avril 2015
L Ma Me J V S D
« mar    
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930  

Le mythe de l’Atlantide : entre preuves géologiques et rêveries romantiques

De toutes les hypothèses pseudo-archéologiques, le mythe de l’Atlantide demeure certainement le plus populaire. Transmis à l’origine par les Egyptiens puis totalement réécrit dans le Timée et le Critias par Platon pour forger son propre conte philosophique, le mythe connaît depuis le XIXème siècle un vif regain d’intérêt. Parmi les très nombreuses hypothèses plus ou moins saugrenues gravitant autour des textes de Platon, existe-t-il tout de même un fondement archéologique crédible ou les atlantologues sont-ils tous des pseudo-scientifiques ? Le débat est relancé aujourd’hui sur le site Slate, qui publie un récit-interview du Pr. Stavros Papamarinopoulos, géophysicien à l’Université de Patras (Grèce) et fervent partisan de l’Atlantide. Ce chercheur n’en démord pas : le mythe de Platon s’appuie sur des éléments archéologiques vérifiés, aussi argumente-t-il que le récit d’une guerre entre l’Atlantide et Athènes suivie de la destruction cataclysmique des Atlantes doit-il être pris avec beaucoup plus de sérieux que le mépris actuel du monde académique. Dans son récent ouvrage « Meet Me in Atlantis: My Obsessive Quest to Find the Sunken City », le journaliste américain Mark Adams a souhaité donner la parole à ce scientifique grec controversé. Si l’article de Slate ne permet pas de juger l’ouvrage d’Adams, il donne l’occasion d’aborder avec scepticisme les arguments du célèbre atlantologue Papamarinopoulos.

atlantis

Le premier argument de notre géophysicien grec repose sur la véracité entre les descriptions historiques de Platon et les fouilles archéologiques de l’Athènes mycénienne. Mais que savons-nous exactement des premiers siècles de cette importante cité antique ? Selon les connaissances archéologiques actuelles, le site d’Athènes est habité depuis au moins le néolithique et aurait connu dès le premiers temps l’édification d’un rudimentaire fortin. Après les invasions ioniennes, l’Attique se couvre de cités. Athènes est alors baptisée Cécropia (vers -1400 ans). Elle devient un important centre de la civilisation mycénienne avant que l’invasion dorienne (vers -1200 ans) mette un terme à cette époque. Cependant, Cécropia échappe aux pillages et n’est pas abandonnée. Elle régresse alors, se rétractant pour redevenir une petite place fortifiée. Mais sa situation géographique avantageuse lui permet de redevenir une importante cité grecque lors de sa refondation (vers -750 ans). D’abord cité-état gouvernée par les rois d’Athènes, sa démocratie se bâtit progressivement au cours des siècles suivants. Toujours est-il que Stavros Papamarinopoulos s’appuie sur des sources historiques sérieuses lorsqu’il compare le Critias et les preuves archéologiques contemporaines. Il veut pour preuve de la précision de Platon le constat que lors de fouilles menées à l’Acropole dans les années 30, la découverte d’habitations de l’époque mycénienne se révéla comparable aux descriptions du philosophe antique.

Le problème se pose lorsque Stavros Papamarinopoulos s’appuie sur la véracité des propos de Platon concernant l’Athènes mycénienne (Crécropia) afin de valider en grandes parties le récit de l’Atlantide contenu dans le Critias. Le géophysicien grec va encore plus loin dans la provocation, puisque selon lui, ignorer cette très grande compatibilité entre Platon et l’archéologie est un regrettable oubli bien trop courant dans le monde académique. Résumer le mythe de l’Atlantide à une île gigantesque située au milieu de l’océan atlantiques serait donc selon Papamarinopoulos une erreur d’interprétation de Platon dans le texte. Et le géophysicien d’accuser les sceptiques de l’Atlantide de « paresse intellectuelle » ! Pour notre partisan du mythe de l’Atlantide, il faut revenir au texte ancien de Platon. Le philosophe utilise le mot grec ancien « nesos » pour désigner le territoire mythique, presque toujours traduit par « île ». Or le terme peut aussi désigner une côte, un promontoire, une péninsule, voire même une île lacustre. Dans ces conditions, les Atlantes seraient peut-être les fameux envahisseurs venus de l’ouest de la Méditerranée, ces « peuples de la mer » que le pharaon Ramsès III vainquit aux alentours du XIIème siècle avant J.C. Le Pr. Papamarinopoulos considère donc que l’Atlantide serait située quelque part le long de la péninsule ibérique, et que les montagnes atlantes décrites par Platon correspondraient à la Sierra Nevada et la Sierra Morena. Leur localisation plus ou moins située « face aux Colonnes d’Hercule » resterait encore compatible avec les textes antiques.

Platon - détail de l'École d'Athènes par Raphaël.

Platon – détail de l’École d’Athènes par Raphaël.

Mais que s’est-il donc passé après la guerre entre l’ancienne Athènes et les Atlantes ? Un immense séisme, pardi ! Platon n’écrivit jamais de suite au Critias, et nous devons don nous contenter des maigres détails qui nous sont parvenus afin de retracer cette guerre puis la destruction de Atlantide et de son peuple décadent. Tout juste comprenons-nous que l’Athènes fantasmée par Platon comme un modèle politique d’excellence sut triompher de l’Atlantide décadente et gouvernée par des rois corrompus. La destruction finale de l’île-état par un immense raz-de-marée étant même attribuée à la colère de Zeus, faisant du Maître de l’Olympe lui-même un militant de la démocratie athénienne ! De toute évidence, le Timée et le Critias recyclent un ou plusieurs mythes antiques afin de forger de toutes pièces un conte politique et philosophique dont la véracité doit être considérée avec énormément de prudence. La naissance même de l’Atlantide, terre d’accueil des enfants nés de l’union entre Poséidon et des mortelles, sa richesse exceptionnelle et son architecture bien trop fastueuse, et la mise en scène d’une puissante cité d’Athènes se dressant seule face à la menace atlante tient difficilement la route dans un contexte historique plus sérieux. Deux époques sont proposées par les partisans de l’Atlantide : 9000 ans avant J.C. et 1200 ans avant J.C. Dans le premier cas, Athènes se résumait probablement à un petit groupement de maisons entourées d’une palissade. Dans le second cas, Cécropia (l’Athènes mycénienne) n’aurait certainement pas combattue seule les Atlantes, et alors Platon affabule délibérément en transformant l’ancienne Cécropia en une cité-état d’Athènes idéalisée.

Reste le scénario de la destruction de l’Atlantide, peut-être hypothèse la plus intéressante du Pr. Papamarinopoulos. En effet, le géophysicien rebondit sur les fouilles de 1930 et la découverte d’un point d’eau tari par des éboulements sismiques pour avancer qu’un séisme majeur dans le bassin méditerranéen ébranla Cécropia tout en submergeant l’Atlantide lors d’un tsunami. Il suffirait d’imaginer un événement encore plus spectaculaire que le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 pour boucler l’hypothèse. Un scénario séduisant à priori. Mais l’hypothèse du lointain souvenir d’une catastrophe géologique majeure située 9000 ans avant Platon s’avère peut-être encore plus « crédible ». Jacques Collina-Girard, maître de conférences à l’Université Aix-Marseille, s’appuie lui aussi sur les récits de Platon tout en retenant que l’auteur antique ne cherchait qu’à concevoir un mythe philosophique de la cité-état idéale. Une base de travail loin du délit de fainéantise intellectuelle que ne cesse de brandir Stavros Papamarinopoulos à l’adresse de ses adversaires. Pour Collina-Girard, Platon s’inspire de très vieilles légendes, elles-mêmes transmises (en partie ?) par les voisins Egyptiens. Or, voici quelques millénaires, le monde méditerranéen a été profondément affecté par la remontée du niveau de la mer. Un événement climatique majeur, qui s’exerça à très grande vitesse : durant l’apogée du phénomène, le niveau des mers grimpa de 4 à 16 mètres par siècle ! L’humanité se retrouva brutalement en proie à une modification de son habitat : révolue, l’époque des chasseurs-cueilleurs paléolithiques. Les grands troupeaux se raréfient, les terrains de chasse côtiers sont inondés, et alors que la poussée démographique ne cesse de s’accroître, l’humanité est obligée d’adopter un mode de vie agraire. Dans la mesure où l’humanité vivait en très forte interaction avec la nature, et que ces changements ont pu se manifester en quelques générations seulement, la montée du niveau de la mer a pu provoquer un immense « traumatisme » que les embryons de sociétés néolithiques se sont empressées de raconter et transmettre. Les récits de submersions accompagnent presque toutes les mythologies antiques, jusqu’au tardif Déluge biblique probablement inspiré par un brutal épisode d’inondation des côtes de la mer noire. Le mythe de l’Atlantide serait donc inspiré de ces très anciennes légendes encore rapportées à l’époque de Platon.

Paléopaysage du détroit de Gibraltar (crédits : Jacques Collina-Girard).

Paléopaysage du détroit de Gibraltar (crédits : Jacques Collina-Girard).

Dans ce récit-interview extrait du livre de Mark Adams, Stavros Papamarinopoulos bute irrémédiablement sur les fameuses Colonnes d’Hercule (Gibraltar) et le récit de Platon situant son Atlantide au-delà de ce détroit. Il en vient à revenir sur le terme de « panpelagos » qu’il traduit comme « mer infinie » et va jusqu’à sous-entendre que les terres atlantes situées au-delà des Colonnes seraient donc… situées en Amérique ! C’est là tout le piège du raisonnement de Papamarinopoulos, qui s’engage là vers de douteuses hypothèses pseudo-archéologiques. Les quelques éléments historiques relatifs à Cécropia que Platon introduisit dans ses récits de l’Atlantide pour forger son utopique Athènes ne sont pas des arguments assez solides afin d’accorder autant de crédit à la légende de l’Atlantide ! Jacques Collina-Girard constante, quant à lui, que le détroit de Gibraltar présentait au Paléolithique plusieurs grandes îles, dont celle de Spartel qui mesura jusqu’à 14 km de long. Un excellent site historique pour l’installation d’une peuplade néolithique, et qui fut contrainte à l’exil lorsque l’île fut définitivement submergée près de 9000 ans avant Platon… En définitive, les îles du détroit de Gibraltar formaient un paléopaysage certainement propice à l’installation de villages humains. Le flux de réfugiés climatiques jusqu’en Egypte apporta le récit de terres submergées; l’événement devenu une légende populaire fut transcrite par les premiers scribes égyptiens voici 5000 ans, garantissant par la même occasion la transmission du souvenir d’un événement néolithique qui se serait autrement perdu au fil des millénaires. Mais une transmission à l’origine orale aurait-elle pu supporter les quelque quatre millénaires de délais avant la transmission écrite ? Probablement oui : les derniers chasseurs-cueilleurs de Nouvelle-Guinée conservent ainsi le souvenir très fidèle d’éruptions volcaniques datant de 600 ans. La remontée du niveau de la mer, épisode encore plus traumatique, aurait donc certainement perduré encore plus longtemps.

Le mythe de l’Atlantide ne mènera certainement aucun aventurier sur la piste sous-marine de ruines antiques gigantesques. Cependant, ce mythe est probablement l’héritier d’un des plus anciens récits de l’humanité : celui de la submersion des côtes lors de la remontée brutale du niveau des océans à la fin de la dernière glaciation. Ce précieux témoignage vieux de plus de dix millénaires fait partie du patrimoine de l’Humanité, et c’est sous ce regard sceptique qu’il devrait être transmis de nos jours. Nul besoin d’embellir le mythe à la manière d’un récit de fantasy historique ! Même si, de toute évidence, Platon aurait certainement apprécié lire un tel roman.


Théorie de la Terre « Boule de neige » : entre coup de chaud et avis de grand froid

snowball_earthLa Terre primitive n’a pas toujours été ce monde surchauffé que nous illustrent les ouvrages de vulgarisation. A plusieurs reprises, un dérèglement brutal de son climat entraîna de brutales chutes des températures, transformant notre bonne vieille planète en une copie conforme du monde polaire de Hoth dans la saga Star Wars. Mais comment un tel phénomène fut rendu possible, et quelles preuves avons-nous de ces périodes cryogénaires ? Depuis une huitaine d’années, différentes études apportent un éclairage nouveau sur ces événements exceptionnels, nous permettant aussi bien de mieux comprendre la dynamique de notre planète que d’extrapoler ces résultats aux lunes glacées de notre système solaire.

D’après la Théorie de la Terre « Boule de neige » , la planète fut recouverte de glace à différentes époques : le premier de ces événements, ou glaciation huronienne, eut lieu au Paléoprotérozoïque (2,2 à 2,4 milliards d’années). Selon l’hypothèse communément retenue, l’activité bactérienne fut responsable de cette première crise. Alors que la photosynthèse entraînait une augmentation de la teneur en dioxygène de l’atmosphère terrestre primitive jusqu’au seuil de 1 %, le taux de méthane présent dans l’atmosphère a brusquement chuté, victime de cette grande oxydation. Les molécules d’eau et de dioxyde de carbone ainsi formées ne provoquant pas le même effet de serre (le dioxyde de carbone ayant un pouvoir de réchauffement global 25 fois moins important que le méthane), la température globale à la surface de la Terre primitive chuta progressivement, favorisant l’accroissement des banquises polaires. D’après les modèles climatiques proposés par les géophysiciens, le phénomène connut un emballement dès lors que les glaces descendirent sous les 50° de latitude. Leur effet albédo renvoyant alors suffisamment de rayons solaires pour amplifier significativement le refroidissement, et ainsi entraîner la glaciation globale.

La glaciation huronienne fut suivie au cours des âges géologiques par 3 ou 4 autres glaciations totales qui se seraient déroulées au Néoprotérozoïque (entre 730 à 590 millions d’années). Cette théorie de la Terre « boule de neige » , proposée pour la première fois en 1992 par le géobiologiste Joseph L. Kirschvink, s’appuie sur trois arguments majeurs :

 

  • Les couches de carbonates : d’épaisses séquences de carbonates caractérisent le néoprotérozoïque. Elles se seraient formées au cours des épisodes « boule de neige » entre 730 et 590 millions d’années.
  • Des dépôts glaciaires à basses latitudes : des sédiments glaciaires se sont accumulés sur de larges zones continentales alors situées au niveau de l’équateur.
  • La présence de dépôts d’argiles très riches en fer et de dépôts de manganèse : leur accumulation massive entre 3,5 et 1 milliard d’années résulterait d’une réoxygénation des océans, et donc du dégel brutal de la planète suite à l’épisode « boule de neige » du Paléoprotérozoïque.

 

snowball_earthL’hypothèse de la “Terre Boule de neige” ne fait pas l’unanimité auprès de la communauté scientifique. Certains lui préfèrent un modèle de Terre partiellement gelée, présentant des régions affranchies de toute glace. Ce modèle alternatif a été appuyé par la mise en évidence de cycles climatiques alternant des périodes chaudes et froides au cours du Cryogénien, voici 850-544 millions d’années. Analysant des roches sédimentaires glaciaires originaires de l’Oman, des géologues anglo-suisses ont pu clairement mettre en évidence l’alternance de ces cycles climatiques. Leurs résultats, publiés en 2007 dans la revue Geology, se basaient sur l’indice chimique d’altération de ces roches. Examinant la composition chimique et minérale de ces roches sédimentaires, l’équipe désirait initialement prouver l’absence de changements climatiques durant le Cryogénien, confirmant alors l’hypothèse d’une Terre « boule de neige ». La technique employée permet de renseigner rapidement sur les conditions climatiques de l’époque géologique : un fort indice d’altération trahit l’action chimique d’un climat chaud et humide, tandis qu’un faible indice est synonyme d’un climat froid et sec. Or les roches sédimentaires glaciaires présentent trois intervalles à faible indice d’altération chimique, en alternance avec des périodes à fort indice d’altération chimique. Au final, le Cryogénien n’apparaît donc pas comme une période entièrement gelée mais montre des preuves évidentes d’alternance entre des climats chauds et humides et des climats froids et secs. De plus, l’existence de périodes chaudes signifie qu’en dépit des sévères glaciations de cette période, la Terre ne fut probablement jamais entièrement gelée, et que des zones océaniques libres de toute glace perdurèrent.

Le scénario de la Terre « boule de neige » venait-il de fondre au soleil ? Pas si sûr ! Des chercheurs français publièrent également en 2007 dans la revue Comptes Rendus Geosciences un modèle climatique décrivant la première glaciation totale du Néoprotérozoïque, voilà 730 millions d’années. Leur étude, basée sur des données terrain existantes et complétée par des relevés au Brésil et en Afrique de l’Ouest, proposait un scénario de gel et de dégel de la planète. Pour Anne Nédélec, professeur de géologie à l’université Paul-Sabatier (Toulouse) et coordinatrice de l’étude, la fragmentation du super-continent Rodinia et l’augmentation des précipitations auraient initialement abaissé la température globale de 8°c. Le surfaces basaltiques (estimées à 7 millions de km²) érodées réagirent alors avec le dioxyde de carbone atmosphérique dissout dans les pluies, formant des dépôts de carbonates sédimentaires au fond des océans et contribuant à un refroidissement global des températures de – 50°c. L’activité volcanique aurait permis une sortie de crise : selon les modélisations du Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (Gif-sur-Yvette, Essonne), les taux de dioxyde de carbone auraient alors représenté 10 à 20% des gaz atmosphériques, provoquant un effet de serre propice au dégel de la planète. Ces conditions, si particulières, expliqueraient pourquoi un tel scénario catastrophe ne s’est pas reproduit au cours des 570 derniers millions d’années.

Mais pour définitivement valider ces modèles paléo-climatiques, encore faudrait-il posséder des températures remontant à ces lointains événements de Terre « boule de neige ». Or ces données sont désormais disponibles, grâce à la récente contribution d’une équipe internationale de géologues et géochimistes. Traditionnellement, les « paléo-thermomètres » consistent à déduire la température à partir de la comparaison des teneurs en isotopes 16 et 18 d’oxygène contenus dans les carbonates marins ou les carottages de glace. Hélas, pour des événements aussi reculés que le Cryogénien, il n’existe pas d’échantillon adéquat. Grâce à une nouvelle technique reposant sur la mesure de l’isotope 17 de l’oxygène, les chercheurs ont pu mesurer ces « paléo-températures » à partir de prélèvements rocheux datés de 700 millions d’années (Chine) et de 2,4 milliards d’années (Russie). Ces roches ayant interagi avec des molécules d’eau, elles se sont naturellement imprégné de l’oxygène contenu dans H2O. Selon les résultats de cette étude parue dans les PNAS, les températures seraient inférieures à -40°c. Des conditions polaires pour des roches supposées localisées au niveau des tropiques lors de leur contamination chimique !

Selon Daniel Herwartz, chercheur à l’Université de Cologne et premier auteur de cette nouvelle étude, « Il est arrivé que nous ayons vraiment une Terre intégralement gelée. Si vous allez dans des régions tropicales et que vous y imaginez d’épais glaciers et des océans pris par la banquise, cela semble fou, mais il apparaît que c’est bien cela qui s’est passé  » . Mais comment la Terre a pu préserver la Vie lors de ces différents épisodes ? La question semble particulièrement épineuse et laisse toujours une porte ouverte aux modèles alternatifs d’une Terre « boule de neige fondue » où des oasis dégelés auraient localement servi de zones-refuges aux formes de vie primitives. Une hypothèse qui apporte également des arguments favorables à la présence éventuelle de vie dans les océans souterrains des lunes glacées du système solaire …

Paysage de banquise en Antarctique (crédits : non renseignés).

Paysage de banquise en Antarctique (crédits : non renseignés).

 

Pour en savoir plus :

 

Donnadieu Y., Goddéris Y., Ramstein G., Nédélec A., Meert J. (2004). A « snowball Earth » climate triggered by continental break-up through changes in runoff. Nature. 428: 303-306.

Herwatz D., Pack A., Krylov D., Xiao Y. (2015). Revealing the climate of snowball Earth from Δ17O systematics of hydrothermal rocks. PNAS. doi: 10.1073/pnas.1422887112

Kirschvink J. (2002). Quand tous les océans étaient gelés. La Recherche. 355: 88-89.

Nédélec A., Ramstein G., Laskar J. (2007). Gel et dégel de la Terre boule de neige néoprotérozoïque : du terrain aux modèles climatiques. Comptes Rendus Geosciences 339:3-4.

Rieu R., Allen P. A., Plötze M., Pettke T. (2007). Climatic cycles during a Neoproterozoic « snowball » glacial epoch. Geology. 35: 299-302.


Dernière valse pour les partisans du géocentrisme

Galilee-a-tortEn novembre 2010, se déroulait à l’Hôtel Garden Inn de South Bend, Indiana, la première – et unique – conférence catholique sur le géocentrisme. Ce rendez-vous exceptionnel que vous regrettez certainement d’avoir raté réunissait les dix plus grands détracteurs de l’héliocentrisme, dont parmi eux le Dr. Robert Sungenis et sa fracassante intervention : « Le Géocentrisme : Ils le savent, mais ils le cachent » ou encore le Dr. Robert Bennett et ses « expériences scientifiques démontrant l’immobilité de la Terre dans l’espace ». Tout un programme. Sachez que le merchandising n’était pas en reste, puisqu’il était même possible de repartir avec le livre des deux compères Sungenis et Bennet, « Galileo Was Wrong : The Church Was Right », 1200 pages d’un réquisitoire sans appel également disponible en version numérique sur CD-Rom. Inutile de préciser qu’après un tel tour de force, nos fiers géocentristes ne pouvaient que renvoyer dans les cordes la blasphématrice communauté scientifique.

Hélas, quatre années se sont écoulées, et il semblerait que ces mécréants de physiciens rechignent toujours à admettre l’évidence. Est-ce par dépit que nos fiers défenseurs du géocentrisme n’ont point souhaité renouveler leur rendez-vous scientifique de haut niveau ? Ou bien faut-il y voir la preuve qu’un complot ourdi depuis les plus hautes sphères supranationales œuvre pour nous cacher la vérité ? Mais trêves de sarcasmes ; aussi saugrenu que cela puisse paraître, le géocentrisme attire encore de nos jours quelques rares partisans. Internet se fait comme toujours l’écho de leurs élucubrations, et avec le temps deux mouvements distincts sont apparus : d’un côté les partisans d’une astrophysique purement biblique, de l’autre les adeptes des théories du complot en quête d’une improbable vérité. Autant dire qu’aucun de ces deux camps n’admet les enseignements pourtant élémentaires de nos manuels d’astronomie.

Mais comment peut-on croire encore au XXIème siècle que la Terre est le centre du système solaire ? Il peut sembler ridicule que des quidams puissent encore se fier au lever oriental et au coucher occidental du Soleil pour admettre le géocentrisme, ou encore rejeter le principe même de la force de Coriolis au nom de leur livre saint. La dispute semble elle-même largement dépassée, puisque dès le Vème siècle avant J.C., le philosophe grec Philolaos de Crotone émettait l’hypothèse que la Terre ne fut pas le centre de l’univers mais un astre tournant autour d’un grand « feu central ». Les grecs anciens avaient d’ailleurs perfectionné le système en un modèle hélio-géocentriste, que le savant Héraclide du Pont décrivait vers 340 av. J.C. comme la révolution de Vénus et Mercure autour d’un Soleil lui-même en orbite autour d’une Terre immobile. Sans oublier la première théorie scientifique d’héliocentrisme à proprement parler, que nous devons au savant Aristarque de Samos qui, au IIIème siècle av. J.C., proposa un modèle héliocentrique justifié par le postulat que les corps célestes de petit diamètre ne peuvent que tourner autour de ceux présentant un plus grand diamètre. Et pendant qu’en Europe médiévale la plupart des savants, bridés par l’autorité ecclésiastique, se limitaient aux critiques que formula Archimède en son temps pour rejeter l’héliocentrisme, les sciences indiennes et musulmanes connaissent un véritable âge d’or et de lumières. Les astronomes indiens Âryabhata (V-VIème siècle) et Bhāskarācārya (XIIème siècle), ainsi que le savant perse Nasir ad-Din at-Tusi (XIIIème siècle) développèrent leurs propres modèles d’univers héliocentriques. Pendant ce temps en Europe, deux périodes obscurantistes faisaient rage : d’abord la chute de Rome, ensuite les croisades d’une chevalerie chrétienne fanatisée.

Nicolas Copernic

Nicolas Copernic

Il faut attendre la Renaissance pour qu’enfin les astronomes européens osent enfin affirmer leurs intuitions personnelles. Le chanoine polonais Nicolas Copernic (1473-1543) publie en sa dernière année d’existence son fameux ouvrage De revolutionibus orbium coelestium, dans lequel il présente un nouveau modèle d’héliocentrisme. Copernic est encore considéré à tort comme le premier découvreur de ce modèle astronomique. Il s’agit d’un mythe habilement forgé par l’intéressé, qui retire dans la version finale de son ouvrage toute mention faite à Aristarque de Samos pour ne privilégier que Héraclide du Pont, certes plus populaire auprès des lettrés du moyen-âge mais lui permettant de suggérer à ses lecteurs la paternité de son modèle héliocentrique. Copernic n’est pas pour autant un fraudeur : son principal travail scientifique cherchait à corriger mathématiquement les erreurs et incompréhensions astronomiques de son époque, pour la plupart liées à l’utilisation de modèles géocentriques. Ses travaux sont ardemment défendus par le savant italien Galilée (1564-1642), qui ne fut pas son contemporain mais dont les observations astronomiques vinrent appuyer le modèle héliocentrique copernicien. Le personnage de Galilée mériterait un article à part entière tant son nom s’accompagne de rumeurs et fausses histoires. Contrairement à un des hoax les plus répandus, Galilée n’a jamais inventé la lunette astronomique, mais fut parmi les premiers à utiliser une lunette d’approche comme instrument d’observation céleste. Ses découvertes viennent progressivement infirmer le géocentrisme promu par l’Église. Dans un premier temps, il observa plusieurs satellites de Jupiter, que l’on baptise depuis « satellites galiléens », et remit partiellement en cause le géocentrisme à partir de ces découvertes. Quelques mois plus tard, il découvrit les phases de Vénus, comparables à celles de la Lune. Mais alors qu’il consignait ses observations, deux irrégularités vinrent le convaincre définitivement d’adopter l’héliocentrisme copernicien. D’abord, Vénus présente toutes les phases possibles et non certains quarts, comme le prédit le modèle géocentriste. Ensuite, la taille de Vénus varie au cours de son cycle de phases ; or si la Terre était immobile au centre du système, le diamètre de l’étoile du Berger devrait rester constant.

S’il existe bien une observation permettant de rejeter le géocentrisme sans le moindre doute, nous la devons à Galilée. Il suffirait en définitive de convaincre les partisans du géocentrisme d’observer tous les soirs Vénus à la lunette astronomique pendant plusieurs mois et de constater son évolution. Rien d’insurmontable pour quiconque s’équipant d’un télescope grand public et d’une caméra numérique adaptable. Certains astronomes amateurs se sont d’ailleurs prêtés à l’exercice et ont ainsi réalisé de superbes photomontages. Il faut cependant s’armer de patience, le cycle complet de Vénus durant 584 jours. Cependant, le phénomène reste compatible avec le modèle hélio-géocentriste de Tycho Brahé (1546-1601), lui-même inspiré des idées d’Héraclide du Pont. Dans la théorie de Brahe, le Soleil et la Lune tournent autour d’une Terre immobile, tandis que Mars, Mercure, Vénus, Jupiter et Saturne tournent autour du Soleil. Lors du procès de Galilée, l’inquisiteur jésuite Roberto Bellarmino (canonisé en 1931) reprit les thèses de Brahe pour infirmer les arguments de l’astronome italien. Le système de Copernic (1473 – 1543) fut déclaré contraire à la Bible par l’Église en 1616, tandis que système de Tycho Brahe était adopté par les jésuites, puis progressivement par l’Église catholique dans son ensemble. Contrairement à une autre légende tenace, si Galilée est condamné par l’Église, il ne fut jamais livré au bûcher. Son abjuration publique prononcée en 1633 lui épargna cette sentence à mort, de même qu’il ne rétorqua jamais sa fameuse phrase « et pourtant elle tourne » , aparté apocryphe qui, s’il l’eut prononcé, lui aurait valu pour le coup le bûcher. Galilée fut d’abord assigné à résidence chez l’archevêque Piccolomini à Sienne, avant d’être autorisé à retourner vivre dans sa villa d’Arcetri où il finit ses jours.

Qu’en est-il de l’abandon du modèle de Brahe ? Sa réfutation nécessita une meilleure connaissance astronomique et optique, mais s’opéra dès le siècle suivant. En 1728, l’astronome anglais James Bradley démontra la révolution de la Terre autour du soleil en résolvant le problème d’aberration de la lumière. En 1838, l’allemand Frederich Wilhelm Bessel mesura la parallaxe d’une étoile, donnée empirique que Galilée était incapable de fournir avec l’instrumentation de son époque pour prouver de manière irréfutable son prise de position en faveur du modèle héliocentrique. Quant à la rotation de la Terre sur elle-même, dernière clé du modèle, elle ne fut guère plus complexe à prouver expérimentalement. En 1851, Foucault (1819-1868) proposa au Panthéon de Paris une expérience restée célèbre : grâce au simple mouvement d’un pendule géant, il démontra de manière spectaculaire la rotation du globe terrestre.

Face à l’accumulation de preuves, l’Église catholique est bien obligée de faire machine arrière. Les levées d’index entourant les thèses héliocentriques sont prononcées en 1741 puis 1757. Il faudra pourtant attendre 1992 pour que le Vatican reconnaisse officiellement les erreurs commises par la plupart des théologiens lors de l’affaire Galilée. Il est donc difficile de croire qu’encore aujourd’hui, des militants se réclament du géocentrisme. Et pourtant, l’anecdotique conférence américaine de 2010 est là pour nous rappeler que certains intellectuels emprisonnent encore leur esprit critique derrière les barreaux de l’obscurantisme religieux. Le plus ridicule dans cette affaire ? nulle part dans la Bible il n’est dépeint de modèle astronomique pour notre système solaire : tout au mieux peuvent-ils tirer de l’Ancien Testament une traduction contestable à la source de leur interprétation subjective. Mais nos partisans d’une Terre immobile ne sont plus à une absurdité près !

solar_system


Mars : la NASA opte pour le moteur VASIMR

La course vers Mars n’est pas abandonnée, comme le claironne le journal Libération ! Il est vrai qu’après les retards accumulés, les annonces politiques sans cesses répétées et les désillusions autour du programme privé Mars One, le grand public se montre plutôt réticent quant à la promesse d’un astronaute foulant le sol martien d’ici les vingt prochaines années. Et pourtant, la NASA n’a pas encore jeté l’éponge. Parmi les obstacles rencontrés par ce projet pharaonique figurent la durée de la mission habitée, estimée à un an et demi. Durant le trajet, les astronautes devront lutter contre les effets négatifs d’un séjour prolongé dans l’espace sur le corps humain, mais seraient également menacés par une exposition prolongée aux radiations solaires. La mission pourrait donc être sérieusement compromise si des problèmes de santé invalidaient l’équipage durant leur voyage …

Prototype de moteur VASIMR. (c)  Ad Astra Rocket Company.

Prototype de moteur VASIMR. (c) Ad Astra Rocket Company.

Afin de rallier la planète rouge sans encombres, une solution logique consisterait à réduire considérablement le trajet aller-retour. Or pour y arriver, il faut trouver une alternative aux propulseurs chimiques traditionnels. La NASA pense avoir cependant trouvé une piste exploitable grâce au moteur VASIMR (Variable Specific Impulse Magnetoplasma Rocket), une piste développée par un ancien astronaute de l’agence américaine, le Dr. Franklin Chang-Díaz. Selon ce physicien spécialiste des plasma, un vaisseau équipé d’une telle technologie rallierait Mars en seulement 39 jours. Son entreprise, Ad Astra Rocket Company, a donc été sélectionnée afin de développer un prototype à hauteur de 10 millions de dollars de crédits étalés sur trois ans. Le cahier des charges exige que le modèle valide l’échelon 5 sur une échelle de validation comprenant 9 étapes : le moteur devra être jugé crédible non pas uniquement en théorie (échelon 2) ou après la validation de ses composants en laboratoire (échelon 4), mais ses éléments constitutifs devront être testés dans un environnement représentatif et jugés intégrables à des modules spatiaux déjà existants. Les échelons 6 et 7 concernent quant à eux la réalisation de tests dans l’espace, la société Ad Astra Rocket Company devra donc fournir d’ici trois ans un prototype embarquable.

Les aspects physiques et techniques du moteur VASIMR ont déjà fait l’objet d’un article sur ce blog, les lecteurs intéressés pourront s’y rapporter. Outre le rêve martien, cette technologie a déjà été envisagée par des universitaires pour explorer et coloniser les lunes joviennes ! Plus sérieusement, il fut proposé voici quelques années d’installer un moteur VASIMR sur la station spatiale internationale, ceci afin de tester le prototype tout en corrigeant l’alititude de la station. Aucun programme concret de test n’a encore été proposé, l’objectif actuel étant pour la société du Dr. Franklin Chang-Díaz de relever le challenge de la NASA. Certains avis critiques se sont cependant montrés sceptiques quant au projet : Robert Zubrin, président de la Mars Society, estime pour sa part que le moteur nécessiterait un apport énergétique bien trop important et techniquement irréalisable avec la technologie spatiale actuelle. Affaire à suivre.

Un vaisseau à moteur Vasimr en orbite autour de Mars (vue d'artiste). (c) Ad Astra Rocket Company

Un vaisseau à moteur Vasimr en orbite autour de Mars (vue d’artiste). (c) Ad Astra Rocket Company


#AprilFools Des créationnistes américains tentent de faire condamner un biologiste

Poisson d’avril ! Cette histoire a été inventée de toutes pièces par votre serviteur. Elle peut sembler totalement farfelue, mais avec les créationnistes américains, rien n’est impossible :)

La tension entre la communauté scientifique et les militants créationnistes est encore montée d’un cran ces derniers jours aux Etats-Unis. En effet, une association chrétienne du New Jersey vient de porter plainte contre un biologiste de l’Université de Princeton. Son crime : avoir baptisé Ichtus aphrodites sa découverte d’un nouveau taxon de poisson téléostéen appartenant à l’ordre des Zéiformes. Un acte blasphématoire selon les membres d’une association fondamentaliste, puisque le terme « ichtus » compte parmi les premiers symboles chrétiens.

L’affaire, révélée par le New York Times du 30 mars dernier, a de quoi faire sourire. La Cour supérieure du New Jersey a enregistré une plainte des Gardiens de la Foi Christique (GFC), un courant religieux ultra-minoritaire dans l’état, accusant le Dr. Fred J. Vlaptas de s’opposer à la liberté de culte garantie par la Constitution américaine. En effet, pour ces fondamentalistes chrétiens, la récente publication du Dr. Vlaptas dans la revue naturaliste germanophone Vereinigung der Fisch Freunde serait une intolérable attaque de la recherche publique américaine contre la communauté chrétienne. Les responsables du GFC considèrent que l’étude menée par le biologiste marin est un détournement de l’antique symbole chrétien ichtus, en d’autres termes un blasphème inacceptable orchestré par « une communauté scientifique évolutionniste, intolérante et athée dont la persécution des croyants n’est plus à démontrer ».

« Le poisson est le symbole de l’eau du baptême » déclare l’association dans un récent communiqué, avant de citer Saint Augustin : « Ajoutez à cela que, si l’on joint ensemble les premières lettres de ces cinq mots grecs que nous avons dit signifier Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, on trouvera Ichthus, qui veut dire en grec poisson, nom mystique du Sauveur, parce que lui seul a pu demeurer vivant, c’est-à-dire exempt de péché, au milieu des abîmes de notre mortalité, semblables aux profondeurs de la mer ». Une plainte qui pourrait sembler particulièrement loufoque si elle n’était pas accompagnée de menaces téléphoniques et mails anonymes. « Cette histoire est devenue totalement hors de contrôle » commente le Dr. Vlaptas dans les colonnes du quotidien new-yorkais. « En vingt ans de recherches ichtyologiques, je n’ai jamais eu le moindre problème avec les communautés religieuses. La taxonomie s’inspire de toutes sortes de références pour nommer de nouvelles espèces, aussi bien mythologiques, historiques que tirées de la culture pop, et personne n’y a jamais rien trouvé à redire ! ».

Suite à plusieurs jets de poissons contre les fenêtres du laboratoire de biologie marine, l’administration universitaire a exigé qu’une présence policière sécurise désormais l’accès au bureau du Dr. Vlaptas. Une situation jugée pénible par ses collègues, qui ne manquent cependant pas d’humour : « heureusement qu’il n’a pas nommé son poisson en référence à la série Game of Thrones ! » ironise un chargé d’enseignements. Le tribunal se prononcera le mois prochain sur la recevabilité de cette plainte, nous serons alors si cette affaire finira (ou non) en queue de poisson.

Spécimen d’Ichtus aphrodites. Crédits : Dr. Fred J. Vlaptas (2014)


Hacker les plantes cultivées pour nourrir l’humanité ?

Comment nourrir près de 10 milliards d’humains à l’horizon 2050 ? Certains biologistes ont une solution plutôt radicale : hacker la photosynthèse des végétaux afin de booster les rendements agricoles. Telle est la stratégie suivie par une équipe sino-américaine et dont les résultats sont publiés dans la revue Cell. Un choix agronomique controversé, privilégiant la mise en place d’une agriculture industrielle productrice de semences génétiquement modifiées.

Champ_ble

Le Pr. Stephen P. Long, de l’Université de l’Illinois, fait partie de ces spécialistes des sciences végétales persuadés que les semences doivent être génétiquement améliorées afin de répondre à la demande alimentaire croissante. Participant à un partenariat entre son laboratoire et l’institut de bioinformatique de Shangaï, il travaille sur un modèle informatique du processus de la photosynthèse, spécialement développé afin d’orienter les manipulations d’amélioration génétique. Leur base de donnée est plutôt impressionnante, puisqu’elle réunit l’ensemble des connaissances biochimiques et génétiques associées à la photosynthèse chez les plantes de type C3 (comme le riz, l’orge ou le blé) et de type C4 (comme le maïs).

De nombreux travaux précédents se sont intéressés au transfert de gènes de plantes C4 (considérées comme plus compétitives) dans des génomes de plantes C3. Mais l’approche est considérée comme trop difficile par le Pr. Long et son équipe, qui ont suivi une toute autre piste. A partir de ce logiciel, les chercheurs sino-américains se sont proposés d’introduire dans le génome de plantes cultivées un gène de cyanobactérie impliqué dans la photosynthèse de ces micro-organismes. L’expérimentation menée lors de l’obtention de ces plantes GM a démontré une augmentation des rendements photosynthétiques de 30 % . Selon ces chercheurs, ces résultats sont très encourageants : en effet, les micro-organismes photosynthétiques possèdent des pigments accessoires qui leur permettent d’utiliser un plus large spectre solaire que les chloroplastes des cellules végétales. Insérer ces gènes pigmentaires permettra donc d’augmenter le rendement de la photosynthèse.

Une autre approche consisterait à modifier l’expression de gènes natifs selon les prédictions fournies par leur modèle bioinformatique. En effet, les pronostics obtenus in silicio annoncent qu’une régulation fine de l’expression génomique permettrait d’assimiler 60 % de carbone supplémentaire, et ce sans augmenter les apports azotés sous la forme d’engrais. L’étape suivante, selon la Pr. Amy Marshall-Colon et co-auteur de cette étude, consisterait à modéliser une plante entière, afin de faire progresser considérablement les projets de bio-ingénierie en sciences végétales. Le Pr. Long estime quant à lui que ces semences OGM pourraient être utilisées par les agriculteurs d’ici une quinzaine d’années. L’objectif étant de baser notre future alimentation sur une production agricole entièrement modifiée génétiquement …

 

Sources : Phys.org.