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Les Bogdanov se défendent très mal

IG_BogdaVoilà que resurgit l’affaire Bogdanov dans les médias. Dernier volet de cet interminable feuilleton, les deux jumeaux stars du petit écran ont été déboutés par le tribunal administratif de Paris suite à leur plainte contre le CNRS. En effet, les Bogdanov réclamaient plus d’un million d’euros de dommages et intérêts au centre national de la recherche scientifique pour avoir rédigé un rapport critiquant fermement le contenu scientifique de leurs thèses de doctorat respectives. Le dénouement d’une longue série de querelles par médias interposés et de recours juridiques ?

Sylvestre Huet revient en détails sur le cas Bogdanov, de quoi relancer la polémique. Pour ma part, j’avais publié un long billet explicatif sur l’affaire Bogdanov voici quelques années, il ne me semble donc pas nécessaire de revenir en détails sur le sujet. Cependant, notons qu’une fois de plus, les jumeaux Bogdanov se défendent très mal. En effet, porter devant la justice leur différent avec le CNRS ne pouvait qu’aboutir à un échec judiciaire. Aucun juge n’aurait tranché en leur faveur, pour deux raisons somme toutes logiques : la Justice ne peut en aucun cas se substituer à un conseil d’experts scientifiques, et ce rapport portant sur le contenu de leurs recherches ne relevait nullement de l’attaque ad hominem. Chou blanc prévisible, les deux jumeaux en sont pour leur compte avec une condamnation à verser 2000 euros au CNRS !

Lors de la publication du compte-rendu du CNRS par le magazine Marianne, j’avais pris le temps de parcourir les deux thèses de doctorat des frères Bogdanov ainsi que les différents commentaires de la communauté scientifique. En premier lieu, il est évident que leurs manuscrits ne répondent pas au niveau d’excellence exigé pour une thèse financée ou soutenue par le CNRS. D’ailleurs, l’organisme n’a nullement accueilli les jumeaux durant leurs doctorats, qu’ils ont soutenus à l’Université de Bourgogne. Ce campus de province n’était certainement pas le mieux placé pour accueillir des sujets de recherche aussi ambitieux sur le plan théorique, mais passons. Le jury de thèse, constitué probablement avec complaisance et amitiés professionnelles, n’a rien d’honnêtement blâmable, la chose est courante dans la recherche scientifique. Leurs manuscrits furent très certainement évalués selon des critères d’exigence au-dessous de ceux exigés des doctorants du CNRS, mais notons également que nul laboratoire du prestigieux centre de recherches français n’aurait accueilli les deux frères ! Enfin, les soutenances ont démontré quelques faiblesses des candidats, chose tout aussi commune qui souligne, en temps normal, que le jury n’est vraisemblablement pas en présence de thèses et doctorants d’excellence.

En définitive, les thèses des Bogdanov n’ont rien d’exceptionnel. Il s’agit de thèses plutôt médiocres issues d’une université de province, comme il s’en soutient des dizaines chaque semaine. Seulement, l’éclairage médiatique de ces deux stars du PAF et les crispations accumulées par les physiciens à l’encontre des jumeaux ne pouvaient que favoriser une aussi vive polémique ! Notons cependant que ces thèses, aussi critiquées soient-elles, ont été acceptées et que les frères Bogdanov ont reçu leurs diplômes de doctorat. Aussi vive que soit la polémique, ce fait est désormais gravé dans le marbre. Et dans un sens, il faut s’en réjouir. Car si le CNRS exigeait et obtenait, par je ne sais quelle ingérence, l’annulation de leurs diplômes académiques, il faudrait dans ce cas réexaminer toutes les thèses obtenues au fil du rasoir depuis celles des Bogdanov. Cette démarche, particulièrement lourde, serait pourtant nécessaire, dans un souci d’équité et afin de ne pas transformer les jumeaux en martyrs médiatiques.

Or, que faire des doctorats encore plus calamiteux ? Pour avoir assisté à de nombreuses soutenances de par mon profil professionnel, il m’est arrivé de constater, atterré, les faiblesses abyssales de certains candidats. Du doctorant considérant les Cétacés comme des poissons à l’étudiant incapable d’établir une droite de régression, les perles de soutenance de thèse valent bien celles du baccalauréat. Ont-il été refusés pour autant ? Non, bien entendu, car une fois le manuscrit accepté et la date de soutenance fixée, l’école doctorale n’a aucun intérêt à ce que le procès-verbal statue en défaveur du candidat pour de tels « détails ». Toute soutenance échouée étant un mauvais point pour le laboratoire d’accueil comme pour l’école doctorale, il vaut mieux laisser passer un candidat médiocre au terme de son doctorat. La chose se justifie d’autant plus dans un contexte politique poussant à condenser les thèses en trois ans maximum.

Les frères Bogdanov n’ont donc aucun souci à se faire : ni le ministère, ni le CNRS n’ont intérêt à déclancher un « phd-gate » en France. Aussi auraient-ils mieux fait de laisser couler la polémique en acceptant des critiques défavorables à l’encontre de leurs travaux, plutôt que de saisir la justice et subir cette condamnation en guise de camouflet. Porter plainte leur a définitivement causé plus de tort que de rester impassibles, sans parler du retour de flamme dans la presse ! Le rapport du CNRS dénonce les faiblesses des thèses des Bogdanov : sur ce point, les auteurs de ce document ont probablement vu juste. Car pour valider des recherches scientifiques, il n’existe qu’un seul outil d’évaluation infaillible, comme le rappelait Richard Monastersky dans « The Chronicle of Higher Education » : « There is one way…for physicists to measure the importance of the Bogdanovs’ work. If researchers find merit in the twins’ ideas, those thoughts will echo in the references of scientific papers for years to come  » . Dans le cas des frères Bogdanov, un rapide examen sur Google Scholar m’indique qu’aucun article paru ces dernières années ne cite leurs travaux (mis à part deux auto-publications que l’on ignorera par conséquent). Le lecteur en tirera donc les conclusions qui s’imposent quant à la pertinence des travaux scientifiques des Dr. Bogdanov …


Les plantes OGM sont-elles compatibles avec une agriculture écologique ?

Depuis une vingtaine d’années, le débat sur les plantes génétiquement modifiés est particulièrement sensible. Deux camps irréconciliables s’affrontent, et les susceptibilités prenant bien trop souvent le pas sur la raison. Depuis une dizaine d’années, je m’intéresse au sujet pour de multiples raisons : d’abord parce que ma formation universitaire m’a conduit à décrocher un diplôme de Master 2 Biologie et biotechnologies végétales ; ensuite en raison de ma sensibilité écologiste, qui me pousse à me définir comme naturaliste plutôt que scientifique. Sujet sensible que j’ai volontairement évité d’aborder sur ce blog pendant de nombreuses années, il m’a semblé nécessaire de briser ce tabou, mais d’une manière un peu particulière. Il faut en effet reconnaître que le débat dépasse largement le domaine scientifique : derrière les biotechnologies végétales se cache un système productiviste intensif peu respectueux de l’environnement, bâti sur le modèle d’une économie ultra-capitaliste. Face à des systèmes agricoles que je qualifierais de « vertueux » comme l’agriculture biologique ou raisonnée, les plantes génétiquement modifiées ont mauvaise presse. Comment les rendre compatibles avec un modèle agricole vert, alternatif et durable ? Question d’autant plus sensible que dans ces débats passionnés, le génie génétique se retrouve le plus souvent diabolisé. Or si des firmes comme Monsanto ont largement mérité leur mauvaise réputation dans les médias et l’opinion publique, ce parti-pris crée une regrettable confusion entre l’outil biotechnologique et ces multinationales. Or il est nécessaire de prendre conscience que l’amélioration génétique, comme tout outil technologique, peut être utilisée à bon ou mauvais profit !

Entendons-nous bien, si les plantes génétiquement actuellement commercialisées sont en de nombreux points condamnables, toutes ces critiques ne font que renforcer mon opinion d’une mauvaise utilisation de cet outil biotechnologique. La faute en revient certainement à l’un des tout premiers modèles de plantes GM cultivé à grande échelle : les semences de type RR (Roundup Ready). D’abord jugées prometteuses car diminuant les pulvérisations de cocktails d’herbicides en plein champ, leur recours s’est avéré finalement néfaste pour l’environnement. Ces plantes génétiquement modifiées sont résistantes au glyphosate, permettant l’utilisation de ce produit phytosanitaire pour détruire les adventices (les « mauvaises herbes ») tout en épargnant les cultures. Cependant, le transfert naturel du transgène chez ces adventices (Snow, 2002 ; Warwick et al., 2008) induit leur propre résistance. Or, si les « mauvaises herbes » acquièrent cette résistance au glyphosate, l’agriculteur aura recours à de plus fortes pulvérisations d’herbicides. S’installe alors un cercle vicieux, mais particulièrement juteux pour la firme Monsanto commercialisant à la fois glyophosate et semences de type RR aux agriculteurs pris au piège…

Si l’on rappelle également le caractère cancérigène du glyphosate, nous abordons le débat capital de l’interdiction de sa commercialisation. Débat, lamentablement gâché par les ratés de notre ministre Ségolène Royal sur le Roundup, et qui ne fait que masquer le réel défi attendant l’agriculture du XXIème siècle. Car dans un monde à la démographie sans cesse croissante et soumis au réchauffement climatique d’origine anthropique, apparaissent de réels défis lancés aux agriculteurs de demain. Il sera forcément nécessaire de repenser en profondeur nos modèles agricoles si nous voulons limiter au mieux les famines à venir. Pour cela, il nous faudra aussi bien apprendre à respecter notre environnement qu’à utiliser avec la plus grande intelligence possible tous les outils mis à notre disposition par les sciences technologiques. Et dans ce domaine, l’amélioration végétale pourrait bien nous être d’un grand secours. Mais comment une biotechnologie si décriée aidera à relever ces défis ? Afin de mieux comprendre ces arguments, il me semble nécessaire de résumer les principaux impacts du changement climatique sur l’agriculture.

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Épis de blé en plein champ. Crédits: Wikimédia.

Pour l’agriculteur, la hausse des teneurs atmosphériques en dioxyde de carbone s’accompagne d’une trompeuse promesse d’un meilleur rendement photosynthétique. Trompeuse car cet effet positif atteint un plateau de saturation à partir de 550 ppm pour les plantes de type C3 (coton, riz, blé, orge, haricots, tournesol, pommes de terre, la plupart des légumineuses, plantes ligneuses ou autres cultures maraîchères) et 750 ppm pour les plantes de type C4 (maïs, sorgho, canne à sucre, mil, herbes à fourrage ou encore herbes tropicales). D’autre part, si les cultures réalisées sous serre bénéficient d’une augmentation artificielle de la teneur en dioxyde de carbone pour augmenter leur croissance, leur qualité nutritive s’en retrouve en contre-partie diminuée. Bloom et al. (2010) ont également souligné la difficulté d’assimilation des nitrates chez le blé et Arabidopsis thaliania lorsque la pression partielle en dioxyde de carbone augmente. Cette inhibition entraîne une perte de qualité nutritionnelle du blé, mais fait également craindre une mauvaise assimilation des sources azotée par les cultures en plein champ, et donc plus d’apports en fertilisants azotés. Or si le procédé Haber-Bosch a permis de révolutionner l’agriculture en fixant le diazote gazeux pour produire ammoniac et engrais azotés, il nécessite un apport d’énergie considérable (pression de 200 atm, température de 500-600°c). Energie le plus souvent d’origine fossile. La hausse des apports d’engrais en champ due à l’augmentation des teneurs atmosphériques en dioxyde de carbone conduira donc à une hausse de la consommation de combustibles fossiles. Le trop-plein d’engrais déversé dans les cours d’eau jusqu’aux zones côtières favorisera également la pollution par eutrophisation… En d’autres termes, l’agriculture intensive risque de nous conduire vers un cercle environnemental vicieux.

La hausse de la pression partielle en dioxyde de carbone présente cependant un avantage sur la consommation d’eau des plantes en serre, puisqu’elle induit une contraction et une réduction des stomates par unité de surface foliaire, diminuant ainsi l’échappement de la vapeur d’eau sur chaque feuille (Van de Geijn & Goudriaan, 1995). Ce phénomène est bien connu des agriculteurs, car il permet d’obtenir un gain de production de biomasse pour les cultures en serre tout en limitant leur consommation d’eau. Cependant, ce bénéfice physiologique n’est en rien une solution miracle face aux épisodes de sécheresse climatique désormais plus longs et plus fréquents. La hausse des teneurs atmosphériques en dioxyde de carbone n’a nullement épargné l’Ethiopie lors de la grande sécheresse responsable de la crise alimentaire de 2008. De même, le stress hydrique n’est pas seulement lié aux épisodes de sécheresse, mais également à la hausse de la salinité. Les zones agricoles côtières sont ainsi particulièrement exposées, même à court terme. En effet, l’augmentation du niveau des océans entraîne une remontée d’eau saumâtre et augmente la salinité des sols côtiers, les rendant progressivement impropres aux cultures. Au Bengladesh, ce phénomène a déjà entraîné la perte de près de 10% des terres cultivables et fait sensiblement chuter la production nationale de riz (Hossain, 2010).

Des solutions agronomiques existent, hélas l’innovation est le plus souvent privée. Une grossière erreur à mon humble avis, puisqu’en délaissant le secteur public nous risquons tout simplement de confier les solutions de demain aux firmes tant décrié. Qui souhaiterait remettre la clé de notre survie entre les mains des financiers ? Il nous faut cependant tout de même nous pencher sur l’innovation privée afin de trouver quelques biotechnologies intéressantes pour réduire les apports de fertilisants azotés. La société Arcadia Biosciences, en collaboration avec l’African Agricultural Technology Foundation (AATF) et l’International Center for Tropical Agriculture (ICTA), a ainsi développé une nouvelle variété de riz transgénique répondant à ces enjeux environnementaux. Ce riz possède trois transgènes : deux gènes de résistance à la salinité issus d’Arabidopsis thaliana et de la bactérie Agrobacterium tumefaciens, ainsi qu’un gène améliorant l’assimilation de l’azote provenant de l’orge (Hordeum vulgare). Les essais menés par la firme sont plutôt encourageant : soumis à différentes conditions de stress hydrique, ce riz transgénique affiche des rendements 12 à 17 % supérieurs par rapport à la variété non modifiée. Soumis à de faibles apports en fertilisants, ses rendements sont de 13 à 18% supérieurs. Soumis à un stress salin, ses rendements sont 42% supérieurs. Enfin, soumis à un double stress hydrique et de faible apport en fertilisants, ses rendements sont de 15% supérieurs à la variété non modifiée. Des résultats très encourageants lorsque l’on sait que la sécheresse dans certaines régions de l’Inde peut faire chuter les rendements agricoles de près de 40 %. Soit des manques à gagner pour le cultivateur et un accroissement du risque de famine à long terme !

Maïs récolté en Inde. Crédits : Wikimédia.

Maïs récolté en Inde. Crédits : Wikimédia.

Mais la menace est aussi d’ordre biologique. La hausse des températures et des teneurs en dioxyde de carbone contribue à stimuler les populations d’insectes phytophages, tandis que les défenses végétales sont affaiblies par de fortes teneurs en dioxyde de carbone (Bale et al., 2002). Il faut donc s’attendre dans les années à venir à une augmentation des ravages commis par les insectes nuisibles. Les parasites et maladies d’origine fongique, bactérienne ou virale seront également favorisés, de la même manière que le réchauffement climatique favorise le risque d’épizooties et d’épidémies. Les risques agronomiques sont donc bien réels, or la sur-consommation de produits phytosanitaires, nécessitant des énergies fossiles pour leur production, présente un risque pour l’environnement comme pour la santé. L’agrochimie traditionnelle ne peut donc pas être sérieusement considérée comme une solution durable.

Un des reproches fréquemment adressé au maïs transgénique de type Bt (Bt = Bacillus thuringiensis) porte sur son transgène, qui lui permet d’exprimer une protéine bactérienne aux propriétés insecticides. Les insectes phytophages consommant des plantes Bt sont spécifiquement empoisonnés par cette protéine. Bien entendu, l’insecte phytophage risque de développer une résistance, c’est là l’éternel jeu de l’évolution. Cependant, les semences Bt présentent l’avantage d’éviter le recours aux pulvérisations nocives d’insecticides chimiques. Paradoxe intéressant, si les normes AB (agriculture biologique) n’acceptent pas les semences transgéniques, leur cahier des charges autorise tout de même les pulvérisations d’extraits de bactéries Bacillus thuringiensis ! Une manière alternative de reproduire en agriculture biologique la même stratégie que les semences Bt. C’est pourquoi il me semble, à titre personnel, que la main-mise des firmes sur ces semences Bt reste largement plus condamnable que leur supposé impact sanitaire ou environnemental, à ce jour encore non-démontré, n’en déplaise aux partisans du Pr. Séralini [1]. Mais puisque ces semences Bt sont brevetées et contestées, prenons-en le contre-pied. Le maïs de type Bt contient un transgène bactérien et non un gène « lui étant propre », procédons à la stratégie inverse pour lutter contre les parasites phytophages. Au cours de sa longue sélection agronomique, le maïs a perdu plusieurs caractères propres aux variétés ancestrales. Parmi ces caractères « oubliés » figure la capacité à produire de l’E-β-caryophyllène, une molécule permettant aux plantes de combattre les nématodes phytophages du sol. Des chercheurs de l’Université de Neuchâtel ont isolé le gène responsable de la biosynthèse de ce métabolite chez l’Origan (Origanum vulgare), puis se sont proposés de transférer le gène chez le maïs. Les plants trangéniques obtenus présentent un taux de production constant de E-β-caryophyllène et une meilleure protection contre les nématodes. Cette méthode offre plusieurs avantages. D’abord, l’origan est comestible, ce fait soulignant l’innocuité du métabolite produit sur notre santé. Ensuite, la stratégie n’apporte aucune biochimie « étrangère » au maïs : elle ne fait que restaurer un caractère perdu au fil des sélections de variétés. Enfin, cette stratégie de défense contre les herbivores restaure un caractère « naturel » ; elle ne vient donc pas contaminer le sol en produisant in situ des molécules nocives.

Culture du riz au Cambodge (crédits : Wikipedia / CC).

Culture du riz au Cambodge (crédits : Wikipedia / CC).

Ces nouvelles générations de plantes génétiquement modifiées placent l’environnement au cœur de leur cahier des charges. Que ce soit pour lutter contre les effets du réchauffement climatique ou pour limiter les apports chimiques en engrais et produits phytosanitaires, ces biotechnologies constituent un outil pertinent pour le développement d’une agriculture durable. A tel point que des chercheurs danois ont récemment brisé dans la revue Trends in Plant Science (Andersen et al., 2015) l’ultime tabou : et si les OGM étaient bénéfiques à l’agriculture biologique ? En effet, grâce à la réintroduction de caractères ancestraux perdus chez les variétés existantes, ou en créant des plantes génétiquement modifiées nécessitant des apports restreints en engrais comme en eau, ces nouveaux OGM ont tout de la « technologie verte » ! Mais l’enthousiasme de nos chercheurs danois se heurte à plusieurs problèmes. D’une part, critiquons pour une fois la « chapelle écologiste », celle du moins vers laquelle ma sensibilité me porte. Si l’agriculture biologique rejette les plantes génétiquement modifiées, ce n’est pas pour des raisons scientifiques mais avant tout pour des raisons idéologiques et politique tout à fait respectables. Cependant, la question reste posée : pouvons-nous réellement envisager une agriculture durable (c’est à dire ancrée entre système biologique et raisonné) de laquelle ces OGM de nouvelle génération seraient dogmatiquement bannis ?

D’autre part, la plupart des accusations portées contre les OGM ne concernent non pas la technologie, très mal comprise du grand public, mais les firmes semencières qui les commercialisent. Et ceci à juste titre : car au-delà de l’espoir que peuvent inspirer ces nouvelles semences génétiquement modifiées, quel modèle agroéconomique s’organisera autour d’elles ? Nous touchons au cœur du problème. Je ne rêve pas d’un monde où l’agriculteur deviendrait le technicien de grandes firmes agronomiques, où les modèles agricoles traditionnels seraient écrasés sous le poids du productivisme à outrance. Depuis des milliers d’années, les agriculteurs sélectionnent leurs semences, font évoluer les espèces domestiquées et agrandissent cette immense collection d’agrobiodiversité. Aujourd’hui, le génie génétique ne fait qu’accélérer et affiner ces techniques. Il ne devrait donc pas être utilisé pour détruire la diversité agricole pour agrandir cette collection millénaire. Le problème ne se pose pas dans l’outil, mais dans son emploi. En plaçant le financier au cœur du système agricole, il n’est pas difficile de percevoir le désastre qui en résultera. Il est grand temps de replacer l’agriculteur éclairé au centre de ce système. A la fois acteur et penseur de sa profession, c’est à lui que revient le difficile challenge de notre avenir alimentaire et de la protection de l’environnement. Il est grand temps d’œuvrer en intelligence autour de lui, et non de l’asservir à un système financier ! Car quelles que soient les semences de demain, je ne souhaite qu’une chose : que l’agriculteur en soit le décideur, le gardien, et le semeur.

 

 

Notes et références bibliographiques :

 

[1] A propos de l’étude du médiatique professeur sur des rats nourris au maïs transgénique, je répondrai par cette citation : « L’article de Séralini fait partie de cette catégorie : il assène des conclusions en contradiction avec de nombreux travaux et expériences… mais ne propose à l’appui qu’une expérimentation bancale, statistiquement peu fondée, aux résultats peu cohérents entre eux ». Article complet à lire sur le blog Sciences².

 

Andersen, M.M. et al. (2015). Feasibility of new breeding techniques for organic farming. Trends in Plant Science [En Ligne].

Bale, J.S. et al. (2002). Herbivory in global climate change research: direct effects of rising temperature on insect herbivores. Global Change Biology 8(1), 1-16.

Bloom, A.J.; Burger, M.; Asensio J.S.R.; Cousins, A.B. (2010). Carbon Dioxide Enrichment Inhibits Nitrate Assimilation in Wheat and Arabidopsis. Science 328(5980), 899-903.

Hossain, M.A. (2011). Global Warming induced Sea Level Rise on Soil, Land and Crop Production Loss in Bangladesh. Journal of Agricultural Science & Technology, 1(2A), 266-270.

Snow, A.A. (2002). Transgenic crops : why gene flow matters. Nature Biotechnology 20, 542.

Van de Geijn, C.; Goudriaan, J. (1995) Les effets d’une teneur élevée en CO2 et d’un changement de température sur la transpiration et l’utilisation de l’eau par les cultures. In : Changements du climat et production agricole. FAO, Rome et Polytechnica, Paris, 472 pages. [En ligne].

Warwick, S. I.; Legere, A.; Simard, M.-J.; James, T. (2008). Do escaped transgenes persist in nature ? The case of an herbicide resistance transgene in a weedy Brassica rapa population. Molecular Ecology 17(5), 1387-1395.


Climat : de l’encyclique du Pape François aux scénarios catastrophiques, quelle évolution dans le discours actuel ?

revolutions invisiblesUne émission particulièrement intéressante hier dans la Tête au Carré sur France Inter autour des scénarios climatiques à venir durant le XXIème siècle. Le sujet a déjà été abordé par le passé dans l’émission, notamment lors de la présentation de l’essai de Naomi Oreskes et d’Erik M. Conway « L’effondrement de la civilisation occidentale » aux éditions Les Liens qui Libèrent. Le même éditeur a publié en avril dernier et dans un genre similaire « Révolutions Invisibles, 40 récits pour comprendre le monde qui vient » de Floran Augagneur et Dominique Rousset. A la fois recueil d’anticipation climatique et réflexion autour des enjeux du XXIème siècle, cet ouvrage invite aux indispensables changements sociétaux, économiques, technologiques et comportementaux que devront entreprendre les nations au cours de ce siècle.

Les prises de position du Pape François autour du réchauffement climatique ont généré un événement médiatique mondial. Mais cette fameuse encyclique, très attendue de la part des religieux et catholiques du monde entier, va-t-elle marquer le début d’une réelle prise de conscience mondiale ? C’est du moins ce que semble croire Nicolas Hulot, invité de Mathieu Vidard. Si je reste très sceptique sur le rôle exact du très médiatique Hulot dans cette encyclique, il semblerait que le Pape François ait surtout pris conscience des risques d’instabilités que fait peser le changement climatique sur l’ensemble des nations. Que la figure de proue de quelques 1,2 milliards de croyants à travers le monde prenne position en faveur des climatologues n’est cependant pas à négliger, d’autant plus que l’Église est d’habitude bien plus prompte à condamner ou entraver les sciences qu’à encourager leur progression. Le pari de Nicolas Hulot dépasse d’ailleurs le cercle catholique : s’appuyant sur les écrits saints des cultes monothéistes appelant à une bienveillance envers la nature, l’ancien animateur cherche à faire vibrer une « foi » écologiste dans le cœur des religieux et croyants. L’initiative n’est cependant pas si nouvelle. Voici quelques mois, l’évangéliste et professeure Katharine Hayhoe donnait une conférence au TEDx talk de l’Université du Texas. Son approche est originale, puisque forte de son appartenance à l’Église évangéliste, elle tente de convaincre sa propre communauté religieux particulièrement climato-dénialiste du bien fondé des conclusions du GIEC. Hélas pour le moment, cette démarche originale demeure plus anecdotique qu’efficace.

Si l’on passe outre l’optimisme un peu naïf de Nicolas Hulot, le second invité de LaTac se révèle bien plus intéressant et vient nourrir une réflexion que j’ai mené sur ce blog à plusieurs reprises autour du climat et de l’anticipation littéraire. Floran Augagneur, philosophe des sciences et conseiller scientifique de la fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, est co-auteur de « Révolutions invisibles ». Faisant le constat de l’immobilisme des gouvernants depuis près de quarante ans, Floran Augagneur rejette l’accusation fréquente de surpopulation affaiblissant la planète. Pour lui, il s’agit avant tout de surconsommation et de mauvaise gestion des ressources. Il me faut là aussi présenter quelques réserves quant à cet avis. L’équation de Kaya, modèle complexe mais très pertinent afin de relier population, activité industrielle, économie et production énergétique à l’émission globale de gaz à effet de serre (en unité CO2), tend plutôt à pondérer l’impact de chacun de ces facteurs complémentaires. Le même constat de complexité se pose dans les discours écologistes : privilégier la protection de la planète ou pointer du doigt l’avenir de l’Humanité sont deux axes de discussion souvent placés en opposition. Et pourtant, si ces deux aspects sont tout autant complémentaires, le problème ne se pose peut-être pas en ces termes. Car toute la difficulté de vulgariser les conséquences du changement climatique consiste dans le juste dosage entre catastrophisme médiatique et prise de conscience raisonnée.

Toujours est-il qu’avec l’organisation de la conférence climatique internationale COP 21 d’ici la fin de l’année, nous assistons à un regain d’intérêt médiatique pour le climat. Certaines anticipations effraient : personne ne souhaite connaître dans un futur proche les épisodes météorologiques extrêmes, les exodes climatiques, les conflits pour l’eau, la raréfaction des terres cultivables ou encore l’acidification irréversible des océans. Mais comme le rappelle Floran Augagneur, ces constats ne doivent pas servir de simples épouvantails brandis pour effrayer les citoyens. Nous disposons toujours d’un énorme atout, le génie humain, celui-là même capable de formidables avancées scientifiques lorsqu’il s’épanouit avec raison et intelligence. Voilà peut-être là un message bien plus efficace à diffuser : faire confiance au meilleur de l’Humanité. Utopique ? Rêveur ? Et pourtant, ce message est vertueux : après des années de stigmatisation de l’Humanité par la vindicte écologiste, nous avons peut-être tout simplement besoin de reprendre confiance en nous, et de prendre enfin les choses en main. Cela peut passer par des appels des autorités religieuses, cela peut passer par plus de démocratie et d’initiatives citoyennes, cela peut passer par de véritables impulsions lors de réunions politiques internationales. Mais soyons-en certains, cela ne se fera ni en stigmatisant l’humain, ni en prônant un passéisme naïf.


Mauna Kea : le télescope de la discorde

Prévu d’ici 2018, le Télescope de Trente Mètres (TMT) est un grand projet de télescope géant, conçu pour être complémentaire du télescope spatial James Webb et du Atacama Large Millimeter Array (ALMA). Le site de construction, retenu au sommet du Mauna Kea où 13 télescopes géants scrutent déjà le ciel, inaugure également le développement des télescopes extrêmement larges, ou « extremely large telescopes » (ELT), qui seront inaugurés entre 2014 et 2018. Bien que l’inauguration du chantier du TMT constitue un grand pas en avant pour l’astrophysique du XXIème siècle, le projet provoque également une vague de protestations de la part des autochtones hawaïens, qui dénoncent une construction contraire aux missions de la réserve naturelle du Mauna Kea.

Vue d'artiste du futur TMT. Courtesy TMT Observatory Corporation.

Vue d’artiste du futur TMT. Courtesy TMT Observatory Corporation.

Selon les autochtones hawaïens, le projet du TMT menace leur culture et leurs croyances, comme l’explique Kealoha Pisciotta, un des leaders de la contestation : « n’importe quel espace de la montagne n’accueillant pas de télescope est considéré comme un espace naturel et culturel préservé, et nécessite une autorisation du Hawaii Department of Land and Natural Resources (DLNR) pour sa mise en œuvre. Le mandat du DLNR est de protéger les ressources naturelles et culturelles d’Hawaï, ce qu’il ne fait pas ici. Là est le problème ». L’Université de Hawaï a en effet donné son autorisation pour la construction de ce télescope géant malgré les chartes édictées par le DLNR, provoquant par la même occasion la colère de nombreux autochtones. Contestant ce qu’ils considèrent comme une ingérence de l’université, les opposants ont saisi la Cour Suprême d’Hawaï afin de contester ce permis de construire. Leur requête a été acceptée début juin par la Cour, qui se prononcera prochainement sur cette affaire. Une petite victoire pour ces opposants.

L’affaire dépasse cependant de loin le clivage religieux, comme il a été faussement relayé dans la presse française. Les opposants au projet s’appuient au contraire sur des conventions réelles, établies voilà plusieurs décennies dans le but précis de concilier environnement, héritage culturel et recherche scientifique. En 1968, le DLNR (Hawaii Department of Land and Natural Resources) concédait à l’Université d’Hawaï un terrain de 525 acres dédié à la recherche scientifique. La majeure partie de la réserve (10763 acres) étant consacré à la protection de la nature et de la culture des autochtones hawaïens. L’université est cependant gestionnaire de la réserve, sous l’égide du DLNR. Mais il semblerait que l’activité humaine sur le Mauna Kea pose problème. En 1998, une audit commandée par l’état d’Hawaï rapportait que très peu d’actions étaient entreprises afin de préserver le patrimoine écologique et culturel du site. En saisissant la Cour Suprême d’Hawaï, les opposants au projet veulent donc plaider l’incompétence du gestionnaire dans cette affaire.

Mais selon le gouverneur de l’état d’Hawaï, David Ige, cette démarche juridique a peu de chances d’aboutir sur une annulation du permis de construire. Le gouverneur Ige a en effet déclaré au cours d’une conférence de presse, le 31 mai dernier, que le projet avait suivi les démarches légales et reçu les accréditations nécessaires à sa mie en oeuvre. Cependant, le gouverneur reconnaît aussi l’échec du plan de conservation du Mauna Kea, et a proposé un nouveau plan d’action afin d’entériner la protection de l’héritage naturel et culturel du site. Si le TMT devient opérationnel, il s’agira donc du dernier télescope implanté sur le site. En contre-partie, 25% des télescopes construits sur le Mauna Kea devront être démontés, et tout visiteur du site devra recevoir une sensibilisation préalable aux traditions culturelles des autochtones. L’Institut de Technologie du Californie (Caltech) a réagi positivement à la proposition en annonçant le déclassement du Caltech Submillimeter Observatory (CSO), un radiotélescope de 10,4 mètres de diamètre construit en 1985. Caltech avait déjà annoncé son attention de vouloir délocaliser son activité sur le site du Cerro Chajnantor Atacama Telescope (CCAT), au Chili, et fait donc un pas en avant dans le règlement de cette situation en accélérant le processus. Le CSO devrait être entièrement démonté à partir de 2016.

Arrestation d'opposants au projet du TMT le 2 avril 2015. Sources : Youtube / Occupy Hawaii

Arrestation d’opposants au projet le 2 avril 2015. Sources : Youtube / Occupy Hawaii

Hélas, parallèlement à ces démarches juridiques, une vive réaction de la communauté scientifique a inutilement jeté de l’huile sur le feu. La fronde scientiste débute le 2 avril dernier, après qu’une poignée d’opposants au projet ait voulu attirer l’attention des médias sur leur cause en bloquant l’accès au chantier du TMT. Ce durcissement de ton faisait suite aux protestations lors de l’inauguration du chantier en octobre 2014, restées sans suites, si ce n’est sous la plume du journaliste scientifique George Johnson, qui écrivit dans le New York Times que face au « triomphe dans la quête de l’astronomie pour comprendre les origines de l’Univers« , les contestataires au projet du TMT étaient indistinguables des « fondamentalistes religieux qui mènent encore un combat d’escarmouche contre les sciences« . Il n’en fallait pas plus pour que l’astronome retraitée Sandra Faber lance à son tour une pétition pour défendre le TMT, attaqué selon ses mots « par une horde d’indigènes hawaïens mentant délibérément sur l’impact du projet sur la montagne« . Le mail de la pétition, relayé par ses collègues à l’ensemble de la communauté d’astronomes universitaires, a profondément choqué en raison de son racisme latent et de son intolérance flagrante. Faber et ses collègues ont du s’excuser pour ce courriel, mais l’anecdote révèle un épineux problème d’ingérence scientiste dans les traditions autochtones hawaïennes.

Car contrairement à la condamnable intrusion des fondamentalistes religieux dans le domaine de la recherche scientifique, les opposants au projet du TMT ne rejettent nullement les sciences, bien au contraire, et ne sont manipulés par aucune doctrine religieuse. Pour eux, le Mauna Kea présente un caractère sacré, car la montagne est à la fois un sanctuaire spirituel et le symbole du début de leurs traditions orales. Le conflit n’est donc en rien une opposition entre sciences et religions, ni une intrusion de l’obscurantisme dans le domaine de l’astrophysique. En cela, Johnson et Faber se trompent lourdement. Les autochtones hawaïens s’appuient d’ailleurs non pas sur la suprématie de leurs croyances, mais sur les statuts de protection de ce site exceptionnel qu’est le Mauna Kea. Rejeter les arguments des autochtones ne serait rien d’autre qu’une prise de position scientiste, une idéologie dogmatique visant à mépriser toute autre mode de vie que celle de nos sociétés technophiles occidentales. La science se doit d’apporter la connaissance, et non de détruire les peuples et leurs cultures. Voilà peut-être la morale de cette affaire : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivit Rabelais dans Pantagruel. Cette maxime semble, plus que jamais, bien à propos pour souligner au combien la science se doit de faire progresser le savoir tout en respectant l’humain.

Fort heureusement, l’intégrisme scientiste de Johnson et Faber n’est pas partagé par l’ensemble de la communauté scientifique ni par les décideurs locaux. Désormais entendus, les opposants hawaïens sont de nouveau invités à la table des négociations et la pression pourrait retomber d’elle-même dans les semaines à venir. Espérons que les procédures judiciaires et exécutives actuellement engagées mèneront à un règlement rapide de la discorde. Car que ce soit à travers la science ou la spiritualité, le Mauna Kea a toujours été consacré à l’observation des étoiles, conclut Doug Simons, le directeur de l’observatoire Canada-France-Hawaï. Cet amour de la nature et de ses mystères constitue peut-être le premier trait d’union entre les hommes. L’idée qu’il parvienne à les réconcilier de nouveau au sommet du Mauna Kea consisterait un magnifique message d’espoir et d’humanisme.


Le climat de la Terre du Milieu

Vulgariser les sciences climatiques à travers la fantasy, impossible ? La preuve que non, avec ce passionnant travail réalisé par le Pr. Dan Lunt, alias « Radagast the Brown » ! Si l’exercice peut sembler surprenant de la part d’un respectable universitaire, il explore une autre manière d’enseigner les sciences à travers le prisme de la fiction littéraire. Ce surprenant article qui, j’en suis certain, ne manquera pas d’intéresser les hobbits que nous sommes, a également fait l’objet d’une intervention vidéo dans le cadre du Mooc Denial101x de l’Université de Queensland, consacré quant à lui à la réfutation des arguments climato-sceptiques.

Couverture végétale de la Terre du Milieu prédite par modélisation climatique. Crédits : Dan Lunt (2013).

Couverture végétale de la Terre du Milieu prédite par modélisation climatique. Crédits : Dan Lunt (2013).

Les modèles habituellement utilisés pour étudier l’évolution du climat sont ici détournés par Dan Lunt en y introduisant comme données initiales les descriptions apportées par Tolkien dans Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux. Nous apprenons ainsi que la Comté bénéficie d’un climat océanique très proche de celui de l’Angleterre, ou encore que la géographie du Mordor n’est pas pour rien dans l’aridité de ces terres maudites. Il y a forcément quelque chose de particulièrement amusant à l’idée de marier Tolkien et sciences climatiques, mais encore plus encore d’introduire cette audacieuse comparaison dans un cours en ligne destiné à combattre la propagande du lobby climato-négationniste. Surtout lorsque l’on connait le mépris profond de ces idéologues conservateurs envers la contre-culture et les univers littéraires imaginaires !

 


Demain, le vaccin sans piqûre ni adjuvant ?

En pleine polémique autour des vaccinations obligatoires, une innovation de l’Unité Inserm de l’université de Marseille pourrait bien révolutionner la bonne vieille méthode du vaccin délivré par piqûre. En effet, les chercheurs en immunologie de ce laboratoire ont développé sur des souris un vaccin expérimental contre le mélanome qu’ils administrent directement sur la peau grâce à un laser. Un pas décisif afin de supprimer la piqûre, toujours douloureuse pour le patient, mais également les adjuvants, régulièrement accusés d’entraîner des effets secondaires indésirables.

Le vaccin a révolutionné la médecine moderne. En France, la vaccination obligatoire contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite (DTP) a permis de quasiment éradiquer ces maladies. La technique actuellement suivie consiste à injecter une solution vaccinale dans l’hypoderme ou dans le muscle. Les adjuvants rajoutés potentialisent la réaction immunitaire induite par le vaccin. Ils permettent d’obtenir une réponse « plus forte » et donc plus efficace qu’en l’absence d’adjuvants. Habituellement, il s’agit de sels d’aluminium, utilisés en raison de leur très bonne tolérance chez les patients et générant un effet de dépôt au site d’injection, permettant un relargage progressif à effet positif de l’antigène vaccinal. Plus récemment, et en réponse aux craintes de la population concernant les sels d’aluminium, de nouveaux adjuvants chimiques ont été développés, notamment les squalènes issus d’huiles de requin.

La recherche va même encore plus loin, étudiant la possibilité de vacciner sans adjuvants ni même piqûre douloureuse ! Pour arriver à ce résultat, les chercheurs de l’Inserm visent l’activation des cellules dendritiques du derme, normalement « court-circuitées » par l’aiguille lors de l’injection. En leur permettant de présenter les antigènes et d’activer la maturation des lymphocytes T, il est possible de vacciner sans piqûre mais aussi de se passer d’adjuvants ! Pour ce faire, les chercheurs ont couplé un antigène présent à la surface des cellules de mélanome à la protéine XCL1. Reconnue spécifiquement par les récepteurs XCR1 à la surface des cellules dendritiques, cette protéine va assurer la prise en charge et la présentation de l’antigène aux lymphocytes T. L’injection est quant à elle remplacée par un rayon laser. La technique consiste à générer des micropores sur la couche externe de l’épiderme, puis d’appliquer la solution vaccinale. Les cellules dendritiques ainsi mises en contact induisent une réponse immunitaire rapidement détectée chez les souris testées. Et bonne nouvelle : ces dernières ne développent pas de cancer lorsqu’on leur injecte par la suite des cellules tumorales.

Cette nouvelle méthode de vaccination, bien qu’uniquement développée pour le moment sur le modèle murin, pourrait être rapidement adaptée au modèle humain. En effet, le même récepteur XCR1 est hautement conservé entre les deux espèces et ce bombardement laser est déjà couramment employé en chirurgie esthétique. Le couplage entre l’antigène vaccinal et la protéine XCL1 pourrait potentiellement s’appliquer pour n’importe quel vaccin, et même pour des solutions vaccinales plurivalentes ! Plusieurs laboratoires pharmaceutiques se sont déjà manifestés suite à l’annonce de ces résultats et qui devraient se poursuivre d’ici peu par de premiers essais sur l’homme.

Crédits : Centers for Disease Control and Prevention's Public Health Image Library

Crédits : Centers for Disease Control and Prevention’s Public Health Image Library

Sources : Inserm.fr