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Une fantaisie du docteur Ox – Jules Verne

Voilà bien une agréable surprise que de découvrir cette farce de Jules Verne publiée dans la collection « Folio 2€ » de l’éditeur Gallimard ! Cette nouvelle de 1874, pastiche se moquant avec délice des Flamands de Flandres (comprenez, une partie de nos amis Belges), présente à première vue tous les attributs d’une méchante histoire belge. Si l’on occulte bien évidemment les multiples axes de lecture de cette savoureuse farce.

Car cette fantaisie du docteur Ox ne se limite pas à égratigner une bourgeoisie flamande caricaturale. Dans ce charmant village imaginaire de Quiquendone, un savant fou s’adonne à ses expériences interdites. Le bon docteur Ox, mystérieux personnage qui refera une apparition dans la pièce Voyage à travers l’Impossible (1882), est un scientifique ambivalent. Abusant de la naïveté des paisibles habitants de Quiquendone, il leur promet un éclairage public grâce aux prodiges de son « gaz oxy-hydrique ». Mais rapidement, le lecteur se rend compte que le projet du bon docteur Ox n’est qu’un écran de fumée. Sa prodigieuse machine à gaz assure l’électrolyse de l’eau en dihydrogène et dioxygène, ce second gaz étant suspecté par le docteur Ox de modifier à volonté le tempérament humain.

La bonne ville de Quiquendone sert donc d’expérience à grande échelle pour ce savant, qui se régale des réactions hystériques de ses cobayes ! Jules Verne s’amuse à rendre fous ses sages bourgeois flamands, parodiant notamment les conventions d’une « bonne société » ridiculisée par le duo comique du bourgmestre van Tricasse et de son conseiller Niklausse. Forçant le trait, Jules Verne n’hésite pas à fustiger la pièce des Huguenots de Meyerbeer (1836) dans une mise en scène parodique où l’œuvre comme son public sont poussés au ridicule par son gaz psychotrope. Jules Verne prolonge d’ailleurs sa satire jusqu’à assimiler la violence humaine à une pure dégradation physiologique de l’humeur de ses cobayes imaginaires. La farce se substitue progressivement à une critique cynique de la nature humaine. L’esprit humain se résume-t-il, comme le propose le docteur Ox, à une succession de processus physiologiques que la chimie peut venir perturber à sa guise ?

Il n’est plus nécessaire de démontrer le talent littéraire et anticipateur de Jules Verne, précurseur incontournable de la « science-fiction moderne ». Avec cette fantaisie du docteur Ox, ce cher Jules Verne nous démontre que derrière la farce comique se cachent une satire sociale, un questionnement de l’éthique scientifique et une réflexion sur la nature humaine. Rien que cela. En une centaine de pages, je dis « Monsieur » Verne.