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Planète SF

Echecs sur Mars – Edgar Rice Burroughs

the_chessmen_of_mars-erbCette nouvelle aventure dans l’univers de John Carter – et dernier tome de l’édition Omnibus consacrée au Cycle de Mars – se focalise, comme dans Thuvia, vierge de Mars non plus sur les aventures du célèbre capitaine sudiste propulsé sur Barsoom mais sur les récits extraordinaires de ses enfants. Après celui de Carthoris, désormais marié à la belle Thuvia de Ptarth, il est temps pour le lecteur de découvrir le récit de Tara d’Hélium, fille de John Carter et de Dejah Thoris. Dans ce récit riche en aventures et en combats épiques, la jeune princesse se retrouve prise dans une tempête de sable qui propulse son engin volant jusqu’aux terres les plus isolées de Barsoom. Là, elle découvre la vallée perdue de Bantoom, où une race de têtes à pattes d’araignées (les Kaldanes) chevauchent des hommes sans têtes (les Rykors). Faite prisonnière par ces créatures repoussantes, elle ne doit son salut qu’au prince Gahan de Gathol qui a retrouvé sa trace et au Kaldane dissident Ghek qui se prend d’amitié pour la belle princesse. Nos trois compagnons n’en sont pas pour autant au bout de leurs peines, puisqu’à peine enfuis de Bantoom, les voilà rendus à Manator, sinistre citée esclavagiste restée volontairement isolée des autres nations de Barsoom. La Princesse Tara y est faite prisonnière, et le Jeddak O-Tar la promet comme récompense au vainqueur du prochain tournoi de Jetan. Notre belle princesse d’Hélium sera-t-elle livrée en pâture aux guerriers de Manator, son honneur bafoué, ou bien le courageux Gahan parviendra-t-il à libérer à temps celle qui possède son cœur et son épée ?

Cinquième tome du Cycle de Mars, Burroughs rédigea d’abord Echecs sur Mars sous forme d’un feuilletons au début de l’année 1921, et le publia en six épisodes dans Argosy All-Story Weekly durant les mois de février à mars 1921. L’éditeur A.C. McClurg publia quant à lui une version remaniée par l’auteur sous la forme d’un roman en novembre 1922. Les éditions françaises de ce tome sont, à notre connaissance, au nombre de trois. D’abord sous le titre d’Echecs sur Mars (traduction de Jacques Parsons), aux éditions Spéciale (1971), puis sous le titre Les Pions humains du jeu d’échecs de Mars (traduction de Charles-Noël Martin et Carole Devos) dans Le Cycle de Mars 1, éditions librairie Ananke (2002), et enfin de nouveau sous le titre d’Echecs sur Mars (traduction Sébastien Guillot) dans le présent Cycle de Mars aux éditions Omnibus (2012), ouvrage chroniqué sur ce blog au cours de cette série de billets consacrés aux aventures de John Carter.

Au cours de la rédaction de cette aventure sur Barsoom, Edgar R. Burroughs effectua un profond travail de réflexion sur le bestiaire, les traditions, la géographie et le mode de vie des barsoomiens. Il créa ainsi un fichier de travail avec 70 nouvelles entrées rien que pour préparer la rédaction de cette nouvelle aventure. Mais parmi ses idées les plus remarquables figurent la race des Kaldanes et son invention du Jetan, une version martienne des échecs aux nom des pièces et aux règles modifiées, puisqu’il se joue sur un terrain géant avec de véritables guerriers. Une invention particulièrement brillante qui devint vite populaire auprès des fans. Le 6 août 1922, Burroughs reçut ainsi une lettre d’un prisonnier de Leavenworth l’informant qu’il avait réalisé une version du Jetan avec figurines, et que le jeu était devenu très populaire auprès de ses compagnons prisonniers ! L’intérêt des fans pour le Jetan fut si important au fil des mois que Burroughs ajouta dès la première édition du roman une appendice, « Le Jetan ou jeu d’échecs martien » également proposée dans l’édition française d’Omnibus (2012). Le concept fut également très populaire auprès d’autres auteurs de planet-opéra, qui s’en inspirèrent à leur tour. C’est ainsi que Lin Carter inventa le Darza, Kenneth Bulmer le Jikaida, John Norman le Kaissa, ou encore S.M. Stirling l’Atanj. Impossible non plus de ne pas penser au Jetan à travers le célèbre jeu d’échecs de sorciers de J.K. Rowling !

Couverture de Druillet pour les éditions Spéciale (1971)

Couverture de Druillet pour les éditions Spéciale (1971)

Comme à son habitude, Burroughs débute le récit en nous expliquant comment cette histoire martienne lui ai parvenue. C’est John Carter, le Seigneur de Guerre de Barsoom, qui rend visite le temps d’une soirée à son neveu américain et lui confie les aventures de sa fille Tara. Burroughs se place donc à nouveau comme le dépositaire de ces histoires extraordinaires, que son oncle le charge de les transmettre jusqu’au lecteur. Désormais coutumier de ce genre d’introduction, le lecteur n’a dès lors plus qu’à prendre place dans le salon d’Edgar R. Burroughs et à écouter en silence John Carter nous raconter sa nouvelle aventure. Ou plutôt celle de sa fille Tara, car depuis deux tomes déjà, le Cycle de Mars est devenu une saga familiale. Cela continuera d’ailleurs dans les tomes suivants, notamment dans Llana de Gathol où l’héroïne sera cette fois-ci la petite-fille de John Carter.

Le récit reste également, comme à l’accoutumée, un concentré d’action et de rebondissements. L’écriture pulp du Cycle de Mars n’échappera pas au lecteur, elle est sa signature même. Burroughs ne laisse d’ailleurs jamais le récit retomber, pas même pour s’attarder plus que nécessaire sur des descriptions et approfondissements. Toute nouvelle cité, nouvelle vallée ou nouveau souterrain s’accompagne de son lot de rencontres, de combats acharnés et de complots à déjouer. D’un tome à l’autre, Burroughs ne change pas sa recette d’écriture : un monde exotique, une princesse à sauver, un bestiaire aussi riche que dangereux, des guerriers intrépides, des cités-états puissantes et de fourbes seigneurs locaux. Et force est de reconnaître que même quatre-vingt dix ans plus tard, cela marche toujours aussi bien ! Plaisir régressif ou classique indétrônable du planet-opéra, le Cycle de Mars reste toujours un grand moment de lecture. La richesse de cet univers a été si souvent plagié par les scénaristes et auteurs successifs qu’il en devient même amusant de retrouver, au détours d’un chapitre, la source d’inspiration de tel grand auteur moderne ! Je ne m’en cache pas, c’est avec une réelle affection et non sans nostalgie que j’achève la lecture de cette édition Omnibus, regrettant au demeurant que les tomes suivants du Cycle de Mars ne soient plus édités en français à l’heure actuelle… Please, John Carter, take me back to Barsoom !

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6 commentaires sur Echecs sur Mars – Edgar Rice Burroughs

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