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Rendez-vous avec Rama – Arthur C. Clarke

Suite à la chute d’un astéroïde dévastateur sur le nord de l’Italie, l’Humanité s’est dotée d’un puissant système de détection des corps célestes pouvant entrer en collision avec la Terre ou ses colonies du système solaire. C’est ainsi qu’en 2130, les radars martiens détectent un immense objet, d’abord identifié comme l’astéroïde 31/439, mais bientôt étudié en raison de sa trajectoire insolite et rebaptisé du nom du dieu hindou Rama. Lorsque les premières données sur l’objet parviennent enfin aux scientifiques, ils découvrent que Rama est un cylindre parfait de 50km de long par 20km de diamètre. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, un objet artificiel construit par une race intelligente vient d’être identifié.

Rapidement, une mission habitée est dépêchée à bord du vaisseau Endeavour à la rencontre de Rama, alors que l’objet se rapproche du Soleil avant de repartir vers les ténèbres interstellaires. Pendant ce temps, une Commission Rama où siègent des spécialistes des différents mondes habités du système solaire (les Planètes Unies), discute de la situation incongrue et des mesures à prendre concernant Rama…

Premier récit de la série de Rama, Rendez-vous avec Rama (1973) est le fruit d’une collaboration entre son auteur, Arthur C. Clarke, et Gentry Lee, ingénieur du JPL (Jet Propulsion Laboratory). Les amateurs d’astronautique et de vulgarisation scientifique connaissent ce scientifique pour son implication comme directeur scientifique du Programme Viking et Ingénieur en chef du Projet Galiléo, mais également pour sa participation avec Carl Sagan à la série documentaire TV Cosmos. Nos deux compères proposent dans ce roman de partir à la découverte d’un objet céleste artificiel insolite, Rama, dont la conception n’est pas sans rappeler les cylindres spatiaux imaginés pour la NASA par le Dr. Gerard K. O’Neill (les fameux cylindres d’O'Neill). Le Dr. O’Neill  est d’ailleurs considéré comme un précurseur en la matière, le fruit de ses réflexions concernant les colonies spatiales habitées ayant été publié dans son ouvrage The High Frontier: Human Colonies in Space (1976).

Mais revenons au roman. Qualifié de rendez-vous fictionnel avec un BDO (Big Dumb Object), le récit s’évertue à décrire la lente et pénible exploration de cet immense objet céleste cylindrique par un groupe d’astronautes. Doté d’un mouvement de rotation, le cylindre possède une gravité artificielle par force centrifuge le long de sa paroi interne. A l’intérieur de la structure, tout un monde gelé se réchauffe peu à peu au contact de notre étoile. Nos explorateurs, perdus face à l’immensité de la structure, sont témoins du réveil « mécanisé » de Rama. L’air se réchauffe et les océans dégèlent, tandis que de curieuses créatures bioniques font leur apparition. Mais où sont les passagers de Rama ? Nos astronautes découvrent de curieuses cités, qu’ils baptisent New York, Paris, Londres, Rome, Moscou, Pékin et Tokyo. Mais aucune trace de citadins pour autant. Au final, Rama reste un mystère insondable, une énigme que l’homme doit abandonner, alors que le cylindre s’apprête à quitter le système solaire. Aucune réponse n’est révélée dans ce récit contemplatif, où l’homme se sent ridiculement petit face à ce berceau flottant d’une race énigmatique…

Gros objet stupide dérivant dans l’espace ou choc des civilisations entre l’homme et un artefact extra-terrestre ? Rendez-vous avec Rama pose la question de la place de l’homme dans l’immensité de l’Univers. En plus de l’étourdissant rapport de dimensions entre l’immense objet spatial artificiel qu’est Rama et la modeste navette Endeavour, se rajoute le contraste de temporalité entre l’homme et Rama, objet conçu voici des millions d’années et voyageant à la vitesse de 100.000 km/h. Clarke et Lee discutent de Rama comme d’une curiosité scientifique à part entière, mais se heurtent à un mur métaphysique infranchissable. D’ailleurs, eux-mêmes se désintéressent assez vite des questions philosophiques soulevées par l’étrange cylindre gigantesque. Seule sa fabuleuse mécanique les intéresse, et tant pis si les lecteurs peu portés sur la chose scientifique resteront sur leur faim.

Immense, artificiel et incompréhensible. Tels sont les trois ingrédients à la base du Big Dumb Object, une recette bien ficelée que l’on retrouve au menu de nombreux auteurs de SF comme Larry Niven, Robert C. Wilson, Greg Bear, John Varley, Olaf Stapledon ou encore le français Laurent Genefort. Mais passé le choc de la rencontre fictionnelle avec un BDO, attention à la lassitude. Rendez-vous avec Rama réussit à nous mener (non sans peine sur les dernières pages) jusqu’au bout de cette improbable exploration, et le succès éditorial fut bien entendu au rendez-vous. Clarke se vit attribuer des récompenses aussi prestigieuses que le Prix Hugo 1974 du meilleur roman, le Prix Nébula 1973, le Prix British Science Fiction 1973, le Jupiter Award 1974 ou encore le Prix Locus 1974. Gonflé à bloc par un imposant palmarès, Clarke crut bon de nous cuisiner deux suites tardives, Rama II (1989) et Les Jardins de Rama (1991), du réchauffé hélas bien en-dessous du premier roman. Difficile de faire plusieurs fois le coup du BDO à ses lecteurs. L’espace a beau être vaste, cela finit quand même par se voir.

Lire aussi chez : Dino Bleu, Cafard Cosmique,

 

14 commentaires sur Rendez-vous avec Rama – Arthur C. Clarke

  • Par rapport à Eons de Greg Bear, tu le situe comment ?
    Mieux ou bof ?

  • Oh, Rama, je l’ai lu il y a bien longtemps, en l’empruntant dans une médiathèque…
    Je l’ai racheté il y a peu, en prévision d’une relecture, car je ne souviens plus du tout du contenu du bouquin. A ce sujet, ta critique m’a permis de me remémorer un peu trop de détails… ;)

    En tout cas, j’ai hâte de m’y remettre !

  • @Efelle : j’ai aussi lu Eons il y a longtemps, mais là, j’ai abandonné. Dans mes souvenirs, Rama reste infiniment plus accessible !

    Eons m’a dégouté de la hard-SF…

  • Lu il y a une éternité et je n’en ai qu’un souvenir très vague.

  • Tiens je l’ai lu récemment, sans le chroniquer. C’est vrai que c’est long quand même, et je suis entièrement d’accord avec toi sur le fait que la métaphysique soit rapidement délaissée. En fait on trouve beaucoup plus de « hard sf » introduite de manière light qu’autre chose. Et ce qui m’a vraiment peiné c’est le fait que les personnages soit à ce point délaissés. Un des pires ouvrages que j’ai lu dernièrement qui néglige à ce point la psychologie.
    Et d’une manière générale, le style est un peu trop sec, voire documentaire par moments.
    Au final c’est intéressant, mais a deuxième partie de l’intégrale (la préface de G.K donne vachement envie. Mais pas de continuer quand on a lu) restera close.

  • @ Efelle : le cadre scientifique est quand même plus facile à appréhender dans Rama que dans Eons.

  • Il faudrait que je le lise un jour mais si tu dis que l’aspect philosophique est laissé de coté, ça ne m’encourage pas trop.

  • J’en garde un bon souvenir même si c’est vrai que j’avais été un peu lassé par les explications/descriptions qui prennent le pas sur l’intrigue. Moi qui comptais le relire bientôt…ta critique me refroidie un peu!

  • @ Pitivier : tu risques d’être un peu déçu en effet. Reste que pour explorer les BDO dans la SF, c’est un très bon roman.

  • Je garde plutôt un bon souvenir de cette histoire, que j’ai lu il y a quand même bien longtemps, et je m’interrogeais d’ailleurs récemment sur l’intérêt de lire la ou les suites. Ce ne semble pas une bonne idée, à priori ^^.

  • J’ai eu le même sentiment : le plaisir de la découverte au début, puis…ben… Euh…Quoi…

    Je me demande encore comment j’ai pu relire les suites (non que Rama soit une mauvaise série mais…). Certainement en espérant qu’elles fourniraient des explications concernant ce BDO.

  • Benk2000

    Lu il y a quelque années et fan des livres sur les BDO, j’ai plutot passé un bon moment.
    Pour la comparaison avec eon , je suis d’accord, eon de greg bear est surement plus difficile d’acces mais alors quel bonheur, quelle imagination, cela part nettement plus loin que RAMA , c’est sur c’est compliqué mais en meme temps si c’est pour lire des choses simples on ouvre harry potter et pas Greg Bear …
    Enfin il faut pas hesiter si on aime ce genre d’aventure exploratoire, c’est quand meme un regal.
    Bon il faut que j’avoue avoir lu les suites (integrale j’ai lu …) et y avoir trouve un certain plaisir de lecture à la plage … En meme temps tu poses ton cerveau, c’est la differençe avec Bear ;)

  • Val

    Pour ma part, je garde un excellent souvenir de tout le cycle.

  • @ Val : j’ai quand même un peu peur pour les tomes suivants, non ?

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