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 Mercredi, 15 février 2012 |  Tags: Mars, planet-opera, planete-sf | Catégorie: Lectures |  Guillaume |
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Aborder la lecture d’un classique de la science-fiction est un exercice souvent difficile : tout ou presque a été dit sur ces ouvrages devenus des étapes incontournables du parcours littéraire d’un amateur du genre. Aussi, quel éclairage supplémentaire peut-on encore apporter au premier « roman » de Ray Bradbury ? Et pourquoi pas, justement : suivons les mêmes sentiers battus afin de renouer avec cette œuvre majeure. Car après tout, se replonger dans les Chroniques Martiennes équivaut à retracer les premiers pas de Ray Bradbury en tant qu’écrivain. L’auteur n’a en effet qu’une vingtaine d’années lorsqu’il rédige ses premières chroniques martiennes : des textes courts, mélancoliques et rêveurs, dont l’inspiration lui vient entre 1947 et l’été 1949. Ne suivant aucun schéma d’écriture particulier, Bradbury laisse avant tout sa muse l’inspirer au fil des mots, enchaînant les sessions matinales sur sa machine à écrire. Si ses balades martiennes ont perdu tout réalisme après l’exploration des premières sondes robotisées, Bradbury n’en a cure, car l’exactitude scientifique n’est pas son propos. Ses influences sont ailleurs : Shakespeare, Saint-John Perse ; sa plume trouve son inspiration chez ces poètes, pas dans les froids calculs des planétologues.
Nous tenons peut-être ici la clé du succès de ces Chroniques Martiennes, qui arrivent toujours à nous fasciner après tant de décennies passées. Dès les premiers textes de ces chroniques, Bradbury nous présente une civilisation martienne dans toute sa splendeur nostalgique : des humanoïdes télépathes aux magnifiques cités règnent en harmonie sur la planète rouge. Entre situation cocasse et sagesse, les martiens se protègent des expéditions terriennes en faisant discrètement disparaître équipages et fusées. Comble de malchance, c’est un anodin virus de la varicelle qui aura raison des martiens. La quatrième expédition débarquera sans dommages sur les ruines d’un monde dévasté. S’en suit alors l’inévitable conquête de cette « nouvelle frontière », la ruée vers ce « nouveau monde » à bâtir. Les derniers martiens, quant à eux, sont condamnés à disparaître définitivement.
Une fois ce décors planté, plus aucun doute pour le lecteur : ces Chroniques Martiennes réinterprètent la conquête de l’ouest américain grâce à une prose teintée de poésie et de nostalgie. Les indiens sont devenus les martiens, et les cow-boys jouent leur propre rôle. Ray Bradbury prend un malin plaisir à réécrire cette conquête de l’ouest, narrant l’intolérance brutale de ces pionniers, l’illusion de liberté de ces colons, et la lente contamination de ce nouveau monde par les terriens. Toutes les civilisations ne se valent pas : les sages martiens télépathes versés dans les arts et la science se retrouvent donc annihilés par les brutaux américains arriérés, à la technologie grossière et au colt pacificateur.
Lire les Chroniques Martiennes de Bradbury mène forcément à se questionner sur la nature science-fictionnelle de ce recueil, un vieux marronnier qui agite lecteurs et critiques depuis les années 50. Peut-on qualifier de science-fiction ces textes écrits sans aucune vraisemblance scientifique ? Peut-on qualifier une œuvre de littéraire si elle s’égare dans le folklore des martiens, fusées et autres pouvoirs psychiques ? Ray Bradbury, comme Clifford Simak dans Demain les Chiens ou van Vogt dans La Faune de l’Espace, n’écrit pas pour satisfaire aux exigences d’une étiquette. Il écrit pour rendre une esthétique, mettre en scène l’humanité et s’interroger par le prisme de l’imaginaire sur le passé et le présent des Etats-Unis. En cela, les Chroniques Martiennes représente un recueil brillant, intelligent et incontestablement réussi. En dialogue avec son temps, inspiré par la science-fiction et doté d’une plume incontestablement littéraire, Ray Bradbury signe là son premier grand succès. Il confirmera son talent d’écrivain et assiéra définitivement sa gloire trois en plus tard, avec son célèbre Fahrenheit 451, roman incontournable adapté au cinéma dès 1966 par François Truffaut. L’homme est grand, la vision demeure.
You fucked me, Ray Bradbury.
Lecture commune avec : Lorhkan, Blop, Naufragé volontaire,

 Lundi, 13 février 2012 |  Tags: anticipation, planete-sf | Catégorie: Lectures |  Guillaume |
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Un client tué par une entité mystérieuse dans la psychosphère. Un attentat parisien qui plonge un télépathe dans le monde onirique. Une révolution populaire qui couve en Amérikkke. Tel est le tableau brossé par Roland C. Wagner dans ce court roman (116 p.) réédité par les éditions ActuSF. Dans cette « histoire d’un futur », le monde est en proie à la paranoïa raciste de ses gouvernants. Le fric exploite le peuple et le système politique, monstre enfantant des pires délires répressifs. Dernier gadget à la mode, le trip onirique permet aux clients fortunés de vivre tous leurs fantasmes dans la psychosphère. Grâce à une puissante drogue de synthèse, le semen of gods, les télépathes peuvent créer pour leurs riches spectateurs les délires les plus fous. La T.T.O – Telepathic Trips Organization – unique entreprise sur le marché, accumule grâce à ces prestations oniriques un immense bénéfice pour sa part bien réel.
Mais dans la psychosphère comme dans le monde réel, la révolte gronde. Le Serpent d’Angoisse enserre entre ses anneaux l’Amérikkke, et ne lâchera sa prise que lorsque le monstre aura fini d’agoniser. La connexion entre réalité et monde onirique devient de plus en plus ténue. Les combats se superposent, s’influencent mutuellement. Le tout dans une explosion d’actions, de course-poursuites et d’expériences psychédéliques.
Clé d’entrée dans l’univers wagnérien, le Serpent d’Angoisse se lit comme on écoute on bon vieux morceau de hard rock. Les guitares enchaînent les riffs, le chanteur nous narre l’intrigue en cours, la musique nous transporte entre le monde réel et la psychosphère. C’est bon, c’est tripant, c’est vif et rapide. Une petite pépite qui se lit d’une seule traite et qui donne envie de poursuivre l’aventure, pourquoi pas avec les Futurs Mystères de Paris ?
Encore une fois, ActuSF sait taper juste en publiant un roman court et efficace, accrocheur et idéal pour découvrir l’univers d’un auteur particulier de science-fiction. Et même pour ceux qui comme moi sont déjà familiers avec la plume de Roland Wagner, le plaisir est au rendez-vous. Car le Serpent d’Angoisse (1985 pour sa première parution semi-pro) préfigure déjà les grands titres à venir de l’auteur – aussi bien dans l’imaginaire qu’en terme de style narratif – même si le texte final a évolué depuis sa publication en novella, en version magazine (Némo, 1986) puis en roman chez Fleuve noir (1987 – Prix Rosny Aîné 1988 – réédité par ActuSF). A lire, absolument.
A lire aussi chez : Efelle, Yozone, Noosfere,
 Vendredi, 10 février 2012 |  Tags: fantastique, planete-sf, thriller | Catégorie: Lectures |  Guillaume |
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Je ne pourrais pas vous dire comment a démarré cette mode des agences secrètes paranormales américaines. Au moins peut-on affirmer que ce genre de scénario mêlant espionnage et fantastique ne date pas d’hier, puisque le présent album chroniqué dans ce billet est paru aux éditions Delcourt voilà près de 14 ans. Le pitch ? Assez simple, en fait. Une agence fédérale baptisée Stargate recrute des médiums capables de manipuler le hasard grâce à des jeux de cartes magiques. Les Arcanes de Stargate sont donc des armes redoutables, grâce auxquelles la CIA manipule dans l’ombre la politique étrangère. Seulement voilà, il y a un traître dans l’équipe. Et l’agent félon, enfui dans la jungle amazonienne, fricote désormais avec les narcotrafiquants pour inonder le monde d’une nouvelle drogue, un puissant rétrovirus renvoyant la coke à un vulgaire morceau de sucre.
Walter Ducan est un « valet » dans l’organigramme Stargate. En d’autres termes, c’est un officier ayant atteint le troisième grade d’après le classement des agents selon les figures de cartes à jouer. Comme tous les agents Stargate, il ne tourne plus très rond : souffrant d’une profonde paranoïa, il est à deux doigts de la réforme. Pourtant, c’est à lui que fait appel sa hiérarchie afin de sauver Miss Mood, sa subordonnée et partenaire, disparue en Amérique du Sud lors d’une mission secrète. Walter n’hésite pas une seconde et embarque pour le Guatemala. Sur place, il découvre suite à une attaque musclée qu’il fait l’objet d’une traque de la part d’un mystérieux ennemi. Plus surprenant, les Naguals, rebelles mayas opposés aux agents Stargate, choisissent de s’allier avec lui pour lutter contre cette menace commune. Et si cet ennemi masqué, le kidnappeur de Miss Mood, n’était autre que le Baron Fantôme, notre fameux agent félon tapi au fin fond de la jungle tropicale ?
Beaucoup d’action dans ce premier tome, mais peu de choses franchement passionnantes. Le vieux coup de la CIA manipulant en sous-marin la politique sud-américaine pour lutter contre les narcotrafiquants est une ficelle usée jusqu’à la corde. Et un peu de tarot magique n’y apporte pas grand chose. Passé l’engouement pour l’originalité de ces agents « encartés », l’intérêt retombe. Il ne reste plus qu’à regarder d’un œil distrait les planches richement dessinées de cette fin d’album, et le dénouement sous fond de complot au sein de Stargate, organisme au passé forcément nauséabond (car une agence fédérale sans passé trouble n’est pas digne de sa réputation, c’est bien connu). Au final, ma lecture ne m’a inspiré qu’une regrettable déception et un certain ennui au fil des pages. C’est assez rare qu’il me faille plusieurs jours pour lire un album BD, je suis d’habitude un client pas trop difficile. Mais impossible de me motiver en parcourant ce tome assez fade. Je passe mon tour pour le reste de la série.
Arcanes, tome 1 : le baron fantôme. Pécau, Campoy, Pignault et Rabarot. Editions Delcourt, août 1998.
 Lundi, 06 février 2012 |  Tags: planete-sf, space opéra | Catégorie: Lectures |  Guillaume |
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Nouveau titre du cycle de la Culture dans la collection « Ailleurs et Demain », les éditions Robert Laffont publient en deux partie la version française des Enfers Virtuels, le dernier-né de la série écrite par Iain Banks (traduction Patrick Dusoulier). Les amateurs de cet univers de space-opéra apprécieront donc de poursuivre avec l’auteur leur exploration de la Culture, cette énigmatique civilisation galactique aux multiples ramifications. Pour les néophytes cependant, pas d’inquiétude. Ce premier tome ne laisse aucun lecteur sur le quai et n’oublie pas d’introduire auprès des nouveaux venus cet univers fascinant. Maintenant que tout le monde a embarqué à bord du vaisseau galactique, commençons donc notre voyage jusqu’aux Enfers Virtuels, en espérant qu’un tel titre ne nous sera pas de mauvaise augure…
Le pitch de ce nouvel opus entremêle les destins autour d’une question centrale : celle des univers virtuels réservés aux âmes des défunts téléchargées avant leur décès. Chaque civilisation assez évoluée pour acquérir une telle technologie est libre d’interpréter l’éthique de ces univers virtuels à sa guise : mondes paradisiaques, antichambres du Réel ou enfers punissant les mauvaises âmes, il n’y a pas de règle en la matière. D’autres races, quant à elle, restent insensibles à ces technologies préservatrices et continuent à prôner une destruction totale de l’âme au moment du trépas. Les premières ont ainsi bâti pour leurs âmes défuntes de véritables mondes parallèles et s’opposent à ce sujet en deux factions idéologiques : les pro-Enfers et les anti-Enfers. Le débat a rapidement dégénéré, à tel point que la guerre ouverte est à deux doigts d’éclater entre les partisans de chaque camp.
Pour éviter un conflit galactique dévastateur, les belligérants ont accepté de s’affronter sur des champs de bataille virtuels, et mènent depuis un combat aussi féroce que populaire dans toute la galaxie. Or depuis quelques temps, cette solution est devenue pratiquement intenable, au point que cette guerre pourrait bien déborder sur le Réel… La Culture n’a pas encore pris officiellement parti pour un camp particulier. Comme toujours, l’organisme garde une position neutre et ambiguë sur ce genre de questions. Il n’en demeure pas moins que la Culture penche pour soutenir les anti-Enfer, et que l’idée d’une guerre réelle la répugne au plus haut point. Aussi, lorsqu’un de ses vaisseaux libres s’entiche d’une courtisane-esclave, Lededje, et la réincarne virtuellement après que son maître Veppers, le plus puissant homme du système Sichultien, l’ait tuée sur un coup de sang, la Culture y voit un instrument capable d’accomplir ses propres desseins politiques. Et si la vendetta de Lededje n’était qu’un coup de pion sur l’ échiquier galactique ? Rien de bien étonnant de la part d’une organisation aussi énigmatique que la Culture…
Iain Banks possède son propre style. Mêlant autour de son univers de space opéra les actions à suspens, les scènes crues et les considérations socio-politiques, il botte régulièrement en touche et apporte au lecteur un agréable cocktail d’aventure et de réflexion. Iain Banks ne veut pas seulement distraire le lecteur. Il veut le convaincre de la fascination qu’il éprouve pour son univers. Cette galaxie, aussi vaste qu’ancienne, regorge de races civilisées, de reliques mystérieuses et de strates historiques. Superposez à cela un univers virtuel tout aussi développé, où les esprits téléchargés des morts côtoient les vivants du Réel, quand ils ne se réincarnent pas dans de nouveaux corps, et vous obtiendrez un roman fourmillant de détails. La thématique centrale des Enfers Virtuels pose un large problème éthique. Les civilisations intelligentes ont-elles besoin d’un bâton spirituel pour imposer à leurs semblables d’adopter une conduite convenable de leur vivant ? Et surtout, organiser la torture des âmes des défunts dans des enfers virtuels relève-t-il du service rendu à la civilisation ou du sadisme le plus cruel ?
Il est – convenons-en – assez facile d’orienter son opinion en faveur d’une des deux factions engagées dans cette guerre des Enfers Virtuels, et la dimension de la civilisation se substituant au châtiment divin ancre définitivement le récit dans un univers athée, où seule la conscience intelligente est à même de répondre aux questions spirituelles de ces peuples. Mais les apparences peuvent être trompeuses avec la Culture, et la conclusion de ce premier tome nous promet, déjà, de nombreux rebondissements à venir dans ce récit épique. Il ne nous reste plus qu’à y retourner au plus vite, avant que – malheur ! – les portes des Enfers Virtuels ne se referment devant nous…
 Mercredi, 01 février 2012 |  Tags: planete-sf, revues | Catégorie: Lectures |  Guillaume |
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En ce début d’année 2012, la revue Bifrost consacre son soixante-cinquième numéro à un auteur français hélas trop méconnu de nos contemporains : Christian Léourier. Ayant pour ma part découvert cet auteur en 2010, j’assiste avec plaisir à son retour depuis quelques mois au devant de la scène littéraire de l’imaginaire française, notamment grâce à la réédition de son Cycle de Lanmeur par les éditions Ad Astra. C’est donc comme à mon habitude en raison du dossier central que j’ai choisi de me procurer ce dernier numéro de la revue.
Et j’avoue être un peu déçu. Ce nouvel opus sonne comme un numéro de transition, un peu fade sur les bords, comme si la rédaction retenait son souffle en vue du prochain numéro consacré à l’immense icône Asimov. Cela se ressent dans la taille du dossier central, un certes très long interview de Christian Léourier mais qui n’est complété que par une nouvelle et la traditionnelle liste bibliographique. J’en retiens cependant une belle liste d’ouvrages à rechercher en bouquinerie, et je ne désespère pas de trouver un exemplaire de ce fameux essai sur l’origine de la vie qu’il publia au terme de ses études de philosophie. Les nouveaux lecteurs de Christian Léourier pourront fort heureusement prolonger leur découverte de l’auteur avec le premier tome du Cycle de Lanmeur. Poursuivons cependant avec un sujet qui fâche : les nouvelles. Mis à part celles de Christian Léourier (« La source ») et d’Eric Brown (« Essai à froid »), de bonne facture et captivantes, je me suis profondément ennuyé sur celles de Nina Kiriki Hoffman (« L’avenir du Marché des Souvenirs ») et de Thierry di Rollo (« L’éclaireur »). Rien de personnel les gars, juste un profond désintérêt. J’en suis navré.
Côté chroniques et rubriques habituelles, j’ai toujours autant de plaisir à faire mon marché dans les critiques littéraires. Ma carte bleue en pâtira une fois de plus. La chandelle de maître Doc’Stolze permettra aux retardataires comme moi de prendre connaissance des nouvelles et dossiers de revues spécialisées consacrés à la SF belge. Surprise au sommaire : le plus fameux morceau de ce numéro 65 reste certainement le tout nouveau rendez-vous Paroles de libraire, dont Christophe Coquelet de la librairie les Quatre Chemins essuyait les plâtres. Une très belle initiative, que j’espère retrouver avec impatience lors d’épisodes peut-être consacrés à des librairies comme L’Atalante (Nantes) ou Gwalarn (Lannion). Roland Lehoucq revient dans sa chronique sur la fin du monde, prévue selon les gogos du web pour le 21 décembre prochain. Les amateurs de sciences se régaleront du démontage en règle de la filière « neutrino » censée donner du crédit à la bouse infâme « 2012 » d’Emmerich. Un régal. Enfin, mon mauvais côté (ou face obscure) reste déçu par les Razzies 2012, assez mous dans l’ensemble, donnant plutôt dans le service minimum. Est-ce un premier signe de vieillesse ?
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