octobre 2014
L Ma Me J V S D
« sept    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Un séquenceur d’ADN sur clé USB

Les progrès exponentiels apportés au séquençage des génomes depuis les années 90 n’ont pas fini de nous surprendre. Après le séquençage à 1000 dollars, voilà que la société Oxford Nanopore lance sur le marché une clé USB capable de séquencer des génomes simples en quelques secondes. Baptisé MinION, ce système USB est capable de séquencer de courts brins d’ADN en quelques secondes, ou des brins de 150 mpb en 6 heures. Son coût s’échelonne aux alentours de 900 dollars. Profilé aussi bien pour les analyses médicales ou environnementales, le MinIon ouvre la voie du séquençage généralisé et de routine dans ces domaines scientifiques.

La technologie nanopore de la société britannique est également adaptable pour la détection de protéines ou de toute autre biomolécule compatible avec ce type d’analyse, offrant une gamme de développements ultérieurs pour la clé MinION. Une fois reliée à un ordinateur par port USB, elle se pilote grâce à un logiciel d’exploitation dédié, le MiniKNOW. Cependant, Oxford Nanopore annonce que son logiciel sera connecté à un « cloud » durant ses opérations, ce qui ne manquera pas d’inquiéter certains militants biohackers. En effet, reste à savoir dans quelle mesure les données collectées par la clé MinION seront partagées, voire stockées dans le cloud de l’entreprise, soulevant quelques premières interrogations bioéthiques lors de l’emploi de cette clé en analyse médicale par exemple. L’affaire reste donc à suivre…

 

4130_mini_ion_lab-copy


Du fond du labo #10

Des nouvelles récentes de la science ? C’est parti pour notre nouvel épisode de revue de presse « du fond du labo » ! Au sommaire pour cette fin de mois de septembre : de nouveaux records pour les banquises australes, des animaux étonnants défient la classification du vivant, et une sonde indienne rallie l’orbite martienne.

L’océan arctique a atteint en septembre son minimum annuel d’extension avec pour 2014 une surface enregistrée de 5,02 millions de km². S’il ne s’agit pas du plus bas record jamais enregistré, ce chiffre confirme la disparition progressive de la calotte polaire arctique (voir graphique ci-dessous). Aux antipodes, la banquise antarctique a connu sa plus forte extension hivernale du dernier quart de siècle avec un record de 20 millions de km². Cette situation difficile à comprendre de prime abord nous rappelle que l’Antarctique connaît une évolution de ses glaces très particulière. En effet, sa banquise tend à augmenter son maximum annuel tandis que sa glace continentale se réduit inexorablement depuis ces dernières années. Le paradoxe est d’autant plus complexe à appréhender que l’océan austral entourant l’Antarctique se réchauffe ! La singularité de la banquise antarctique s’explique par d’autres facteurs venant favoriser son extension annuelle : les taux d’ozone créent des perturbations favorables, tandis que les eaux australes stratifiées forment en surface une couche froide propice à l’extension. Enfin, les précipitations hivernales refroidissent encore plus la surface océanique et la banquise s’en retrouve entretenue. Un bel exemple s’il en est de la complexité climatique de notre planète ! Données consultables sur ce lien.

 

Evolution récente de la surface minimale estivale de la banquise arctique.

 

Les océans sont encore loin d’avoir livré tous leurs secrets. Et parmi ces trésors naturalistes à découvrir figurent deux nouvelles espèces d’animaux marins en forme de champignon, prélevés dans les profondeurs de l’océan Pacifique. Ces organismes multicellulaires provenant d’une expédition marine de 1986 n’avaient encore jamais été analysés. Et les chercheurs de l’Université de Copenhague qui se sont enfin penchés sur ces prélèvements n’en reviennent toujours pas : impossible de rentrer ces spécimens dans la classification des êtres vivants ! Une nouvelle famille a donc été créée, les Dendrogrammatidae, afin d’y accueillir ces deux espèces insolites, baptisées Dendrogramma enigmatica et Dendrogramma discoides. Selon les biologistes danois, les deux espèces seraient même inclassables parmi les deux embranchements auxquels ils ressemblent le plus : les cténophores (groseille de mer) et les cinidaires (coraux, méduses, anémones de mer). Une hypothèse pour le moment impossible à vérifier car la conservation de ces spécimens a détruit leur ADN. Il serait même possible que ces Dendrogramma soient en lien avec la faune d’Ediacara, vieille de 600 millions d’années. D’ores et déjà, les chercheurs appellent à organiser une nouvelle expédition afin de lever ce passionnant mystère. Lu sur Le Monde.fr.

 

Crédits : Plos One (2014)

Crédits : Plos One (2014)

 

Enfin, pour faire écho à mes propres réflexions sur une ouverture de la science-fiction au-delà du bipôle linguistique franco-anglais, saluons l’exploit indien en matière d’exploration spatiale qui vient rivaliser avec les habituels acteurs américains, russes et européens du secteur. En effet, l’agence spatiale indienne (ISRP) a annoncé mercredi 24 septembre le placement réussi de sa sonde Mars Orbiter Mission (MOM) en orbite autour de Mars. Considérée comme un modèle de réussite spatial « low cost », la sonde MOM s’est élancée vers la planète rouge avec un budget de seulement 74 millions de dollars. Pour comparaison, la sonde Maven dispose d’un budget de 671 millions de dollars, Curiosity a coûté 2,5 milliards de dollars et même le film « Gravity » dépasse le budget indien avec ses 100 millions de dollars. La sonde indienne devrait rester 6 mois en orbite. Elle aidera à mieux comprendre pourquoi l’atmosphère et les océans présumés de Mars se sont évanouis, et traquera également la présence de méthane comme hypothétique preuve de vie martienne. A lire sur Le Monde.fr.


Le « père » de l’affaire Ummo n’était pas extra-terrestre

alien_memeLe 9 septembre dernier est décédé José Luis Jordan Peña, un madrilène né en 1931 à Alicante et technicien supérieur en télécommunications. Ce nom ne vous dit probablement pas grand chose, et pourtant, cet espagnol est l’auteur présumé d’une des supercheries les plus sophistiquées de ces cinquante dernières années : « l’affaire Ummo ». De quoi s’agit-il ? De soucoupes volantes, d’extra-terrestres humanoïdes à l’intelligence supérieure, et de mystérieuses lettres adressées aux plus grands esprits terriens reconnus par nos visiteurs célestes. Tout un programme. Mais ne nous y trompons pas, si la supercherie peut sembler fumeuse (tout comme son nom, inspiré du mot « humo » signifiant fumée en espagnol), la complexité de sa mise en œuvre en fait certainement une des meilleures histoires sceptiques. Il fallait donc bien rendre un dernier hommage complice au « père » des Ummites…

La science-fiction américaine a favorisé une vague spectaculaire d’observations d’ovnis et autres témoignages de rencontres du troisième type. Certains se sont limités à décrire ces expériences fictives dans les récits des magazines pulp, d’autres en ont fait un véritable sujet de recherche ufologique. Quelques uns, hélas, y ont puisé l’inspiration nécessaire pour fonder des mouvements sectaires. Mais l’affaire Ummo est unique en son genre : elle repose sur un canular très élaboré, savamment orchestrée par Péña et ses complices dès les années 60. Quelle fut la motivation de Peña ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Peut-être voulait-il démontrer par cette imposture la crédulité de ses contemporains, ou tout simplement faire une blague potache aux ufologues les plus farfelus. Toujours est-il que les premières lettres parviennent début 1966 à Fernando Sesma Manzano, un employé de télégraphe espagnol, déjà connu dans le petit milieu ésotérique pour proclamer entretenir une correspondance avec les extra-terrestres. Une fois le premier poisson ferré, les lettres ummites annoncent à Sesma la venue d’un astronef sur le sol espagnol à la fin du mois de mai 1967. Les traqueurs d’ovni sont sur l’affaire, et miraculeusement, une soucoupe volante est observée à San José de Valderas dans la soirée du 1er juin. A l’origine des clichés et témoignages rapportés, un certain José Luis Jordan Peña déjà connu des ufologues pour son observation (révélée depuis truquée) d’un ovni à Aluche en février 1966. La presse locale s’empare de l’affaire et publie sans même s’interroger les clichés de la fameuse soucoupe volante en forme d’assiette plate.

L’affaire connaît un emballement important lorsque Antonio Ribera et Rafael Farriols relatent la correspondance de Sesma et l’observation de San José dans le livre « Un caso perfecto » . France-Soir titre le 8 août 1968 : « Des êtres d’une autre planète vivent sur la terre avec de faux papiers ». En 1979, Ribeira publie « Ummo, le langage extra-terrestre ». Les correspondances s’intensifient. En France, le GEPA reste sceptique, mais une lettre annonçant que des documents ummites ont été enfouis près de La Javie, en Haute-Provence, enthousiasme les ufologues français. Parmi les chasseurs de trésor figure un certain Jean-Pierre Petit, physicien et directeur de recherche au CNRS. Il se procure des lettres ummites et s’en inspire pour ses travaux en magnétohydrodynamique. Ces lectures ont un effet positif sur ses réflexions, renforçant ainsi sa crédulité. Les expériences nées des révélations scientifiques ummites sont couronnées de succès, Petit y voit là une preuve matérielle en faveur de leur origine extra-terrestre. Il finit par écrire à son tour un livre, « Enquête sur des extra-terrestres qui sont déjà parmi nous », succès éditorial et début de sa médiatisation sur les grandes chaînes de télévision. Nous sommes alors en 1991, et l’affaire Ummo vit pourtant ses dernières années de mystère.

ummoEn effet, José Luis Jordan Peña commence à éprouver des remords. Notamment en raison de la récupération sectaire de Ummo. Jusque là, son expérience est couronnée de succès et il a pu prouver comment une imposture suffisamment bien ficelée peut en toute bonne foi suspendre l’incrédulité de scientifiques respectables. Mais la supercherie est allée trop loin : la secte Edelweiss a incorporé le mythe dans ses dogmes, et marque au fer rouge le sigle Ummite sur des enfants. Peña décide de révéler la supercherie. Il avoue en 1993 être l’auteur de la correspondance ummite, et publie dans la revue sceptique La Alternativa Racional (n°29, été 1993) un article détaillé sur sa mystification. En 1997, il confirme ses propos au journaliste Manuel Carballal, qui les publie à nouveau dans la revue Enigmas. Peña explique tout : les courriers étaient rédigés durant ses après-midi de week-end, puis il profitait de ses voyages à l’étranger pour les poster. La supercherie de la soucoupe volante est confirmée, c’était bien une maquette soutenue par du fil de nylon. De même que les fameux enregistrements sonores trafiqués. Après ces révélations, la supercherie s’effondre progressivement, le nombre de lettres « dévoilées » décroit, certains farceurs ou ufologues acharnés tentant de ressusciter le mythe, mais sans succès. Ils n’ont pas le talent de Peña en ce domaine. Selon toute vraisemblance, si la plupart des hypothèses scientifiques Ummites s’avérèrent inexactes ou fantaisistes (notamment leurs théories farfelues en matière de neurologie ou leurs erreurs de distances astronomiques, un comble pour des voyageurs spatiaux), une petite minorité d’entre-elles étaient de très perspicaces propositions, vraisemblablement construites à partir d’une culture scientifique et d’une bibliographie sérieuse. La formation de technicien supérieur en télécommunications de Peña confirme indirectement que les questions physiques abordées dans ses lettres étaient les plus crédibles, notre mystificateur bénéficiant de ce fait d’un bagage scientifique à même de le laisser développer dans ces courriers ses propres propositions de recherche.

Il semble donc raisonnable de conclure que Peña n’était pas seulement un passionné de science-fiction et un farceur à l’esprit fécond, mais également un homme de science plutôt brillant, qui aurait peut-être fait une très belle carrière de chercheur. Cela explique probablement pourquoi des scientifiques furent séduits par l’audace des propos tenus dans ses courriers. Était-ce une raison suffisante pour croire que leur correspondant était bien d’origine extra-terrestre ? La chose semble aujourd’hui surréaliste tant l’hypothèse ummite ne tient pas une seconde face au principe du rasoir d’Ockham, aussi n’est-il pas étonnant que les « victimes » de la supercherie payent désormais très cher leur crédulité. Cependant, si José Luis Jordan Peña ne fut pas pour autant une sorte de roi Ubu au pays des scientifiques, il n’en reste pas moins un sceptique potache au pays des ufologues. Saluer sa mémoire aurait toutefois de quoi faire grincer des dents, à moi le premier, car l’homme fut aussi un partisan et délateur franquiste – de sinistre mémoire. Aussi tenons-nous en à sa farce sceptique, et adressons-lui un dernier clin d’œil pour avoir tenté de nous démontrer l’imposture d’une certaine ufologie ésotérique. Car au final, l’affaire « Ummo » prouve à quel point l’esprit humain est propice à croire dur comme fer ce que sa rationalité le conduit pourtant à rejeter …

 

Pour en savoir plus : « Des ummoristes chez les ufologues » , SPS n°299, janvier 2012.


Challenge Warmachine #3

L’été s’achève, et le challenge Warmachine aussi ! Vous avez été nombreux sur les réseaux sociaux à suivre ce petit événement, merci à vous pour votre intérêt et vos commentaires. Hier soir, nous entamions la seconde bataille d’entraînement à Sortilèges Nantes. Si la première est un peu passée inaperçue sur ce blog, je n’oubliais pas cette fois-ci de m’équiper de mon appareil photo pour immortaliser les rounds de cette partie endiablée. Ce second rendez-vous était également une bonne occasion de tester mes connaissances sur les règles de base et d’identifier mes faiblesses actuelles, et ma nécromancienne préférée a de ce côté-là encore beaucoup de chemin à faire avant de devenir le plus grand warcaster du jeu !

Premier constat sur les règles, nous avons cette fois-ci bouclé notre partie en 90 minutes avec en gros un kit starter et une boîte d’extension par faction. Le jeu se déroule assez rapidement grâce à son système de base très limpide. Chaque round est divisé en tours par joueurs, durant lesquels il faut s’occuper d’attribuer les points de focus (magie) des warcasters et gérer toutes les actions de chaque figurine ou unité l’une après l’autre. Les cartes de profil permettent de résoudre facilement les tirs et combats. Il faut, d’un jet de dés, dépasser la capacité de défense ennemie en ajoutant à son score sa capacité de tir ou de corps à corps. Puis, force de la figurine et puissance de l’arme s’additionnent pour tenter de dépasser la valeur d’armure de l’adversaire. Les points de dégât générés par cette différence positive sont attribués aléatoirement sur un profil de structure pour les unités motorisées, alors que les warcasters et unités ont un nombre variable de points de vie. Cela signifie qu’à l’exception de la piétaille, il est quasiment impossible de perdre une figurine en une seule attaque ennemie. C’est en quelque sorte l’inverse du système de règles de warhammer.

warmach-battle02

Cette philosophie de règles a l’avantage de pousser le joueur à l’action, et non à craindre les armes cheatées du dernier codex d’armée pour warhammer. Le rythme du jeu est plutôt intense, et nécessite de bien gérer ses combinaisons d’action. Durant cette bataille, j’ai pu affronter une nouvelle fois les magnifiques figurines de la Convergence alignées par mon adversaire. En un mot, la Convergence de Cyriss allie capacités technologiques avancées en maîtrise exceptionnelle des points de focus. Elle est donc très polyvalente, notamment en tirs et en réparation. Pour ma part, la faction mort-vivante Cryx bénéficie de l’effet de vitesse et d’une magie basée sur l’affaiblissement et la corrosion. Sur le premier point, j’ai pu détruire un galvanizer et un mitigator en m’appuyant sur la vitesse et la force brute de mes bonejacks et de mon helljack. Mais cela ne suffisait pas. N’ayant pas encore une bonne maîtrise des pouvoirs magiques de ma nécromancienne, j’ai perdu un atout majeur et mon armée a progressivement fondu comme neige au soleil. C’est donc là un point qu’il me faudra corriger au plus vite d’ici le prochain rendez-vous d’octobre.

Au final, ce challenge fut une expérience très positive en tant que wargamer. J’ai pu m’initier à faible coût à Warmachine et constituer une armée entièrement peinte en l’espace d’un été. Enfin, j’ai appris assez vite les règles sans pour autant y consacrer beaucoup de temps (procrastination !) et apprécié un système de jeu qui me convient mieux que warhammer. Bref, c’est un parcours sans fautes pour ce challenge, mission accomplie ! Prochaines étapes : agrandir ma collection de Cryx en priorité, il n’est pas question de prendre une nouvelle faction même si la chose est tentante. Et enfin, se pencher sur les règles de Hordes, la version plus « bestiale » de Warmachine. J’avoue que certaines factions m’ont fait de l’œil en parcourant le site web de Privateer Press. Des heures et des heures de jeu en perspective !

warmach-battle01


L’avenir de la science-fiction est dans sa diversité de langues

Cette année, les événements en faveur de la promotion de la littérature de l’imaginaire francophone se multiplient. Une bonne nouvelle pour les auteurs, éditeurs et lecteurs qui célébreront à l’occasion de ces rendez-vous festifs leur passion commune pour la science-fiction, le fantastique et la fantasy. Mais également l’opportunité de rappeler le riche vivier d’auteurs que constitue notre francophonie de l’imaginaire. Traditionnellement, la science-fiction francophone se retrouve mis en opposition face à son confrère anglophone, considéré comme un Goliath menaçant notre David national. Mais est-ce vraiment le cas ? Car si parler d’écrasement culturel anglophone au détriment des auteurs francophones serait pour le moins exagéré, les deux géants se partagent en vérité la quasi-exclusivité du monopole éditorial, au détriment des autres locuteurs et auteurs mondiaux qui se retrouvent pour leur part presque totalement occultés. En définitive, le problème ne se résume pas en terme d’ « exception culturelle » de la SF française mais provient de la quasi indifférence dans laquelle reste plongé le reste de la SF mondiale aux yeux des lecteurs.

 

Illustration : (c) Nidal el-Khairy.

Illustration : (c) Nidal el-Khairy.

 

Le monde est vaste, et nous n’en sommes qu’un bien bruyant nombril. Aussi brillante soit notre littérature, le français n’occupe que la 14ème place dans le classement mondial des langues les plus parlées au monde. Quant à l’anglais, il ne se hisse qu’à la troisième place. Pourtant, ni les auteurs hispanophones (2ème langue mondiale), ni les auteurs mandarins (1ère langue mondiale), lusophones (6ème rang mondial) ou arabophones (4ème rang mondial) ne sont mis à l’avant dans les rayons des libraires spécialisés. Un paradoxe assez intriguant que l’on retrouve de manière encore plus flagrante dans la répartition géographique des langues représentées : en dehors des résidents d’Europe et d’Amérique du Nord, peu d’auteurs ne parviennent à intéresser les éditeurs potentiels, et la grande majorité du planisphère demeure « Terra Incognita » pour la littérature de l’imaginaire.

La situation est d’autant plus regrettable qu’un genre littéraire comme la science-fiction joue le rôle d’outil d’exploration du présent et de spéculation de l’avenir. Or où se construit le monde de demain ? Aussi bien à Ferguson qu’à Gaza, Baghdad, Bangui, Tripoli, Madrid, Athènes ou Paris. Il apparaît donc regrettable, pour ne pas dire cynique, de constater que les rares auteurs ni francophones, ni anglophones à avoir bénéficié d’une traduction française restent de bien maigres exceptions dans le catalogue des éditeurs de la métropole. Bien entendu, il faudrait féliciter les initiatives ayant permis (par exemple) la promotion de la science-fiction hispanophone ou de langue slave, mais ces parutions ne sont que de trop anecdotiques événements dans l’actualité littéraire. A l’inverse de la littérature générale dont les traductions étrangères sont aussi diverses que florissantes, la littérature de l’imaginaire manque d’ouverture sur le monde. Et ainsi d’avenir.

Car si je ne crois pas en l’épouvantail de l’affreuse culture anglophone venant étouffer les auteurs francophones jusque dans leurs lits, je constate que beaucoup se trompent de combat. La science-fiction perd en ventes, nous annonce-t-on, mais refermer son univers éditorial autour des seuls auteurs francophones ne la valorisera pas mieux pour autant auprès de nos concitoyens. Le « made in France » n’est pas la solution miracle : la science-fiction a pour vocation de décortiquer le monde, et de spéculer sur sa destinée. Il faut donc ouvrir l’édition française à ce vaste monde, et encourager la traduction d’auteurs de langues et de continents habituellement ignorés. Un nouvel « âge d’or » de la SF est possible. Il suffit juste d’aller le chercher là où le monde respire, là où l’histoire s’écrit. En définitive, prendre le temps de lire ce que ces auteurs ont à nous raconter de l’humanité, à l’heure où elle vacille entre lumière ou obscurité.