mai 2011
L Ma Me J V S D
« avr   juin »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? – Philip K. Dick

Rick Deckard est un policier du corps des Blade Runners. Ce chasseur d’androïdes a pour consigne de traquer ceux revenus clandestinement sur Terre et de les exécuter. Ce boulot, très lucratif, ne fait pas de Rick un homme épanoui. Vivant dans un modeste appartement avec son épouse, il ne rêve que de remplacer le mouton électrique qu’il exhibe sur le toit de son immeuble par un vrai. Mais voilà, après la dernière guerre nucléaire, les retombées radioactives ont détruit quasiment toute forme de vie animale, et les derniers spécimens en vie ont vu leur cote monter en flèche dans l’argus officiel.

Pour enfin acquérir un vrai animal de compagnie, Rick Deckard se lance sur la piste d’un groupe d’androïdes de dernière génération, les modèle « Nexus 6 ». Ces nouveaux androïdes sont très difficiles à identifier, et Deckard doit en premier lieu vérifier l’efficacité du test de reconnaissance de Voigt-Kampff, basé sur l’empathie, sur des spécimens légaux de l’entreprise Rosen. Il rencontre ainsi Rachel Rosen, une androïde Nexus 6, pour laquelle il éprouve rapidement de l’empathie… Ou bien plus encore ? Deckard voit sa volonté s’émousser alors que des questions existentielles viennent harceler sa conscience. Est-il encore capable d’être un Blade Runner s’il éprouve de l’empathie pour une androïde ? Mais s’il est capable d’empathie, n’est-ce pas la preuve qu’il est un humain et non un robot ?

Quelque part, dans les banlieues abandonnés de San Francisco, John R. Isidore est un « spécial », dont les radiations ont eu raison de sa santé mentale. Déclaré inapte à immigrer vers les colonies spatiales, il se cantonne à sa routine humiliante et aux railleries de ses collègues de travail. Un jour, il rencontre trois fugitifs, qui se disent traqués par un assassin. John découvre rapidement qu’il s’agit d’androïdes Nexus 6 échappés de Mars, mais se prend d’empathie pour eux et décide de les protéger. Mais combien de temps supportera-t-il la froideur et l’absence totale de compassion de ces androïdes ?

Livre majeur dans l’œuvre de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? est paru en 1968 aux États-Unis. Ce court roman mêle schizophrénie et réflexion autour de la nature même de l’humanité. Pour Philip K. Dick, la dernière frontière majeure séparant l’homme de sa copie androïde reste la capacité d’empathie. Ce détail de programmation demeure un élément de comparaison très flou : qui peut vraiment distinguer l’absence d’empathie d’un androïde du comportement d’un schizophrène ? Deckard et Rachel franchissent à tour de rôle cette frontière, le premier en adoptant une attitude très froide vis à vis des androïdes qu’il traque, la seconde en développant un très fort attachement sentimental pour Deckard. Mais alors que le test de Voigt-Kampff est mis en échec par ces deux protagonistes, humains et androïdes inversent leurs rôles lorsque Deckard est capturé par une organisation secrète d’androïdes en fuites, ou lorsque le Spécial Isidore se montre psychiquement inférieur aux androïdes.

Il reste pourtant une différence forte entre les humains et les androïdes, que Deckard va découvrir et à laquelle il va pouvoir se rattacher. Contrairement aux humains qui chérissent plus que tout au monde les derniers animaux vivants sur Terre, les androïdes sont incapables d’accorder le moindre intérêt à cette « distraction ». Cette différence majeure autour de laquelle s’articule progressivement l’intrigue est d’autant plus ironique que les humains, pour tromper leur manque d’animaux, chérissent également leurs copies électriques, des robots animaux ! L’androïde devient le reflet schizophrène de la conscience humaine. L’humanité est capable de la plus grande empathie pour ses moutons électriques mais reste indifférente au sort des androïdes qu’elle a engendrée. Paradoxe d’autant plus troublant que cette société, en proie à une perte progressive de spiritualité et d’empathie, se réfugie dans le Mercerisme – religion bidonnée à la dimension psychotique impressionnante – et a recours à des orgues d’humeur afin de  mimer des comportements « normalisés ».

Si ce roman est surtout connu pour son adaptation cinématographique, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? reste l’une des œuvres les plus importantes de la bibliographie de Philip K. Dick. Dans un univers post-apocalyptique schizophrène, l’homme laisse son humanité s’effriter et poursuit l’androïde qui ne lui renvoie qu’une image acerbe de lui-même. Plus qu’un roman de science-fiction, c’est une critique au vitriol des rapports humains dans cette société moderne qui se veut si « civilisée ». Et Dick ne se gêne pas pour nous jeter à la figure la première pierre.

Ma note : 16/20

A lire aussi chez : Noosfere, Tortoise,

 

 

12 commentaires sur Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? – Philip K. Dick

  • FG

    C’était un visionnaire ce Phiphi. Je pense qu’il a vu juste, car parti comme on l’est, nous finirons dans le genre de société décrite dans ses livres, c’est certain.

  • Très belle chronique, même si elle dévoile beaucoup de l’intrigue. J’ai étudié ce livre à l’école il y a très longtemps, mais je ne me rappelle pas avoir eu sous les yeux le titre « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques? », on a toujours parlé de Blade Runner. C’est dommage parce que le titre du livre est bien plus intéressant et attire vraiment l’attention.

  • @ Nathalie : tu devrais le relire, tu verrais que je ne révèle pas grand chose en définitive :D Ce titre, retenu dans le tome « Aurore sur un jardin de palmes », collection Omnibus, Presses de la Cité (1994), se rapproche plus du film que du titre original : Do Androids Dream of Electric Sheep ?. La première édition française chez Champs Libres, en 1976, titrait Robot Blues, sa réédition chez l’éditeur Jean-Claude Lattès en 1979 titrait Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques?. Le titre « Blade Runner » provient des éditions J’ai Lu pour la France.

  • Voilà une revue qui donne envie de lire ce livre de Dick.

  • FG

    Oui ! Il FAUT lire Dick !
    En plus d’être des divertissements géniaux, ces œuvres sont des prismes très intéressants pour analyser notre société et ce vers quoi elle se dirige.
    C’est pour cela que j’aime par dessus tout Dick, pour son regard tragique sur l’avenir de la société.

  • C’est mon premier Dick, celui qui restera le plus important à mes yeux, et le relire 14 ans après ma première lecture n’a fait que confirmer ce que j’en pensais.

  • Il faut que tu essaies l’adaptation BD. Je la trouve vraiment bien foutu (de fait, c’est le texte intégral).

  • Perso j’ai un avis plus mitigé sur l’adaptation en comic, mais pour relire l’histoire sous une autre forme c’est pas mal en effet.

    Sinon je dois bien avouer que tout le trip autour du « mercerisme » m’est passé un peu au dessus de la tête, mais j’ai adoré tout le reste!

  • J’ai relu un recueil de nouvelles récemment de K. Dick. Rien à redire. Bizarre qu’il soit plus apprécié de ce côté de l’Atlantique que chez lui !?!

  • @ Ferocias : sur ce sujet je te conseille l’interview qu’il avait donné en France :

    http://www.traqueur-stellaire.net/2011/02/philip-k-dick-rare-interview-en-france/

  • Il y a une conférence reprise dans une anthologie de nouvelles.

  • [...] également chez Guillaume, Tortoise, Lili Galipette. Posted by Lorhkan on 18 déc 2011 in Challenges, Critiques, [...]

Laisser un commentaire

 

 

 

Vous pouvez utiliser ces balises HTML

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>