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Il y a un an : Fukushima

Tragique anniversaire que celui de la catastrophe de Fukushima, qui frappa le Japon en mars 2011. Les habitués de ce blog se souviennent peut-être de mon suivi acharné de la situation, après que le séisme puis le tsunami ait ravagé la côte est de l’île principale japonaise et que plusieurs centrales nucléaires soient devenues instables. L’incident de la centrale de Fukushima Daiichi, classé niveau 7 (maximum), conduisit à un désastre écologique et humanitaire tristement semblable à celui de Tchernobyl.

Un an après, quelle est la situation dans la région de Fukishima ? Une large zone, abandonnée, est figée dans le temps. Des animaux errants parcourent des rues désertées brutalement, les plats finissent de moisir dans leurs assiettes, des couettes n’ont pas été rangées dans les chambres, des cadavres reposent encore dans les dévastations et de rares habitants tentent un impossible retour sur ces terres radioactives.

Alors que le drame immédiat des 20.000 morts du tsunami laisse une plaie béante dans l’histoire japonaise, le traumatisme de la catastrophe nucléaire ne fait que commencer. Tchernobyl et Fukushima ont été deux avertissements chèrement payés. Le nucléaire civil, ce feu prométhéen, a-t-il encore un avenir durable dans nos choix de développement énergétique, et quelle place raisonnée lui accorder ? La leçon de Fukushima n’est peut-être pas dans l’abandon rapide du nucléaire, impossible et illusoire, mais plutôt dans un constat accusateur : notre industrie nucléaire n’est qu’un ogre vieillissant, colosse économique au pieds d’argile assis sur un savoir-faire technologiquement dépassé. Le peuple japonais ne paye pas, avec Fukushima, l’ire d’une nature révoltée, mais les conséquences d’un système mondialiste méprisant, inhumain et incompétent, pour qui le savoir nucléaire ne rime qu’avec rendement. Le feu prométhéen a été confisqué par les financiers. Hier Fukushima, aujourd’hui une dégradation de la sûreté nucléaire en France, et demain Fessenheim, bombe à retardement maintenue pour satisfaire des promesses électorales ?

Il est grand temps de s’interroger sur la véritable santé du nucléaire civil, et des conséquences de sa main-mise par de grands groupes privés aux intérêts économiques incompatibles. Il est grand temps d’investir massivement vers un nucléaire de fission le plus propre possible, puis de fusion à long terme, tout en réduisant notre dépendance nucléaire par la promotion d’énergies propres et renouvelables. Il est grand temps de sortir de 40 années d’immobilisme et d’illusion sécuritaire, et d’enfin relever les défis énergétiques du 21ème millénaire. Il est grand temps de porter la Science au devant de la scène politique, et non la Finance.

 

19 commentaires sur : Il y a un an : Fukushima

  • Moins de catastrophisme avec ce lien, je ne crois pas. Au contraire, il souligne encore plus les défaillance de la TEPCo et de l’état japonais (sans parler des non-dits qui en disent long). De quoi craindre le pire si cela se produisait en France, pays aux antipodes de la rigueur et de la discipline japonaise…

  • Si jamais tu ne connais pas, l’initiative Négawatt me paraît très intéressante: sobriété, sortie du nucléaire, promotion des énergies renouvelables.

  • Je me rappelle la petite discussion qu’on avait eu à ce propos et, à nouveau, je ne peux que acquiescer.
    Je pense que ce qui parasite le débat à ce sujet (comme dans bien d’autre domaines, tels la psychanalyse, la religion ou la politique par exemple) c’est qu’ils sont complètement saturés d’émotions et de sentiments qui perturbent l’analyse rationnelle. Soit on est contre le nucléaire et on est un brave écologiste avec sa fleur dans les cheveux, soit on est pas fondamentalement opposé à l’utilisation de l’énergie nucléaire et là on est forcément une raclure sans cœur.
    Je lisais justement Les Formes Élémentaires de la Vie Religieuse de Durkheim hier et je me disais que ce bon vieil Émile avait vu juste quand il écrivait :

    « Les nécessités de l’existence nous obligent tous, croyants et incrédules, à nous représenter de quelque manière ces choses au milieu desquelles nous vivons, sur lesquelles nous avons sans cesse des jugements à porter et dont il nous faut tenir compte dans notre conduite. Seulement, comme ces prénotions se sont formées sans méthode, suivant les hasards et les rencontres de la vie, elles n’ont droit à aucun crédit et doivent être rigoureusement tenues à l’écart de l’examen qui va suivre. Ce n’est pas à nos préjugés, à nos passions, à nos habitudes que doivent être demandés les éléments de la définition qui nous est nécessaire; c’est à la réalité même qu’il s’agit de définir. »

    On devrait revenir un peu à tonton Durkheim avant d’entamer une réflexion sur quelque sujet que ce soit, afin de cesser ce parasitage permanent de tous les débats par nos prénotions, nos passions, nos habitudes et nos désirs.
    Et c’est particulièrement vrai pour le nucléaire, que ce soit pour ce qui s’y opposent ou pour ceux qui en font la louange inconditionnelle.

  • Il est grand temps de se poser les vrais questions, plutôt que de s’en tenir à des projets illusoires et politiciens.

    Merci pour cet article, qui nous rappelle que les pires choses n’existent pas qu’en fiction. Loin de là.

  • On devrait toujours revenir à Tonton Emile. Une fois encore il a raison.

  • Félicitations pour le contenu et le style.

  • lutin

    Pour une fois, je ne suis pas 100 % en accord avec ce que tu écris.

    Mais comme le fais remarquer Loic-Epicurea, il est TRES difficile d’avoir un débat rationnel sur le sujet notamment en France (et ce n’est pas le seul par ailleurs).

    Je vais essayer de donner mon point de vue au risque de passer pour un incurable salaud (malheureusement, ce n’est jamais l’inverse….).

    Le débat se pose donc entre impératif énergétique(économique) et protection de l’environnement, enjeux délicatement conciliables.

    Exemple, juste pour produire de l’électricité, les énergies fossiles rejettent en moyenne 230g de CO2 par KWh produit, les énergies renouvelables 80 à 100g/KWH, et le nucléaire 3g/KWH. Le nucléaire représente 15% de la production d’électricité mondiale, la plus grande part est essentiellement produite par les énergies fossiles. Mais ce qui est surtout important c’est l’augmentation prévisible et prévue de la demande en électricité dans les pays « émergeants » : + 80 % dans 20 ans de la demande actuelle – juste en électricité.

    Comment satisfaire la demande……..malheureusement les énergies « renouvelables » ne sont pas totalement au point ( et comportent également leurs lots de nuisances) et ne peuvent pas et ne pourront pas subvenir à cette demande.

    Aussi, je crains qu’il nous faille faire avec le nucléaire civil en attendant le prochain bond technologique… que je souhaite ardemment voir un jour. Et, je suis totalement opposé au retour à l’âge de pierre et de la bougie surtout pour les peuples « émergeants » car après tout, l’enjeu se situe au-delà de nos frontières européennes. Devons-nous leur interdire confort et progrès? Si oui, à quel titre faire une telle ingérence? Irons-nous jusqu’à intervenir militairement pour bannir l’utilisation du nucléaire civil pour eux ? Sommes nous donc plus sages ?

    De plus, je ne pense pas que l’opinion européenne fasse beaucoup évoluer les choses : 2011 , 9 réacteurs fermés, 63 construits, sans compter les commandes.

    Là, je suis plutôt du côté de la pensée anglo-saxonne : « garde tes amis près de toi, tes ennemis encore plus près ». Il faut garder un œil sur ces technologies, et ne pas abandonner à d’autres toutes expertises et compétences, car ensuite, ils nous l’imposent « à l’insu de notre plein gré » (comme nous l’avons fait avec les OGM…. que l’on retrouve maintenant dans toutes nos assiettes!!!!!!! génial)

  • @ lutin : ma position n’est pas contre le nucléaire mais pour une réduction de son importance dans notre électricité. Cette réduction vie avant tout à fermer les sites les plus vieux et sensibles. Nous ne pourrons fermer d’autres centrales que quand nous disposerons d’une réelle source d’énergie équivalente et plus sûre (réacteurs de génération supérieure ou fusion).

    Le recours aux énergies renouvelables et nucléaires afin de lutter contre les gaz à effet de serre (GES) représente un choix stratégique important pour l’Union Européenne, qui préconise ainsi de diminuer les émissions de CO2 de 20% d’ici 2020. Le nucléaire n’est bien entendu pas exempt de critiques, notamment sur la question de la gestion des déchets et des risques environnementaux. D’ailleurs, si la Commission européenne appelle au renouvellement du parc nucléaire d’ici 2030, elle n’oublie pas de souligner que cette filière énergétique ne représente pas en soit une finalité mais une transition en attendant l’arrivée de nouvelles sources énergétiques à faible impact environnemental. Depuis Fukushima, ce dernier point a été particulièrement renforcé par la Commission.

    Afin de parvenir à cet objectif des 20%, la Commission Européenne a adopté en 2007 le plan SET proposant les challenges énergétiques suivants :

    - Rendre les biocarburants de seconde génération compétitifs face aux énergies fossiles ;
    - Encourager le développement de technologies de piégeage du CO2 ;
    - Doubler la production énergétique de l’éolien et développer l’énergie photovoltaïque ;
    - Soutenir le développement de l’énergie nucléaire autour des réacteurs de 4ème génération (EPR) et du projet à long terme de fusion nucléaire (ITER).

    Permets moi cependant de te faire remarquer que tes chiffres sont erronés. La contribution de l’énergie nucléaire aux émissions de GES oscillerait 2,7 à 61 g(CO2) par kWh, selon le pays suivi (Chiffres : Oeko et Ministère Français de l’Industrie). L’éolien figure également en bonne position avec 3 à 22 g(CO2) par kWh. En comparaison, une centrale thermique au gaz produit 430 g(CO2) par kWh et au charbon 800-1050 g(CO2) par kWh (source : Manicore). Comme l’explique ce site, prôner la sortie du nucléaire pour les remplacer par du solaire et de l’éolien ne fait pas gagner un gramme sur les émissions de gaz à effet de serre. Cependant remplacer une partie du panel vieillissant et dangereux par des énergies renouvelables constitue un réel point positif.

    Enfin, quant aux pays émergents, avant de leur vendre des centrales nucléaires plus ou moins « classiques », une question de fond se pose : a-t-on vraiment intérêt à leur vendre la même épine que nous avons sous le pied ? N’oublions pas que pour des pays plus proches de la zone tropicale/équatoriale et à fort ensoleillement, l’énergie éolienne devient beaucoup plus intéressante qu’en pays tempéré. N’oublions pas que 5% de la surface des déserts suffiraient pour alimenter la planète entière en énergie solaire d’après patrick Jourde du CEA. Les problèmes restent le stockage et le transport. Mais à l’échelle d’un pays émergent, l’aspect prometteur de ces chiffres de 2002 laisse rêveur.

    A tel point qu’Areva s’intéresse très sérieusement aux énergies renouvelables. Quelle curieuse lubie de leur part, de s’intéresser à des énergies « pas totalement au point », n’est-ce pas ?

  • Helly

    In the memory of the victims of Japan’s earthquakes and the Fukushima disaster: http://youtu.be/UL_gBqs1Ums

  • @ lutin : mais passées ces précisions je partage également beaucoup d’arguments de ton commentaire.

  • Pour en savoir plus sur la situation énergétique et la part du nucléaire à l’heure actuelle au Japon, quatre liens à consulter :

    - http://www.world-nuclear.org/info/inf79.html
    - Japon : un an après le séisme, qu’est-ce qui a changé ? (La Recherche).
    - Le Japon redoute l’arrêt de ses centrales nucléaires (Le Figaro).
    - Le Japon face au casse-tête de l’énergie nucléaire (Le Figaro).

  • Je tremble, pas que de peur, je tremble de tout mon être, de tout ce qui m’entoure, de tout mon univers. Pas d’échappatoire, pas de respiration profonde à tenter, le monde m’échappe, bascule et se fracasse. Les bases s’écartèlent, deviennent failles mortelles. Je ne peux m’accrocher à rien de solide : la mobilité contre-nature menace. L’épilepsie terrestre gronde, gigantesque tonnerre des entrailles. Aucune résistance, pas une prière possible : le hasard et la nécessité tectoniques modèlent l’instant et dessinent la fin. Comme un crépuscule des vies à portée du regard. (La suite sur http://pamphletaire.blogspot.com/2012/03/fukushima-mon-ame-ou-rien.html)

  • Ce qui me frappe dans ton article comme dans beaucoup d’articles de presse, c’est l’assimilation complète de la « catastrophe » de Fukushima (0 morts à l’heure actuelle, quelques milliers de personnes déplacées par précaution) avec le CATACLYSME du tsunami qui a tué plus de 20’000 personnes, dévasté des milliers d’habitations, anéanti des centaines d’entreprises, entassé des milliers de mètres cubes de déchets et pollué de vastes zones (et la mer) par des produits chimiques divers.

    Quoi qu’on en dise, la vieille centrale mal gérée de Fukushima a résisté à une vague 2x plus grande de celle prévue à sa construction. Oui, je dis « résisté » car la population n’a pas été irradié à un niveau dangereux ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_nucl%C3%A9aire_de_Fukushima#Impact_dosim.C3.A9trique_du_panache_radioactif ). Objectivement, Fukushima est un accident industriel qui représente 10 ou 20% du bilan économique du tsunami qui l’a provoqué. Et même si à la fin il faudra faire un sarkophage (cool le lapsus ;-) ) qui coûtera très cher, il ne faudra pas oublier que les 6 réacteurs de Fukushima ont produit environ 1.3 milliards de Megawattheures selon mes calculs. Même si la facture finale atteint disons 100 milliards d’Euros, ça ne fera que doubler le prix du KWh qui aura été produit.

    Quand on grimpe l’échelle de Kadarshev (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chelle_de_Kardashev ) faut avoir des couilles. Le soleil vert, c’est pour les lopettes.

  • Je précise déjà dans mon billet que c’est le tsunami qui a fait 20.000 morts, pas l’incident nucléaire. En bon taulier de blog que je suis, j’aborde cette catastrophe selon un angle choisi – uniquement les conséquences nucléaires. Les médias sont censés faire une couverture générale de l’évènement, question de déontologie, et c’est regrettable qu’ils ne le fassent pas. Moi rien ne m’y oblige.

    Pour les conséquences économiques (ou sur la facture énergétique des japonais) tu peux trouver quelques premières infos intéressantes dans les liens que j’ai cité en commentaires.

  • A part des films sur les dégâts au Japon, on ne sait rien depuis un an sur les changements globaux que la catastrophe a pu causer. La pollution maritime sur les côtes lointaines, le taux de particules dans l’air que nous respirons, ici, en France etc. D’une certaine manière, montrer le Japon qui a morflé, « pray for Japan » et toutes ces belles initiatives, ça permet surtout de créer une distance artificielle et rassurante. Fukushima, c’est ici aussi, et pour longtemps…

  • Pour nous autres français de l’hexagone, le nuage de particules de Fukushima est resté anecdotique lors de son passage. Nous avions eu par contre de réels impacts lors de l’accident de Tchernobyl, centrale beaucoup plus proche et ayant émis une importante quantité de particules dans l’atmosphère.

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