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Les Chants de la Terre lointaine – Arthur C. Clarke

La Terre est morte englobée dans l’éblouissante explosion du Soleil en nova, voilà plus de deux siècles, lorsque le dernier navire interstellaire terrien rescapé de cette catastrophe, le Magellan, arrive en orbite au-dessus du monde océanique de Thalassa. Sous le regard ébahi de l’équipage de maintenance sorti d’hibernation, la planète bleue se dévoile. Seules trois îles constituent les maigres terres habitables de ce monde, en contrebas. Une colonie humaine y fleurit, fondée sur ce monde huit siècles auparavant par un vaisseau-semeur automatisé. Comment se débrouillent ces enfants isolés de l’humanité, et surtout seront-ils amicaux envers les derniers rescapés de leur planète-mère ? Telles sont les questions hantant les pensées des membres d’équipage du Magellan, alors qu’une navette descend à la rencontre de cette branche isolée de l’humanité…

Troisième version d’une nouvelle initialement écrite en 1957, les Chants de la Terre lointaine est paru en 1986, aux Etats-Unis comme en France, avant d’être réédité régulièrement jusqu’à cette édition de 2010 chez le label Milady (éditeur Bragelonne). Roman décrié à sa sortie, cet ouvrage plutôt tardif dans l’œuvre de Clarke n’est pourtant pas dépourvu du génie créatif de ce grand auteur de science-fiction. Hélas, ses détracteurs lui reprochent non sans raison un manque cruel de profondeur romanesque. Un handicap certain qui ne lui permet pas de rivaliser avec les Rama ou 2001 : l’odyssée de l’espace.

Le scénario s’applique à narrer le séjour du Magellan, ultime vaisseau spatial terrien, en orbite autour du monde-océan de Thalassa, avant la poursuite de son voyage interstellaire vers le monde de Sagan II. L’escale n’a rien de romantique, elle se veut avant tout pratique. Après nous avoir expliqué le principe du moteur à poussée quantique, Clarke nous rappelle que voyager à des vitesses subluminiques peut engendrer de puissantes collisions avec la moindre particule se trouvant en travers du chemin. Pour éviter le pire, les ingénieurs terriens ont équipé le navire d’un bouclier frontal, constitué d’une superposition de plaques de glace prises en sandwich. La protection s’est révélée particulièrement efficace, mais deux siècles de voyage interstellaire ont considérablement réduit la couche de glace. L’équipage émergeant d’hibernation se doit donc de compenser les dégâts avant de poursuivre son chemin.

Pour ces survivants, la fin du système solaire n’est plus qu’un vague souvenir nostalgique, effacé par la perspective de fonder un nouveau monde sur Sagan II. Malgré la destruction de la Terre, l’Humanité perdurera grâce à sa science, et les survivants du Magellan font rapidement leur deuil de notre planète-mère. Un peu trop rapidement même, pour ces personnes qui s’étonnent d’être à peine traumatisés par le plus élémentaire syndrome du survivant. Sur Thalassa, les descendants des embryons congelés à bord du vaisseau-semeur vivent une sorte d’âge d’or sur leur paradis planétaire. Dans ce pays de cocagne, à peine regrettent-ils de ne plus avoir de contact avec la Terre, suite à la destruction de leur antenne de communication spatiale par l’éruption du volcan Krakan. Clarke hésite à les décrire comme d’innocents enfants ou de « bons sauvages », mais tranche la question en leur faisant hériter des meilleurs sentiments humains possibles. Cette vision idéaliste n’est surpassée que par la maîtrise scientifique des voyageurs terriens, et la félicité monte ainsi, page après page, dans une béatitude que rien – pas même les rivalités humaines ou une éruption du Krakan – ne viendra perturber.

Car les Chants de la Terre lointaine est avant-tout un ouvrage idéalisé, dans lequel il ne se passe rien de bien négatif. Tout incident se résout rapidement grâce à l’intelligence des personnages, et chaque petite aventure se termine par une inévitable leçon de choses de la part du Professeur Clarke. Autant dire qu’avec un scénario aussi plat, beaucoup de lecteurs risquent de profondément s’ennuyer. Il n’en reste pas moins que si Clarke ne se fatigue pas trop sur le plan narratif, il parvient encore à faire rêver l’amateur de space opéra en lui faisant miroiter les futures prouesses de l’homme spatial. Il ne faut cependant pas être trop regardant quant à cette histoire d’apocalypse à base de neutrinos, ni sur le manque étonnant d’approfondissements autour de la planète Thalassa, pourtant fascinante avec sa faune de crustacés géants semi-civilisés et sa flore primitive. Les Chants de la Terre lointaine reste donc un roman bien trop superficiel pour pleinement satisfaire l’amateur du genre. Son défaut reste d’être sorti quarante ans trop tard.

Ma note : 13/20

 

9 commentaires sur Les Chants de la Terre lointaine – Arthur C. Clarke

  • Mouais. J’avais pas été trop alléché lorsque je l’avais tenu en mains. Ce que tu en dis confirme mon opinion a priori.

  • Le pitch de départ est vraiment excellent.

    Pour le reste, si c’est trop plat… Bon ceci dit, pour une fois qu’un auteur de SF montre que l’humanité peut avoir du bon, pourquoi pas ?

  • Pour ma part j’avais beaucoup aimé, et je l’ai même relu pour le plaisir, simplement parce que justement, il s’agissait d’un roman calme, posé, sans dramaturgie artificielle. La description idéale d’un nouveau départ, où l’on fait tabula rasa des conflits anciens. Un petit roman, certes, mais qui fait du bien.

  • Déjà échaudé par les suites de 2001 et 2010, là je note soigneusement qu’il est à éviter.

  • EN fait ça n’a pas grand chose à voir avec ces trucs écrits pour lui payer son installation à Ceylan. C’est tout de même plus cohérent, et à mon sens plus riche.

  • @ Patrice : assez d’accord avec ton approche du roman.

  • J’ai préféré ce roman à l’ensemble des cycles (odysées et Rama). Pour moi il est débarrassé des défauts de ces grandes séries dont tu t’es fait l’écho pour odysée de l’espace.

    Bien équilibré, avec un contexte tragique (la fin de la terre derrière nous, n’est plus qu’un souvenir suscitant un sentiment de perte) et l’arrivée sur cette petite planète « insignifiante » pose un excellent décor. La résolution des péripéties par une certaine intelligence et non plus la force brute est également appréciable par rapport à d’autres romans.

    L’aspect absence de « syndrome du survivant » ne m’a pas choqué car cela n’était pas l’objet du livre. D’autre part on peut supposer que:
    - la sélection qui a été faite pour les occupants du vaisseau a pris en compte leur stabilité émotionnelle;
    - le fait de se projeter en tant que pionnier sur une nouvelle planète permet de refouler ce sentiment.
    On peut aussi penser que les bons sentiments des habitants locaux sont hérités de la planification faite à l’origine pour la colonisation de la planète.

    Un excellent petit roman pour moi (un 16/20).

    A Lorhkan et Efelle : n’hésitez pas à essayer ce livre (comme pour Patrice, je pense qu’il est bien différent de 2001 et 2010). Vous nous direz ce que vous en pensez.

  • ah c’est marrant, j’aurai pensé que c’était à ton goût guillaume ! mais oui j’ai pas trop aimé non plus, et visiblement je me suis plus ennuyée que toi (chez moi il n’a même pas eu la moyenne).

  • Je n’ai pas non plus été trop séduite par ce livre…

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