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Le climat en France à l’horizon 2100 : prise de conscience citoyenne ?

Un rapport a été remis la semaine dernière à la Ministre de l’Ecologie Ségolène Royal lors de son déplacement à Saint Gervais, sur le site du massif du Mont-Blanc. Rédigé sous la direction du climatologue et membre du GIEC Jean Jouzel, ce rapport de la direction générale de l’énergie et du climat entend faire la synthèse des modèles prédictifs quant aux prévisions attendues sur le territoire français durant le XXIème siècle. Se présentant comme une synthèse de 64 pages illustrée de nombreuses simulations graphiques, le document se veut également pédagogique en détaillant les notions-clés dans un glossaire et en expliquant les principes des représentations graphiques de données statistiques utilisées en climatologie, comme la célèbre « boîte à moustache » . Les perspectives météorologiques déduites de ces modèles climatiques sont pour le peu inquiétantes mais honnêtes : en effet, le rapport entend présenter aussi bien des scénarios optimistes que des projections pessimistes.

Présentons tout d’abord un court résumé de ces tendances annoncées pour l’hexagone. A l’horizon 2021-2050, les auteurs du rapport prévoient une hausse moyenne des températures comprises entre 0,6°C et 1,3°C, avec une augmentation des nombres de jours de vagues de chaleur. L’hiver, les épisodes anormalement froids se réduiront en conséquence. Cependant, si la température augmentera, les saisons seront encore plus « pourries » avec une hausse des précipitations moyennes. A l’horizon 2071-2100, les modèles varient : tout dépendra de l’activité humaine. Il faudra donc s’attendre à des hausses hivernales de 0,9°C dans le scénario le plus optimiste et de 3,5°C dans le scénario le plus pessimiste. Même constat pour l’été : de 1,3°C à 5,1°C d’augmentation des températures moyennes. Les vagues de chaleur estivales pourraient durer jusqu’à 20 jours et l’épisode de la canicule de 2003 serait désormais annuel. Quant aux précipitations, elles augmenteront l’hiver. Reste à savoir si les étés seront des saisons chaudes et humides, l’incertitude des modèles laissent cependant sous-entendre que nos petits-enfants râleront certainement sous la moiteur tiède et étouffante d’un mois de juillet « pourri’.

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Hausses des températures sur le territoire hexagonal d’ici 2090 selon deux prévisions du rapport Jouzel et coll. (2014).

Anomalies de températures prévues par le rapport Jouzel et coll. (2014).

Anomalies de températures prévues par le rapport Jouzel et coll. (2014).

Surpris par ces prévisions alarmistes ? Et pourtant, ce rapport ne vient que répéter des tendances déjà discutées. En effet, le rapport Jouzel arrive dans une période riche en actualité scientifique, durant laquelle le GIEC a publié de nouveaux bilans sur l’état mondial de notre climat et la recherche scientifique a élucidé le phénomène de « pause climatique ». Nous savons désormais qu’un phénomène de refroidissement climatique naturel est parvenu à ralentir la hausse des températures provoquée par l’ activité humaine croissante. Mais ce répit accordé par les cycles naturels n’en est pas moins inquiétant : puisque les températures moyennes rapportées à la surface de la Terre augmentent lentement depuis plus d’une décennie, le facteur anthropique est devenu désormais si conséquent qu’il entrave les oscillations naturelles du climat en imposant un réchauffement permanent. Pire encore, que se passera-t-il lorsque l’oscillation naturelle repartira à la hausse ? Désormais, il ne peut plus avoir de doute, et l’activité humaine est considérée comme responsable à 99,999 % du réchauffement climatique.

En cette fin d’année 2014, le « débat sceptique» autour du réchauffement climatique n’a plus réellement lieu d’être et peut être considéré comme clos. En effet, la mise en évidence d’une lente hausse des températures record et l’inexorable fonte des pôles et des glaciers nous rappelle que même en cette période de cycle de refroidissement naturel, l’homme impose au climat une tendance inverse et dangereuse. Le rapport Jouzel a été accueilli avec véhémence par les dénialistes climatiques. Et pourtant, sa lecture à tête reposée montre à quel point leurs argumentaires sont faux et partisans. Car ce rapport, aussi alarmiste soit-il, n’en est pas moins un monument de prudence face à l’incertitude d’une prévision climatique à l’échelle d’un siècle entier. Mieux encore, séparant météorologie et climatologie, le rapport Jouzel nous explique au combien le réchauffement climatique global de la planète se manifeste par des changements climatiques locaux aussi divers que variés ; la Terre est un système géophysique complexe, la moindre perturbation majeure entraîne des conséquences tout aussi complexes. Nier cette « complexité » équivaut en définitive à plutôt faire étalage de son incompétence, alors pourquoi donner encore la parole aux charlatans climatiques ?

Face aux enjeux du réchauffement climatique, nous ne pouvons plus nous permettre d’espérer une miraculeuse accalmie pour le siècle à venir, ni nous payer le luxe de poursuivre ces débats stériles dans lesquels nous enlisent les climato-sceptiques. Il nous faut désormais mobiliser les esprits et les moyens sur le monde de demain, et entamer au plus vite les transitions nécessaires afin d’adapter nos sociétés. Par quelles mesures ? Tout simplement en misant sur l’éducation, la recherche et l’industrie. La première en renforçant l’enseignement des sciences technologiques et de l’environnement à l’école. Le réchauffement climatique est à peine enseigné en collège-lycée, tout au plus est-il considéré comme une option soumise au bon vouloir de l’enseignant. Cette situation est absurde, il est indispensable que le climat soit un chapitre enseigné non seulement en filière scientifique mais également au programme des autres baccalauréats. La baisse continue du niveau scientifique au lycée et désormais en licence est également une lourde erreur qui coûtera de précieuses ressources intellectuelles à notre pays dans les décennies à venir. Il faut renforcer le niveau pédagogique, mais dans le même temps convaincre jeunes garçons et jeunes filles que les filières scientifiques représentent une solution d’avenir aussi bien pour forger son parcours professionnel que citoyen.

En second point, il faut donc miser sur la recherche afin de poursuivre cette dynamique scolaire, et s’assurer du développement universitaire de technologies et brevets innovants qui nous assureront un développement durable à long terme. En cette période de crise, les sciences semblent délaissées, et la moindre mesure politique visant à suspendre l’activité de centrales thermiques polluantes ou de réacteurs nucléaires vieillissants est jugée « anti-sociale ». L’erreur est certainement là : une transition énergétique ne devrait pas signifier de casse sociale, mais une vaste reconversion et des embauches supplémentaires. La situation des diplômes de Master en énergies alternatives, synonymes plutôt de chômage que d’emplois d’avenir, est à l’image de notre monde économique et politique actuel : morose, sans vision à long terme, obsédé par les petits scandales de scènes de ménage présidentiels. Ce qui nous amène au troisième point, le développement massif d’une industrie verte, orientée non plus sur le bien-être de ses actionnaires et fonds de pension mais sur le développement de technologies innovantes et basées sur le savoir scientifique cultivé ci-dessus.

Vous me jugez utopiste ? Oui, car je ne suis pas encore devenu totalement misanthrope. Malgré la situation morose que nous traversons, j’ai toujours foi en la science et en l’humanité. Peut-être est-ce là un signe de stupidité ou de folie de ma part, cependant je crois encore en une prise de conscience citoyenne. Nous allons peut-être droit dans le mur, mais il est encore temps de se réveiller pour changer de cap. L’avenir est bien plus entre nos mains que nous le pensons.


Pour les climato-sceptiques tout est complot !

Quelle est la différence entre un scientifique et un militant anti-sciences ? La réponse peut sembler évidente, et pourtant elle mérite réflexion. De prime abord, il serait tentant de conclure que le scientifique aime la science, au contraire de son adversaire. Mais ce serait commettre une erreur. Car si le militant anti-science est un adversaire de la science moderne, de ses institutions et de son fonctionnement, il cherche avant tout à leur opposer sa propre « vérité scientifique » . Il faut donc chercher ailleurs notre réponse : elle se trouve peut-être dans un nouvel épisode de la blogosphère australienne, qui nous apporte un autre éclairage sur les « climate deniers » .

Drought_Swimming_Hole

Récemment, la biologiste et blogueuse climatosceptique australienne Jennifer Marohasy accusait le Bureau de Météorologie australien (BoM) de falsifier les températures rapportées afin de favoriser la thèse du réchauffement climatique. Et comme les données publiées par le bureau australien sont confirmées par d’autres organismes tels que la NASA, la blogueuse n’hésite pas à parler de complot à l’échelle mondiale. Marohasy n’est pas une inconnue des milieux dénialistes australiens, aussi sa polémique a trouvé un écho favorable auprès de certains journalistes et politiciens, se faisant un plaisir de relayer l’affaire auprès du grand public. A tel point que le Bureau de Météorologie (BoM) a dû récemment se fendre d’un communiqué officiel pour démentir ces accusations.

Le site skeptical science revient sur cette histoire en lui opposant un fort intéressant débunking, démontrant au final qu’un scientifique diplômé peut très bien se révéler un farouche adversaire climato-sceptique. En effet, nul ne douterait des compétences du Dr. Marohasy dans son domaine de recherche. Cependant, son expertise en matière de sciences climatiques est beaucoup plus discutable : outre le fait qu’il ne s’agisse pas de sa discipline scientifique, son actuel post-doctorat en sciences de l’environnement à la Central Queensland University est financé par une fondation climato-sceptique. Il existe donc un conflit d’intérêt équivoque dans cette affaire.

Quelle leçon tirer à chaud du BoM-gate ? A première vue, que la compétence scientifique n’est pas un vaccin contre le dénialisme. Ensuite, que les argumentaires climatosceptiques ne sont en rien comparables à la méthodologie scientifique. Nous avons là une différence conceptuelle fondamentale : un scientifique ne se repose pas sur ses certitudes, mais interroge constamment ses hypothèses en les soumettant à l’épreuve de l’expérimentation. Un dénialiste raisonne à partir de ses propres dogmes, et cherche à déstabiliser les faits grâce au seul poids de ses mots. Or pour frapper fort, il faut utiliser un langage coup de poing. D’où le recours systématique au lexique du complot criminel mondial. Le discours climatosceptique est donc d’emblée biaisé : outre le manque cruel de contenu scientifique, il abuse d’arguments conspirationnistes fallacieux et contre-productifs. Deux ingrédients typiques que le lecteur attentif retrouvera sans difficulté dans les propos de tout militant anti-sciences écumant le web …


Qui croit sérieusement en la théorie de Terre plate ?

FE_lolUn article récemment paru sur le site web Vice a fait découvrir à des lecteurs incrédules l’improbable Flat Earth Society. Cette organisation américaine, qui se veut héritière de l’ouvrage « Zetetic Astronomy: Earth Not a Globe » (1881) de Samuel Rowbotham, promeut une pensée pour le moins incongrue. En effet, ses quelques quatre cent membres sont persuadés qu’un vaste complot mondial organisé par les plus hautes instances gouvernementales cache au monde entier que la Terre est en vérité un vaste disque et non une sphère. Dans ce modèle, le point central du disque correspondrait au pôle nord, tandis que l’Antarctique serait son périmètre. Quant aux innombrables preuves scientifiques de la rotondité de la Terre, elles ne seraient que des sophismes grecs entretenus par des organisations supranationales.

Comment réfutent-ils les démonstrations et preuves scientifiques de la sphéricité de la Terre ? Avec beaucoup d’aplomb, et une bonne dose de notions pour le moins fantasques. Ainsi considèrent-ils qu’un « tourbillon éthérique » perturbe les ondes électromagnétiques, induisant des phénomènes d’illusion optique pour l’observateur terrestre. Ou encore que le Soleil comme la Lune n’ont que 52 km de diamètre. Ces déclarations ont de quoi faire rire : bien avisé l’internaute qui croirait à une parodie digne du Disque-Monde de Pratchett. Et pourtant, cette association fondée en 1956 n’a rien d’un canular. Il s’agit même de la refondation d’une autre organisation, l’Universal Zetetic Society, elle-même créée à la fin du XIXème siècle.

Le plus surprenant reste que la théorie de la Terre plate était déjà considérée comme désuète à l’époque hellénistique (IVème siècle avant J.C.). Platon admettait dans ses écrits la sphéricité de la Terre. En vérité, le dernier grand débat eut lieu dans le monde romain chrétien d’Orient entre l’École théologique nestorienne d’Antioche, partisane de la Terre plate et l’École théologique d’Alexandrie, partisane de la Terre ronde. Cette controverse présente elle-même que peu d’importance puisque après le départ des Nestoriens vers la Perse, l’École jacobite leur succédant prôna un modèle d’univers sphérique. Cette culture hellénique transmise ensuite au monde musulman permit non seulement de conserver une grande part du savoir antique en Orient, mais ancra définitivement le modèle de la Terre ronde auprès des philosophes arabes. Quant à l’Occident, mis à part quelques exceptions comme Lactance (250-325), quasiment aucun autre philosophe ou religieux des derniers siècles de l’Empire Romain ne remit en cause la rotondité de la Terre. Contrairement à ce que qu’écrivit Cyrano de Bergerac (1619-1655), Saint Augustin ne défendit même jamais la théorie de la Terre plate, bien au contraire. Dans la Cité de Dieu (livre XVI, 9), le fameux philosophe et théologien écrivit :

« Quant à leur fabuleuse opinion qu’il y a des antipodes, c’est-à-dire des hommes dont les pieds sont opposés aux nôtres et qui habitent cette partie de la terre où le soleil se lève quand il se couche pour nous, il n’y a aucune raison d’y croire. Aussi ne l’avancent-ils sur le rapport d’aucun témoignage historique, mais sur des conjectures et des raisonnements, parce que, disent-ils, la terre étant ronde, est suspendue entre les deux côtés de la voûte céleste, la partie qui est sous nos pieds, placée dans les mêmes conditions de température, ne peut pas être sans habitants. Mais quand on montrerait que la terre est ronde, il ne s’ensuivrait pas que la partie qui nous est opposée ne fût point couverte d’eau. D’ailleurs, ne le serait-elle pas, quelle nécessité qu’elle fût habitée, puisque, d’un côté, l’Écriture ne peut mentir, et que, de l’autre, il y a trop d’absurdité à dire que des hommes aient traversé l’immensité de l’Océan pour y implanter un rameau détaché de la famille du premier homme » .

Saint Augustin ne remet nullement en cause la rotondité de la Terre mais débat uniquement de l’absence de preuves qu’elle soit habitée aux antipodes ; ce court extrait démontre que la théorie de la Terre plate n’était même plus sérieusement évoquée de son vivant. Il est d’ailleurs amusant de noter que s’il ne doutait pas pour mieux soutenir le dogme des Écritures, Augustin aurait pu faire un brillant zététicien !. La chute de l’Empire Romain ne signifie pas pour autant l’abandon de l’idée d’une Terre ronde. Les penseurs du Haut Moyen-Âge conservent les démonstrations du monde antique, bien que le savoir grec leur reste partiellement inaccessible pendant plusieurs siècles. Aussi l’idée encore véhiculée de nos jours qu’avant Christophe Colomb les intellectuels du Moyen-Âge niaient la rotondité de la Terre est tout simplement fausse ! En définitive, quiconque ayant un peu d’instruction croyait en la Terre ronde, cependant les hommes de lettre craignaient qu’une zone infranchissable ne sépare les deux hémisphères, rejoignant en cela les doutes de Saint Augustin. Le défi relevé par les grands explorateurs ne fut donc jamais de prouver la rotondité de la Terre, mais plutôt de démontrer qu’il était possible de rallier les quatre coins du globe.

Aussi est-il encore plus difficile de croire qu’au XXIème siècle, des hommes et des femmes puissent se déclarer partisans de la théorie de la Terre plate, retardant de 2400 ans en matière de compréhension de notre globe terrestre. Que des internautes puissent ainsi détenir moins de savoir scientifique qu’un lettré romain ou qu’un chevalier en route pour les Croisades a quelque chose de vertigineusement ridicule. Mais peut-être est-ce là un des paradoxes de notre société de l’information immédiate …


Comment l’Homme a empêché un refroidissement climatique

Que mes lecteurs se rassurent, derrière ce titre particulièrement provocateur ne se cache pas un soudain parti pris en faveur de la pollution atmosphérique. Mais plutôt une réflexion personnelle suite à la publication de trois pertinents articles de climatologie malheureusement boudés par les magazines de vulgarisation scientifique. En effet, il semble que la presse grand public se limite uniquement à relayer les avis d’été pourri ou à déformer les propos alarmants d’experts climatiques en une sur-enchère d’annonces alarmistes. C’est d’autant plus regrettable qu’au cours de ces derniers mois, une avancée importante à mon sens a été faite en climatologie. La célèbre « pause climatique » brandie par les anti-sciences comme une réfutation du réchauffement climatique est désormais clairement expliquée par les climatologues. Et si mon titre se voulait volontairement cynique, c’est peut-être pour mieux digérer les conclusions particulièrement pessimistes que m’inspirent ces travaux récents.

Le hoax de la « pause climatique » est né de l’analyse biaisée des températures moyennes mesurées à la surface du globe. Reconnaissons-le, après la forte montée des températures au cours des années 70 à 90, la courbe venait s’infléchir à tel point que la très faible pente positive rapportée depuis 1998 laissait croire à un arrêt brutal du réchauffement climatique. En définitive, les records de mois les plus chauds continuent à s’accumuler, mais de manière bien moins spectaculaire que l’emballement annoncé par les précédents modèles climatiques. Dans ces situations, le scientifique s’interroge et recherche calmement quels facteurs ont pu modifier la donne. Le climato-sceptique, quant à lui, se frotte les mains en se gardant bien de tout raisonnement contraire à sa doctrine. Seulement derrière la « pause climatique » se cachait une variation naturelle sous-estimée : un refroidissement climatique temporaire et multifactoriel. Autant dire que pour le partisan anti-science, l’explication est déjà bien trop compliquée. Mais puisque nous ne sommes pas sur un site climato-sceptique, tâchons de faire l’effort qui leur fait tant défaut et regardons plus en détails comment le réchauffement climatique a pu être freiné ces dernières années. Un premier papier tout d’abord, publié dans la revue Geophysical Research Letters [1], montre grâce à l’analyse statistique des températures moyennes mesurées à la surface de la Terre qu’un refroidissement naturel s’oppose bien au réchauffement climatique anthropique. Cette conclusion apparaissait déjà en substance dans les résultats publiés par Meehl et al. (2004) (voir la figure ci-dessous). L’article proposé par Lovejoy et al. (2014) confirme donc les précédentes interprétations en s’appuyant sur une autre méthode statistique développée précédemment par la même équipe. Puisque la chose est acquise, intéressons-nous maintenant à ces facteurs naturels présumés.

 

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Crédits : Meehl et al. (2004)

 

Markus Huber et Reto Knutti ont également publié en août dernier dans la revue Nature Geoscience un article revenant plus en détails sur ces facteurs responsables [2]. Certains détracteurs du GIEC, comme Allègre et Courtillot, ont émis par le passé l’hypothèse que l’activité solaire est responsable des changements climatiques mesurés. Paradoxalement, si leur hypothèse a été depuis infirmée (voir la figure ci-dessous), il semblerait que l’activité solaire soit bien un des facteurs naturels responsables de la stagnation du réchauffement climatique. Depuis 13 ans, le Soleil présente une période de faible activité anormalement plus longue que d’accoutumée. Cette baisse de l’irradiance solaire rajoutée à la forte dispersion atmosphérique au cours des dernières années d’aérosols d’origine volcanique (comme lors de l’éruption du volcan Eyjafjallajökull en 2010) s’ajoutent dans la colonne des facteurs « refroidissants » du bilan climatique mondial. Autre phénomène fluctuant, l’année 1998 a été caractérisée par un important événement El Niño, significatif d’une année « chaude ». Le contre-phénomène de La Niña qui s’en suivit eut un effet à l’inverse « refroidissant » sur les températures des années suivnates. Étant donné la difficulté de prévision du phénomène El Niño/La Niña, les modèles climatiques ont en toute logique pâti du manque de données disponibles.

 

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Sources : skepticalscience.com/

 

Enfin, un papier paru fin août dans la revue Science [3] vient apporter une information supplémentaire : un des facteurs responsables du ralentissement du réchauffement climatique serait à chercher dans la circulation des courants océaniques Atlantique et de l’hémisphère sud. Au cours des années 70-90, les données collectées montraient que les courants chauds s’attardaient plus longtemps vers les eaux de surface, permettant une libération de la chaleur dans l’atmosphère et contribuant de manière significative au réchauffement climatique. Mais à la fin des années 90, les courants se sont brutalement accélérés, renvoyant cette fois-ci les eaux chaudes vers les profondeurs de l’océan. Selon les océanologues Ka-Kit Tung et Xianya Chen à l’origine de cette étude, le changement est suffisamment important pour expliquer la « pause climatique » actuelle. Une conclusion un peu plus hasardeuse que certains climatologues modèrent déjà dans les colonnes de Nature News. Toujours est-il qu’un troisième facteur naturel vient compléter la liste des responsables de cette « pause climatique » .

Nos facteurs désormais mieux compris, les modèles climatiques peuvent être réajustés, et comme attendu les voilà incluant désormais cette « pause climatique » dans leurs résultats [2]. La problématique soulevée au cours de années 2000 est donc en bonne voie d’être résolue. Notre colonne des facteurs « refroidissants » désormais mise à jour, regardons du côté de la colonne des facteurs « réchauffants » , avec à leur tête les rejets de GES d’origine anthropique. Puisque les températures mondiales « stagnent » depuis la fin des années 90, il faut trouver un responsable à l’absence de refroidissement climatique. Or pendant cette même période, les rejets de GES n’ont cessé d’augmenter de manière exponentielle. D’où ma conclusion évoquée en titre de ce billet : l’Homme a empêché un refroidissement climatique grâce à ses émissions polluantes. Il y aurait de quoi remettre une médaille aux industriels et politiciens pour leur bienfaitrice inaction : imaginez si nous avions eu un été encore plus pourri ? Mais cessons-là toute ironie grinçante, car le pire reste toujours à venir. Que ce soient les événements El Niño, l’activité solaire ou les circulations océaniques, tous ces facteurs fluctuent, et leurs tendances actuelles viendront à s’inverser. Que se passera-t-il lorsque ces trois facteurs redeviendront favorables à une montée des températures ? Nous observerons alors une hausse brutale du réchauffement climatique, avec toutes les conséquences catastrophiques que cela impliquera. Faut-il donc se réjouir de cette « pause climatique » qui n’en est pas vraiment une ? Non, bien au contraire. Car elle s’annonce en quelque sorte comme le calme avant la tempête …

 

 

Références :

 

[1] Lovejoy, S. (2014). Return periods of global climate fluctuations and the pause. Geophysical Research Letters, 41(13), p. 4704-4710.

[2] Huber, M.; Knutti, R. (2014). Natural variability, radiative forcing and climate response in the recent hiatus reconciled. Nature Geoscience. doi:10.1038/ngeo2228

[3] Chen, X.; Tung, K-K. (2014). Varying planetary heat sink led to global-warming slowdown and acceleration. Science 345(6199), p. 897-903.


Les prédictions de Robert Heinlein pour l’an 2000

En 1949, l’auteur américain de science-fiction compilait une liste de prédictions pour l’année 2000, qui furent finalement publiées en 1952 dans le magazine Galaxy. Soixante cinq ans après leur rédaction, ces prévisions peuvent sembler obsolètes. Outre les fascinantes visions d’un rétrofutur heinleinien, ces prédictions sont également truffées d’humour et laissent entrevoir les inspirations politiques de l’auteur. Heinlein imagine un vingt-et-unième siècle technophile, aux mœurs sociétales bien plus ouvertes et dominé par une vision politique libertarienne. La médecine y est triomphante. Tous les maux trouvent un remède, du plus redoutable cancer métastasique au plus insignifiant rhume des foins, et les médecins travaillent désormais sur la régénération de membres entiers. Les citoyens du futur ont tous un téléphone portable dans leur poche, il est même possible de passer ses vacances sur Mars à la rencontre de ses autochtones intelligents ! Mieux encore, les USA ne feront jamais de guerre préventive et les « faucons » ne chercheront pas d’armes de destruction massive dans le désert irakien.

Mais si la science future tente de contrôler la gravité et de construit les premiers vaisseaux interstellaires, la fracture sociale change de visage. Les classes sociales les plus pauvres ont toutes un toit mais doivent faire face à deux nouveaux problèmes sociétaux : l’inégalité face aux transports et une carence alimentaire mondiale. La biotechnologie mise au service de l’alimentation nous permet de palier ces carences grâce à la culture de levures comestibles ou les protéines de poissons. Mais alors que les plus démunis doivent se contenter de cette alimentation synthétique bon marché, les riches nantis savourent des biftecks hors de prix. L’humanité perdurera et ne connaîtra pas l’apocalypse nucléaire tant redoutée après guerre. Heinlein imaginait-il que son appel à un contrôle supranational des armes nucléaires serait entendu dans le futur ? Toujours est-il que si un tel accord était trouvé dans son imagination, l’auteur reste sceptique sur la formation d’ici l’an 2000 d’un gouvernement mondial. Une lueur de misanthropie jaillit entre les lignes : certaines choses semblent impossibles pour l’espèce humaine, et renoncer à toute guerre en fait partie.

 

Robert Heinlein en 1939.

Robert Heinlein en 1939.

 

Liste traduite d’après sa retranscription web :

 

1. Les voyages interplanétaires vous attendent au pied de votre porte. Paiement à la livraison. Ils sont à vous dès que vous les payez.

2. La contraception et le contrôle des maladies sexuellement transmissibles revisitent les relations entre les sexes avec une telle ampleur qu’ils changent entièrement notre structure économique et sociale.

3. Le fait militaire le plus important de ce siècle reste qu’il n’y a aucun moyen de repousser une attaque venue de l’espace.

4. Il est totalement impossible que les USA puissent mener une guerre préventive. Nous nous battrons que si nous sommes attaqués directement ou sur un territoire dont nous garantissons la défense.

5. En quinze ans, la pénurie de logements sera résolue par une percée dans les nouvelles technologies qui rendront chaque maison actuelle aussi désuète que des latrines.

6. Nous aurons tous bientôt de plus en plus faim.

7. Le culte du faux dans l’art disparaîtra. Le soit-disant « art moderne » sera seulement discuté en psychiatrie.

8. Freud sera classé comme pré-scientifique, la psychanalyse pionnière et intuitive sera remplacée par le développement radical d’une « psychologie opérationnelle » basée sur des mesures et prédictions.

9. Le cancer, le rhume et la carie dentaire seront vaincus; le nouveau problème qui révolutionnera la recherche médicale sera la régénération; c’est à dire faire croître une nouvelle jambe à un homme amputé plutôt que de lui fournir une prothèse.

10. D’ici la fin de ce siècle, l’humanité aura exploré le système solaire, et les premiers vaisseaux interstellaires seront en construction.

11. Votre téléphone personnel sera assez petit pour tenir dans votre poche. Votre téléphone fixe enregistrera des messages, répondra à de simples questions, et transmettra des images.

12. Une forme de vie intelligente sera découverte sur Mars.

13. Un millier de miles par heure au prix d’un cent par mile sera monnaie courante. Les courtes distances seront franchies par des métros sous vide à très grandes vitesses.

14. Un objectif majeur de la physique appliquée sera le contrôle de la gravité.

15. Nous ne formerons pas un « état mondial » dans cet avenir prévisible. Néanmoins, le communisme disparaîtra de cette planète.

16. L’accroissement de la mobilité privera de ses droits une majorité de la population. En 1990, un amendement constitutionnel en finira avec les frontières étatiques tout en conservant l’apparence.

17. Tous les aéronefs seront contrôlés par un gigantesque réseau radar déployé à l’échelle continentale grâce à de multiples cerveaux électroniques.

18. Les poissons et les levures deviendront nos principales sources de protéines. La viande de bœuf sera un luxe; l’agneau et le mouton disparaîtront.

19. L’humanité ne se détruira pas elle-même, ni sa « civilisation ».

 

Et voici les concepts que nous ne sommes pas prêts de développer, si jamais la chose se révélait un jour possible :

- Le voyage dans le temps
– Voyager plus vite que la lumière
– Transmettre de la matière par ondes « radio »
– Des robots anthropomorphes avec des réactions humaines
– La vie artificielle créée en laboratoire
– Une réelle compréhension de ce qu’est la pensée et comment elle est reliée à la matière.
– La preuve scientifique d’une vie après la mort
– Ni une fin définitive de toute guerre.