En effet, cette race cruelle et versée dans le côté obscur dispose de moteurs à hyperpropulsion primitifs, et les joueurs des jeux vidéos Knights of the Old Republic et Star Wars : The Old Republic connaissent bien cette race antique pour ses innombrables reliques disséminées à travers la galaxie.

Cette genèse des Jedi s’ouvre donc sur une évocation de l’arrivée des Pèlerins sur Tython, assez courte mais grandiose, et qui soulève bien plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Après un rapide résumé des premiers temps sur Tython et de la fondation des Mondes Colonisés, le scénario se focalise sur un événement-clé : le premier contact entre les Je’daii et l’Empire Rakata. Nous y apprenons que Xesh, un Limier de Force, traque les sensitifs à la Force à travers la galaxie pour les éliminer. Les Rakata semblent vouloir être les seuls à contrôler la Force et cette chasse sanglante est devenue une compétition entre seigneurs Rakata. Le Limier Xesh a perçu Tython à travers la Force, mais son vaisseau s’écrase à la surface de la planète. Seul survivant, il rencontre un groupe de Voyageurs Je’daii. Les trois jeunes gens sont bien décidés à intercepter cet inconnu armé d’un « sabre à laser » . Nous rencontrons ainsi le fougeux Sith dénommé Sek’nos Rath (il s’agit là d’un représentant de la race des Siths, et non d’un Jedi obscur), la sereine et empathique Tasha Ryo issue de la noblesse Twi’lek, et la jeune humaine Shae Koda au tempérament de feu. Nos trois amis vont combattre le redoutable Limier de Force mais ignorent tout de son rôle comme de la menace Rakata. Xesh, quant à lui, n’est pas mieux loti puisque l’enseignement du Code Je’daii lui est totalement inconnu et seule la violence aveugle de ses maîtres dicte ses actes. Vous l’aurez donc compris, ce premier tome place avant tout le cadre de l’histoire tout en nous présentant les personnages principaux de la saga : une fois ce premier combat achevé, la suite des événements déclenchés sur Tython par l’arrivée de Xesh nous seront présentés dans le second tome. Rien de bien original dans ce choix de découpage de l’intrigue, mais l’effet est au final suffisamment captivant pour donner envie de précipiter sur le volume suivant.

Côté background, ce premier tome nous en donne pour notre argent et nous plonge dans cette époque mythique des premières Guerres de la Force. Impossible de ne pas être captivé par cette Tython sauvage et ces Je’daii ancestraux lorsque l’on s’intéresse – même de loin – aux fameux Jedi de l’univers Star Wars. L’intrigue se révèle par contre diluée dans un interminable combat entre Xesh et nos trois jeunes Je’daii, ce qui au fil des pages entraîne un certain sentiment de lassitude et de frustration face à une histoire enlisée dans une interminable course-poursuite. Faut-il pour autant s’en formaliser ? Pas vraiment, car en définitive, la ficelle, bien que grossière, est propre aux comics en général. Il n’en demeure pas moins que le coup de crayon de Jan Duursema est des plus agréables et que ses planches valent le détours. En définitive, ce premier tome a le mérite de poser les bases d’une saga qui ne demande qu’à se développer en détails. Les tomes suivants devraient donc apporter plus de profondeur aux personnages tout en dévoilant les futurs enjeux qui mèneront nos chers Je’daii à cette Guerre de la Force sur Tython. A suivre au prochain épisode, donc.

 

Star Wars – La genèse des Jedi tome 1 – L’éveil de la Force. Scénario : John Ostrander & Jan Duursema. Dessin : Jan Duursema. Couleurs : Wes Dzioba. Editions Delcourt (2013), collection « Contrebande », 128 p. 


Les climatosceptiques sont-ils incompétents en climatologie ?

Les plus grandes découvertes scientifiques ont toujours amené leur lot de détracteurs et d’adversaires conservateurs. Galilée se heurta de plein fouet au dogme du géocentrisme, Pasteur combattit par l’expérience la théorie de la génération spontanée, Darwin fut singé par ceux-là même qui réfutaient l’origine des espèces, et même la relativité d’Einstein fait l’objet de débats animés alors qu’elle fut testée avec succès. Aussi n’est-il pas étonnant que l’une des plus grandes avancées actuelles en matière de géosciences soit soumise au feu nourri des anti-sciences sur le web ! Cependant, contrairement aux débats précédents, la querelle autour de la climatologie ne ralentit pas seulement le progrès scientifique mais entrave également une prise de conscience mondiale et la mise en place de mesures politiques courageuses. Car en militant vigoureusement contre le réchauffement climatique, les climatosceptiques nous donnent l’image de conservateurs sciant la branche sur laquelle nous somme tous assis.

anti-science-arguments-by-age

Il suffit de lire un article consacré au changement climatique pour voir surgir dans les commentaire toute une horde d’internautes agressifs proclamant haut et fort que le climat ne se réchauffe plus, que l’Homme n’est en rien responsable du phénomène et que le réchauffement climatique n’est qu’un vaste complot politique mené par le GIEC. Ces discours pourraient sembler ridicules s’ils n’étaient pas véhiculés en masse par tout un réseau de commentateurs virulents, n’hésitant pas à intimider tout internaute qui tenterait de les contredire en rappelant quelques faits climatologiques élémentaires. Troll anti-science des plus actifs à l’heure actuel sur les blogs et journaux en ligne, le climatosceptique noie le débat dans un flot d’arguments erronés ou diffamants dans le seul but de décrédibiliser son adversaire « réchauffiste ». La stratégie est toujours la même : face à l’inquiétante situation dévoilée par les climatologues, le « climate denier » réplique en fustigeant le ton alarmiste employé par les médias et tente de démonter les données scientifiques apportées par les experts climatiques.

Dans un contexte médiatique où la vulgarisation scientifique autour du réchauffement climatique est à la traîne, le climatosceptique occupe un rôle populiste : rassurant le lecteur affolé par les alertes des scientifiques, il fustige ensuite leur travail d’experts par tout un jeu de contre-données frauduleuses et erronées destinées à « démolir » l’image du scientifique compétent. Le grand public, n’ayant pas forcément la culture scientifique nécessaire à la lecture des rapports du GIEC ou des articles publiés dans les revues peer-reviewed se retrouve soumis au choix de raisonnement suivant : d’un côté, les données alarmistes mais complexes de la communauté scientifique ; de l’autre, les réfutations simples à comprendre et rassurantes des climatosceptiques. La technique est d’autant plus frauduleuse qu’elle détourne le principe philosophique du rasoir d’Ockham afin de valider une imposture scientifique. La technique est bien rodée, et ne peut que séduire l’internaute inquiet en quête d’un scepticisme salvateur face au flot de gros titres alarmistes des médias traditionnels. Tandis que commentaires après commentaires, le message des scientifiques se retrouve noyé dans un déluge d’inepties. A tel point que le journaliste Pierre Barthélémy, dont le blog Passeur de sciences a récemment passé le cap des 9 millions de visites, a décidé une mesure radicale en supprimant sans préavis tout commentaire de troll climatosceptique. Faut-il en conclure que les climatosceptiques ont déjà gagné la bataille de l’information ? Pas tant qu’il nous reste une carte à abattre, et pas la moindre. Car le climatosceptique possède un défaut majeur qui ne fait pas de lui un « sceptique » à proprement parler mais plutôt un imposteur dans ce débat : sa flagrante incompétence en matière de sciences climatiques.

Dawn Stover, journaliste scientifique américain, remarquait dernièrement dans les colonnes du Bulletin l’ignorance manifeste des « climate deniers » en ce domaine. Une ignorance tellement évidente que les politiciens républicains en ont même fait une figure de rhétorique dans leurs déclarations récentes. Le « I’m not an scientist, but…  » est devenu non plus un aveu d’incompétence en matière de climatologie mais une manière assez grossière de hisser ses propres convictions personnelles au rang d’arguments scientifiques valides. Car pour le politicien républicain, le débat scientifique n’est pas clos. Peut-être ne l’est-il pas au sein de leur famille politique, où selon Dawn Stover seulement 41% des républicains acceptent le réchauffement climatique, mais avec un consensus de 97% au sein de la communauté d’experts climatiques, le débat de fond sur le changement climatique est désormais réglé. En France, d’après le climatologue Hervé le Treut, moins de 20% de nos concitoyens relient les émissions de gaz à effet de serre au réchauffement climatique. Face à la très faible mise en avant de la vulgarisation scientifique dans les médias de masse, les climatosceptiques trouvent un terreau favorable à la propagation de leurs idées. Qu’ils soient regroupés sur des sites web ou qu’ils postent indépendamment de toute communauté, ces « climate deniers » français partagent pour la plupart la même vision politique : le changement climatique est à leurs yeux une idéologie de gauche, voire un complot du GIEC contre leur propre interprétation politique d’un monde ultra-libéral. En définitive, le débat français se porte aussi sur un clivage politique entre gauche écologiste et droite libérale. Il n’est donc pas anodin que le pure player relayant le plus d’articles climatosceptiques soit le site libéral d’informations en ligne Contrepoints. Outre les habituels trolls écumant les blogs scientifiques, les profils de ces climatosceptiques francophones diffèrent peu de leurs homologues anglophones : des journalistes « indépendants » habitués des thèses négationnistes,  des bulletins de groupements financiers, des tribunes de militants ou politiques libéraux, des ingénieurs à la retraite (profil d’ailleurs très classique de l’anti-scientisme français sur le web), des « amateurs éclairés » , des figures scientifiques controversés (lire à ce sujet cet article sur Allègre et Courtillot) et même à l’occasion des météorologues présentateurs (comme les fameuses saillies de Laurent Cabrol) ou de formation. Tous ces profils aussi divers que variés ne sont cependant jamais des chercheurs ou experts climatologues reconnus par leurs pairs, cette catégorie semblant définitivement reléguée dans la case des conspirateurs à abattre au même titre que les journalistes scientifiques ou les militants de gauche.

denierisgood

La querelle climatique n’est donc plus scientifique mais politique, ou pour mieux dire idéologique. L’objet du débat a depuis longtemps dépassé la seule discussion des données climatiques, et comme nous le verrons dans un prochain billet, les arguments fréquemment cités par les « climate deniers » sont désormais déboutés par la bibliographie scientifique. Demeure cependant la propagation de cette pensée « anti-science » au sein de la classe politique comme de la société, et des entraves qu’elle génère sur la prise de conscience mondiale face au réchauffement climatique. Mais quel comportement devons-nous désormais adopter face à cette remise en question de la climatologie ? Le Président Obama nous a peut-être apporté un élément de réponse intéressant. Lors de son récent discours à l’Université de Californie, le Président a défendu une position extrêmement ferme en faveur du climat. Rejetant de considérer les climatosceptiques comme des interlocuteurs à part entière, il choisit de s’en moquer en pointant du doigt leur ignorance assumée : « Au Congrès, aujourd’hui, il y a plein de gens qui rejettent obstinément et automatiquement les données scientifiques sur le changement climatique. […] Il y a ceux qui disent : ‘Écoutez, je ne suis pas un scientifique’. Et je vais vous dire ce que cela signifie. Cela veut dire: ‘Je sais que les changements climatiques se produisent vraiment mais si je l’admets, je vais me faire chasser de la ville par une frange radicale qui pense que la science du climat est un complot de gauche’ . Moi non plus, je ne suis pas un scientifique; mais nous en avons de très bons à la NASA. Je sais que la grande majorité de ceux qui travaillent sur le changement climatique, y compris certains qui ont un jour contesté les données, ne débutent plus sur le sujet. Comme me l’avait expliqué l’auteur Thomas Friedman, ‘si votre enfant est malade, et que vous consultiez 100 médecins; 97 d’entre eux vous disent de faire ceci, trois vous indiquent de faire cela. Est ce vous voulez suivre les conseils des trois ?’  » (traduction : Slate). Peut-être qu’à notre tour, nous devrions user de ce même bon sens pour rappeler au combien le climatosceptique n’est au final qu’un imposteur anti-sciences parmi tant d’autres.