Irons-nous vraiment un jour sur Mars ? – Jacques Villain
Petit ouvrage de 128 pages publié par les éditions Vuibert, Irons-nous vraiment un jour sur Mars ? revient sur une question fréquemment posée par tout amateur d’astronomie. Où en est rendue l’exploration spatiale habitée du système solaire ? En cette fin de programme des navettes spatiales américaines, alors que l’ISS devient dépendante des seuls vaisseaux Soyouz russes et que les chinois entament leur propre programme de vols habités, la question mérite de s’y attarder plus en détails.
Et le constat est plutôt négatif. Motivée comme chacun le sait par un élan politique sans précédent, la conquête spatiale a pu, après guerre, progresser à pas de géant. Le bel élan du programme Apollo est hélas retombé depuis longtemps. Cependant, cette course à la Lune, initiée par J.F. Kennedy, était-elle vraiment la meilleur stratégie à adopter ? Après le succès du programme et de son mythique lanceur Saturn V, l’enthousiasme du grand public est retombé. Les soviétiques avaient été virtuellement vaincus dans ce sprint en direction de la Lune, mais aucune volonté politique pour un programme de développement spatial à long terme ne permit de capitaliser ce succès technologique. Au contraire, le défi ayant été gagné, les politiques préféraient réduire le budget spatial et miser sur des objectifs à court terme ou des programmes spatiaux militaires.
Ainsi la poursuite du programme lunaire fut enterrée : le projet de base lunaire fut remplacé par les missions Skylab, elles-même mises en place dans l’urgence pour damer le pion aux soviétiques. Le Président Nixon confirmera le changement de route en pressant la NASA de créer un lanceur 100% récupérable à moindre coûts. Ce sera le fameux programme navette spatiale, initialement vendu pour 40 millions de dollars actuels ! Les navettes devaient banaliser le vol spatial, avec un objectif d’un vol hebdomadaire. Au final, le bilan sera catastrophique. Seulement cinq navettes seront construites (Challenger, Columbia, Discovery, Atlantis, Endeavour), avec un coût total bien supérieur aux prévisions de l’agence (on sait depuis que la NASA avait volontairement truqué ses chiffres), et surtout deux accidents mortels (Challenger en 1986 et Columbia en 2003) liés à des négligences de conception des vaisseaux. L’échec des navettes spatiales bénéficiera à Arianespace, la société de transport spatial européenne raflant 50% du marché mondial de lancement des satellites aux américains…
Et que dire de la station internationale ISS ? Les retards décennaux du projet, sa construction revue à la baisse et sa faible espérance de vie témoignent des faiblesses criantes du programme spatial américain, paradoxalement encore le seul capable d’envisager des vols habités dans le système solaire. Mais l’espace échappe-t-il peu à peu à la puissance américaine ? La NASA, gouvernée par les exigences politiques à court terme, doit se contenter d’un budget trop restreint pour envisager de véritables programmes ambitieux. L’échec du programme Constellation du Pr. G.W. Bush, visant un retour sur la Lune, et suspendu par le Pr. Obama, en témoigne de manière criante. Les autres pays leaders en aérospatiale ne sont pas mieux lotis : les russes n’ont plus les moyens de l’ex-URSS, les européens n’enverront pas eux-même de spationautes avant longtemps, et les chinois se sont dotés d’un ambitieux programme de vols spatiaux habités uniquement grâce à l’aide technologique russe.
Il faut bien reconnaître qu’actuellement, l’accès à l’espace est avant tout un défi politique pour les pays émergents. Entrer dans le club des pays dotés de lanceurs spatiaux assure un prestige et une certaine autonomie, mais ne dope pas pour autant l’exploration spatiale. Cette dernière est désormais assurée par des sondes automatisées, qui remettent en cause l’utilité même de l’homme dans l’espace lointain. Les obstacles technologiques nécessaires à des vols habités vers Mars et au-delà ne sont clairement pas encore franchis. Que ce soit le moyen de propulsion, la protection des astronautes et la conception de bases habitables extra-terrestres, tout reste encore à concevoir. La NASA a dernièrement appelé à l’aide (sous l’impulsion du Pr. Obama) le secteur spatial privé afin de revenir dans la course. Mais cette stratégie sera-t-elle payante ?
Alors que les programmes spatiaux habités payent les frais de 40 ans de mauvaise gestion américaine, la situation économique, énergétique et environnementale a également évolué sur Terre. Les défis majeurs du XXIème siècle ne sont malheureusement plus d’envoyer des hommes sur Mars ou sur la Lune, mais de lutter contre le changement climatique et la raréfaction des matières premières. L’environnement, parent pauvre des budgets nationaux, devient peu à peu le principal concurrent du secteur spatial, et risque fort de renvoyer les rêves des astronautes aux calendes grecques. « La Terre est le berceau de l’humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau » écrivait Constantin Tsiolkovski. Il nous faudra certainement préserver ce berceau avant de le quitter.
Irons-nous vraiment un jour sur Mars ?, Jacques Villain. (2011). Éditions Vuibert, 128 p. ISBN-10: 2311004395



Si les coupes sombre effectuées dans les budgets spatiaux étaient effectivement corrélés au lancement d’un projet de préservation de notre berceau commun je serai sans doute le premier à l’admettre. Malheureusement il n ‘en est rien. Tu me diras si c’est pour à terme aller saccager la Lune, Mars ou quelques satellites de notre système, pour en surexploiter les ressources, nous sommes aussi bien ici.
Préserver nôtre berceau commun et amorcer le développement de la colonisation raisonnée de notre système solaire. En dehors de cette double approche, à long ou moyen terme je crains qu’il n’y est pas de salut.
Exploiter les ressources en hélium-3 de la Lune, le rêve inaccessible
Pour ma part je pense que c’est les chinois qui irons les premiers…
Pour envisager un projet pareil, il faut forcement que ce projet serve le pouvoir d’un pays (lune / guerre froide). Et quel est le seul pays avec suffisamment d’argent, de ressource humaine une opinion publique bâillonnée et surtout qui a l’envie de dire au monde entier » et les gars, ça y est on vous a dépassé ! » ??? La chine …
Sans parler du fait qu’il va bien falloir envisager de nouveau système de propulsion (nucléaire …) et que les occidentaux sont pas près d’aller coller un mini réacteur sous la coiffe d’une fusée pour construire un vaisseau en orbite …
Un Taïkonaute je vous dis …
L’héritage principal du programme Apollo ne furant pas les rochers lunaires, mais la vue de la Terre depuis la Lune!!!
Nous devrions retourner sur la Lune pour la Terre!! La Lune est un abri naturel contre tout ce qui est mortel dans l’espace….Et la Terre vue depuis la surface lunaire ne se déplace que très peu dans le ciel (les librations)….Pour la défense de l’environnement terrestre et pour faire comprendre ce que notre planète est vraiment, c’est-à-dire un vaisseau spatial très fragile, il faut des témoins sur la Lune qui par la même occasion étudieraient la Lune, son sous-sol (gorgé de glace), feraient de la radio-astronomie et pourraient même réaliser des expériences dangereuses (qui seraient exclues sur Terre) hors de portée des terriens. Mars es trop loin, représente de l’escapism, une échappatoire et donc n’a de rapport avec la Terre que parce qu’on veut s’en échapper….
Commentaires pertinents !