Attentats du 11 septembre : la tentation du complot
Depuis maintenant dix ans, la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 n’en finit pas d’alimenter contre-enquêtes et théories du complot. Voici deux ans, j’abordais déjà, dans cet article, le terreau conspirationniste du 9/11. Le triste anniversaire de la vague d’attentats-suicides portée sur le territoire américain me donne l’occasion de revenir sur ce billet. Et mon constat reste le même.
Vous souvenez-vous de cette journée du 11 septembre 2001 ? Je parierai que oui. Nous avons presque tous en mémoire le choc des images : le World Trade Center en flammes avant leur spectaculaire effondrement, le Pentagone frappé de plein fouet par un avion de ligne, et le sacrifice des otages du vol 93 UA, qui parvinrent à faire détourner leur vol-suicide de sa cible initiale. Nous avons tous gardé en mémoire ces scènes de désolation, le traumatisme américain, et la mise en avant de la responsabilité de l’organisation islamiste Al-Qaida dans cette vague d’attentats-suicides, qui conduisit à l’intervention américaine en Afghanistan. Drame huntingtonien parfait, le 11/9 donna également lieu à la longue traque d’Oussama ben Laden, leader d’Al-Qaida, qui revendiqua à plusieurs reprises sa part de responsabilité dans cette vague d’attentats (à ne pas confondre avec l’organisateur de ces attentats, Khalid Cheikh Mohammed). Si la traque de ben Laden s’est achevée par la mort du leader lors d’un raid américain au Pakistan, le 2 mai 2011, la poudrière d’Afghanistan n’est toujours pas réglée et semble s’enfoncer dans l’impasse.
Les théories du complot ont souvent en commun le rejet de faits jugés trop spectaculaires, brutaux ou violents. Un événement majeur comme le 11/9 ne pouvait donc pas échapper à la règle. La contestation prudente des associations de familles de victimes, réclamant dans les premières semaines après le drame la constitution d’une commission d’enquête indépendante, se mue progressivement en une remise en cause des premières conclusions d’experts par des « groupes de citoyens vigilents ». Le 9/11 Truth Movement prend racine. La polémique n’a d’ailleurs pas attendu les déclarations de Bigard sur le plateau de Ruquier pour débarquer en France. Dès le début de l’année 2002, Thierry Meyssan, journaliste et président-fondateur du « réseau Voltaire », publie son livre « L’Effroyable Imposture » , qui sera traduit en 28 langes malgré une critique incendiaire de la presse francophone !
Mais quelles sont les thèses soutenues par Meyssan ? Tout d’abord, précisons que les attentats-suicides du 11/9 sont un fait reconnu par l’auteur. Les images montrant la destruction des tours jumelles sont là pour le rappeler. Cependant, pour Thierry Meyssan, les véritables commanditaires de l’attentat ne seraient pas des kamikazes étrangers, mais le complexe militaro-industriel des Etats-Unis. Le but voulu ? Manipuler le gouvernement et l’opinion public. Dans quel but ? Provoquer une guerre du terrorisme, et laisser Bush rebondir sur ce drame effroyable afin de lancer une guerre en Afghanistan. Dans ce complot, les cercles évangélistes comme le gouvernement britannique sont pointés du doigt. Sans oublier le rôle donné à la CIA, qui aurait inventé de toutes pièces le personnage d’Oussama Ben Laden. Tous les éléments nécessaires à l’élaboration de théories du complot sont donc réunis. Depuis la publication de cette première thèse du complot, différentes théories ont été diffusées sur internet, notamment par le mouvement 9/11 Truth Movement. Car il n’existe pas une seule, mais plusieurs scénarios conspirationnistes, la plupart classables en deux grandes théories : celle du « laissez-faire » et celle du « déclenchement délibéré ». Dans la première, le gouvernement américain aurait été au courant des projets d’attentat sur son territoire, mais aurait laissé faire pour obtenir un casus belli au Moyen-Orient. Dans le seconde, le gouvernement américain aurait commandité lui-même ces attentats pour créer de toutes pièces ce casus belli. Les autres théories (illuminatis, ovni, sectes, etc…) restent des plus mineures et ne concernent qu’un recyclage de thèmes conspirationnistes récurrents.
Il faut bien avouer que la théorie du « laissez-faire » résiste mieux au rasoir d’Ockham que sa consœur conspirationniste et possède quelques interprétations séduisantes. Surtout lorsqu’on l’associe l’hypothèse d’un cafouillage interne entre la CIA et le FBI. Dans son livre « 11 Septembre, la contre-enquête » , le journaliste Fabrizio Calvi avance que les attentats du 11/9 auraient pu être potentiellement évités si les agences fédérales américaines avaient travaillé de concert. Selon Calvi, la CIA savait 18 mois avant les attentats que deux des futurs pirates de l’air étaient aux Etat-Unis. Surveillés par l’agence, tout fut cependant mis en oeuvre pour empêcher le FBI de mener sa propre enquête. Retards de procédure bureaucratiques ou guéguerre entre agences ? Toujours est-il que lorsqu’enfin le directeur de la CIA George Tenet contacte le 10 juillet 2001 Condoleezza Rice, conseillère pour la Sécurité nationale du président Bush, il est trop tard. Le temps que le FBI s’inquiète à son tour de cette menace, nous sommes le 21 août. Une course contre la montre s’engage dès le 4 septembre pour arrêter à temps les terroristes saoudiens. Mais en vain. L’agence échoue, et le pire se produit. Richard Clarke, à l’époque coordinateur national pour la Sécurité, est furieux : « Pourquoi la CIA n’a-t-elle pas prévenu le gouvernement américain de la présence sur notre sol de deux agents d’Al-Qaïda réputés dangereux ? [...] Je ne veux pas échafauder de théories conspirationistes. Mais j’aimerais trouver une explication. » Clarke attendra en vain une réponse de la part du directeur de la CIA, George Tenet. L’agence publie même le 12 aout 2011 un démenti affirmant que la CIA n’a dissimulé aucune information et rejettent la faute sur des employés subalternes et… sur les agents du FBI !
Ne vous fiez pas pour autant à la première partie de ce billet. Si je ne prendrai pas la peine de contre-argumenter chaque point contesté par les partisans du complot, je ne cautionnerai pas pour autant toutes leurs élucubrations. Les lecteurs intéressés par un décryptage complet de ces théories pourront trouver auprès de l’AFIS un premier dossier très bien fourni. Les internautes recherchant plus d’information en ligne pourront se référer à l’excellent site (en anglais) Debunking 9/11 ou encore au portail de veille sur les théories du complot Conspiracy Watch.
Mais alors, malgré la publication de nombreux articles de démystification, études scientifiques et expertises techniques, pourquoi les théories du complot autour du 11/9 continuent-elles de séduire ? Les raisons de ces tentation sont forcément nombreuses. Tout d’abord, le principe du complot, qui est décrite parfois en psychologie comme une manifestation paranoïaque, satisfait certains esprits en quête de vérités cachées, de cercles d’initiés et de sphères d’influence secrètes. « La vérité est ailleurs » scandait le célèbre agent Mulder, le partisan du complot le plus célèbre du petit écran. Alors quoi, la conspiration serat-elle un simple mal psychologique ? Non, bien sûr, les manuels d’histoire sont remplis de complots célèbres en tout genre. Mais la différence entre conspirations historiques et théories du complot vient principalement de leur véracité et de leur rationalité.
La théorie du complot est une rumeur ; par définition, elle se nourrit d’hypothèses qu’il n’est pas possible de confirmer par des preuves tangibles. L’accumulation du moindre détail a son importance. Dans le cas de l’hypothèse du « laissez-faire », il est parfois aussi difficile de démontrer cette thèse que de la réfuter. Ainsi, Massoud aurait prévenu les américains de l’imminence d’un attentat quelques semaines auparavant. Son appel a-t-il été entendu, ignoré ? La quête de la preuve tangible devient alors une course effrénée. Les partisans recherchent, coûte que coûte, le moindre élément fiable dans le dossier. Dans le Moon hoax, il s’agit des ombres lunaires et du drapeau flottant. Pour le 11/9, on pourra citer l’effondrement des tours assimilée à la thèse de la démolition contrôlée ou l’absence de victimes des vols détournés. Cet argument est peut-être le plus glauque dans son genre. A ce sujet, le coup de gueule indigné de l’ingénieur Allyn E. Kilsheimer, arrivé parmi les premiers observateurs sur le site du Pentagone, remue les tripes : « J’ai tenu dans mes mains des morceaux des uniformes de l’équipage, avec des morceaux de corps. C’est bon, maintenant ? » (« 9/11 : Debunking the Myths », Popular Mechanics, mars 2005). Car dans tous ces cas, si ces « preuves » se basent sur des éléments concrets, elles sont cependant interprétés de manière incorrecte ou partisane : la moindre trace d’explosifs est traquée dans les poussières de l’attentat, les moindres traces fortuites deviennent des preuves majeures. La résistance des matériaux de construction des Twin Towers est retournée dans tous les sens, interprétée à la lumière d’études incompatibles ou détournées de leur sujet. Des réponses, plus farfelues les unes que les autres fleurissent sur les listes de discussion. Et tant pis si tout cela ne tient pas la route une seconde face aux experts scientifiques. Au contraire, on rajoutera ces scientifiques qui osent contredire la théorie du complot dans la liste des conspirateurs. Dans ces conditions, toute démarche scientifique devient impossible, seuls les arguments partisans sont retenus !
Mais la polémique du 11/9 ne se résume pas à poursuivre une « vérité indémontrable ». Ignorons donc les négationnistes paranoïaques qui vont jusqu’à nier la présence d’avions dans le ciel new-yorkais ce jour-là et concentrons-nous uniquement sur le volet politique. Van Jones, un conseiller d’Obama pour la politique environnementale, n’a certainement rien du partisan du complot le plus radical. Et pourtant, cet homme politique a dû quitter l’administration Obama en raison de ces liens avec le mouvement d’extrême-gauche « Truthers ». Jones avait signé une pétition en 2004, exigeant que la lumière soit faite sur le rôle de l’Administration Bush. Il n’en fallait pas plus pour que ses détracteurs et les républicains réclament sa tête. En septembre 2009, cet ancien extrémiste révolutionnaire, devenu un conseiller rangé partisan des énergies durables, remettait sa démission. Curieusement, ce n’est pas tant ses déclarations racistes du passé qui ont eu raison de sa tête mais sa prise de position dans ce débat ! Cette histoire montre que la contestation du 11/9 est un épineux sujet politique, un dossier qu’il vaut mieux ne pas ouvrir si l’on ne veut pas se brûler les doigts. La très forte impopularité du Président G.W. Bush dans le monde force ses adversaires les plus réactionnaires (et de tout bord politique) à une certaine sympathie envers les contestations alternatives du 11/9. Après tout, le lien entre Ben Laden et les attentats du 11 septembre n’est pas clairement démontré (et n’apparaît pas sur le site de la CIA). Pourquoi avoir agi si tardivement en Afghanistan et non pas lors de la guerre civile contre les talibans ? Quelle est la part de responsabilité de la CIA, qui avait formé et armé les chefs de guerre locaux lors du conflit contre le voisin soviétique en 1979 ? Le complot du 11/9 entretient donc une certaine part de fantasme et de mystère autour des événements officiels, que l’on soit partisan de ces théories ou non. Les réactions épidermiques des politiques comme des médias face à toute tentative de débat sur la question ne peuvent que favoriser ces théories. Et le mythe conspirationniste s’entretient ainsi de suite.
Tout ce battage médiatique génère un tout autre profit, plus surprenant. Loin des salles secrètes du Pentagone, l’affaire s’étale également dans nos librairies. Les théories du complot du 11/9 possèdent tous les ingrédients d’un succès commercial. Imaginez, d’ailleurs, les sources d’inspiration qu’offrent toutes théories de ce genre à des romanciers de science-fiction ! Pierre Bordage, sur le complot Apollo, rappelle non sans espièglerie combien son âme de romancier veut y croire alors que sa raison rejette cette thèse. Le lecteur est pareil. Tout aussi séduisantes que répugnantes, ces thèses possèdent un fort pouvoir d’attraction et ne peuvent que susciter l’engouement du public et alimenter de nombreux débats passionnés. Il suffit de ces quelques mots-clé à la une d’un magazine, d’inviter un de ses partisans dans une émission TV, et le buzz est assuré. L’anniversaire des 10 ans du 11/9 apporte également, avec la rentrée littéraire, son lot d’études comme de fictions sur le sujet. Alors, fascination morbide, devoir de mémoire ou traque de la vérité ? La théorie du complot autour du 11/9 n’est pas seulement une polémique interminable, c’est aussi un succès commercial assuré pour les maisons d’édition.




[...] en pleine expansion grâce à Internet. Vient ensuite le grand classique des conspirations du 11 septembre. Étonnamment, ce sont les milieux sociaux les plus éduqués qui sont le plus sensibles à ces [...]
Il n’y a pas de complot, il n’y a que des pourries !!!
Quelques liens intéressants sur le Nouvel Observateur :
- Pourquoi les complotistes sont des ennemis de la démocratie
- 11-Septembre : réponses aux conspirationnistes
- 11 septembre : conspirationnistes contre démystificateurs
Les conspirationnistes n’écoutent pas d’autres chansons que la leur, ça fait dix ans que cela dure.
La page française de wikipedia sur le sujet n’était d’ailleurs pas glorieuse au début des années 2000 si je ne m’abuse…
L’hypothèse de l’implication d’Hitler, d’Elvis et de Lee Harvey Oswald a t elle été étudiée sérieusement ou écartée par la thèse officielle ?
Moi il me font rigoler ces conspirationistes . Plus ont les laisse parler et argumenter plus ils se décrédibilisent. Qu’est ce que j’ai pu rigoler avec cette histoire de missile déguiser en avion via un hologramme . C’était le pompon !
Concernant le cafouillage CIA-FBI pour être juste il faudrait aussi mentionner le nombre d’attentats déjoués . Depuis 2011 une dizaines d’attentats ont été déjoués sur le sol US. On en parle pas de ça ? il y aura toujours des personnes en interne pour dire on savait ceci cela . Il ya des gens toujours très doué pour refaire l’histoire . Oui il y a surement eu une boulette de fait quelque part et c’est une grosse boulette, forcement car un petite boulette n’aurais pas mobi’liser les media pendant des semaines
On en parle à l’occasion, selon ce qui filtre, mais un attentat déjoué fait moins de « bruit médiatique » qu’un attentat réussi, forcément. Mais concernant les services secrets américains, leur « faiblesse » de l’époque est reconnue des intéressés, le Pr. Obama l’abordait dernièrement en rappelant qu’en cas de nouvelles menaces d’un 11/9, « nous serions plus forts [qu'à l'époque]« . Nul doute qu’il y a eu du boulot en interne depuis.
Des attentats ont aussi été déjoué avant le 11sept. Les faiblesses d’hier seront remplacer par les faiblesses de demain . Il faut arrêter de croire que 100% des attentats pourront être déjoué . tôt ou tard ça fini par passer au travers des mailles du filet. De toute façon il faut souvent un gros problème pour ce décider a resserrer les boulons
Celui-là ils ne l’ont vraiment pas calculé, c’est le moins qu’on puisse dire.
Oui . Un ‘ Epic fail ‘ comme on dit là bas .
Même Al-Qaida en a marre des théories du complot autour du 11/9… Via Slate.fr.