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Points Chauds – Laurent Genefort

Lecteur attentif, souviens-toi. Dans le numéro 58 de la revue Bifrost paraissait « Rempart », une nouvelle particulièrement forte, décrivant l’apparition de Bouches entre notre Terre et d’autres mondes, et le parcours de soldats de la force REMPART, encadrant cette migration d’aliens sur Terre par l’intermédiaire de ces « tunnels spatiostatiques de Lorentz ». Ce texte, qui a marqué non sans raison la SF française, remporta le Grand Prix de l’Imaginaire 2011. Forts de ce succès, les éditions du Bélial’ ont décidé de prolonger l’aventure avec deux ouvrages : un roman, Points Chauds, qui reprend « Rempart » pour base de départ, et un essai, Aliens, mode d’emploi, qui se veut une sorte de guide-encyclopédie comme il en sort régulièrement sur les invasions zombies autres robots.

Points Chauds s’inspire du roman non-fictionnel en proposant aux lecteurs plusieurs témoignages entre-mêlés. Nous retrouvons ainsi la nouvelle « Rempart » éclatée en plusieurs tronçons entre lesquels s’intercalent aussi bien les récits de membres d’ONG, de scientifiques ou encore de simples civils confrontés à ces étranges visiteurs extra-terrestres. L’auteur comme l’éditeur ne font pas de mystères sur le parti-pris de ces témoignages, qui ancrent au final le roman vers une « rencontre du troisième type » animée, chaotique mais résolument positive à long terme pour l’humanité. Optimiste et tolérant, certes, mais pas pour autant philanthrope. Puisque le « choc des civilisations » reste très nettement en notre défaveur, nos comportements d’humains civilisés n’étant franchement pas à notre honneur.

Le parti-pris quitte rapidement la sphère de l’imaginaire pour s’engager vers une métaphore plus d’actualité ; les aliens sont plutôt des étrangers, des nomades, des immigrés que des touristes, à qui chaque pays d’accueil réserve toute une série de mauvais sorts. Camps, tentatives de refoulement hors du territoire, génocides en règle, asservissement, l’homme est avant tout un être intolérant et violent. Tristement routinier, le choc de cette rencontre laisse un goût amer aux gouvernements, qui ne tolèrent pas cette intransigeante vérité cosmique : la Terre n’est qu’une perle au sein du vaste réseau des Bouches. Et alors que les frontières spatiales s’effondrent brutalement au fil des pages, il est rafraîchissant de lire enfin quelque chose de franchement optimiste, où l’alien n’est plus un monstre assoiffé de sang ou un pilleur de ressources. On ne peut s’empêcher, d’ailleurs, de comparer ce roman à d’autres œuvres comme le film District 9, par exemple, qui reprend aussi le thème du migrant rejeté par la métaphore de l’extra-terrestre.

Pourtant, malgré ce tableau élogieux, la lecture de Points Chauds n’est pas aussi exaltante que la découverte de l’excellente nouvelle « Rempart ». Revers du roman non-fictionnel, cette série de témoignages ne suit pas d’intrigue particulière, mais plutôt un fil chronologique depuis l’apparition des premières Bouches jusqu’au retour de la première voyageuse humaine. Une fois achevé, cette énumération de témoignages me laisse l’impression d’un roman trop dilué, là où la nouvelle, bâtie sur le même principe, restait particulièrement efficace. Au final, Points Chauds part d’une excellente base mais ne parvient pas pour autant à se renouveler après « Rempart ». Une petite déception sur la forme, donc, qui ne doit pas éclipser pour autant la richesse du bestiaire alien et de la métaphore politique de cet univers.


Oceansize

Oceansize (english subtitles) is a short 3D movie made by 4 students of Supinfocom Arles in 2008. An animation film by Romain Jouandeau, Adrien Chartie, Gilles Mazieres and Fabien Thareau.


Wulfrik – C.L. Werner

Quiconque entreprend d’écrire un roman de fantasy à la sauce grand-papa doit assumer pleinement ses recettes poussiéreuses et offrir un plat du terroir suffisamment épicé pour être digeste. Bien entendu, l’univers décrit influencera fortement la saveur finale de l’assiette, et choisir une venaison aussi indigeste que le caricatural univers de warhammer battle demandera beaucoup de talent au cuisinier pour sortir de ses fourneaux un roman convenable.

Cauchemar en cuisine annoncé, donc : C.L. Werner s’attaque dans Wulfrik à un monument de bourrinisme chaotique, le célèbre barbare Wulfrik. Ce guerrier de Norsca, aussi surnommé « le Vagabond », pourrait faire office d’intellectuel chez les barbares : en effet, notre bourrin a reçu des Dieux noirs le Don des Langues, qui lui confère la parfaite maîtrise orale de tous les dialectes de ce monde magique. Alors qu’une brillante carrière de diplomate s’offrait à lui, Wulfrik a préféré saisir ses épées et s’emparer du Croc des Mers, un magnifique drakkar runique capable de traverser les dimensions magiques pour atteindre en un clin d’œil sa destination. Investi d’une interminable mission divine, Wulfrik se doit désormais de lancer un défi à chaque champion de ce vaste monde désigné par les Dieux noirs, et de trancher la tête de son malheureux adversaire pour l’offrir à ses cruels maîtres immortels.

Wulfrik se balade donc de port en port, pour savoir si tous les héros qu’il croise veulent bien lui lâcher la grappe en échange de leur crâne. Les voyages culturels de Wulfrik et de son équipage de pillards nordiques se soldent donc inévitablement par un bain de sang et un enrichissement brutal de nos visiteurs. Rappelons que dans le monde de warhammer, le tourisme reste encore une calamité, au même titre qu’une pluie de squigs ou un vol de charognards morts-vivants, et que la meilleure réponse à la curiosité de son voisin reste un bon coup d’épée dans le bide.

Notre Wulfrik national, grande gueule et grossier au possible, n’en reste pas moins philosophe sur sa condition de pauvre mortel dupé par les Dieux. Aussi cherche-t-il absolument à faire lever sa malédiction afin d’épouser sa blonde et de renverser son royal beau-père. Mais s’opposer à la volonté des Dieux noirs est rarement une idée judicieuse, et ses sombres maîtres vont l’abandonner entre les griffes d’un perfide sorcier complotant en secret pour provoquer sa chute. Wulfrik se rendra-t-il compte à temps de la duperie du sorcier Zarnath ? Evitera-t-il les multiples trahisons de ses hommes d’équipage et princes barbares jaloux de sa puissance ? Vaincra-t-il toutes les embûches se dressant sur son chemin ? Vous l’aurez compris, Wulfrik est donc un roman écrit sur du parchemin humain avec du sang de vierge elfe, par un auteur qui en a, lui, de grosses épées à double tranchant.

Cependant, malgré l’impressionnante collection de clichés amassés dans ces quelques 413 pages, C.L. Werner parvient à sortir de ses fourneaux un divertissement de sword and sorcery plaisant à lire, presque attachant, tant on finit par se prendre au jeu de ce barbare linguiste qui ne sait jamais quand la fermer. A défaut d’originalité dans cette fantasy sauce grand-papa, il faut bien reconnaître que Wulfrik n’est pas une lecture pour autant détestable,  et qui tient ses promesses pour tout lecteur en mal de récit épique et viril, comme il s’en faisait dans le temps. Non mais. Petites natures et lettrés délicats s’abstenir.


Croisières sidérales – André Zwobada (1942)

Une petite curiosité cinématographique que ce film, tourné fin 1941 dans les studios d’Epinay-sur-Seine et sorti au cours de l’année 1942. Croisières sidérales relate les aventures de Françoise Monier, aéronaute, et de son mari Robert, qui s’apprêtent à effectuer un vol stratosphérique historique. Mais Robert est blessé dans un accident de circulation, et c’est Lucien Marchand, garçon de laboratoire et tout jeune père, qui le remplace au pied levé. Durant le vol, Lucien accumule les gaffes et propulse suite à une fausse manipulation l’aéronef dans l’espace. Après quinze jours de dérive intersidérale, Françoise parvient enfin à reprendre les contrôles du vaisseau et à redescendre sur Terre… Pour se rendre compte que 25 années se sont écoulées depuis leur départ ! Elle retrouve son mari, devenu directeur de l’Institut des Sciences, tandis que Lucien fait connaissance de son fils, un vaillant gaillard ! La presse s’empare de leur récit, et après une vive polémique sur la véracité de leurs aventures, les savants du monde entier font la lumière sur leur accident : nos deux aventuriers ont été propulsés dans l’espace-temps, et la relativité s’est joué d’eux. Très vite, ces voyages spatio-temporels inspirent les financiers, et un entrepreneur français, Mr Antoine, décide de lancer la première croisière intersidérale à destination du futur.

A première vue, Coisières sidérales est un film de science-fiction qui sent bon les vieux effets spéciaux et les grands champs naïfs. Le cinéaste amateur remarquera aussi son tournage et sa distribution en pleine période d’occupation, ce qui force le scénariste Pierre Guerlais à effectuer quelques pirouettes pour décrire une société futuriste sans jamais évoquer l’actualité brûlante de l’époque. L’intrigue, d’ailleurs, relève avant tout de la comédie légère. L’humour de situation prédomine avant tout, et le cadre scientifique de ce synopsis reste parodique à défaut d’être réaliste. Tout ceci donne un certain charme désuet, presque naïf, à cette histoire d’aéronef égaré dans l’espace. Et pourtant, au-delà de la comédie populaire, Croisières sidérales aborde avec prudence l’évolution de la société des années 40. Pour André Zwobada, tout ira plus vite à l’avenir : la technologie, la mode, les arts bien-sûr, mais surtout les médias, omniprésents grâce à leurs journalistes dotés de téléphones portables ; et enfin le monde des finances, ayant la main-mise sur l’exploitation du savoir scientifique. Epilogue de ce film, la rencontre avec les Vénusiens laisse tout de même transparaître une critique acerbe de l’Humanité au lendemain de la bataille de France.

Croisières sidérales est une belle petite pépite du cinéma SF français, dont on excusera facilement les effets spéciaux désuets au profit de son charme rétro et de sa discrète résonance avec son époque contemporaine. Notez que pour les curieux, vous pourrez y voir Bourvil en tant que figurant dans une de ses toutes premières apparitions sur le grand écran.

 

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