Juste pour se faire plaisir.
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Juste pour se faire plaisir. Un nouveau rendez-vous est apparu sur la blogosphère ! L’opération Vases Communicants propose aux blogueurs littéraires d’échanger un texte entre blogs le premier vendredi du mois. Etant plus proche de la catégorie culturelle, j’ai proposé à un compère blogueur similaire à ma ligne éditoriale d’étrenner ce premier rendez-vous. Xapur s’est ainsi prêté au jeu, et vous propose dans ce billet de découvrir le jeu « Seigneur des Anneaux Online » dont il est un fin connaisseur. De mon côté, ma chronique BD est en ligne sur son blog ! Vous voulez en savoir plus sur l’opération Vases Communiquants ? Cherchez #VasesCommunicants sur Twitter et visitez le scoop-it Vases communicants pour trouver d’autres textes. Le Seigneur des Anneaux Online (alias sdao ou encore lotro = the lord of the rings online) est un MMORPG, un jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs, c’est à dire que des milliers de joueurs partagent leur aventure sur un serveur dédié. Popularisé par World of Warcraft, le genre compte maintenant pléthore de jeux, payantscomme gratuits. Géré par Turbine, un éditeur américain, le jeu est entièrement localisé en français et disponible gratuitement en téléchargement sur le site officiel (www.lotro.fr). Il existe depuis 4 ans, ce qui lui garantit des mécanismes bien rôdés et un contenu très riche. Le Seigneur des Anneaux Online se distingue par le fait d’exploiter officiellement une licence basée sur les oeuvres de Tolkien, et sur les films de Peter Jackson. Une grande fidélité qui se retrouve par exemple dans les races jouables: les humains bien sûr, mais aussi les elfes, les nains ou les populaires hobbits. Les joueurs évoluent dans les paysages du roman, magnifiquement modélisés, vous pourrez ainsi explorer la Comté, voir les trolls qui ont failli manger Bilbo, vous rendre à Fondcombe chez le seigneur Elrond ou encore vous perdre dans les dédales de la Moria… Un PC modeste suffira à le faire tourner, et vous en aurez plein les yeux sur des configurations plus puissantes, puisque les graphismes sont disponibles en DirectX 9, 10 et même 11 ! Et puisqu’il n’est pas possible que des milliers de joueurs incarnent les personnages centraux des livres, les développeurs ont pensé à une façon astucieuse de faire partie de la grande histoire : une quête épique nous emmène sur les traces de la Communauté de l’Anneau, dont nous croiserons les membres, les défendront ou effaceront leurs traces pour que les Nazguls ne les repèrent pas… Une façon amusante de retrouver la trame des romans sans pour autant bafouer l’univers. Au delà du MMORPG classique, lotro est un jeu avec une ambiance particulière. L’un des deux serveurs francophones est un peu plus favorable au jeu de rôle, et il n’est pas rare de voir des joueurs se comporter comme leur personnage, composer de la musique dans la grande salle du Poney Fringant à Bree ou simplement pêcher ! En Terre du Milieu, moins qu’ailleurs, on ressent la pression de monter des niveaux. Chacun joue à son rythme, avec une communauté souvent soucieuse d’aider et respectueuse des autres. Bien sûr, le contenu permet à tous les fans de MMORPG de combler ses attentes, les amateurs de raids y trouveront leur compte, avec des adversaires fabuleux comme des dragons, ou encore un combat contre le dernier boss ajouté récemment, le célèbre Saroumane. Un jeu avec un développement permanent puisqu’une grande partie de la Terre du Milieu est déjà couverte, et qu’une extension dévoilera le Rohan un peu plus tard dans l’année. Le Seigneur des Anneaux Online fait partie de la catégorie hybryde des free-to-play, des jeux à l’accès gratuit mais où du contenu supplémentaire pourra être débloqué en gagnant des points en jeu, ou en payant selon ses envies. Ceci dit, ce mode de jeu est un excellent moyen de faire un essai gratuitement puisque les premières zones sont entièrement gratuites. Pour ceux qui voudraient ensuite s’abonner, le montant mensuel est de 13 euros par mois, ce qui donne des bonus (plus de personnages, accès à toutes les zones, plus de stockage…). Alors, laissez-vous tenter ! Le roman Stranger in a Strange Land (En Terre Etrangère) de Robert Heinlein fut considéré en son temps comme un des livres inspirateurs du mouvement hippie. Et même si cette étiquette laissa l’auteur assez dubitatif, il reste intéressant de rechercher de quelles manières son œuvre influença la culture hippie. Prenons pour exemple musical le titre « Triad ». Certes, ce n’est pas à proprement parler une chanson purement heinleinienne. Elle fut écrite en 1967 par David Crosby et traite de la cohabitation amoureuse d’un ménage à trois, dans une vision purement hippie de « l’amour libre ». En cela, David Crosby s’inspire d’une expérience personnelle, mais fut également inspiré par l’ouvrage de Robert Heinlein, et y fait référence dans ses paroles avec « sister lovers » ou encore « water brothers ». « Triad » a une histoire mouvementée. D’abord jouée avec The Byrds, David Crosby se fâcha progressivement avec le reste de la bande au sujet des paroles de cette chanson, notamment avec le leader Roger McGuinn (guitariste) et le bassiste Chris Hillman. Il est probable que « Triad » ne fut qu’un prétexte, Crosby n’étant d’ailleurs plus très fidèle au groupe. Mais après l’enregistrement du titre en août 1967, les disputes se multiplièrent et débouchèrent deux mois plus tard à l’éviction de David Crosby du groupe. Crosby donna probablement la chanson au groupe Jefferson Airplane, ce qui explique la présence du titre dans l’album Crown of Creation (1968). Il réalisa ensuite un enregistrement public de « Triad » avec le groupe Crosby, Stills, Nash & Young’s, disponible dans l’album 4 Way Street (1971). La chanson réapparaît d’ailleurs dès 1987 dans un album d’archive des Byrds (Never Before) et figure depuis lors dans les best-of consacrés à ce groupe. Mais pour mieux vous familiariser avec cette chanson, je vous propose de découvrir ci-dessous ses paroles et les trois versions successives de son interprétation :
Triad – David Crosby (1967). You want to know how it will be
Merci à RCW pour nos échanges au sujet de David Crosby.
Et j’avoue être un peu déçu. Ce nouvel opus sonne comme un numéro de transition, un peu fade sur les bords, comme si la rédaction retenait son souffle en vue du prochain numéro consacré à l’immense icône Asimov. Cela se ressent dans la taille du dossier central, un certes très long interview de Christian Léourier mais qui n’est complété que par une nouvelle et la traditionnelle liste bibliographique. J’en retiens cependant une belle liste d’ouvrages à rechercher en bouquinerie, et je ne désespère pas de trouver un exemplaire de ce fameux essai sur l’origine de la vie qu’il publia au terme de ses études de philosophie. Les nouveaux lecteurs de Christian Léourier pourront fort heureusement prolonger leur découverte de l’auteur avec le premier tome du Cycle de Lanmeur. Poursuivons cependant avec un sujet qui fâche : les nouvelles. Mis à part celles de Christian Léourier (« La source ») et d’Eric Brown (« Essai à froid »), de bonne facture et captivantes, je me suis profondément ennuyé sur celles de Nina Kiriki Hoffman (« L’avenir du Marché des Souvenirs ») et de Thierry di Rollo (« L’éclaireur »). Rien de personnel, rassuez-vous, juste un profond désintérêt. J’en suis navré. Côté chroniques et rubriques habituelles, j’ai toujours autant de plaisir à faire mon marché dans les critiques littéraires. Ma carte bleue en pâtira une fois de plus. La chandelle de maître Doc’Stolze permettra aux retardataires comme moi de prendre connaissance des nouvelles et dossiers de revues spécialisées consacrés à la SF belge. Surprise au sommaire : le plus fameux morceau de ce numéro 65 reste certainement le tout nouveau rendez-vous Paroles de libraire, dont Christophe Coquelet de la librairie les Quatre Chemins essuyait les plâtres. Une très belle initiative, que j’espère retrouver avec impatience lors d’épisodes peut-être consacrés à des librairies comme L’Atalante (Nantes) ou Gwalarn (Lannion). Roland Lehoucq revient dans sa chronique sur la fin du monde, prévue selon les gogos du web pour le 21 décembre prochain. Les amateurs de sciences se régaleront du démontage en règle de la filière « neutrino » censée donner du crédit à la bouse infâme « 2012 » d’Emmerich. Un régal. Enfin, mon mauvais côté (ou face obscure) reste déçu par les Razzies 2012, assez mous dans l’ensemble, donnant plutôt dans le service minimum. Est-ce un premier signe de vieillesse ?
Mais comment réhabiliter un auteur de science-fiction injustement démoli par près d’un demi-siècle de rumeurs ? En publiant une anthologie démontant de manière irréfutable les calomnies. C’est l’exercice auquel se prêtent les éditions du Bélial’ avec ce recueil de neuf nouvelles (dont 6 récompensées par un Prix Hugo) présentées par Jean-Daniel Brèque, spécialiste éclairé de l’œuvre de Poul Anderson. Le résultat est brillant, et mérite de revenir en détails sur ces textes majeurs de la bibliographie de l’auteur américain. « Sam Hall », nouvelle faisant écho à une chanson traditionnelle américaine, fut écrite par Poul Anderson au début des années 50. Alors fasciné par les premiers « ordinateurs » géants, il imagine un monde futuriste totalitaire où le contrôle des individus se fait par leur fichage complet, mis à jour en permanence par des systèmes de cartes perforées. Le héros de « Sam Hall » est en charge de l’ordinateur central, un immense complexe stockant l’intégralité des données sur chaque citoyen. S’amusant à introduire dans la mémoire centrale le personnage fictif de Sam Hall comme fichier fantôme, il en fait rapidement une sorte de justicier masqué, et entraîne sans le vouloir le renversement du régime ! Un texte intelligent et bien renseigné sur l’informatique balbutiante de cette époque, qui relate non sans ironie comment un système totalitaire en vient à s’auto-détruire sans le savoir ! « Jupiter et les centaures » pourrait faire partie de ces nouvelles inspiratrices de Cameron pour son « Avatar ». Afin d’explorer Jupiter, les scientifiques ont développé une forme de vie humanoïde synthétique contrôlée par la pensée depuis une station orbitale. Anglesey, un biophysicien rendu invalide par un terrible accident, manipule la créature nommée Joe, premier humanoïde synthétique à parcourir la surface jovienne. Mais la machine permettant d’assurer le contrôle psychique de Joe a des ratés. Qui est à l’origine de ces pannes ? Joe ou Anglesey ? Bâtie autour du rêve d’exploration de mondes vierges exotiques et du besoin d’évasion d’un lourd handicapé, cette nouvelle a certes mal vieillie sur le plan scientifique. Mais sa puissance narratrice et ses personnages n’ont pas pris une ride, bien au contraire.
« Pas de trêve pour les Rois ! », qui valut un second Hugo (1964) à son auteur, déclencha lors de sa parution en France dans les années 60 une vive polémique. Basée dans un futur post-apocalyptique, cette nouvelle s’évertue à combattre l’oppression psychologique d’un groupe déterminé à priver le peuple américain de sa propre liberté de gouvernance. Cette nouvelle tient donc pour beaucoup du rejet de l’impérialisme établi au détriment du droit à la souveraineté des peuples. Il est donc amusant de noter que ce texte valut à Poul Anderson – aussi en raison d’autres éléments venus chagriner les éditeurs français – cette étiquette (contradictoire ?) de réactionnaire qui le suivit pendant plusieurs décennies. Peut-être faut-il voir dans ces anciennes critique le fait que cette nouvelle nous narre une contre-révolution, basée sur le refus d’un changement de société et le retour vers une situation passée présentée comme plus acceptable. Pris au pied de la lettre, un tel synopsis a des points communs avec une pensée réactionnaire. A la différence que le régime combattu souhaite mener une politique belliciste d’annexion des autres peuples, là où les contre-révolutionnaires priment le pacifisme, la souveraineté de chaque peuple et leur entente cordiale. Dans ces conditions, est-ce un discours si négatif que cela ? « Le Partage de la Chair » (Prix Hugo 1969) se focalise sur la question de l’humanité, en explorant un des tabous de nombreuses cultures : le cannibalisme. Pour l’occasion, Poul Anderson reprend l’idée d’une diaspora dispersée à l’échelle galactique et imagine la reprise de contact entre chaque monde. Une de ces expéditions connaît un incident fâcheux lorsqu’un de ses scientifiques est tué et mangé par un autochtone. La femme de ce scientifique, issue d’un monde barbare, exige d’exercer sa propre vengeance selon la charte fédératrice de l’Humanité en vigueur. Elle se retrouve ainsi sur ce monde, engagée dans une traque à mort du cannibale… Mais la nouvelle ne se limite pas à ce récit sanglant d’aventure. Rapidement, Poul Anderson révèle comment le cannibalisme est devenu une pièce maîtresse de ce monde, aussi bien pour les peuples civilisés que pour les sauvages que son héroïne doit traquer. Poul Anderson dépasse les arguments socio-culturels, et va jusqu’à imaginer que ce cannibalisme soit devenu une étape biochimique indispensable au cours du développement des individus mâles. C’est une explication fine, qui plonge jusqu’à l’intimité d’un comportement profondément ancré dans notre dégoût collectif. Au final, la nouvelle explore d’une manière inattendue la notion d’humanité en s’inspirant d’un de nos plus vieux tabous. « Destins en chaîne » est né d’un jeu d’écriture, à partir d’un prologue de l’écrivain Keith Laumer, comme nous l’explique Jean-Daniel Brèque en guise de présentation. Poul Anderson profita de l’occasion pour rendre hommage à P.K. Dick (ou le charrier, ce dernier ayant narré les aventures d’un Poul Anderson fictif enlevé par des voyageurs temporels dans « Waterspider » ). Le style et l’univers psychologique de la nouvelle sont donc très dickiens. Cette nouvelle n’a cependant pas fait des étincelles lors de ma lecture. J’avoue avoir apprécié l’hommage mais m’être ennuyé ferme en la lisant. Je préfère de loin lire un bon vieux Dick écrit par Dick.
« Le chant du barde » (Prix Hugo et Nébula 1973), titre-phare de ce recueil, se présente une nouvelle particulièrement poétique, bâtie sur le songe d’un sombre futur où la machine a dupé l’homme. La référence au mythe d’Orphée y est omniprésente. Comme le héros mythique, le harpiste souhaite retrouver son épouse, décédée après avoir été mordue par un serpent. Mais le dieu des Enfers n’est autre qu’un super-ordinateur, régissant la planète toute entière, et faisant croire aux dociles humains qu’il les réincarnera après leur mort. Tout comme Orphée, notre harpiste ne revient pas des Enfers avec sa Eurydice. Et après ce cuisant échec, il tente de monter les hommes contre le dictateur de silicium. Poul Anderson prend d’ailleurs parti dans la légende grecque et attribue à son harpiste un des destins supposés d’Orphée. A vous de lire cette nouvelle pour découvrir lequel ! « Le jeu de Saturne » est une nouvelle bien plus tardive dans l’œuvre de Poul Anderson. Curieux texte d’apparence assez morne, l’intrigue met en scène l’arrivée d’un vaisseau spatial à voile solaire dans la banlieue de Saturne après 8 ans de voyage. Ses passagers débutent alors un vaste programme d’exploration des lunes Japet et Titan. L’ennui du voyage a été progressivement comblé par un jeu de rôles proche de l’improvisation théâtrale permanente, reconfigurant les rapports sociaux entre membres de l’équipage dans une dimension virtuelle. Ce qui ne devait être au départ qu’un simple loisir se révèle une passion destructrice pour beaucoup, et dissipe énormément les astronautes en mission à la surface de Japet… Au point que l’accident devient inévitable. L’inclusion d’un jeu de rôle fantasy dans cette nouvelle de space opera a quelque chose d’anachronique, et Poul Anderson s’amuse visiblement beaucoup avec ce contraste. Reste que cette description d’un loisir aliénant, ôtant toute capacité de concentration aux astronautes partis en mission, laisse perplexe. Faut-il y voir, comme Jean-Daniel Brèque, une allusion aux médias de masse et à l’abrutissement qu’ils génèrent ? Possible, mais là encore, point d’attitude réactionnaire. Juste une raillerie face à ces ennemis déguisés embourbant nos esprits. A coup sûr, une nouvelle à plusieurs niveaux de lecture particulièrement visionnaire. Recueil captivant et particulièrement étoffé, le Chant du Barde a toutes les qualités pour réhabiliter Poul Anderson auprès du public français. Gageons que ce retour sur des bases assainies sera l’occasion d’une redécouverte de cet auteur américain – en attendant la traduction inédite de Tau Zéro chez Le Bélial’ par Jean-Daniel Brèque courant juin 2012. Une lecture commune avec Efelle. |
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