Le minitel va disparaître : vive le minitel-punk !
Pour ceux d’entre-vous qui auraient moins de 25 ans, sachez que le terme minitel ne désigne pas un nouveau smartphone à la mode mais l’ancestral pied-de-nez français au réseau Arpanet. En cette glorieuse année 1982, la France mitterrandienne lançait en grandes pompes le minitel, terminal grand public de connexion au service Vidéotex développé par le Ministère des Postes et Télécommunications. Le Président Giscard D’Estaing aurait pu lancer le terminal dès 1977, mais alors que 30 millions de minitel doivent être produits, VGE céda sous la pression du lobby de la presse (déjà eux !) craignant pour leur main-mise sur l’information. VGE préféra retarder le lancement et initier deux expérimentations locales : celles de Saint-Malo (1980) puis de Vélizy (1981).
Bien mal lui en prit, puisqu’aux suffrages suivants, le premier Président à être annoncé par l’affichage d’un portrait numérique en animation minitel fut François Mitterrand. La France rentrait dans une nouvelle ère : numérique et socialiste. Quelle révolution ! Et surtout quelle avance technologique ! Alors que le réseau Arpanet et son millier d’ordinateurs connectés en 1984 se subdivisaient en deux réseaux très restreints : un militaire (MILnet) et l’autre universitaire (NSFnet), la France comptait en 1985 un million de minitels en service… Seule l’invention des hyperliens en 1991 par l’équipe du CERN de Tim Berners Lee et Robert Cailliau ouvrira la voie au « World Wide Web » tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Le minitel connut cependant une belle apogée dans les années 90. Pas moins de 25000 services étaient proposés à ses utilisateurs courant 1995. On pouvait, selon son âge et ses envies, faire du shopping sur le minitel, consulter l’annuaire électronique, envoyer des messages, consulter ses comptes bancaires, découvrir ses résultats au brevet ou au baccalauréat (rien qu’en repensant au lent défilement des lignes sur mon terminal, j’en ai encore des sueurs froides), s’inscrire à la fac, suivre des services communautaires, des marques ou sociétés, consulter les informations, et bien-sûr se connecter aux fameux services du « minitel rose ».
Hélas, nous autres français ne parvînmes jamais à convaincre le Monde entier de l’intérêt révolutionnaire de notre minitel, et Internet remporta le match. Avec la mort de François Mitterrand, en 1996, c’est un peu le minitel qui agonisait déjà. En 2000, le minitel était utilisé par près de 25 millions de personnes (sur 55 millions d’habitants) avec un parc de près de 9 millions de terminaux. En 2009, lorsque le service 3611 annuaire électronique fut arrêté, le minitel comptait encore 10 millions de connexions mensuelles, et 2 millions de personnes affirmaient utiliser leur terminal en 2010. Le service est aujourd’hui totalement dépassé par Internet, malgré quelques avantages non négligeables (sécurité du réseau, nécessitant un faible débit et permettant d’effectuer des opérations monétaires basiques plus efficacement). Le 30 juin 2012, Orange débranchera même définitivement le service. Ce sera la fin d’une aventure de plus de 35 ans !
Mais si le minitel va mourir, il restera dans notre cœur et dans notre imagination. Puisqu’il existe le steampunk, le dieselpunk et le radiumpunk, puisqu’il y en a même pour réclamer du apollo-punk ou de l’arcane-punk, il n’y a pas de raisons. Françaises, français, amis lecteurs et auteurs, lançons-nous tous ensemble dans notre propre uchronie bien de chez nous : le minitel-punk ! Dans un monde où le minitel a triomphé face à Internet, Mitterrand n’est pas mort, Chirac est en prison et allez, soyons fou, Sarkozy n’est qu’un obscur opposant politique. Google n’a jamais été fondé, si ce n’est sa version minitel lancée sur le 3615 par de sympathiques étudiants brestois de l’ENST, Steve Jobs et sa firme Apple ont été rachetés par Alcatel Télécom, et nos ingénieurs français planchent déjà sur une version haut débit du minitel où l’on diffusera de la vidéo ! La France, centre de la toile Vidéotex mondiale, est le nouvel eldorado des télécoms : la breizh-valley de Lannion triomphe !
Ben quoi ? On peut rêver, non ? Et pour rester dans le ton, finissons ce billet avec le groupe Minitel Rose et leur titre « When I Was Punk », tiré de leur album The French Machine (2008).




OMG
Le minitel va nous manquer.
A quand le modem56k-punk ?
Le modem56k-punk existe déjà: ça s’appelle le dubstep.
Pour une uchronie plus vraisemblable, on pourrait imaginer que la révolution micro-informatique n’ait jamais eu lieu et, pour se connecter à Internet, on utilise un terminal-client qui ne fait que ça.
Les ordinateurs tels qu’on les connaît ont évolué en consoles de jeux, dérivées des Commodore 64 et autres Amiga; seule une petite frange d’universitaire et de hackers barbus unixiens (ou des spécialistes, comme les graphistes) utilisent des ordinateurs, beaucoup plus chers (genre €5000).
La vie en modem 56k est encore une réalité en campagne profonde, rien que dans notre département LOVD certains foyers n’ont encore que ça malheureusement ! C’est la « fracture numérique » …
@ Alias : mais non, on aurait racheté toutes ces entreprises de micro-informatique avec Alcatel ^^
Le terminal-client d’accès à l’internet, ce sont les bornes matricielles des univers cyberpunk décrits dans les années 80.
Chouette départ uchronique en tout cas. Je le mets dans ma collection
Ça fait rêver. Difficile de savoir si on serait arrivés là ou nous sommes aujourd’hui en termes de réseaux en partant de la bonne vieille télématique. Y-aurait-il pu avoir un 3615Traqueur-Stellaire ? :p
Il y a déjà des fans du minitel-punk à ce que je vois
Bien-sûr que dans cette uchronie vous auriez eu le service maison, mais en 36 17 Traqueur Stellaire ! Des sous, des sous !
Tu aimes la science, moi j’aime la fiction … Rejoins moi sur 36 15 traqueur stellaire, le service minitel de tes fantasme … t’envoyer en l’air pour voir la lune
Le Minitelpunk, je l’y mets tout de suite
Sauf que le minitel était uniquement commerçant et n’offrait guère d’ouverture sur le monde, sans parler du coût prohibitif pour l’utilisateur…
Encore un échec à porter au bilan de VGE.
nostalgie
marrant : mes parents ne veulent pas entendre parler d’internet mais ils ont été parmi les premiers à accepter l’offre minitel,
moi j’étais une fervente adepte et tout mon argent de poche partait en coûts de connexion (en affichant « sommaire » je crois…)
une uchronie minitel-punk, je suis fan
@Efelle
C’était pas tout à fait uniquement commerçant, il y avait aussi pas mal de services administratifs, l’annuaire évidement, les résultats de concours et autres examens professionnels, etc …
Bon c’est sur que les affiches de « 3615 chaudasse » ont un peu marquées les esprits.
D’ailleurs un des rois du net français actuel l’avait compris avant tout le monde … « il a le minitel, il a tout comprit »
Excellent !
Il y a aussi le Tatoo, l’Alphapage, le tam-tam et le kobby qui forment les bases technologiques du pagerpunk!
Et le bi-bop ‘-)
@Ferocias et Nova : le pire c’est que ces trucs ont marchés.
et jpaf encore un coup de vieux!!
qu’est ce que j’ai pu m’en servir de ce machin là. Enfin pas trop, mais quand même. j’ai dû m’inscrire à la fac avec ce truc là !
wanadoo a longtemps proposé un plug-in à ajouter au navigateur pour émuler le minitel sur les ordinateurs avec l’accès internet.
Le défilement des résultats du bac sur minitel : un moment d’intense stress !
Ah, le bon vieux minitel… Je ne peux que penser à cette note de Boulet :
http://www.bouletcorp.com/blog/2011/07/07/formicapunk/
Je profite de ce commentaire pour préciser que l’idée d’un minitel haut débit que j’imagine dans cette note n’est nullement pure fiction mais m’a été inspirée lors d’une discussion avec un ingénieur télécom durant les années 80, qui m’a confirmé qu’un tel projet était alors sur les rails.
Bonjour,
Je suis journaliste pour le quotidien 20 Minutes et je cherche pour un papier des personnes qui ont envie de parler du Minitel…
Si vous avez envie de témoigner au sujet du Minitel, merci de prendre contact avec moi à ademoulin@20minutes.fr.
Merci
Boulet appelle ça le « Formica Punk », ce que je trouve délicieusement justifié (parce qu’il y inclus tout ce qui était « hitech » à l’époque) :
http://www.bouletcorp.com/blog/2011/07/07/formicapunk/
Perso, je me suis fait deux visuels pour des t-shirts (dont je suis actuellement le seul client, mais c’était l’idée) :
Le minitel rose : http://www.comboutique.com/shop/homeboutique-6990-0-0-77815-0.html
La fierté française : http://www.comboutique.com/shop/homeboutique-6990-0-0-77814-0.html
Et vive le minitel. Il est mort mais il connecte encore !
Très classes les t-shirts, Nootilus. Je note l’adresse de ta comboutique et je ferai sans doute un achat bientôt =)