Dehors les chiens, les infidèles – Maïa Mazaurette
Les Ténèbres ont vaincu, voilà trois générations. Auristelle a été boutée hors de l’Occident Noir, et le royaume chrétien tente de survivre à l’interminable nuit provoquée par la perte de l’Étoile du Matin. Pour les Quêteurs, l’espoir réside en la redécouverte de la relique sacrée. Des rues sordides de la cité satanique jusqu’au champ de bataille maudit où Galaad et son armée chrétienne tombèrent, ces adolescents parcourent ce monde crépusculaire, encore inconscients que le pire ennemi pourrait bien se cacher au sein même des dernières cités chrétiennes…
Première lecture pour ma part d’un roman de Maïa Mazaurette, après l’avoir découverte dans l’anthologie des 10 ans de la collection Folio SF. J’avais alors trouvé sa nouvelle fantastique « Chronos » bien trop ordinaire, malgré la qualité d’écriture de la jeune journaliste. Après avoir lu Dehors les chiens, les infidèles, je dois reconnaître que mon jugement n’a guère évolué. Roman distrayant, très bien écrit et captivant à lire, il brille cependant plus pour son style haletant que pour l’originalité de son univers. La faute probablement à cette fichue quatrième de couverture, qui me ventait la naissance d’une grande auteure de fantasy. Rien que ça. Mais il ne faut pas m’en promettre sans raison, moi !
Car sous couvert de traiter avec originalité la question du fanatisme religieux, ce livre ne fait que de reprendre des arguments usés jusqu’à la corde. Deux camps religieux s’affrontent tout au long du roman. Croyants et infidèles s’entre-déchirent joyeusement, les uns au nom du Seigneur, les autres au nom du Diable. Autour de ces deux camps gravitent toute une cohorte de factions mineures : athées, mutants, sectes en tout genre et même quelques juifs. Tous les marchands du Temple sont réunis. Très vite, l’on se rend compte qu’à l’est comme à l’ouest, rien de nouveau. Chaque camp est vérolé de l’intérieur, et chaque église tente de faire le ménage dans ses rangs. Rajoutez à cela que la fin justifie toujours les moyens, que les hommes de foi héritent rarement du royaume des hommes, et vous obtiendrez un tableau assez général de l’univers. Tout ceci semble à première vue bien alléchant. Maïa Mazaurette a d’ailleurs su éviter le piège d’un manichéisme religieux, critique vertement l’intolérance de chaque parti, et se moque avec misanthropie des querelles dogmatiques agitant l’Auristelle. Fort bien, mais en fantasy, depuis Jaworski, j’ai pris goût à une fantasy of manner un tant soit peu réaliste, voire carrément crapuleuse. Face à cet univers sous-exploité, je suis donc resté sur ma faim. Quid des athées, cités en début de roman et rapidement oubliés ? Quid des habitants de l’Occident Noir, dont on ne connaît finalement que peu de choses, si ce n’est leurs coutumes perverses ? Il est dommage que Mazaurette ne soit pas allée jusqu’au fond des possibilités de son univers, et pire encore, qu’elle ait progressivement accordé les rôles de salauds aux personnages les moins croyants, la critique de la foi s’en retrouvant au final assez confuse.
Sous des devants d’un réquisitoire acerbe contre la religion, Dehors les chiens, les infidèles s’égare rapidement dans les travers de la high fantasy. Un groupe d’adolescents tente de sauver le monde, sachant pertinemment que l’un d’entre-eux est l’Elu de Dieu. Ils courent tous après la mythique Étoile du Matin, cette arme magique qui saura triompher des ténèbres et rendre la lumière à ce monde crépusculaire. Tout ceci est bien épique et prétexte à moult aventures. Entre fantasy post-apocalyptique à la Jordan (ou Mordheim pour ceux qui ont joué à ce jeu) et doutes existentialistes (Damasio ?), nos chers héros se retrouvent ballotés dans un univers médiéval trop cliché qu’ils ne comprennent pas toujours. Et moi non plus. La luminosité de ces sombres jours varie au gré des descriptions, les adolescents effectuent leur psychanalyse en plein feu de l’action, et quelques incohérences gênantes semblent même faire tiquer les personnages secondaires.
C’est en cela que la lecture devient frustrante ! Tenu en halène par une plume talentueuse, je ne cesse d’espérer voir l’intrigue remonter à un niveau comparable ! Grosse déception hélas pour ce roman au départ si prometteur, mais souffrant au final de nombreuses incohérences et coquilles involontaires. Il n’en reste pas moins que Dehors les chiens, les infidèles se présente comme un divertissement plaisant, aux scènes d’action menées tambour battant et aux personnages principaux psychologiquement attachants. De la bonne fantasy, à laquelle il manquerait ce « petit plus » pour me transcender. On y est presque, c’est toujours ça de pris.
Ma note : 12/20
Lire aussi chez : Sandrine, Anudar, Gromovar, RSF Blog, Cafardsathome, Calenwen, Endea, Cachou,



Cela confirme mes préventions ainsi que les nouvelles déjà lues qui étaient sympathiques sans être inoubliables.
Je me demande si le personnage, Maïa Mazaurette la journaliste, ne lui a pas conférée une aura en tant qu’auteur.
Je ne sais pas, à l’époque de son premier roman (2001) elle bossait comme journaliste reporter d’images sur la chaîne France 3. Bien placée certes mais pas autant que si elle avait été animatrice par exemple. Je pense que ses trois carrières (vu qu’elle est aussi blogueuse pro) se sont entre-mêlées et favorisées mutuellement sur ces dix dernières années.
Je suis un peu moins critique, mais je crois que j’avais envie d’un roman qui va droit au but et qui ne prend pas la tête quand je l’ai lu, et de ce côté là on est servi ^^. J’ai beaucoup aimé l’univers post-ap de fantasy pour ma part où il ne reste que la religion et que tout va à vau-l’eau.
Frustration, c’est bien le sentiment qui m’est resté en refermant ce livre. Surtout parce que j’aurais voulu voir la question de la religion traitée autrement, de manière plus troublante, avec peut-être une remise en question qui ne se fait au final jamais ici… Mais bon, je vais arrêter de rêver au livre que ça aurait pu être.
Très intéressante ta chronique, je pense que pour ma part si j’avais du y mettre une note, j’aurais peut être tenté un 14, en fait le roman est beaucoup rattrapé par le style de Mazaurette, qui écrit réellement très bien.
Pour le reste, ce n’est pas aussi bien dit que toi, mais j’ai été déçue aussi par certains points du livre.
Je suis de ton avis pour le divertissement plaisant. Je n’ai pas été emballé par cette lecture, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer dedans au début mais au final c’est un roman sympathique.
[...] lecture commune en excellente compagnie de Guillaume, Lhisbei, Cachou, Vert ,Nelfe, Endea et Julien [...]
Comme Endea j’aurais mis deux point de plus tout de même
mais globalement j’ai ressenti aussi une frustration avec ce roman.
Oui mais non
J’ai mis par exemple 14/20 à Xavier Mauméjean dernièrement car j’avais aimé sa Vénus Anatomique, divertissante sur le style comme sur l’intrigue. Vu que je suis frustré avec ce bouquin, c’était donc trop
Effectivement, on est bien d’accord sur la qualité d’écriture.
Et hop, j’ai fait mon avis sur cette LC.
http://naufragesvolontaires.blogspot.com/2011/07/dehors-les-chiens-les-infideles-maia.html
On est d’accord, une plume sympathique mais une histoire mal exploitée. Dommage, cela aurait pu donner quelque chose de sympatique. Peut-être une auteure à garder à l’oeil?!