Fondation foudroyée – Isaac Asimov
Un demi-millénaire s’est écoulé depuis que Hari Seldon a créé la psychohistoire et fondé sur la planète Terminus la Fondation, nation scientifique ayant pour mission d’aider l’humanité à surmonter la chute de l’Empire galactique jusqu’à l’avènement d’un Second Empire. Depuis cinq siècles, la Fondation a surmonté les pires épreuves, aidée par les apparitions holographiques d’Hari Seldon. Mais deux faits majeurs ont ébranlé la confiance des Maires de Terminus : l’apparition foudroyante du Mulet, et la découverte d’une Seconde Fondation de psychohistoriens aux pouvoirs mentaux.
La Maire Harlan Branno partage son pouvoir sans concessions. Craignant par-dessus tout un retour de la Seconde Fondation, elle n’hésite pas à accuser de trahison le conseiller Golan Trevize, alors que ce dernier s’apprête à dévoiler publiquement les mêmes soupçons. Elle l’envoie cependant en mission sous couvert d’un faux exil dans le but de découvrir où pourrait se cacher la Seconde Fondation. Son alibi consistera à accompagner un historien fantasque, Janov Pelorat, qui recherche la mythique Terre. Mais alors que Trevize rumine sa colère contre la Maire Branno, la Seconde Fondation, située sur Trantor, perçoit le conseiller comme un dangereux élément dans le Plan Seldon. L’Orateur Gendibal parvient d’un cheveu à en convaincre ses pairs, et se lance sur la piste de Trevize. Ce jeu d’intrigues et de poursuites les mènent jusqu’au secteur de Seychelles, une fédération indépendante de Fondation. Ces mondes cachent au sein de leur fédération un système secret, celui de Gaïa. S’agirait-il de la mythique Terre, et pourquoi cette planète se tient-elle isolée du reste de l’humanité depuis des millénaires ?
Publié en 1982, Fondation foudroyée vient compléter le Cycle de Fondation, quarante ans après ses premières publications entre 1942 et 1950 dans Astounding Science Fiction. Entre 1951 et 1953, l’éditeur Gnome Press avait publié sous la forme de recueils ces nouvelles en une anthologie cohérente, forgeant ainsi le cycle dans sa forme actuellement connue. Le succès d’Isaac Asimov n’ayant fait qu’augmenter de manière exponentielle depuis les années 40-50, son entourage le pousse à écrire une suite pour Fondation. Asimov cède, et publie deux autres romans : Fondation foudroyée (1982) et Terre et Fondation (1986).
Retourner dans l’univers de Fondation a quelque chose d’excitant. Les trois premiers tomes foisonnent de concepts et d’idées en matière de space opéra, et ont inspiré une légion entière d’auteurs, de scénaristes, d’illustrateurs, de cinéastes et de concepteurs de jeux. Si le roman se lit avec plaisir, un clivage apparaît rapidement entre le style du cycle initial et cette suite tardive. L’écriture du jeune Asimov s’apparentait à un flot débordant d’idées, mal maîtrisée, souvent maladroite et pauvre en descriptions psychologiques de ses personnages. En quelque sorte des nouvelles brutes, scénarisées et peu romancées. Le style d’Asimov vieillissant se fait beaucoup plus littéraire en comparaison, romançant ses intrigues et ses idées scientifiques, mais noyant également le texte dans un babillage incessant proche du radotage. Le jeune Asimov explosait d’idées, s’ouvrait sur un univers de possibles. Le vieil Asimov se referme sur lui-même, s’obstine dans ces deux derniers tomes à boucler son œuvre toute entière. Le lecteur y trouve aussi bien une suite au Cycle de Fondation que des rapprochements avec le Cycle des Robots, Tyrann, Les courants de l’espace, Cailloux dans le ciel, Les cavernes d’acier ou encore Face aux feux du Soleil. Cette synthèse de l’univers asimovien donne l’impression d’une écriture testamentaire, d’une façon de retenir encore un peu le temps avant la conclusion finale – non pas d’une saga mais d’une œuvre entière.
Le roman se retrouve assez handicapé par ces obsessions. Les chapitres à rallonge se limitent à revisiter des concepts déjà exposés dans ses autres œuvres, tandis que les bavardages des personnages se font radotant. La longueur de Fondation foudroyée joue contre sa lecture. Le manque d’idées nouvelles n’est pas efficacement compensé par les multiples rebondissements, et les révélations choc à même de nous faire rêver ont du mal à compenser les faiblesses du texte. On a souvent reproché à Asimov les faiblesses de style de son Cycle de Fondation, l’en excusant pour le foisonnement de ses idées. La critique inverse de cette suite – une meilleure narration mais un tarissement des idées – ne réussit pas à Fondation foudroyée, qui pour un divertissement plaisant reste une suite réchauffée, quarante ans plus tard…
Ma note : 13/20




On est sur la même longueur d’onde à ce propos.
A l’époque j’avais lu les 5 tomes d’affilé et je n’avais pas vraiment remarqué cette coupure (je n’ai appris que plus tard l’histoire éditoriale de la saga), il faudrait que je relise ça pour me faire un avis.
@ Maëlig : je reconnais que cette coupure est un peu moins flagrante lorsqu’on ignore le décalage chronologique dans les dates de publication.