Signal to noise – Neil Gaiman & Dave McKean
Dérangeant, suffoquant, angoissant. Plonger dans Signal to noise, c’est se perdre dans une mer huileuse aux reflets irisés, un océan de pétrole sur lequel vogue un bateau à la dérive. Ce navire ivre, proche du naufrage, est incarné par un réalisateur londonien atteint d’un cancer. En prise avec le Crabe à la cinquantaine, il voit sa vie se liquéfier peu à peu, lui échappant entre ses doigts.
Et pourtant, sa carrière n’est pas finie, loin de là. Elle atteint même son point d’orgue avec un nouveau projet en maturation. Un grand film : le récit d’une fin du monde, en décembre 999, qui n’arriva jamais. Cette histoire sera superbe, profonde et marquera le septième art pour des décennies. Un peu d’éternité pour un homme malade. Mais ce film ne verra jamais le jour : notre réalisateur se meurt. Alors, dans cette lente agonie, il tente d’écrire le scénario d’Apocatastasis, avant qu’il ne soit trop tard.
Car le film le hante, c’est une obsession, comme toujours lorsque lui vient une idée de scénario, il le diffuse sur le grand écran de sa conscience. Mais cette fois-ci, il va devoir l’arracher au Crabe. Lutter pour transposer une dernière fois ce signal mental, cette connexion avec son imaginaire, sur le papier bien réel. Et tant pis pour la pellicule finale, il faut qu’il le sauve, avant que le bruit de fond du cancer ne brouille à jamais le signal.
Magnifique roman graphique, dont l’adaptation française nous a été offerte fin 2011 par le Diable Vauvert. Originellement commandé en feuilleton par le magazine The Force, puis publié en intégralité en 1992, Signal/Bruit a fait l’objet d’une nouvelle édition augmentée en 2007, publiée dans cette version française. Adapté en format radio par Neil Gaiman pour la BBC en 1996, puis au théâtre à Chicago en 1999, Signal to noise n’en a pas fini de marquer son public. Son ambiance étouffante mêlée à la vision ésotérique de ce film en gestation nourrit le graphisme sombre, recherché, parfois psychédélique de cet album. Signal to noise reste une vision d’un homme malade, vieillissant avant l’heure, à travers le prisme du crabe et de ses fantasmes.
A déconseiller aux hypocondriaques, certes, mais d’une excellente facture artistique. Le Diable Vauvert botte en touche avec ce superbe roman graphique. Une lecture envoûtante, dont je remercie l’éditeur pour me l’avoir proposée en me l’envoyant dans ma boîte aux lettres.





« A déconseiller aux hypocondriaques ». Je passe mon chemin.
Tu peux passer à la consultation, je suis docteur
Ça a l’air super ! Je ne connaissais pas, mais je vais vite combler cette lacune grâce à ton article. Merci
J’avoue l’avoir lu et… ma chronique attend toujours.
C’est très beau graphiquement (comme à chaque fois que Gaiman et McKean se mettent ensemble pour faire un truc), mais assez complexe à suivre (comme à chaque fois que Gaiman et McKean… bref xD). Du coup comme Mister Punch et Violent Cases, tout ça nécessite une bonne relecture à tête reposée ^^