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Blogo-anniversaire : 6 ans de Traqueur Stellaire !

Six ans, ça se fête ! Si je suis toujours le premier étonné de la longévité de mon blog, cette date anniversaire de la création de Traqueur Stellaire est donc l’occasion de regarder dans le rétroviseur toutes ces années écoulées. Il y a 6 ans, j’étais encore doctorant et histoire de procrastiner un peu plus au laboratoire, je lançais ce blog. Le coup de tête était un peu réfléchi tout de même, puisque je voulais à l’époque laisser une trace de mes lectures en publiant leurs chroniques et explorer l’interface entre sciences et SF. Bref, 72 mois plus tard, la formule roule toujours et le blog ne perd pas de sa vigueur. Et pourtant, la vie d’un blogueur n’est pas toujours un long fleuve tranquille ! Mais à chaque fois, la passion a su me remotiver afin de poursuivre l’aventure :)

blogo_birthday

Revenons en quelques chiffres sur le bilan de cette sixième année. En l’espace d’un an, j’ai publié 214 nouveaux billets, soit un total de 1424 articles disponibles sur le blog. Le volume des rubriques a bien entendu augmenté en conséquence : 467 chroniques lectures, 241 billets scientifiques, 199 vidéos du dimanche, 145 articles cinéma, 122 jeux et miniatures, 117 entrées dans le journal de bord, 93 notes en vrac, 79 billets geeks et enfin 64 notes musicales. La moyenne des audiences s’avère légèrement supérieure à l’année passée avec un rythme mensuel de 18000 visites et 31000 pages vues. Merci à toutes et à tous pour ces très bons chiffres, qui ne peuvent que me motiver à continuer l’aventure ! Pour changer quelque peu, je vous propose cette fois-ci non pas les chroniques les plus populaires mais à la place mes billets préférés rédigés durant l’année écoulée :

 

 

Du côté des articles les plus populaires, le top 3 comprend de grands classiques : Stephen Hawking et les civilisations extra-terrestres, le warp drive et les Animaux dénaturés. Il faut descendre à la quatrième place pour y trouver un article récent consacré aux créationnistes américains. De manière générale, les billets scientifiques connaissent un très gros succès et se hissent dans le top 10 des meilleures visites, suivis de près par les billets geeks. On notera une certaine logique vis à vis de mes productions récentes, plus portées sur les sciences que les fictions. Côté sources et moteurs de recherche, les visites proviennent principalement des moteurs de recherche (52,7%), d’accès direct par favoris de vos navigateurs (31,7%), et de liens hypertexte (15,6%). Le moteur de recherche le plus populaire reste bien entendu Google (97,6%) qui ne laisse que des miettes à Bing (0,9%) et Yahoo (0,7%). Côté liens hypertextes, les réseaux sociaux Facebook et Twitter restent bien entendu majoritaires (60%) tandis que Google+ est totalement à la traîne (1,3%). De manière générale, le lien est surtout fourni via les réseaux sociaux et je vous remercie chaleureusement pour vos nombreux partages ! Qui plus est, le lien par blogroll reste encore une part importante de mes visites, mais le rétrolien tend à se raréfier au fil des années. La raison provient certainement de l’évolution des comportements des blogueurs sur le web : ces derniers privilégient désormais en priorité le partage sur les réseaux sociaux plutôt que la citation dans les billets.

good

Les mots-clés insolites sont toujours un grand moment de rigolade, aussi vais-je me plier à la tradition et relayer les plus croustillants. Peu d’originalité cette année, mais énormément de mots-clés associés aux thèses climato-sceptiques ou complotistes. Les intéressés ont dû être très déçus en découvrant mes billets, certains n’ayant pas manqué de rager dans les commentaires. Comme attendu, beaucoup de recherches aboutissent donc sur mon blog en tapant « reptiliens » (rajoutez n’importe quel lieu ou personnage à cette requête). Une preuve de plus du complot. Certains trolls habitués de ce blog ont un égo démesuré, puisque l’un d’entre-eux a tapé « commentaires de jim créationnisme » sur google. A quand ses oeuvres complètes publiées chez la Pléiade ? On notera aussi des recherches un peu plus absurdes comme « music conan le barbare qui pousse le moulin » ou encore « etre de lumiere presse galactique » qui pose avec courage la question du journalisme intersidéral. Enfin, sachez qu’une nouvelle discipline vient de naître : la « psychologie stellaire » ou comment Freud fut envoyé dans l’espace !

Maisouicestclair

L’avenir du Traqueur Stellaire ? Plutôt serein. Je poursuis bien entendu mes chroniques comme à l’accoutumée, mais je me suis beaucoup plus investi dans le suivi des événements scientifiques ou culturels auxquels j’assiste : en un mot, je fais enfin du livetweet ! En terme de nouveautés, ce n’est pas énorme ni révolutionnaire. Peut-être parce que tout simplement la formule actuelle du blog me plaît, et que je compte poursuivre ainsi encore un bon moment. Côté SFFF, je tente de relancer l’activité figurines et jeux de plateaux quelque peu délaissée ces derniers temps. La thématique autour de Lovecraft sera également poursuivie, et les chroniques littéraires s’enchaîneront dans les semaines prochaines. Je pense notamment aux lectures en cours que j’ai signalé directement sur ma page facebook, ou encore à ma grosse provision de comics Star Wars qu’il me faut chroniquer ! Côté communautés, j’ai rejoint cette année le Collectif Conscience, un réseau de blogueurs scientifiques qui me correspond beaucoup plus que les réseaux de blogueurs littéraires ou SFFF. Je me définis de plus en plus comme un scientifique s’intéressant à la science-fiction, bien que mes centres d’intérêt englobent plus largement toutes les déclinaisons de l’imaginaire. Aussi rejoindre un collectif de médiation scientifique représente une évolution naturelle du blog et se traduit déjà en échanges aussi positifs que constructifs. Bref, pour conclure, d’excellentes rencontres qui me changent des trolls polluant mes billets scientifiques ! Mais la plus belle rencontre, c’est bien entendu vous, chers lecteurs, que vous me suiviez directement sur mon blog ou sur les réseaux sociaux ;)

 

 

Ceci étant dit, j’en profite pour vous remercier une dernière fois pour votre soutien, votre fidélité et vos messages, et vous dis à très bientôt pour la septième saison de Traqueur Stellaire !


Mon classement des 15 meilleurs films de SF

Durant les premières années du blog, j’avais instauré un rendez-vous annuel autour de mes classements cinématographiques. Pas de quoi révolutionner la critique du 7ème art, mais l’occasion de dresser un petit bilan des films alors les plus marquants pour moi. Cet espèce de zeitgeist cinéma pourrait se décliner pour tout support culturel, mais l’exercice m’a laissé au fil du temps un bon souvenir. Peut-être parce qu’il requiert de sélectionner quinze films, un nombre limite plus contraignant qu’il n’y paraît, et nécessitant une bonne réflexion avant de rédiger ce classement. Quatre ans après le précédent épisode, il me semble que le moment est venu de revisiter ce classement et d’en proposer une nouvelle édition.

 

 

children_of_men1. Les fils de l’homme

Chef d’oeuvre d’Alfonso Cuarón, film poignant, à l’esthétique crue et bouleversante, Les fils de l’homme s’est hissé au fil des ans au sommet de mes souvenirs cinématographiques. Dystopie terrible dans laquelle l’Humanité vacille au bord de sa destruction, ce long-métrage sacralise l’espoir quasi-mystique que chacun peut mettre entre les mains des générations à venir. Notre bien le plus précieux est-il l’enfant ? Si vous ne connaissez du réalisateur que son récent Gravity, ruez-vous sur Les fils de l’homme. Vous devriez plus qu’apprécier ce film, à même de marquer votre mémoire au fer rouge.

 

space_odyssey22. 2001 : l’odyssée de l’espace

Film mythique de Stanley Kubrick né d’une collaboration avec Arthur C. Clarke, 2001, l’odyssée de l’espace divise son public. Film expérimental génial ou foutoir incompréhensible ? En d’autres termes, faut-il regarder ce long-métrage en 2014 ? Indiscutablement, oui. Car si rien ne remplace un visionnage pour se forger son propre avis, 2001 est devenu une référence incontournable du film spatial. J’en veux pour preuve les nombreuses inspirations affichées par Nolan dans son récent Interstellar. Ne serait-ce que pour admirer le travail de hard science de Kubrick comme le voyage métaphysique de Dave, 2001 est une curieuse œuvre expérimentale qui mérite le détour.

 

moon-movie13. Moon

Moon fut une très bonne surprise. Son scénario, plutôt bien ficelé et se concentrant sur un huis-clos pertinent, captive à l’écran. Diffusé en avant-première aux Utopiales 2009, j’ai eu ainsi l’occasion de l’apprécier dans une salle de cinéma digne de ce nom. Premier film du réalisateur Duncan Jones, il s’inscrit comme un excellent film d’anticipation et un huis-clos psychologique particulièrement brillant, mêlant les thèmes de la solitude, de l’intelligence artificielle et de l’incontournable question des trois lois de la robotique d’Asimov. Hélas, Moon a surtout connu en France une distribution direct to dvd … Un tort énorme, mais qui ne doit pas vous détourner de l’achat d’une copie de ce brillant long-métrage.

 

4gattaca_filmBienvenue à Gattaca

Le film d’Andrew Niccol a marqué son époque, car en pleine course pour le premier séquençage du génome humain et alors que la brebis Dolly défrayait la chronique, il sut parfaitement s’insérer dans le débat bioéthique de la fin des années 90. Bienvenue à Gattaca n’a pas pris une seule ride, bien au contraire. Anticipation sociale à mi-chemin entre Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley et THX 1138 de George Lucas, ce long-métrage fait toujours autant réfléchir. Un film demeurant aussi utile que passionnant. Encore un titre à rajouter dans sa vidéothèque les yeux fermés. Allez-y, c’est inscrit dans vos gènes !

 

 

5blade_runner_poster. Blade Runner

Forcément, Blade Runner. Chef d’oeuvre de Ridley Scott, que je n’ai jamais eu occasion de chroniquer. Et pourtant, j’aurais tellement de choses à dire… Tout d’abord la comparaison avec la novella de P.K. Dick, qui se défend honorablement; l’esthétique dystopique et futuriste du film, son rythme envoûtant, le mystère entourant Rick Deckard, magistralement interprété par Harrison Ford, et bien entendu les inoubliables scènes finales de ce trésor du cinéma de science-fiction. Sans oublier la bande-originale de Vangelis, qui a énormément tourné sur ma platine à l’époque. On en reparle dans un prochain billet ?

 

matrix_16. Matrix

Même constant, je n’ai jamais chroniqué ce grand classique de mon adolescence. Peut-être parce que suite au succès de ce premier opus, tout (ou presque) a été dit. Film d’anticipation troublant, doté d’une forte dimension philosophique, peut-être même trop sur-vendu malgré ses qualités indéniables, Matrix est aussi un excellent film d’action, à l’esthétique presque révolutionnaire pour l’époque. Timing parfait, il sort à l’aube du nouveau millénaire, en pleine crise d’identité mondiale et d’angoisse autour du fameux « bug de l’an 2000  » . Nous ne sommes pas des marchandises pour les robots du futur … Wake up, Neo !

 

soleil-vert-film7. Soleil vert

Soleil vert est un film d’anticipation climatique devenu célèbre en raison de son terrifiant twist final. Se déroulant en l’an 2022, il met en scène l’asphyxie de la Terre suite à l’épuisement de ses ressources, la sur-population et  le réchauffement climatique d’origine anthropique. Bâti comme une enquête policière, il met en scène un Charlton Heston moyennement convaincant. Mais l’intérêt est bien entendu dans ses personnages secondaires et la révélation finale qui attend le spectateur. Plus que ça, Soleil vert est devenu une référence culturelle et idéologique forte. Que ce soit dans la culture geek ou dans le militantisme écologiste, ce film reste encore aujourd’hui culte.

 

220px-Duneposter8. Dune

Film maudit comme chacun le sait, mais pourtant meilleure adaptation à l’heure actuelle d’une partie du Cycle de Frank Herbert. Il s’agit d’une madeleine de Proust pour moi, car je dois beaucoup à la découverte de ce long-métrage à l’esthétique marquante. Hélas, à chaque fois que je le revisionne, je regrette que le projet de Jororowsky ait échoué. Bref, son souvenir devient pour moi de moins en moins impérissable au fil des années…

 

 

interstellar_affiche9. Interstellar

Étonnés ? Ma foi, j’ai trouvé ce dernier Nolan particulièrement réussi et je fais le pari qu’il restera dans mon top 15 durant un bon moment. Les principaux arguments compatibles avec un tel classement sont, à mon sens, la réflexion profonde sur le sens de la vie, l’amour des siens et de l’humanité, et l’approche scientifique de son esthétique contemplative (même si la physique d’Interstellar est loin d’être parfaite). Oui, Nolan a tapé fort, et marquera à mon avis l’histoire du cinéma de science-fiction.

 

 

silent_running10. Silent Running

Silent running est un film plutôt bien réussi pour l’époque, avec un souci de réalisme agréable, qui permet de s’immerger assez vite dans l’histoire. Ce film privilégie la réflexion à l’action. La nature y joue bien entendu le rôle central. Seule passagère féminine du vaisseau spatial, elle est représentée comme une mère nourricière bienfaitrice. A l’inverse, les trois autres membres de l’équipage ne sont que des gamins inconscients, turbulents et destructeurs. L’ode écologiste colle bien avec son temps, et n’a pas tant vieilli que cela. Un film à découvrir ou à revoir.

 

 

DV_empire_contre_attaque11. Star Wars V : l’Empire contre-attaque

Second film chronologiquement produit  pour la saga Star Wars, il ne fut pas réalisé par George Lucas (scénario et production) mais par Irvin Kershner. Le regretté réalisateur a laissé une emprunte forte dans la saga, signant par la même occasion un des épisodes les plus appréciés des fans de l’univers. Certainement mon préféré des deux trilogies, tout autant en raison de la richesse de son scénario que bien entendu en raison de son célébrissime twist.

 

 

starship-troopers12. Starship Troopers

Adaptation satirique du célèbre roman de R.A. Heinlein, souvent jugée à tort comme premier degré ou comme parodie de l’oeuvre du Maître. Starship Troopers est pourtant, sous ses deux formes, une grinçante critique de l’interventionnisme américain. Comble du hasard, quatre ans plus tard était élu George W. Bush, et les marines américains devaient connaître leur Klendathu sur les sols irakiens et afghans. Starship Troopers est décidément un drôle de pastiche…

 

 

district-9-mothership13. District 9

District 9 est un bon film de science-fiction. Réalisé comme un mélange entre le documentaire-fiction et le film d’action, il plonge le spectateur dans une uchronie spéculative, où la « rencontre du troisième type » est explorée en profondeur. Ici, il n’est pas question de choc militaire apocalyptique ou de space opéra baroque. Le choc est social, culturel et politique. Entre les lignes, Neill Blomkamp dresse un portrait acerbe de la société sud-africaine, et dénonce aussi bien l’apartheid que les tensions sociales actuelles de son pays natal au travers de son film.

 

 

cargo_poster14. Cargo

Film présenté en compétition internationale dans le cadre des Utopiales de Nantes, Cargo est un long-métrage suisse d’Ivan Engler et Ralph Elter, deux jeunes cinéaste qui réalisent ici le tour de force de nous présenter un film de science-fiction spectaculaire et abouti avec un budget de production très modeste. Si vous ne connaissez pas ce superbe space-opera, je vous le conseille fortement. Il n’est hélas sorti qu’en direct to dvd, et encore avec une distribution limitée. Désormais un peu plus facile à se procurer, il ne vous manquera plus qu’un grand écran pour vous transporter dans l’espace…

 

terminator_198415. Terminator

Dans un futur proche, Skynet a bien failli détruire l’humanité toute entière. Un seul homme a pu maintenir l’espoir parmi les rangs de la résistance humaine : John Connor. Le premier opus de la saga reste un bon thriller, menant une belle intrigue de voyage temporel et de guerre totale futuriste contre des robots intelligents. Là encore, le twist se révèle peu à peu et laisse un souvenir impérissable. L’exemple typique du film tout à fait correct, même remarquable sans être un chef d’œuvre, et devenu indiscutablement culte.

 

 

 

D’accord ? Pas d’accord ? Envie de donner votre propre classement ? Les commentaires sont à vous ;)


[En direct] Atterrissage de la sonde Philae sur la comète Tchouri !

L’événement peut être qualifié d’historique : pour la première fois, une sonde va tenter de se poser à la surface d’une comète ! Aboutissement de la mission Rosetta, le petit robot Philae va être éjecté de la fameuse sonde actuellement placée sur une orbite favorable à la manœuvre au-dessus de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko.

La scène se passe à quelques 510 millions de kilomètres de la Terre. Rosetta doit larguer le robot Philae sur le site Agilkia depuis une altitude de 20 km. Aucun pilote automatique, Philae est un laboratoire robotisé de 100 kg qui devra tomber sur une zone elliptique de 900 mètres sur 600. Depuis lundi, les ingénieurs du CEOS (European Space Operations Centre) travaillent à l’envoi des instructions pour cet atterrissage historique. Après un petit retard d’allumage du robot, le voilà désormais opérationnel et ses batteries rechargées. Tout est désormais prêt pour le grand saut !

Mais au-delà de l’exploît technologique, Philae vient compléter la mission Rosetta en réalisant des expériences physico-chimiques à la surface de la comète. Son objectif majeur, l’étude des molécules d’eau et des traces organiques présentes à sa surface. selon toute vraisemblance, les comètes ont contribué à la formation des océans sur Terre voici 3-4 milliards d’années. Dans quelle mesure ont-elles également apporté les briques élémentaires indispensables à l’apparition du Vivant ? Telles sont les questions passionnantes auxquelles Philae tentera d’apporter des réponses.

rosetta_atterrissage

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Interstellar – Christopher Nolan (2014)

interstellar_afficheDans un futur proche, la Terre agonise. Les conditions climatiques sont chaque année plus difficiles et des pathogènes ravagent les dernières cultures. Pire encore, l’activité microbienne force le déclin de la teneur en dioxygène de l’air. D’ici une ou deux générations, les derniers humains mourront de faim ou étouffés. Cooper, ancien pilote d’essai et ingénieur, a raccroché depuis que toute innovation aérospatiale a été mise au placard par des gouvernements paniqués. Devenu agriculteur, il tente de faire survivre sa petite famille malgré l’effondrement technologique et la hausse des aléas climatiques. Bon père de famille, il joue le jeu des histoires de « fantômes » de sa fille Murphy, une pré-adolescente aussi intelligente que fragile. Les messages que l’enfant croit discerner à partir de traces de poussière indiquent des coordonnées, à une journée de route de la ferme familiale. Cooper et sa fille découvrent par hasard, en s’y rendant, une base opérationnelle de la NASA que les gouvernements maintiennent dans le plus grand secret. Ils y rencontrent le Professeur Brand, un astrophysicien chargé de mettre en place un ambitieux programme de sauvegarde de l’Humanité ad astra

Film américano-britannique réalisé et co-scénarisé par les frères Nolan, Interstellar s’inspire d’une idée originale de l’astrophysicien Kip Thorne. Le projet, initialement développé courant 2006 par DreamWorks et Steven Spielberg, est finalement abandonné peu de temps après. Six ans plus tard, Christopher Nolan reprend le flambeau. Peut-être en avait-t-il entendu parler de la bouche de son frère, Jonathan Nolan, alors engagé comme scénariste par Spielberg. Le film devient alors une petite aventure familiale. En avril 2013, Matthew McConaughey et Anne Hathaway sont annoncés à l’affiche, tandis que Matt Damon y fait une apparition rapide en tant que second rôle. Le tournage commence en août 2013 : outre les inévitables scènes réalisées en studio, l’équipe s’est servi des magnifiques sites islandais de Snæfellsjökull et Klaustur comme décors naturels. Kip Thorne n’est pas pour autant oublié dans l’affaire. Il reste associé aux effets spéciaux en tant que conseiller scientifique, et travaille plus précisément sur le réalisme du voyage spatial développé dans le scénario. La bande-originale est composée par Hans Zimmer, signant par la même occasion sa cinquième collaboration avec Nolan. Actuellement en salles, le film reçoit un accueil très favorable de la presse et du grand public, au point de pouvoir parler de film événement en cette fin d’année 2014.

A l’écran, Interstellar se présence comme une fresque époustouflante. Au terme des 169 minutes de visionnage, ce nouveau Nolan parvient à conjuguer contemplation, introspection et action haletante. L’intrigue prend le temps d’explorer deux axes majeures : tout d’abord, le voyage interstellaire de nos astronautes, bien entendu principal argument de promotion du film ; et enfin la relation père-fille entre Cooper et Murphy, sorte de fil rouge psychologique de l’intrigue. Ces deux thèmes permettent de renforcer l’empathie du spectateur pour Cooper, qui n’apparaît pas comme un banal héros américain superficiel mais comme un père de famille, tiraillé entre sa volonté de revenir auprès de sa fille et le désir d’offrir un avenir meilleur pour l’Humanité. Les deux buts ne sont pas totalement incompatibles, bien au contraire, et s’entre-mêlent tout au long du film. D’une manière assez inattendue, le scénario de Interstellar rappelle d’ailleurs les romans de R.C. Wilson ou de Christopher Priest ; impossible à ce sujet de ne pas citer Le Prestige (2006), précédente adaptation de Nolan tirée du roman éponyme de Priest. Que ces influences soient volontaires ou non, Interstellar possède lui aussi cette petite musique du drame familial, teintée de nostalgie et de regrets, à l’image d’une vieille photographie couleur sépia aux contours déchirés. Même à l’autre bout du trou de ver, nos héros emportent avec eux leur propre nature humaine, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Point de manichéisme pour autant de la part des frères Nolan, qui se contentent au final d’étudier la plus forte émotion de l’espèce humaine : l’amour. Cet amour de la vie, qui pousse les astronautes à tenter de trouver un nouveau berceau pour l’Humanité tout comme elle peut faire ressortir leurs plus noirs desseins. L’amour filial, celui d’une petite fille qui refuse le départ de son père et poursuivra son fantôme durant toute sa vie. L’amour d’un père, pour qui rien n’a plus d’importance que de transmettre un avenir à ses enfants. L’amour d’une femme, enfin, d’apparence irraisonné et pourtant mû d’un instinct comme d’une vérité bien plus puissants que la science. C’est cet amour que Cooper, Murphy ou Amelia Brand vont vivre, traquer à travers l’espace-temps et les équations, et qui persistera même au-delà de la singularité gravitationnelle. Que Interstellar nous emmène aussi loin pour nous parler d’amour n’est pas qu’uniquement poétique. Il s’agit d’un magnifique message d’espérance, aussi bien en la vie qu’en l’Humanité. Interstellar se révèle telle une grande fresque cinématographique, dont la véritable beauté dépasse de loin les prouesses de ses effets spéciaux.

Mais puisque Interstellar n’attirerait pas autant l’attention sans ses promesses d’une odyssée spatiale réaliste et haletante, revenons brièvement sur la cohérence scientifique de ce long-métrage. Avant toute chose, il me semble important de rappeler que Interstellar est une fiction, et que Nolan n’a jamais eu l’intention de porter à l’écran un documentaire d’astrophysique. Qu’un film de science-fiction recherche une certaine cohérence est toujours louable : la science-fiction se décline, après tout, comme un dialogue entre les sciences et l’imaginaire, aussi est-il particulièrement agréable de noter que Interstellar s’imprègne de physique moderne. Les efforts de réalisme sont autant dans les détails que dans les grandes lignes : aucun bruit ne se diffuse dans l’espace, la gravité artificielle du vaisseau est due à la force centrifuge, et la dilatation du temps en relativité est un élément central du scénario. Cependant, comme pour toute œuvre de fiction, le spectateur est invité à suspendre son incrédulité le temps de la projection afin de mieux pouvoir apprécier le divertissement qui s’offre à lui. Aussi la recherche d’une vérité scientifique dans Interstellar est une fausse piste ; l’intérêt de ce film est bien ailleurs. Nolan n’en fait d’ailleurs pas de mystère. Si, selon toute vraisemblance, une volonté de réalisme l’a conduit à conserver le physicien Kip Thorne en tant que conseiller scientifique lors de la reprise du projet, ici l’homme de science chuchote à l’oreille du réalisateur, et non l’inverse. La démarche n’est pas sans rappeler 2001, l’Odyssée de l’espace de Kubrick, resté lui aussi célèbre en raison de son réalisme scientifique malgré sa conclusion pour le moins allégorique. La comparaison entre les deux œuvres est d’ailleurs troublante. Le tunnel coloré aspirant Bowman aux alentours de Jupiter évoque un « trou de ver » ; dans Interstellar l’entrée du « trou de ver » est cette fois-ci située à proximité de Saturne. Une intelligence artificielle accompagne les astronautes dans les deux films, à la différence près que si HAL 9000 est malveillant, Tars est doté d’une profonde empathie envers l’espèce humaine. Enfin, le voyage final de Cooper présente tellement de similarités et de références à 2001 que l’analyser plus en détails reviendrait à révéler l’intrigue de Interstellar. De toute évidence, considérer le nouveau long-métrage de Nolan comme un héritier du film expérimental de Kubrick n’est donc pas si exagéré, bien au contraire, et permet par analogie de mieux comprendre la démarche de Nolan.

Modélisation de l'effet d'un trou noir sur la lumière par Thorne (à gauche) et représentation numérique du trou noir géant "Gargantua" (à droite).

Modélisation de l’effet d’un trou noir sur la lumière par Thorne (à gauche) et représentation numérique du trou noir géant « Gargantua » (à droite).

Si notre réalisateur utilise la science comme toile de fond pour son long-métrage, reste à mieux comprendre comment Kip Thorne a contribué à l’esthétique de Interstellar. Nous avons tous en tête la fameuse représentation numérique du trou noir géant « Gargantua » , porté à l’écran avec son impressionnant anneau de débris orbitant autour du maelström discoïdal. La scène est déjà devenue culte. A l’origine de cette représentation numérique, le physicien Kip Thorne est un ancien chercheur du Caltech. Particulièrement porté sur la vulgarisation de la relativité auprès du grand public, il se passionne depuis des décennies pour les trous noirs et les « trou de ver » . Déjà en 1983, Thorne avait suggéré à Sagan d’inclure un tel corps hypothétique dans son roman Contact. L’idée est plutôt séduisante en science-fiction, puisque le « trou de ver » est un objet céleste hypothétique reliant deux régions très éloignées de l’espace-temps tel un raccourci spatial. La relativité permet, sur le papier, d’imaginer qu’un « trou de ver » soit constitué par la jonction de deux trous noirs à chaque extrémité. Mais porter à l’écran un trou noir ou un « trou de ver » pose un paradoxe épineux : les trous noirs n’émettant pas de lumière, ils ne seraient repérables que grâce à l’effet de lentille gravitationnelle produit par leur positionnement entre l’observateur et l’espace étoilé situé en arrière-plan. Comment représenter à l’écran un objet astronomique sans lumière ? Mission impossible, me direz-vous ! Thorne a pour se faire généré des équations décrivant différentes situations plausibles selon la position de la caméra virtuelle. Puis, afin de renforcer l’aspect esthétique auprès du spectateur, certaines libertés ont été prises. Paul Franklin, un des responsables des effets spéciaux, a ainsi eu l’idée de rajouter un anneau de débris brillants au trou noir « Gargantua ». Le résultat final déforme forcément l’exacte représentation d’un trou noir, ce que Thorne reconnaît volontiers. Jean-Pierre Luminet a ainsi fait remarquer sur son blog que la modélisation de Thorne néglige l’effet Doppler. Dans un échange de courriels, l’intéressé explique cette omission volontaire par rapport aux besoins cinématographiques. En effet, l’effet Doppler rendait le disque du trou noir trop asymétrique, et créait à l’écran une désorientation qui risquait de perturber le spectateur durant la séance de projection. Le réalisme scientifique s’arrête donc là où commencent les exigences cinématographiques, mais faut-il pour autant le déplorer ? Car la démarche reste tout de même cohérente et remarquable : Nolan tire directement son inspiration de la science moderne, puis utilise les équations de Thorne afin de composer son spectaculaire tableau spatial. En cela, Interstellar peut malgré tout être qualifié de film réaliste, bien plus proche de la hard science que du space opéra.

La science-fiction ouvre un dialogue entre fiction et connaissances humaines. A une époque paradoxale où la société n’a jamais autant été technophile tout en négligeant la culture scientifique, Interstellar apparaît comme une véritable bouffée d’oxygène. Si ce long-métrage ne propose pas un réalisme scientifique des plus rigoureux, il invite le spectateur à la rêverie savante. Encore mieux, Interstellar fait partie de ces films de science-fiction capables d’inspirer des vocations scientifiques aux plus jeunes. Voyagerons-nous un jour à travers un trou de ver ? Probablement jamais. Mais de même que nous ne clonerons pas les dinosaures de Jurassic Park, le blockbuster de Spielberg avait su faire naître un vif engouement pour la paléontologie et la génétique chez son public. Parions que Interstellar suscitera la même fascination pour l’astrophysique au sein d’un public hélas bien trop déconnecté de la science…

 

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Gaïl – Druillet

gail-druilletLone Sloane est devenu amnésique. Privé de ses pouvoirs, son vaisseau détruit et ses compagnons disparus, le voilà capturé et envoyé comme bagnard dans la prison spatiale de Sainte-Marie-des-Anges, où l’Empire enferme les criminels et dissidents politiques. Le centre pénitentiaire, surpeuplé, n’est qu’un vaste camp de recrutement des plus forts comme mercenaires, tandis que les plus faibles sont impitoyablement éliminés. Sloane se réveille alors brutalement, et prend la tête d’une révolte sanglante. La situation attire Merennen et ses armadas de cyborgs rebelles, mais alerte également la flotte impériale de Shaan. Une gigantesque bataille se déroule dans l’espace de Sainte-Marie-des-Anges, et Sloane n’en a cure. Le néo-terrien a compris que les véritables architectes de ce vaste complot viennent des Enfers. Détruire ces créatures cruelles ne sauvera pas seulement la galaxie, mais libérera par la même occasion Lone Sloane de ses chaînes.

Dessiné à partir de 1974, Gaïl est achevé et publié en 1978. L’ambiance transite progressivement des ténèbres vers la lumière grâce aux combats à caractère presque initiatiques de Sloane. Druillet divise sa galaxie entre deux blocs hostiles : l’Empire de Shaan, sorte d’hégémonie occidentalisante, et les troupes de Merennen, cyborgs uniformément menés dans un faux combat marxiste pour la seule gloire de leur despote. Aucun camp ne trouve grâce aux yeux du lecteur, qui ne manquera pas de noter l’analogie avec l’affrontement des deux blocs durant la guerre froide. Sloane est capturé puis enfermé dans un goulag spatial, autre preuve de la déshumanisation des deux blocs et du rejet catégorique de Druillet à leur égard. Rapidement, nos deux puissances se ridiculisent en s’autodétruisant dans un affrontement stérile, et tandis que Sloane les abandonne à leur triste sort, s’engage alors un autre combat, plus onirique, à l’issue duquel l’auteur symbolise ses espérance pour notre monde.

En combattant les responsables de ce vaste complot visant à détruire la galaxie humaine, Sloane s’attaque aux démons même de l’Humanité. La finalité de ce combat vise à déterminer l’avenir de la galaxie, tout en semblant vouloir trouver une issue à l’impasse civilisationnelle de cette fin de XXème siècle. Et au bout du tunnel, seule une renaissance par la nature s’offre à notre héros. Un message bien entendu écologiste, qui correspond parfaitement avec l’esprit des années 70. Le scénario reste donc plutôt attendu et ses allégories facilement identifiables. Cependant, cette bande-dessinée doit beaucoup au style même de Druillet, et à ses planches démesurément baroques qui ne peuvent que renforcer ses métaphores. Les doubles pages illustrées forçant à retourner l’album pour poursuivre la lecture ouvrent l’espace des planches au-delà de leur format habituel et renforcent l’impression d’immensité écrasante propre aux décors de Druillet. Quant aux intrusions de photographies, elles créent un bien curieux rapport de l’auteur avec son histoire. En s’incrustant dans ses planches, devient-il simple spectateur ou entité bienveillante penchée au-dessus des aventure de Sloane ? Comme à l’accoutumée, l’approche psychédélique de ces planches confère un aspect expérimental propre au style de Druillet, qui signe là une magnifique bande-dessinée.