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Le cerveau vert – Frank Herbert

S’il devient redondant de présenter Frank Herbert comme l’auteur du Cycle de Dune, c’est en raison de l’ombre projetée par cet incontournable classique de la SF sur le reste de son œuvre. L’auteur prolifique que fut Herbert est en effet moins connu du grand public pour ses romans courts que pour son magistral cycle. Et pourtant, ces œuvres méconnues contribuent elles aussi à apprécier la palette de thèmes propres à Herbert.

Le cerveau vert fait parti de ces courts romans trop souvent ignorés. Paru à la même époque que Dune, il projetant le lecteur dans un futur proche, où Herbert imagine une folle campagne de restructuration écologique de continents entiers, sur lesquels les insectes sont impitoyablement éliminés pour ne réintroduire dans les « zones vertes » que des espèces d’intérêt ou génétiquement améliorées. Après la Russie et la Chine, le Brésil est la nouvelle cible de l’Organisation Ecologique Internationale. Mais les choses ne se passent pas aussi bien que prévu. La « zone rouge » brésilienne, en pleine forêt tropicale du Mato Grosso, présente des foyers de résistance qu’aucune arme physique, chimique ou biologique ne parvient à éradiquer. Pire encore, les habitants des zones concernées rapportent les rumeurs d’insectes mutants, d’humanoïdes aux yeux étranges et d’inquiétantes disparitions. L’équipe de l’OEI envoyée en mission afin d’enquêter au cœur de la jungle n’est nullement préparée à ce qui l’attend sur place : la présence d’un « cerveau vert », entité vivant en symbiose avec les communautés d’insectes et cherchant à renverser cette humanité menaçante pour le bien commun de l’organisme vivant Terre. S’engage alors une lutte symbolique au cœur de la forêt tropicale. Qui de l’Homme ou de la Nature gagnera ce match pour le contrôle de la Terre ?

Roman à suspens digne d’un film d’horreur de série B, le cerveau vert fait penser en de nombreux points à son grand frère Dune, paru à la même époque. Tout y est, dans une intrigue plus courte, certes, et jouée dans un décors tout aussi infernal. Les déserts arides valent bien la moiteur étouffante de la jungle. La réflexion écologique, et surtout la géoingénierie, y sont présentés avec la même intensité. La spiritualité, cette recherche de Dieu dans les dunes d’Arrakis se rejoue également avec ces explorateurs et ce cerveau vert terré en plein cœur de la jungle tropicale. Des axes de lecture rapprochant le Cerveau vert d’un écologisme spirituel et des théories Gaïa, certes quatre ans avant James Lovelock, mais dans le même courant de pensée précurseur apparu une quarantaine d’années avant Dune.

Il demeure que, malgré ces qualités et ressemblances avec Dune, beaucoup de défauts viennent entacher la lecture de ce Cerveau vert. L’intrigue, bien que courte, s’articule mal. Après l’infiltration d’un agent du cerveau vert en début de roman et la traque d’un insecte mutant en pleine zone verte quelques pages plus loin, l’histoire s’enlise littéralement en pleine jungle du Mato Grosso et peine à décoller, à l’image des fusées à plat du truck des agents de l’OEI. Le suspense s’étire dans d’interminables pages, un exploit pour ce roman aussi court, et aboutissent sur une conclusion trop subite et mal exploitée. Dommage, peut-être que ce roman restait justement trop secondaire face à l’énorme projet dunesque ?

Lecture commune avec Anudar.