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Matricia – Charlotte Bousquet

Une bonne série doit pouvoir se lire à partir de n’importe quel tome, sans devoir absolument se rapporter aux précédents ouvrages. Du moins est-ce le postulat qu’il m’a été permis de vérifier par ma lecture de Matricia, troisième tome de la saga de « l’Archipel des Numinés » par Charlotte Bousquet. Matricia, pays imaginaire aux allures d’Italie de la Renaissance, sert de scène de théâtre à l’accomplissement d’une vengeance. Celle de Dionisia, magicienne du Destin et bâtarde métisse du clan des Tengelli. Face à elle, Alino, son oncle maudit et ancien patriarche déchu de cette famille infernale, entend lui livrer un dernier acte cataclysmique dans les ruines de la capitale Lysania.

Mais la vengeance est fille de patience. Dionisia a lentement dressé ses toiles autour de cette famille dégénérée, de son incestueux père et de ses cousins orduriers. Elle approche maintenant de son but, et telle une araignée s’apprête à délivrer le coup final. Alino dresse cependant face à elle un atout majeur : Kébahil, ce Dieu maudit responsable de la peste cendreuse qui ravage Matricia. Dionisia n’est pas désarmée pour autant. Elle garde, elle aussi, une carte d’avance dans ce tarot magique : Angelo di Larini, le jeune nécromancien, venu enquêter sur ce désastre, et dont les pas le mèneront jusqu’au dernier acte de cette tragédie familiale.

Lire Matricia nous plonge dans un univers baroque, faustien et glauque, dans lequel le pouvoir est signe de corruption. La famille borgienne des Tengelli, dans toute sa splendeur décadente, accumule folie et dégénérescence. A travers ce duel de tarot magique, Dionisia et Alino s’opposent leurs souvenirs, et révèlent toute la cruauté de ce clan. Le sang des Tengelli se perd, il s’étiole et dégénère. Dionisia, née d’une bâtardise à peine maquillée des conventions courtisanes, devait apporter le renouveau à ce clan maudit. Comment est-elle devenue la Némésis des Tengelli ? Le personnage de Dionisia fascine, intrigue le lecteur. Son tempérament méditerranéen alterne glace et tisons, ange et démon. Plongée dans un univers gothique aux fioritures italiennes, Dionisia ne nous épargne rien, de la plus abjecte fange de basse société comme de la pourriture aristocratique, jusqu’au dénouement final dans les ruines de l’opéra de Lysania.

Et l’on se prend rapidement au jeu de ces tableaux sombres et puissants, souvenirs que se jettent à la figure Dionisia et Alino. Le charme opère, ne nous abandonnant qu’aux derniers poèmes de l’ouvrage. Matricia conclue donc avec puissance le premier cycle de cette saga. Charlotte Bousquet nous livre un roman sombre, magnifiquement construit autour de l’histoire tumultueuse d’une vengeance, incarnée en la personne de Dionisia. Il n’y a pas d’autres fioritures que celles de l’ ambiance baroque italienne. Aucune description ni scène n’est de trop dans ce roman. Matricia nous est offert comme un précieux rubis, taillé dans la pierre rouge sang, tâché de l’ichor corrompu des Tengelli.

Lire aussi chez : Gromovar,

 

8 commentaires sur : Matricia – Charlotte Bousquet

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