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La Guerre Eternelle – Marvano & Haldeman

J’ai déjà eu occasion de citer cette intégrale BD, publiée dans la collection Aire LibreDupuis, lors de ma chronique du célèbre roman de Joe Haldeman. Pour des raisons qui m’échappent, je n’avais pas encore chroniqué ce magnifique ouvrage. Mon erreur est désormais réparée grâce à ce billet. En guise de préambule, il me faut cependant prévenir mes lecteurs que ce billet ne se veut  pas être une nouvelle analyse du roman ou de l’univers associé, cela a déjà été abordé dans ma chronique littéraire précédente. Je reviendrai donc rapidement sur l’intrigue avant de conclure par une évaluation de cette édition intégrale de la bande-dessinée.

La Guerre Éternelle, roman paru en 1974, a profondément marqué la SF américaine en y mêlant space-opéra et critique de la guerre du Vietnam. L’histoire débute dans un avenir hypothétique, aujourd’hui rattrapé par notre réalité. Dans cette année 1997 imaginée, la physique moderne a fait de formidables progrès. L’homme est désormais capable de parcourir la galaxie par sauts collapstar et propage ses vaisseaux de colons grâce à ce dangereux procédé. Mais au cours d’une de ces explorations interstellaires, un des vaisseaux humains rencontre une race extra-terrestre, les Taurans, et est abattu sur-le-champ. Lorsque la sonde-boîte-noire revient sur Terre, les gouvernements mondiaux sont en émoi et souhaitent répondre militairement à cette agression. La guerre contre les Taurans vient de débuter.

L’histoire développée par Haldeman et mise en dessin par Marvano suit le jeune William Mandella, tout juste diplômé de physique, qui se retrouve recruté par l’AENU (Armée d’exploration des Nations unies) pour former un peloton d’élites en vue d’un premier raid en territoire ennemi. Le premier tome de l’intégrale détaille ainsi l’incorporation de ces jeunes scientifiques sous les drapeaux, tous sélectionnés pour leur Q.I. exceptionnellement élevé. Leur entraînement sur Charon, lune naturelle de Pluton, est des plus éreintant et provoque la mort de certains de leurs camarades. Une fois le commando opérationnel, les officiers de l’AENU l’expédie par saut collapstar vers la planète d’Epsilon, tenue par les Taurans. De ce premier affrontement sanglant, Mandella y gagnera ses premiers galons et une vision particulièrement cynique du conflit qui ne le quittera plus tout le long du récit.

Les deuxièmes et troisièmes tomes de l’intégrale suivent l’évolution du conflit, et l’acharnement de la machinerie militaire à broyer l’humanité dans le hachoir de la guerre. Victime du décalage temporel entre chaque saut collapstar, Mandella ne reconnaît plus la Terre lors de la rare permission qui lui est accordé, en 2024. Lui qui n’a pris que quelques dizaines de mois dans les dents retrouve sa mère et son frère, vieillis de 27 ans ! Rapidement, Mandella se raccroche à Marygay Potter, chef d’escouade lors du premier raid contre les Taurans, et devenue sa petite amie. Tout au long du récit, alors que la guerre gagne en intensité et que Mandella se retrouve malgré lui promu au rang d’officier, il tentera de garder espoir grâce à cette liaison, comme pour oublier les horreurs de la guerre et les chocs sociologiques successifs que provoquent chez lui les décalages temporels dus aux voyages à vitesse relativiste, dont il sera le vétéran jusqu’à son terme, en 3138.

La bande-dessinée de Marvano parvient à restituer à merveille l’atmosphère décrite par Haldeman. Les thèmes majeurs ressortent toujours aussi bien : conflit interminable, horreur de la guerre, et critique de la militarisation des gouvernements. Marvano s’attache à alterner les différentes scènes par un travail graphique impeccable, riche et précis. La relecture de chaque planche révèle quelques détails ayant échappé au premier passage.  Et ce genre d’argument joue beaucoup dans mes choix de bande-dessinées.  L’autre point fort de la Guerre Éternelle reste son souci de précision scientifique (autant que se peut) et son approche originale des conséquences à long terme de voyages relativistes par les outils ethnologiques et sociologiques. Là-dessus, Marvano prend moins de risques, dessinant des personnages parfois trop proches des contemporains de Mandella pour être supposés nés plusieurs siècles après lui. Dommage, mais pas indispensable pour profiter du spectacle.

L’intégrale propose également un cahier contenant courriers et photos d’archives personnelles de Joe Haldeman. Nous retrouvons ainsi l’écrivain durant sa guerre du Vietnam, engagé dans l’enfer des jungles indochinoises, et dont il fut ramené blessé. Le supplément permet ainsi de mieux comprendre au combien l’expérience vietnamienne fut prépondérante dans l’écriture du roman d’Haldeman, et complète parfaitement l’intégrale BD de cette très grande œuvre de science-fiction. Cette édition en intégrale constitue donc une pièce de choix pour tout bédéphile amateur de science-fiction, et je sais qu’ils sont nombreux à l’avoir déjà dans leur bibliothèque !

 

1 commentaire sur La Guerre Eternelle – Marvano & Haldeman

  • XL

    je ne peux qu’approuver
    j’ai lu le roman bien après et j’ai été un peu déçue par le dernier tome sur la sédentarisation des vétérans

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