Aliénations – Jean-Michel Calvez
Dans un futur spatial où l’Humanité a enfin accédé aux voyages interstellaires, le vaisseau Gemme est en route vers la constellation d’Orion pour une exploration scientifique. A son bord, vingt membres d’équipage sont plongés en hibernation le temps d’arriver à destination. Près d’un siècle s’est écoulé depuis son départ lorsque cinq scientifiques sont réveillés bien en avance sur le programme. Le vaisseau vient de recevoir de nouvelles instructions de la Terre, et a été détourné de son objectif initial. Nos cinq passagers découvrent rapidement que le Gemme a mis le cap vers un étrange objet artificiel situé dans l’espace interstellaire, qui pourrait bien être le premier artefact extra-terrestre jamais détecté…
D’abord partagés entre l’amertume de leur réveil prématuré et l’incompréhension des changements de politique spatiale opérés durant leur sommeil, nos cinq membres d’équipage sont rapidement gagnés par une certaine excitation scientifique. La rencontre leur permet d’apprécier le gigantisme de cette épave dérivant dans le cosmos, et un projet d’exploration du vaisseau spatial alien ne tarde pas à être mis en place. Mais le navire stellaire est tout aussi étrange que dangereux, et pourrait bien menacer la survie de nos cinq astronautes du Gemme. L’espace sera-t-il leur tombeau ?
Avec ce nouveau roman, Jean-Michel Calvez se lance à la poursuite d’un Big Dumb Object (BDO), prétexte à la trame space opéra de son récit et à cette rencontre du troisième type. Un sujet maintes fois exploré dans la littérature SF, il est vrai, mais cuisiné par l’auteur dans un style thriller mêlant aussi bien cyberpunk, angoisses spatiales et huis-clos introspectif de ses personnages. Le scénario cherche à rebondir continuellement, bien conscient de la courte durée de l’effet de surprise face à un BDO. Aussi avons-nous le droit à une série d’enquêtes de la part de nos scientifiques réveillés, d’abord méfiants vis-à-vis d’une Terre les utilisant comme des marionnettes lancées dans l’espace, puis engagés dans une course contre la montre afin de survivre aux pièges tendus par l’épave alien.
Une intrigue plutôt alléchante, et qui ne lasse pas le lecteur, mais hélas desservie par une écriture trop lourde pour un thriller. Oscillant entre space opéra et hard science, Aliénations se perd trop souvent dans une accumulation de termes techniques censés créer une ambiance « technologique ». Mais l’exercice s’égare au fil des pages entre rêverie spatiale et considération scientifique, ce qui ne peut que nuire à la lecture. Ces descriptions techniques donnent à force la fâcheuse impression de vouloir nous vendre un réalisme savant que l’étiquette space opéra ne peut se permettre ! Et pourtant, il eut été préférable d’alléger la trame technique, d’éviter l’accumulation de références scientifiques qui – je le crains – échappent à beaucoup de lecteurs, afin d’obtenir un texte plus direct, plus incisif, se concentrant uniquement sur le thriller spatial.
Doté d’un scénario convaincant et captivant, Aliénations manque pourtant de mordant. Ce nouveau roman, tout à fait correct, aurait constitué un très bon thriller s’il avait été encore plus épuré dans son style. Aliénations est donc une pépite brute, qu’il faut encore polir pour lui décerner le titre de joyau.



On passe alors. Pas le temps de tout lire.
De même.
Sinon ça fait combien de temps que tu ne mets plus de notes ?
Personnellement je préfère.
Oui j’ai progressivement arrêté d’en mettre courant septembre, je trouve plus agréable de noter que très occasionnellement les oeuvres chroniquées.