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Réchauffement climatique : faut-il rationner les ressources énergétiques fossiles ?

oil pumpLimiter le réchauffement climatique relèvera-t-il de l’exploit ? C’est hélas ce que laisse à penser une publication parue dans la revue Nature. Avec un objectif annoncé d’une hausse maximale de 2°c de la température globale moyenne depuis l’époque pré-industrielle, les dirigeants politiques ont voulu adresser un signal fort à leurs concitoyens. Mais pourront-ils tenir leurs engagements ? Rien n’est moins sûr. Selon les experts du GIEC, pour conserver 50% de chances de parvenir à ce résultat, il faudrait limiter les émissions mondiales de dioxyde de carbone d’ici 2050 à seulement 1100 milliards de tonnes (gigatonnes) maximum. Or nous disposons d’après le World Energy Council de réserves fossiles mondiales encore conséquentes, estimées à environ 2900 gigatonnes d’équivalent CO2. Ces stocks n’étant que la partie émergée de l’iceberg, puisque l’ensemble des ressources en matières fossiles présentes dans le sous-sol terrestre est estimé à 11000 gigatonnes d’équivalent CO2. Est-ce à dire qu’il faudra volontairement rationner ces stocks si nous voulons tenir nos objectifs ?

Selon les chercheurs Christophe McGlade et Paul Ekins, de l’University College London, la réponse est clairement oui. Leur étude, s’appuyant sur la répartition, l’extraction de ces énergies fossiles et l’impact global de ces émissions de gaz à effet de serre, est sans appel. Afin de tenir l’objectif d’une hausse de seulement 2°c des températures mondiales, il nous faudra renoncer à 35% des réserves de pétrole, 52% des réserves de gaz et 88% des réserves de charbon. Inutile non plus d’espérer contre-balancer le bilan en procédant au captage-stockage du CO2 : cette technologie encore balbutiante n’aurait que peu d’impacts positifs, si ce n’est faire fonctionner le marché économique fort critiquable du « crédit carbone ». L’effort devra être mondial, mais inégalement réparti selon les nations. Ces derniers seront d’autant plus mis à contribution que la distance entre centres d’extraction et zones de consommation sont éloignées, créant par exemple de fortes différences entre une nation comme le Canada (restriction de 75% de son pétrole) ou les USA (restriction de 6% de son pétrole). Nul doute que de telles mesures risqueraient d’être des plus impopulaires, aussi bien auprès d’états producteurs d’énergies fossiles qu’auprès des dirigeants et citoyens d’états massivement importateurs.

Mais ce rapport va encore plus loin, puisqu’il prend parti sur l’épineuse question des hydrocarbures « non conventionnels » (à savoir les pétroles et gaz de schistes et de sables bitumeux). Les auteurs concluent que toute hausse de leur production actuelle n’est en aucun cas envisageable dans le scénario climatique mis en œuvre; adieu donc l’exploitation de nouveaux gisements tout comme l’autorisation de leur prospection. Un argument supplémentaire pour les opposants au gaz de schiste en France et dans le monde entier. La sanctuarisation s’étend également aux ressources en hydrocarbures de l’Arctique, qui ne doivent en aucun cas être exploitées. Mais cet article ne règle pas pour autant la question du modèle économique mondial à même de soutenir une telle restriction, et se focalise plus sur la production que sur la consommation d’énergies fossiles par la population mondiale. En d’autres termes, l’épineuse question de la résolution de l’équation de Kaya reste posée.

Sorti quelques jours avant les récentes déclarations de Ségolène Royal sur le nucléaire, cette étude relance le débat sur les énergies alternatives aux ressources fossiles. Sérieux candidat dans ce domaine, la filière nucléaire souffre cependant d’atouts négatifs, que ce soit la gestion de ses déchets ou sa très mauvaise image dans l’opinion public depuis la catastrophe de Fukushima. Et pourtant, la solution demeure, avec le concours des énergies renouvelables, l’une des rares alternatives préconisées dans les rapports du GIEC. Devra-t-on s’y résoudre en partie, du moins pour assurer le renouvellement d’un parc nucléaire vieillissant ? Ou nous faudra-t-il tout simplement apprendre à vivre dans un monde beaucoup moins énergivore ? Hélas, dans les deux cas, nous ne pouvons que regretter l’émergence de ce débat alors que le réchauffement climatique nous met dos au mur, après des décennies d’effarante passivité.


Climat : 2014 record d’année la plus chaude

Fin du suspens, l’année 2014 est officiellement la plus chaude jamais enregistrée. L’analyse des températures globales du mois de décembre passé mène en effet le NOAA à publier cette conclusion. D’après les données collectées par les chercheurs américains, l’année 2014 se situe à +0,68°c au-dessus de la moyenne climatologique tandis que le précédent record de 2010 était situé à +0,66°c au-dessus de cette moyenne. Si cette même moyenne est calculée à partir des données climatologiques de la période de référence 1951-1980, une brève comparaison aux températures moyennes antérieures rappelle que l’année 2014 reste dans tous les cas de figure le record de températures depuis que le suivi des données météorologiques existe. Plus préoccupant encore, le podium des trois années les plus chaudes jamais rapportées comprend 2005, 2010 et 2014, soit une accumulation très récente de ces records climatiques.

NOAA_dec_global_temp

Si les records de chaleur de l’année 2014 sont indépendants du phénomène El Niño, le risque de rencontrer cet événement climatique dans les mois à venir reste de l’ordre de 65% selon les scientifiques du NOAA. L’année 1998 est à ce sujet une référence en climatologie, en raison de son important événement El Niño, significatif d’une année « chaude ». Le contre-phénomène de La Niña qui s’en suivit eut pour effet inverse de « refroidir » les températures des années suivantes. Le phénomène s’est également reproduit en 2005 puis 2010, et les fortes chaleurs rencontrées en 2014 auraient pu déclencher un nouvel événement El Niño/La Niña. Si un nouveau phénomène se manifestait en 2015, il aurait pour effet de provoquer une année climatique encore plus chaude, et probablement de battre un nouveau record dans un délais encore plus court.

En définitive, le réchauffement climatique actuel trouve une bien meilleure explication dans les facteurs anthropiques que naturels. Fin décembre, l’observatoire du Mauna Loa (Hawaï) rapportait une concentration atmosphérique record en dioxyde de carbone de 399 ppm. Ce surplus d’émissions, dû à l’activité humaine, contribue à l’augmentation des teneurs en gaz à effet de serre. En l’absence de rejets agricoles et industriels, le climat serait même naturellement dans un léger cycle de refroidissement ! Si la quasi-totalité des climatologues pointe désormais du doigt l’activité humaine, le GIEC note quant à lui dans ses récents rapports que désormais, l’objectif n’est plus de stopper le réchauffement climatique mais de tenter de le limiter à seulement +2°c par rapport aux températures antérieures à l’ère industrielle.

Bien entendu, ce nouveau record s’est attiré une vague de réactions climatosceptiques. Gavin Schmidt, directeur du GISS (Godard Institute for space studies) s’en est même amusé  lors d’un récent tweet ironisant sur l’incapacité des « climate deniers » à accepter les chiffres. La fameuse rengaine de la « pause climatique depuis 1998  » , mythe sans aucun fondement scientifique, étant bien entendu épinglée dans un graphique pince-sans-rire :

 

 

A propos de contre-offensive climatosceptique, Sylvestre Huet rapporte sur son blog une anecdote plutôt croustillante. Le 16 décembre dernier se tenait à l’Académie des sciences une séance sur le changement climatique et ses conséquences. Après l’intervention de plusieurs spécialistes reconnus comme Christophe Cassou, Anny Cazenave, Jean-Pierre Gattuso et Sandrine Bony, entre en scène Vincent Courtillot, ancien directeur de l’IPG et scientifique controversé en raison de ses prises de position en climatologie. Que ce chercheur ne soit pas spécialiste du climat passe encore, après tout il ne serait pas le premier à changer de domaine d’étude au cours de sa carrière. Mais voilà, cet ardent chevalier du climato-scepticisme français se traîne plusieurs casseroles gênantes. Après avoir voulu réfuter l’influence anthropique sur le climat avec un modèle considérant notre planète comme « noire et plate », il s’était également illustré en confondant changement de thermomètre et de température (voir le billet de S. Huet pour plus de détails). Le voici donc prenant la parole lors de cette séance de décembre dernier, dénonçant des observations et des conclusions hasardeuses, tout en martelant que les températures globales n’augmentent plus depuis 15 ans. Là où le bât blesse, c’est que Courtillot en arrive à nier des résultats présentés, tout en se faisant tacler par les autres intervenants sur ses sérieuses lacunes en océanographie et physique de l’effet de serre. Embêtant pour un scientifique se donnant une image de spécialiste du climat.

Bref, si l’anecdote a de quoi faire sourire en un début d’année extrêmement sombre, elle a également le mérite de démontrer que, même dans le domaine scientifique, la France est toujours un grand pays de liberté d’expression. Nul citoyen n’est tenu au silence en matière de sciences publiques, et la parole reste libre. Cependant, la science est un outil à double tranchant : si chacun peut exprimer ses arguments, il faut également savoir assumer en retour le jugement porté par la communauté scientifique sur ses propres âneries !


Exquise planète

exquise_planeteConnaissez-vous le jeu du « cadavre exquis » ? Il s’agit d’écrire, à tour de rôle, un récit construit à plusieurs mains. L’exercice est amusant, mais devient encore plus surprenant lorsque ses participants sont des scientifiques et écrivains de science-fiction. Paru aux éditions Odile Jacob en mars dernier, Exquise planète propose au lecteur de découvrir une exoplanète, totalement fictive, au-dessus de laquelle se sont penchés de fort savants démiurges. Ainsi donc se prêtent à l’exercice Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA et président des Utopiales ; Jean-Paul Demoule, archéologue à l’INRAP ; Jean-Sébastien Steyer, paléontologue du CNRS rattaché au Muséum d’Histoire Naturelle ; et enfin Pierre Bordage, célèbre écrivain de science-fiction et ancien président des Utopiales. Quel monde nos quatre auteurs nous ont-ils concocté ? Il est temps de s’embarquer à destination de cette exquise planète !

Roland Lehoucq débute ce cadavre scientifique exquis en plantant le décors astronomique. L’Étoile, située à 32000 années-lumière du Soleil, possède quatre planètes : deux mondes telluriques et deux géantes gazeuses. La Planète, celle que nous explorons au fil de ce bouquin, est située en seconde position depuis son étoile. Sa formation l’a placé sur une orbite elliptique qu’elle boucle en un peu moins de 38 jours terrestres. Elle possède deux satellites naturels et sa période de rotation sur elle-même est de 19 jours terrestres. La gravité y est de 0,9 g. Sa genèse a permis la réunion de conditions favorables à l’apparition de la Vie, bien que nettement différentes comparées à celles de notre Terre. La Planète subit des forces de marées plus importantes que sur Terre et exclusivement liées à l’attraction gravitationnelle de l’Étoile : les marées océaniques y sont considérables, et des marées continentales déforment l’écorce terrestre d’une dizaine de mètres (le même phénomène existe sur Terre mais pour des amplitudes de seulement 30 cm), générant un volcanisme rouge continu pour dégager l’énergie des frottements. En raison d’un axe de rotation faiblement incliné et d’une plus grande concentration atmosphérique en gaz à effet de serre, les saisons sont faiblement marquées, et la température à la surface varie entre -34°c à 27°c. Les climats subissent également deux autres contraintes majeures : l’ellipticité de son orbite et des journées extrêmement longues. La météo dépend donc plutôt de ces deux facteurs au niveau de l’équateur et des tropiques, tandis que la faible inclinaison condamne les pôles à un froid crépuscule permanent. Enfin, la plus faible luminosité de l’Étoile (7 fois moindre que le Soleil) laisse entrevoir un ciel bleu sombre sur lequel évolue un globe rouge-orangé.

Vient alors Jean-Sébastien Steyer, qui s’évertue à peupler ce monde nouveau. Il débute l’aventure avec un scénario de panspermie : point d’aliens venus coloniser ce monde stérile mais l’apport de briques élémentaires du Vivant (comme par exemple des sucres et des acides aminés) par des bombardement d’astéroïdes et de comètes. La probabilité pour que les premières interactions pré-biotiques émergent entre ces molécules organiques débarquées est bien faible, mais nous avons du temps : des centaines, voire des millions d’années ! L’ensemble des interactions chimiques possibles s’organisent, une sorte de sélection chimique naturelle se met en place et les interactions entre les molécules les plus stables finissent par devenir majoritaires. La Planète elle-même favorise la production de nouvelles briques élémentaires, comme le suggèrent les fameuses expériences des chimistes Stanley Miller et Harold Urey sur la « soupe prébiotique » . Les premières macromolécules s’agrègent en cellules prébiotiques, jusqu’à ce que les acides organiques soient capables de catalyser des réactions ou de coder une information chimique. Sur Terre, nous connaissons ces seconds sous la forme d’ARN et d’ADN, mais la biologie synthétique nous enseigne qu’il ne s’agit pas des seules formes envisageables. Imaginons que parmi tous les AXN (acides xénonucléique) possibles, un autre type soit devenu majoritaire au fil du temps sur cette Planète : l’ABN (pour acide benzoribonucléique). Nous y voilà ! La première cellule biotique va pouvoir apparaître au bout de la plume de Jean-Sébastien Steyer ! Avec un malin plaisir, notre paléontologue rejoue le scénario de l’évolution des espèces. Ses bactoïdes d’abord solitaires s’organisent en colonies, quittent les océans pour s’étendre également sur les continents, diversifient leurs biochimies et surtout ne cessent de créer de nouvelles espèces par radiations évolutives. L’organisation des amas cellulaires débouche sur l’apparition des premiers organismes pluricellulaires, les coloïdes. Les continentes de la Planète se peuplent de créatures exotiques, les vulcaïdes, tandis que les profondeurs des océans accueillent les lutumozoaires … La suite est encore plus passionnante, mais vous devrez la découvrir par vous-même. Steyer y introduit notamment l’endosymbiose, crée de nouveaux domaines et règnes à son arbre phylogénétique du Vivant, ravage son monde d’une crise d’extinction majeure, et narre avec passion cette biodiversité extra-terrestre. A la fois poétique et exotique, son Histoire Naturelle ouvre la voie au troisième chapitre : celui de l’intelligence.

 N’attendez pas non plus que je vous décrive ici l’allure de ces extra-terrestres intelligents ! Pour le savoir, il vous faudra lire le chapitre de Jean-Paul Demoule. Sachez cependant que la question de la reproduction, puis de la sexualité, va jouer un rôle majeur dans l’évolution psychique et sociale de ces aliens évolués. Heureusement, le « cul » n’est pas la seule préoccupation de nos extra-terrestres, qui inventent aussi l’art et une culture orale commune. A force de penser leur monde, ils découvrent également la philosophie, puis la science. Cette dernière semble des plus abouties, car voilà nos aliens pensants capables d’observer à distance la vie sur Terre ! A la manière du Cycle d’Helliconia de Brian Aldiss, mais sans franchir eux-même l’espace interstellaire nous séparant, les voilà se passionnant pour notre propre Histoire, qu’ils tentent de décrypter à partir des images que leurs instruments parviennent à en capter. Curieusement, ces êtres intelligents ne connaissent qu’un développement pacifique, motivé uniquement par leur soif de découvertes et leurs talents scientifiques. Point de religions, ni de guerre, mais à la place une longue et paisible civilisation. Depuis leur lointaine utopie, ils s’offrent le luxe d’observer la Terre et de s’interroger sur la folie des hommes. Comme le précise l’éditeur, nous abordons là un point de discorde dans le cadavre exquis. Si tous les participants n’ont pas forcément apprécié la fiction libre de Jean-Paul Demoule, elle présente toutefois un certain piquant et se place dans une perspective de conte philosophique où le narrateur n’est autre qu’un lointain observateur alien. Chaque lecteur en jugera par lui-même. Peut-être que la nouvelle de Pierre Bordage, « L’œil de Caïn » , réconciliera auteurs et lecteurs. Dans ce texte, hommage aux magnifiques Chroniques martiennes de Bradbury, nous y découvrons le futur de la Planète et de notre Humanité, vouées à une inéluctable rencontre. Il fallait bien la plume de Bordage, toujours aussi savoureuse et poétique, pour faire vivre ce contact le temps d’une fiction. En grand auteur de science-fiction, le voilà qui réconcilie même à mes yeux les dissonances précédentes et invite le lecteur à la rêverie. Voilà un bien étrange voyage que cette Exquise planète, qui le temps d’une lecture nous donne une belle leçon d’écriture : l’alliance de la science et de la fiction dans ce genre composé que nous affectionnons tant.

 

Exquise planète, P. Bordage, J.-P. Demoule, R. Lehoucq, J.-S. Steyer. (2014). Editions Odile Jacob, 177 p.


Redémarrage du LHC : la traque de la matière noire !

La nouvelle année marque également un regain d’activité pour le célèbre Large Hadron Collider (LHC) du CERN. Dès le printemps prochain, après deux années de travaux d’entretien et d’amélioration des installations, les physiciens relanceront au cœur du Jura les expérimentations, prêts à générer des collisions deux fois plus énergétiques. Nouvel objectif visé : la traque de la matière noire.

LHC

Gigantesque anneau de 27 kilomètres de circonférence enfoui à 100 mètres de profondeur, le LHC sort de sa période de réfection et voit sa puissance considérablement augmentée : désormais, les physiciens pourront y réaliser des collisions de 13 TeV au lieu des 7-8 TeV précédemment mis en oeuvre. Les résultats obtenus dans le cadre de la traque du boson de Higgs ayant été déjà considérables lors de sa précédente période d’activité, voici 3 ans, on ne peut que rêver aux nouvelles découvertes fondamentales que les physiciens du CERN réaliseront en 2015. Et à nouvelle mission du LHC, mise en place de conditions opérationnelles drastiques : durant deux mois, les aimants supraconducteurs du LHC seront refroidis progressivement jusqu’à atteindre la température de -271,3°C (soit 1,9 K). Cette température extrême sera même inférieure à cette du rayonnement fossile de l’Univers, de l’ordre de 2,7 K. Afin que les particules circulent sans obstacle dans le LHC, il faudra ensuite réaliser un « hypervide » dix fois inférieur à la pression infime régnant sur la Lune, ce qui permet de vulgariser sans trop d’erreurs ce vide en parlant de « vide absolu » …

Ces conditions extrêmes offriront dès le printemps prochain de nouvelles opportunités aux physiciens du CERN. Objectif visé : la traque de la matière noire, une matière hypothétique permettant de théoriser les masses des superamas, de galaxies et les propriétés de fluctuations du fond cosmologique. Cette matière noire serait composée de particules « WIMP » – pour l’abréviation anglaise de Weakly interacting massive particles (particules massives à interaction faible). Ces particules exotiques, encore de nature hypothétique, feront donc l’objet de toutes les attentions des physiciens du CERN. Grâce à la puissance augmentée du LHC, de nouvelles particules pourraient être produites au cours des collisions mises en oeuvre à très haute énergie. L’activité 2015 du LHC devrait donc tenir en haleine la communauté scientifique : selon les données collectées par le satellite Planck, 26,8 % de l’Univers serait composé de matière noire.


La NASA propose de coloniser Vénus grâce à des stations aériennes

Une des plus grandes déceptions de l’exploration spatiale fut la découverte de conditions extrêmes à la surface de Vénus, enterrant définitivement tout espoir de marcher un jour sur l’étoile du berger. Mais Dale Arney et Chris Jones, scientifiques de la Space Mission Analysis Branch de la NASA basée à Langley, n’ont pas pour autant totalement abandonné l’idée. Puisque la surface nous est inaccessible, concentrons-nous sur la haute atmosphère vénusienne en y expédiant des dirigeables habités ! Ce projet baptisé HAVOC (High Altitude Venus Operational Concept) vise à long terme une présence humaine permanente dans des stations aériennes flottant à 50 km d’altitude. Si le projet semble très intéressant sur le papier, son développement soulève encore de nombreux défis technologiques et ses premières phases ne devraient pas voir le jour avant les années 2020 … En supposant que le programme HAVOC obtienne un jour le moindre feu vert de la part de l’administration américaine !

Crédits : NASA Langley Research Center

Crédits : NASA Langley Research Center

Pourquoi vouloir coloniser le ciel vénusien avec des dirigeables ? Tout simplement parce qu’il présente de très nombreuses conditions comparables à celles de la Terre. A 50 km d’altitude, la pression atmosphérique et la gravité de Vénus sont sensiblement les mêmes qu’à la surface terrestre. En comparaison, Mars présente une atmosphère 100 fois moindre à sa surface et une gravité trois fois plus faible. La colonie planétaire pourrait donc flotter à cette haute altitude vénusienne de la même manière que d’immenses dirigeables pilotés sur Terre, à quelques nuances près : l’atmosphère de Vénus est saturée en dioxyde de carbone et les dirigeables de la NASA devront essuyer des averses de gouttelettes d’acide sulfurique et d’acide chlorhydrique. De plus, la température moyenne à ces altitudes est de 75°c. Les stations aériennes devront donc être totalement hermétiques, thermoisolées et résistantes à la corrosion. Enfin, si les stations aériennes pourront s’équiper de panneaux solaires à cette altitude, le faible champ magnétique de Vénus risque de constituer une protection insuffisante face aux vents solaires. A moins que l’ionosphère vénusienne assure à ces altitudes une seconde protection suffisante, soit encore un point négatif à résoudre.

L’hypothétique programme HAVOC se déroulerait en cinq étapes majeures. Première phase, une exploration robotisée collectera le plus grand nombre de données sur la géophysique de l’atmosphère vénusienne et testera le plan de vol proposé pour placer des ballons-sondes à 50 km d’altitude. Seconde phase, une mission habitée devra réaliser 30 jours d’orbite autour de Vénus. Non seulement il s’agirait d’un exploit en terme d’exploration spatiale, mais Vénus étant plus proche de la Terre que Mars, la mission ne durerait que 440 jours en optimisant les trajets entre les orbites terrestres et vénusiennes. Jusque là, le projet HAVOC nous est technologiquement accessible d’ici la prochaine décennie ; avec la troisième phase commencent les choses sérieuses. Grâce aux données collectées par l’exploration robotisée, un premier modèle de station aérienne habitable devra être placé à l’altitude requise dans l’atmosphère vénusienne. L’engin, que les concepteurs du projet estiment d’une taille de 130 mètres de long, comprendra un module habitable de 21 mètres-cube. Lors des missions habitées, la future station aérienne serait expédiée à part, les astronautes s’embarquant parallèlement à bord d’un vaisseau de type Deep Space Habitat pour rallier Vénus. Ils n’embarqueront dans le module de descente qu’une fois atteint le « rendez-vous » en orbite au-dessus de Vénus. Commencera alors la phase la plus délicate du plan de vol : une rentrée dans l’atmosphère depuis l’altitude de 200 km qui devra comporter en un quart d’heure le déploiement du parachute, le freinage à très haute altitude grâce au jet-stream et l’inflation du ballon géant. Le module devra pendant ce temps réduire sa vitesse de 72 km/s lors de son entrée dans l’atmosphère à 100 m/s lors du déploiement du ballon vers 70-80 km d’altitude, pour finalement se positionner à l’altitude requise avec une vitesse finale de 10-41 m/s. Si le moindre incident empêche le déploiement du parachute ou du ballon, c’est un crash mortel assuré à la surface de Vénus. Les astronautes effectueraient une mission de 30 jours dans l’atmosphère, avant de repartir à l’aide d’une petite capsule couplée à une fusée les réexpédiant à 200 km d’altitude. De retour dans le Deep Space Habitat, ils pourraient enfin entamer le voyage de retour. Dernière étape, une capsule Orion assurerait depuis l’orbite terrestre leur rentrée dans l’atmosphère et achèverait ainsi leur triomphal voyage spatial.

Crédits : NASA Langley Research Center

Crédits : NASA Langley Research Center

Imaginons que malgré tous ces défis techniques ahurissants, la NASA soit en mesure de réussir cette troisième phase du programme HAVOC. Outre l’exploit humain dépassant les premiers pas sur la Lune, la voie serait ouverte vers les phases suivantes, encore plus délirantes. Quatrième phase, l’équipage resterait un an maximum dans l’atmosphère vénusienne. Les stations aériennes seraient donc agrandies et améliorées en conséquence. Cinquième phase, enfin, le programme aboutit à la construction de bases flottantes permanentes et nous colonisons définitivement Vénus de cette manière. Mais ne nous emballons pas trop vite. A 50 km d’altitude, les stations aériennes devront résister aux incessantes rafales de 100 m/s qui font le tour de la planète en 110 heures seulement. Voler sur les vents vénusiens nécessitera une parfaite maîtrise de la part des astronautes et une robustesse à toute épreuve des équipements de navigation. La NASA ne délivrera donc pas de licences de vol vénusienne avant plusieurs décennies ! Malgré ces énormes difficultés le programme HAVOC reste sur le papier très alléchant et relativement plausible. Imaginé à partir de technologies pour la plupart déjà disponibles, il règle la frustrante impossibilité de marcher un jour à la surface de Vénus en proposant une solution alternative tout aussi excitante. De plus, sa mise en place ne remet nullement en cause le rêve martien, bien au contraire : un vol habité orbital autour de Vénus reste beaucoup plus facile à réaliser qu’une mission similaire vers Mars, et pourrait même servir d’entraînement avant la conquête de la planète rouge. Enfin, imaginer des colonies flottant au-dessus des nuages vénusiens reste un magnifique rêve scientifique : en cette période de fin d’année à l’actualité particulièrement sombre, nous avons plus que jamais besoin de rêver en levant la tête vers le ciel.


Ivre, il accuse les extra-terrestres du réchauffement climatique

Il suffit de consulter les commentaires associés à la publication d’un nouveau rapport d’experts sur le réchauffement climatique pour s’alarmer du niveau record d’ignorance et de bêtise de nos concitoyens. Hélas, l’accès libre au web n’est pas accompagné d’un guide d’utilisation. Aussi ne blâmons pas trop vite ces internautes qui, ayant eu la curiosité de se renseigner sur le changement climatique, sont directement tombés sur des pages et vidéos de climato-sceptiques sans pour autant bénéficier de l’éclairage critique nécessaire à leur débunking. Il est cependant regrettable que ces internautes en viennent à rejeter toute étude scientifique du réchauffement climatique au nom de cet « esprit critique » que le charlatanisme climato-sceptique leur aura falsifié. Mais lorsque les adversaires politiques du GIEC s’engagent sur la voie tortueuse des théories du complot, le cocktail peut se révéler encore plus détonnant et pour le moins saugrenu. Les twittos me suivant sur ce réseau social se sont ainsi régalés d’une capture d’écran d’un commentaire public posté sur la page facebook du Monde.fr que je me suis empressé de leur partager :

 

 

Truculente perle complotiste que voilà. Et pourtant, ne jetons pas trop vite l’auteur de ce savoureux message aux orties. Cet innocent internaute a tout simplement voulu nous faire part, en toute modestie, d’une théorie à ses yeux bien plus séduisante que la bien trop rationnelle influence de l’activité anthropique sur le réchauffement climatique. Nous sommes donc en présence d’un climato-scepticisme alternatif, mâtiné d’extra-terrestres et de complot mondial. Puisqu’ils sont parmi nous, leur but est clair : réchauffer la planète pour mieux la coloniser. Impossible de ne pas démasquer derrière ce complot nos chers amis reptiliens, qui ne ratent pas une occasion de vouloir nous dérober notre planète afin de s’y faire dorer la pilule. Mais trêves de plaisanteries, ce commentaire conspirationniste ne mériterait pas un billet à lui tout seul s’il n’était pas bien involontairement comparable à une réflexion prospective issue d’un rapport [1] rédigé par d’authentiques scientifiques de la NASA.

Que se passerait-il si un astronef extra-terrestre effectuait depuis quelques décennies l’étude de notre planète ? Leur technologie avancée leur permettrait vraisemblablement de suivre simultanément l’évolution de la Terre et de nos civilisations, et d’en tirer quelques projections quant à notre impact sur les écosystèmes de notre monde-berceau. Si les voyages interstellaires sont monnaie courante pour ces visiteurs, leur enjeu galactico-politique le serait tout autant. Or que conclure d’une race intelligente incapable de se fédérer en un seul peuple pacifique et menant ses écosystèmes à leur propre perte ? Certainement pas en des termes laudatifs. Seth D. Baum, Jacob D. Haqq-Misra et Shawn D. Domagal-Goldman, chercheurs de la Nasa’s Planetary Science Division, analysent ainsi les contacts potentiels avec les extra-terrestres en trois catégories : bénéfiques, neutres ou dangereux. Premier cas de figure, la rencontre serait à notre avantage ou mutuellement prolifique. Que nous échangions avec ces visiteurs de l’espace ou que nous triomphions d’une tentative d’invasion, notre science s’enrichirait vraisemblablement des connaissances et technologies aliens. Il serait alors même envisageable de concevoir des projets de géo-ingénierie efficaces dans le but de contre-balancer les effets du réchauffement climatique. Les aliens viendraient ainsi, d’une manière ou d’une autre, au secours de notre planète.

Second cas de figure possible, nos extra-terrestres sont des scientifiques ou des visiteurs prudents, dont la déontologie leur interdit tout contact avec l’Humanité : soyons honnêtes, on ne peut pas leur en vouloir. Rien de plus ne se passerait alors, fin du jeu. Troisième cas de figure, enfin, nos aliens auraient une influence négative sur nos civilisations, voire sur les écosystèmes de notre planète. Imaginons que ces visiteurs concluent que notre espèce constitue un danger à long terme de colonisation destructrice de la galaxie ou que notre impact négatif sur l’environnement est contraire à leur propre philosophie : il est alors fort probable que des aliens agressifs réagiraient en conséquence. Il serait également possible que, d’une manière ou d’une autre, le réchauffement climatique actuel serve leurs intérêts : qu’il mène à une terraformation sans efforts de notre planète pour une future colonisation ou permette notre génocide sans se salir les mains, nos visiteurs aliens pourraient avoir intérêt à « laisser faire » voire même intensifier le phénomène ! Ce qui nous nous renvoie au commentaire de notre cher internaute conspirationniste. Tout bien réfléchi, sa tirade, bien que hautement fantaisiste, n’est pas si idiote que cela, faisant même écho aux réflexions de nos scientifiques de la NASA.

Les scénarios possibles de rencontre du troisième type négative sont multiples et variés, je ne doute pas une seconde que certains lecteurs m’en proposeront d’autres dans les commentaires, pour mon plus grand plaisir d’amateur de science-fiction. Mais ne nous berçons pas pour autant d’illusions. Le réchauffement climatique d’origine anthropique n’est en rien un complot mais une réalité, n’en déplaise aux climato-sceptiques. Si des scientifiques de la NASA et quelques internautes rêvent d’une éventuelle rencontre du troisième type, nous ne possédons, pour notre part, qu’un seul monde viable, en l’occurrence la Terre. Aussi inutile de nous bercer d’illusions, nous sommes les seuls responsables de son mauvais état, et nous ne pouvons compter que sur nous-même pour réduire les dégâts avant qu’il ne soit trop tard…

 

Le Jour où la Terre s'arrêta (Scott Derrickson, 2008).

Le Jour où la Terre s’arrêta (Scott Derrickson, 2008).

 

Référence :

[1] Baum, S.D. ; Haqq-Misra, J.D. ; Domagal-Goldman, S.D. (2011). Would contact with extraterrestrials benefit or harm humanity? A scenario analysis. Acta Astronautica 68:2114-2129 [arXiv].