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Frontières #0

Un nouveau webzine de l’imaginaire fait ses premiers pas sur la toile : Frontières. L’équipe de rédaction vient tout juste de sortir le numéro zéro qui fait un peu office de prototype, et c’est plutôt prometteur pour un début ! A l’origine du projet, les Editions du Nexus, une association encore jeune qui ne demande qu’à s’épanouir. La lecture de ce prototype satisfait mes attentes d’amateur d’imaginaire, la mise en page a quelque chose de « semi-pro » très engageant, il y a du contenu et même quelques chroniqueurs connus. Tout ceci est très encourageant pour la suite. A diffuser, à faire connaître, et à télécharger sur toutes les bonnes tablettes.

Et c’est même proposé gratuitement ici : http://editionsdunexus.wordpress.com/2012/02/14/lets-rock-baby

 


Sarkozy candidat et la prophétie apocalyptique

Cela ne faisait plus de mystère pour tout le monde. Après avoir fait mariner les français des mois durant, espérant susciter chez ses concitoyens un vague « désir », le Président du Pouvoir d’Achat est redevenu le Candidat Sarkozy. Mais l’effet de surprise était déjà gâché, cela faisait un moment que le Président faisait campagne. Et d’une déclaration contre le mariage homosexuel, afin de désamorcer la bombe Boutin. Et d’un premier référendum sur les immigrés, pour tendre la perche aux gars de la Marine. Et d’un second référendum sur les chômeurs, histoire de rassurer la base UMPiste de ses militants. Qui peut se déclarer surpris par la candidature Sarkozy ? Bref, il est candidat, et ce n’était un secret pour personne.

Si je vous parle d’actualité politique ce matin, ce n’est pas pour me lancer dans le blogging de la campagne présidentielle 2012, non. Bien que mes abonnés twitter pourront témoigner d’un certain intérêt de ma part pour la chose. Rassurez-vous cependant, point de changement dans ma ligne éditoriale. Mais plutôt un clin d’œil amusé, une pirouette d’amateur de science-fiction face à cette candidature sarkozyste, qui n’est pas sans me rappeler l’un des rares romans français d’anticipation politique « soft-apocalypse » imaginant la fin d’un éventuel second quinquennat du Président Merkozy.

Paru en catimini l’année dernière aux éditions Robert Laffont, « le chemin qui menait vers vous » de William Réjoult et Laurent Latorre imagine les tristes heures d’avril 2017, alors que l’Europe s’effondre dans le chaos juste avant l’élection présidentielle. Le Président du pouvoir d’achat vient de nous quitter brutalement et la crise économique a atteint un point de non-retour. L’essence, l’électricité, le gaz et la nourriture se raréfient. Le gouvernement s’écroule, l’administration se retire, les journaux ne paraissent plus. Les forces de l’ordre commencent à se diviser en factions rivales. Paris devient un piège mortel pour ses habitants. Guillaume et sa compagne, Laure, le comprennent très vite et entament un périple jusqu’au pays basque, où vivent ses parents. D’autres voyageurs vont les rejoindre dans leur odyssée : Cécile la sœur de Laure, Clément, un colosse qui se prétend médecin, et Cyril, un jeune ado rencontré chemin faisant. Tous n’arriveront pas jusqu’à cet havre de paix. Et pour les survivants, la transformation sera aussi brutale que le chaos dans lequel s’enfonce le pays. Anticipation politique surfant sur le road trip apocalyptique, le chemin qui menait vers vous n’est curieusement pas paru dans la collection SF « Ailleurs et Demain » de l’éditeur Robert Laffont. Un choix lié à sa projection à court terme d’une crise mondiale qui cristallise les peurs de nos concitoyens ? Le roman, quant à lui, a un air de déjà vu et sa seule originalité reste cet avenir apocalyptique accordé au second mandat de Sarkozy.

L’intéressé a d’ailleurs peut-être déjà pris acte de la prophétie. Si l’on en croit la rumeur d’un plan B de Sarkozy en cas de défaite en 2012, ce dernier projetterait d’attendre 2017 pour faire son retour à l’Elysée. De quoi faire rêver les blogueurs de droite. Sarkozy le candidat anti-apocalypse, ça sent bon le slogan de la cellule riposte d’Hortefeux. Que nos deux auteurs Réjoult et Latorre se méfient : je ne serai pas étonné si Nadine nous tweete d’ici peu la fiche de lecture d’un roman intitulé « Hollande Apocalypse ».


Spaceship concept art

Pour débuter ce week-end, voici quelques illustrations space opera tirées d’une galerie du site io9.com . Les crédits d’artistes sont mentionnés sous chaque illustration :

« Dreamscape IV, » par jamajurabaev, via Deviantart

Par Aaron Limonick, via ConceptShips

Couverture de magazine par Paul Chadeisson, via son blog

Artiste inconnu, via Coolvibe

Artiste inconnu, via Coolvibe


Wastburg – Cédric Ferrand

La littérature française de la seconde moitié du XIXème siècle avait vu naître, en réponse au romantisme, le mouvement réaliste – qui souhaitait dépeindre la réalité dans ses moindres aspects – puis le mouvement naturaliste – qui pour sa part apportait une explication à cette réalité, faisant de l’environnement et de l’hérédité les deux germes du malheur humain. Si le naturalisme s’éteignit à petit feu après que Zola eut achevé les Rougon-Macquart et délaissé l’écriture pour le journalisme, son esprit demeure dans la littérature. Chose amusante, une démarche analogue semble se dégager dans le microcosme de la fantasy contemporaine. Après des décennies de romans épiques, de barbares musculeux, d’elfes insupportables, de nains bourrus, de magiciens surpuissants et de guerrières ultra-sexy, voilà émerger une communauté d’auteurs fâchés avec les éternelles quêtes d’anneaux magiques et chasses aux trolls des montagnes. Il y eut d’abord Kloetzer et Jaworski, aux ouvrages pétris de réalisme. Il faudra désormais compter avec Cédric Ferrand et sa plume naturaliste trempée dans l’encrier de la « crapule fantasy ».

Que le lecteur soit prévenu. Wastburg ne nous narre pas les récits de puissants paladins au grand cœur, mais s’intéresse plutôt aux destins misérables des petites gens, crève-la-faim et bourgeois ventripotents qui se croisent et s’ignorent au quotidien. Le décors de ce drame naturaliste n’est autre que cette fameuse cité éponyme. Ville franche bâtie sur une île du fleuve Puerk, Wastburg apparaît plutôt comme un furoncle coincé entre les royaumes de Loritanie et de Waelmstat. Cette cité médiévale, qui ne vit que par et pour le commerce, se résume à un incroyable fatras de maisons en bois, de quartiers insalubres et de commerces véreux. Tout y pue la médiocrité. Ses artisans malhonnêtes, sa garde incompétente, ses échevins corrompus et ses maesters cupides qui lorgnent du coin de l’œil la tant convoitée place de burgmaester, forcément occupée par le meilleur d’entre eux. Tout ce petit monde s’agite autour du pivot central de la ville : l’ancienne Tour des Majeers, abandonnée depuis la Déglingue – comprenez le tarissement définitif de la magie. Privée de tout envoûtement, Wastburg s’enfonce dans sa propre médiocrité et rêve encore des exploits passés de ses Majeers. C’est qu’il faisait bon vivre de leur art dans cette cité fainéante !

La scène étant dressée, l’intrigue peut désormais s’y jouer. Ou plutôt, une série de tableaux secondaires vont s’y succéder, dévoilant tour à tour un pan de l’intrigue principale esquissée en filigrane. Cédric Ferrand observe le drôle de manège des wastburgiens : de sa Garde à ses marchands, de sa jeunesse perdue à sa vieillesse désabusée, notre auteur n’en finit pas de décortiquer chaque couche sociale de Wastburg, remontant inlassablement jusqu’au cœur de la cité comme l’on épluche un artichaut. Pour mieux servir sa démarche, il utilise un style populaire, rempli d’argot et de tournures vulgaires, qui colle à la peau de ses personnages comme leur propre crasse. L’obsession de notre naturaliste n’a de cesse tant que sa plume n’a pas trempé dans le moindre recoin de la cité. Rien ne nous sera épargné, des pires bouges de basse-fosse jusqu’aux appartements feutrés du pouvoir. Il faut que Wastburg se raconte, qu’elle se révèle à travers chaque mot, qu’il en suinte toute la misère et la corruption ambiante.

Que la magie disparaisse, et la fantasy perd tout son enchantement. Nous voilà plongés dans un univers qui se réveille avec la gueule de bois, privé de ses créatures merveilleuses et héros sur-puissants. Reste alors à observer tout ce petit monde se débattre comme un poisson sorti de l’eau. Cédric Ferrand nous guide dans les ruelles de Wastburg, mais sait se faire discret. Il parvient même à s’éclipser sur la pointe des pieds, nous laissant seuls observer par la lorgnette de son imagination cette cité à la fois attirante et détestable, où s’étale sans fin la médiocrité humaine. Naturaliste, vous avez dit ? Pas seulement. Wastburg est aussi un univers de fantasy parfaitement assumé, dont la construction trahit le rôliste qui se cache derrière son auteur. Mieux encore, c’est un pied de nez à la fantasy commerciale et « épiquement bien pensante » que l’on nous assène continuellement comme modèle. Wastburg ? Une réussite, que l’auteur est prié de reproduire au plus vite !

Lire aussi : Wastburg, Efelle, Blackwolf, Hugin, Hugin (encore), quenouille.com, interview chez fantasy.fr et chez Gromovar,


V Les Visiteurs (Remake 2009)

Bon, après en avoir longuement parlé sur les vidéos des trailers, il est enfin temps de débriefer mon visionnage des deux saisons de la série V les Visiteurs (le remake). Etant un téléspectateur fainéant, j’ai vu ces deux uniques saisons diffusées par la chaîne ABC sur notre chaîne privée TF1. J’en ai honte mais j’assume. Tout le monde sait désormais que V les Visiteurs est un remake de la fameuse série des années 80, dans un esprit et un scénario bien plus médiocres que l’originale. Restent cependant les femmes-lézards fatales, qui à défaut de brushing top-moumoute arborent des pauses vachement plus suggestives.

Le synopsis est simplissime. Nous sommes en 2009, et le monde se retrouve confronté à vingt-neuf gigantesques vaisseaux survolant les plus grandes villes du globe. Un peu comme dans Independance Day. Sauf que là, les extraterrestres sont d’apparence humaine et que leur leader, Anna, nous déclare venir en paix pour notre bien à tous. Mais vous savez comment sont les américains. On leur propose de sauver le monde, et les voilà en train de jouer les réactionnaires texans. L’agent spécial Erica Evans découvre ainsi que les aliens ont infiltré depuis longtemps les gouvernements et nos sociétés afin de prendre le contrôle de la planète, et décide de lutter contre ce complot mondial. Erica rejoint illico un mouvement local de résistance qui s’affiche au grand jour. Tranquille, tu vois. Elle y rencontre Ryan, un agent alien passé du côté de l’humanité, et le Père Jack Landry, aux sermons « vade retro Anna » enflammés. Mais le drame familial rattrape très vite notre agent Erica, puisque son fils Tyler prend le parti des extra-terrestres et tombe amoureux de Lisa, la fille d’Anna. Manquerait plus que Tyler soit le fruit d’une expérience des V avant leur venue et ce serait le bouquet. Mince, aurais-je spoilé quelque chose ?

Côté scénario des épisodes et jeu d’acteurs, nos apprentis résistants tentent de dépasser le stade de la bleusaille tout en sauvant le monde. Traduction, ils accumulent gaffes sur gaffes mais n’oublient jamais de ne surtout pas tirer d’enseignements de leurs bévues. Avec une telle équipe de bras cassés, leur survie au terme de la première saison relève du miracle ! On se demande même si dans le fond Anna ne joue pas au chat et à la souris avec eux. A moins qu’elle soit aussi une sacré bonne buse cosmique. Ce n’est pas à exclure, vu que dans la saison 2, elle change tous ses plans à quasiment chaque épisode, comme ça, à sa mémère, selon l’humeur du moment. Mais rassurez-vous, les acteurs sauvent la série en incarnant avec brio leurs personnages. Non je plaisante, c’est une catastrophe. A tel point que leurs efforts pour nous vendre la seconde et dernière saison sont pathétiques. On comprend donc mieux pourquoi même le public américain n’a pas accroché. Et c’est dire. Il aurait peut-être fallu y inclure les frères Salvatore de Vampire Diaries. S’eut été débile, mais au moins on se serait marrés avec nos deux vampires US bottant le cul des méchants lézards de l’espace.

V go home !