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Planète SF

Des fossiles d’algues découverts dans une météorite ?

Une rumeur bruisse actuellement sur la toile sceptique anglo-saxonne : des scientifiques anglo-sri lankais auraient découvert des fossiles d’algues dans une météorite tombée sur le Sri Lanka le 29 décembre dernier. Un fragment de l’étoile filante alors observée par la population est découvert à proximité de la cité de Polonnaruwa, et l’équipe de N. C. Wickramasinghe se précipite pour ramener le précieux météore et l’analyser au centre d’astrobiologie de Buckingham et à l’Université de Cardiff. Leurs résultats laissent la communauté scientifique plutôt sceptique : dans un papier paru le 10 janvier dernier dans la revue The Journal of Cosmology, Wickramasinghe et al. [1] affirment avoir découvert des fossiles de diatomées et des cellules de pluies rouges dans la météorite, concluant à la preuve d’une propagation de la Vie par les comètes et astéroïdes – la panspermie.

Bien qu’il ne soit pas dans mes habitudes de commencer un billet en ridiculisant auteurs et revues en ligne, il me faut cependant rappeler en guise de préambule quelques épisodes peu glorieux de ces deux protagonistes. Commençons par le Journal of Cosmology, une revue scientifique assez douteuse habituée des gros titres fracassants et des études erronées. Les lecteurs de ce blog se souviennent peut-être de l’affaire Hoover et de ses prétendus fossiles de cyanobactéries dans des météorites collectées sur Terre. N. C. Wickramasinghe, premier auteur de ce nouveau papier, est également connu comme un fanatique de la théorie de la Panspermie. Sa conviction s’apparente à une indéfectible croyance, l’ayant par le passé poussé à déclarer que la grippe et le SARS ont une origine extra-terrestre et que des cellules vivantes peuvent se développer dans la stratosphère et l’espace [2]. Non seulement ses déclarations ne se basent sur aucune preuve scientifique, mais elles sont même mises à mal par les plus élémentaires notions d’astrobiologie. En 2001, lors de la mystérieuse pluie rouge de Kerala, en Inde, Wickramasinghe n’avait pas hésité une seconde et conclut à un phénomène spatial. Pardonnez encore une fois ce déballage de vieilles casseroles, mais il me semblait indispensable de planter le décors avant de s’attaquer à l’étude en elle-même.

Car venons-en à l’étude, justement, dont l’argument phare reste cette photographie au microscopie électronique à balayage qui démontrerait la présence de fossiles de diatomées engoncés dans la météorite. Wickramasinghe et ses collègues vont même plus loin, puisqu’ils distinguent deux formes de diatomées et des motifs qu’ils assimilent à des « cellules de pluies rouges », cherchant par la même occasion à démontrer les hypothèses de Wickramasinghe sur les évènements de Kerala. Le premier problème, face à ces affirmations, est qu’aucun auteur de cette étude n’est diatomiste, ou encore moins paléobotaniste. Phil Plait, du site Bad Astronomy, a contacté le Pr. Patrick Kociolek, un spécialiste de ces sujets, pour connaître son avis sur cette étude. Dans un papier publié par Slate [3], le biologiste répond au Dr. Plait. La forme mise en évidence est bien une diatomée. Le frustule est nettement discernable, et même les « diatomées filamenteuses » sont des fragments de diatomées d’après notre spécialiste. Jusqu’ici, j’approuve, mais comme Phil Plait, je ne suis pas compétent en matériel fossilisé et suis susceptible de confondre. Or notre expert le Pr. Kociolek est catégorique : les diatomées présentées ne sont tout simplement pas du matériel fossilisé. Pire encore, Wickramasinghe et al. s’appuient uniquement sur une comparaison entre leurs fossiles et une photographie microscopique d’une cellule actuelle de Sellaphora blackfordensis ! Cette démarche naturaliste plus que douteuse (fig.7) est même justifiée par une référence risible aux « preuves irréfutables » de fossiles de cyanobactéries de Hoover (voir paragraphe précédent) ! D’ailleurs, sans être paléontologue, n’importe quel biologiste remarquera que l’état de conservation exceptionnel de leur prétendu fossile n’est tout simplement pas compatible avec une rentrée dans l’atmosphère de la météorite. La silice, élément majeur constitutif de la structure externe des diatomées, prendrait l’apparence de verre fondu sous l’effet des fortes chaleurs émises par la friction de la météorite dans l’atmosphère, et la frustule perdrait ses remarquables motifs. Les diatomées d’eau douce étant de surcroît des micro-algues très communes dans les écosystèmes humides, Wickramasinghe et al. apportent donc ici la preuve d’une contamination tout à fait terrestre de leur fragment de météorite…

La preuve fossile présentée par Wickramasinghe et al. (2013)

La preuve fossile présentée par Wickramasinghe et al. (2013)

Aucune information crédible n’est donnée par les auteurs quant à leur protocole de récupération, de décontamination et de conservation de leur météorite. A vrai dire, mis à part le nom du petit village où fut collectée la roche, nous n’en saurons pas plus. Le fragment peut donc très bien avoir séjourné dans une mare d’eau avant d’avoir été récupéré, rien ne nous prouve le contraire ! Quant aux fossiles de « cellules de pluies rouges » (fig.6), ces artéfacts sont tout aussi bien des formations minérales aléatoires que tout ce que l’imagination d’un observateur pourra bien en conclure. Pire encore, les analyses dispersives en énergie (EDX) présentées dans l’étude ne prouvent pas grand chose, si ce n’est la nature minérale de la roche étudiée, mais en aucune manière ne permettent de distinguer le météorite d’un vulgaire caillou terrestre ! D’ailleurs, l’aspect de la météorite de Wickramasinghe ne correspond pas vraiment à l’allure habituelle des chondrites carbonées. Or l’étude insiste lourdement sur la nature de cette météorite, probablement en raison des traces de molécules organiques détectées par le passé dans des chondrites carbonées [4]. Prouver la théorie de la Panspermie reste l’obsession première de Wickramasinghe, rappelons-le. En définitive, le papier de Wickramasinghe et al. est plus que douteux, et pourrait se résumer à l’analyse erronée d’une pseudo-météorite récupérée dans une zone humide. Dans le texte, rien ne s’y oppose. Mais rassurez-vous, cela n’empêchera pas une certaine presse d’en faire tout de même leurs gros titres. L’important, c’est de vouloir y croire, comme le disait le grand philosophe américain Fox « David Duchovny » Mulder.

 

Notes :

[1] Wickramasinghe, N.C.; Wallis, J.; Wallis, D.H.; Samaranayake, A. (2013). Fossil diatoms in a new carbonaceous meteorite. Journal of Cosmology 21(37). [En ligne].

[2] Wikipedia : Nalin Chandra Wickramasinghe (consulté le 16/01/2013). [En ligne].

[3] Plait, Phil. No, Diatoms Have Not Been Found in a Meteorite. Slate, 15/01/2013.

[4] Ehrenfreund, P.; Glavin, D.P.; Botta, O.; Cooper, G.; Bada, J.L. (2001). Extraterrestrial amino acids in Orgueil and Ivuna: Tracing the parent body of CI type carbonaceous chondrites. Proc. Natl Acad Sci 98(5), p. 2138-2141.

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6 commentaires sur Des fossiles d’algues découverts dans une météorite ?

  • Ouais, encore des illuminés, quoi. Aux suivants.

  • C’est dommage quand des scientifiques oublient de s’appuyer sur la science pour étoffer leurs théories. Article très intéressant en tout cas!

  • Belle réfutation.
    A tout hasard, es-tu en entré en relation avec des groupes de sceptiques spécialisés dans la réfutation des fantasmes de l’exobiologie et autres absurdités panspermiques ?

  • Non j’ai arrêté ce genre d’activités. Trop chronophage. Mais j’ai été pendant quelques années actif à l’Afis.

  • La news revient à la charge ces derniers jours. Le fantasme de l’exobiologie c’est surtout le moyen de postuler aux appels d’offres de l’aérospatiale… qui comporte 1 ou 2 zéros de plus au niveau des dotations!

  • J’ai vu ça aussi, mais Wickramasinghe frise le fanatisme en matière de panspermie. A mon humble avis ce genre d’actualité fait plutôt du tort à la réputation des personnes travaillant sérieusement sur l’exobiologie.

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