La Vénus anatomique – Xavier Mauméjean
Pris d’une soudaine envie d’aventures malouines, je me suis précipité sur la Vénus anatomique par le plus grand des hasards, autant attiré par le cadre uchronique de ce roman que par son héros, le médecin-chirurgien Julien de la Mettrie, domicilié dans le Saint-Malo du XVIIIème siècle. Il m’en fallait cependant un peu plus qu’une simple balade dans la vieille ville pour apprécier ce récit. Fort heureusement, Xavier Mauméjean avait gardé plus d’un tour dans son sac, m’arrachant à le cité malouine pour m’entraîner sur les pas de la Mettrie, de Paris à Versailles, jusqu’au Panopticon de Berlin.
Dans cette uchronie du siècle des lumières, Mauméjean place notre médecin-chirurgien désargenté sur un bien étrange échiquier, où monarques européens et organisations secrètes se disputent une bien dangereuse partie d’échecs. Les enjeux entraînent la Mettrie, l’anatomiste Fragonard et l’ingénieur Vaucanson à participer au concours international lancé par l’Empereur Frédéric II de Prusse, et visant à créer le Nouvel Adam. Ce sulfureux concours progressiste n’est pas du goût de la Chambre ardente et de ses Mousquetaires noirs, qui par tous les moyens vont tenter d’éliminer les trois pions-savants de la partie.
Mais le Secret du Roi n’entend pas laisser les intégristes catholiques embrocher les champions de Louis XV avant le début du concours. Après maintes péripéties de cape et d’épée, nos trois savants parviennent enfin jusqu’à Berlin, transformée en une immense cité-prison, qui en son cœur abrite l’immense sphère du Panopticon. C’est dans ce cachot gigantesque que nos trois héros vont tenter de recréer la nature humaine à partir de métal, de chair écorchée et de caoutchouc. Parviendront-ils à animer cette création qu’ils se plaisent à appeler « androïde » ?
Roman d’imaginaire se jouant des classiques de Dumas, Mary Shelley, Asimov ou Orwell, La Vénus anatomique se pique à invoquer dans sa trame uchronique de grands esprits de son siècle : Bach, Diderot, Voltaire, Maupertuis, Vaucanson, Fragonard, le Chevalier d’Éon et de la Mettrie sont de la partie. Entre imaginaire steampunk, mythe de Frankenstein et conte philosophique, Mauméjean nous livre un texte divertissant, au style parfaitement maîtrisé, et qui ne souffre au final que de ruptures de rythme entre chaque nouveau tableau. Mais ne bondons pas pour autant notre plaisir, car l’exercice est fameux.
Ma note : 14/20
Ils en parlent aussi : Efelle, Yozone, Cafards Cosmiques, Cachou, Julien, RSF Blog,




De La Mettrie, mon héros !
Je vais lire ce livre dans les plus brefs délais !
Tiens tu me fais penser à rajouter des liens wikipedia pour ceux qui ne connaissent pas ces personnages réels !
Hmmmm, va falloir que je me penche là-dessus…
Le côté ultra référencé peut surprendre par contre. Quelques recherches après coup ne m’ont pas fait de mal.
Belle chronique, j’essaye de rédiger la mienne cette après-midi avant de partir pour tout le week-end!
@ Efelle : en effet, ce livre appelle à creuser soi-même les personnages. Il devrait plaire à FG qui a presque la démarche inverse !
Chroniqué de mon côté, et maintenant je prends la route, mais quand j’ai le temps je creuserai l’historique de ces personnages réels. Cela semble intéressant.
Je suis en plein dans cette époque de mon côté, mais je n’ai malheureusement pas eu l’impression de retrouver le charme des écrits des philosophes de l’époque (dont j’épluche divers extraits pour préparer les examens).
Je me suis amusée cependant, mais pas comme je l’attendais, d’où ma petite déception je suppose…
Question bête mais question quand même : a-t-on des dates précises dans le roman ?
J’explique la raison de cette question. Le panopticon est un concept carcéral développé par le philosophe utilitariste anglais Jeremy Bentham dans l’ouvrage « Panoptique ou Maison d’inspection » édité en 1791. Si on ajoute à cela le fait que La Mettrie (mon chouchou) décède en Novembre 1751, soit 40 ans plus tôt, je suis tenté de pointer du doigt l’anachronisme !
(oui oui, je pinaille)
@FG: Si je peux me permettre de répondre, l’histoire débute en 1752 et a été « publiée » en 1753, d’où peut-être un aspect uchronique de plus. Pour le Panoptique, la théorie de Mauméjean est que le véritable auteur des plans serait un certain Claude-Nicolas Ledoux, un visionnaire parti vivre à Berlin, engagé par Knobelsdorff, qui a concrétisé la vision de Ledoux (je cite le livre là).
Merci pour cette revigorante précision chère Cachou.
Il s’agirait donc d’une sorte d’uchronie, ceci explique cela.
En effet l’uchronie préside à ce roman, pour en rajouter un autre exemple, Bach aurait du mourir également deux ans plus tôt !
Voilà un livre qui me fait de l’oeil dans ma bibliothèque depuis bien longtemps, et comme j’adore X.M., il faut que je me précipite !
A.C.
J’ai lu La Vénus anatomique dans la version « nouvelle » ( in Passé recomposé, éditions NESTIVEQNEN, 2003) mais jamais le roman. C’est un manque à coup sûr.
Xavier va m’en vouloir :p
« Balade », mon cher Guillaume, avec un seul « l ». Sinon c’est une chanson. Voilà pour le quart d’heure de la bibliothécaire à chignon.
Ce roman a l’air ma foi plutôt alléchant. Je vais pourtant aller étudier les vrais personnages avant de le lire, parce que je ne les connais pas du tout… Ignorance, quand tu nous tiens !
Tout est clairement uchronique ici. Jusqu’à la rencontre de ces personnages vu qu’il y’en a un qui a historiquement refusé l’invitation de Frederic II. Non?