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Des traces de vie fossiles découvertes sur une météorite ?

Lorsque l’annonce est tombée hier soir, sur France24, ma prise de position n’a pas tardé. En une demi-journée, cette nouvelle fracassante a eu largement le temps de faire le tour du web. Les partisans d’une vie extra-terrestre crient victoire, les sceptiques se frappent le front. Une météorite contenant des micro-fossiles extra-terrestres ? Voilà que la NASA remet ça, 15 ans après sa précédente polémique ! Quelques semaines après les bactéries à l’arsenic critiquées par la communauté scientifique, la pilule passe mal, très mal.

Richard Hoover rallume le débat en publiant un nouvel article dans la revue Journal of Cosmology. Dans son papier, intitulé « Fossils of Cyanobacteria in CI1 Carbonaceous Meteorites » , cet astrobiologiste de la NASA identifie des microstructures filamentaires sur des météorites collectées sur Terre comme des fossiles microscopiques extra-terrestres. L’auteur va même plus loin, puisqu’il compare ces traces à des bactéries photosynthétiques, comme des bactéries sulfureuses (exemple cité par l’auteur de Titanospirillum velox) ou des cyanobactéries. Pour Richard Hoover, ces fossiles présentent même les traces d’une organisation filamenteuse typique de cyanobactéries : chapelet de bactéries avec certaines cellules spécialisées dans la reproduction (akinètes) et la fixation d’azote (hétérocystes). Il clame également que ces traces fossiles sont riches en carbone, en sulfate de magnésium, mais très pauvres en azote, Cet élément étant indispensable du Vivant sur Terre, cette absence d’azote est selon Hoover la preuve d’une activité biologique indigène radicalement différente des bactéries terrestres analogues. Dans le cas de fossiles extra-terrestres, la conclusion est un peu hâtive, non ? Car les météorites examinées contiennent tout de même des traces d’acides aminés, et une éventuelle désamination au niveau de ces bactéries fossiles ne semble pas avoir été envisagée. Il est vrai qu’un métabolisme du soufre ou du sulfate, par exemple, pourrait avoir quelque chose d’original, sauf qu’un tel métabolisme est très vieux et déjà connu sur Terre.

 

Un fossile supposé sur la météorite Ivuna CI1 (Hoover, 2011)

L’identification même de ces formations comme étant des fossiles reste soumise à caution. Cette étude n’est pas sans rappeler le débat autour des stromatolites terrestres, restes fossiles de cyanobactéries. Les preuves les plus anciennes de vie sur Terre sont elles-mêmes soumises à discussion : si les stromatolites australiennes de 2,7 milliards d’année sont certainement bien des témoins fossilisés de cyanobactéries, des formations géologiques  similaires pourraient bien résulter de processus minéraux abiotiques. Lors des travaux d’expertise des stromatolites australiennes, Kevin Lepot et ses collègues (2008) avaient recherché la présence d’aragonite, forme instable de carbonate de calcium évoluant ensuite en calcite. L’aragonite est un témoin fossile de l’activité de micro-organismes, dont la fiabilité remonte au moins jusqu’à 2,7 milliards d’année. Problème, Hoover trouve très peu de calcium dans ses échantillons, et sa publication ne parle pas d’aragonite.

Pire encore, un précédent gênant entache la réputation des exobiologistes de la NASA. David McKay annonça en 1996 avoir identifié des traces de vies sur une météorite martienne, collectée sur le continent Antarctique en 1984. L’étude de McKay avait mis en évidence des traces de molécules organiques dans la météorite ALH 84001 : acides aminés et molécules aromatiques cycliques. Deux critiques majeures avaient été émises suite à cette étude : les conditions de formation de la météorite étaient incompatibles avec la conservation de ces traces fossiles, et leur taille était trop petite pour les assimiler à des organismes vivants. La première critique tient encore la route, mais la seconde a été déboutée par la culture en laboratoire de nanobactéries de taille similaire. L’hypothèse critique d’une contamination terrestre à l’origine de ces traces suspectes reste cependant toujours d’actualité.

La NASA accumule depuis quelques années les annonces explosives en matière d’exobiologie. Et malgré les critiques de la communauté scientifique, n’allez pas croire que l’agence fera marche arrière pour autant. En novembre 2009, un rapport interne incluant David McKay en personne (!) revenant sur la météorite ALH 84001 concluait : « None of the original features supporting our hypothesis for ALH84001 has either been discredited or has been positively ascribed to non-biologic explanations ». Rudy Child, éditeur du Journal of Cosmology, souhaite cependant créer un débat scientifique autour des conclusions de Hoover. Il a donc invité cent scientifiques à commenter ces travaux, dont les réponses seront publiées en ligne à partir de lundi. Reste à connaître quelle sera la réponse de la NASA, certainement peu encline à faire marche arrière.

 

Mise à jour du 07/03/2011

- L’article de Hoover avait déjà été soumis et refusé chez l’éditeur de la revue scientifique International Journal of Astrobiology (sources multiples). Les travaux de M. Hoover ont été jugés « pas très sérieux » par le président de la Société française d’exobiologie, François Raulin (AFP).

Mises à jour du 08/03/2011

- Des scientifiques de la Nasa ont estimé qu’il n’y avait aucune preuve scientifique à l’appui des déclarations d’un de leurs collègues, qui a affirmé avoir trouvé des traces de vie extraterrestre fossilisées dans les fragments d’une météorite. L’Agence spatiale américaine a formellement pris ses distances avec l’article d’un de ses chercheurs, Richard Hoover, publié vendredi dans le Journal de cosmologie américain, et qui a suscité enthousiasme et scepticisme au sein de la communauté scientifique (AFP).

- La microbiologiste Rosie Redfield, de l’Université de Columbia, critique fermement l’étude de Hoover sur son blog. Pour elle, « la première chose que l’on apprend en faisant de la microscopie électronique est qu’il est vraiment facile d’y voir tout ce que l’on veut – si l’on a une image en tête, on peut la trouver  » . Pour sa part, cette spécialiste penche pour des fibres minérales (New Scientist).

- Un article récemment paru dans Nature Geosciences (Marshall et al., 2011) mettait déjà en garde contre les microstructures minérales susceptibles d’être confondues avec des micro-fossiles. L’étude montrait ainsi que des filaments précédemment identifiées comme des fossiles de cyanobactéries vieilles de 3,5 milliards d’année étaient en fait de faux artefacts.

Mises à jour du 09/03/2011

- La revue JoC dans laquelle l’article d’Hoover a été publié a mis en ligne une première série de commentaires, de qualité médiocre mais assez favorables à l’étude. D’après l’éditeur, aucun spécialiste n’a encore souhaité y répondre, préférant critiquer la publication dans la presse généraliste (Le Figaro).

- D’après le journal Nature, la revue JoC serait sur le point de fermer. Sa médiocrité est devenue catastrophique, selon l’article de Philip Ball. JoC est d’ailleurs réputée pour sa prise de position en faveur de la théorie de la panspermie (Nature).

 

19 commentaires sur : Des traces de vie fossiles découvertes sur une météorite ?

  • Tokk

    encore un prélude à la divulgation ; )

  • Très bel article. Mais en la matière je crois qu’il est urgent d’attendre ;o)

  • @ El JC : ce papier est paru trop tôt et dans une revue peu connue, une telle découverte mériterait une publication dans Nature ou Science ! Pourquoi donc s’être précipité dans le JoC ? Autant dire que tout ceci reste sujet à caution.

  • Mise à jour en fin d’article !

  • Nessie

    Merci Guillaume pour ce suivi en direct de l’affaire :)

  • Merci opur la mise à jour Guillaume. C’est effectivement très appréciable d’avoir un suivi sur le sujet

  • Le grand mensonge de la nasa.
    Comment une météorite contenant des fossiles de bacteries aurait elle pu arriver sur terre.L’illogique c’est que
    pour trouver cela il faudrait q’une planete abrittent la vie est exploser en projetent la matiere dans l’espace?
    Le hic c’est q’une planete en fin de vie n’explose pas.La possibilité reste une collision avec un asteroide planete astéroide.Les particules présente dans l’espace ne peuvent abriter la vie puisque elle proviennet de désintegrations d’étoiles qui sont des soleil et que la fusion ne permet pas la vie.Donc illogique.Les extraterrestres existent oui.

  • @ syncoopmaster : théorie de la panspermie ?

  • Si je n’avais pas lu ton article, j’aurais pensé qu’il s’agissait de la photographie d’un ténia ^^

  • impossible puisque les météorites provienne pour la plupart d’étoile incandescentes et non d’explosion de planetes.

  • Oui mais comme vous l’avez rappelé précédemment, certaines peuvent provenir de planètes telluriques, comme par exemple des météorites martiennes, qui naissent lors de l’impact d’un astéroïde avec la surface martienne. Même explication pour les météorites lunaires. Et ce sans explosion de ces deux corps célestes ;)

    De plus toutes les météorites connues sur Terre proviennent du système solaire, il n’y a pas de cas connus de météorites provenant d’un système extra-solaire. Il peut en avoir chutant à la surface d’exoplanètes dans d’autres systèmes solaires, mais le phénomène semble propre à chaque système.

    Pour moi la contestation de la théorie de la panspermie repose justement sur les conditions physiques de formation de météorites planétaires et de leur rentrée dans l’atmosphère terrestre.

  • Ça y est, encore une « fausse » nouvelle. Va-t-on finir par transposer l’histoire de la petite fille qui criait au loup dans ce domaine-ci? Si ça se trouve, un jour, cette nouvelle sera vraie mais on n’arrivera plus à y croire à cause des fausses alertes…

  • @ Cachou : je me demande si l’empressement de Hoover à publier cet article fort critiquable dans une revue assez faible comme JoC ne cache pas quelque chose…

  • Ou peut-être qu’on est juste tous des mauvaises langues et qu’il se doutait que personne ne voudrait le prendre au sérieux? Qui sait… ^_^

  • Non non, je soupçonne l’empressement actuel des scientifique de la NASA travaillant sur l’exobiologie d’être un signe de pression interne pour les « pousser au résultat ». Hoover n’avait aucun intérêt à mettre en jeu sa carrière pour faire passer un canular, nous ne sommes pas dans une affaire Sokal.

  • Donc voilà, on en revient à la malheureuse histoire de la jeune fille qui criait « Au loup »… Comment prendre au sérieux ce genre de nouvelles dans le futur? Qu’est-ce qui garantirait une acceptation de la nouvelle sans remise en question de sa validité?

  • De même trouver une météorite contenant des bactéries en surface de celle ci me parait impossible vue que dals son entrer en atmosphere le caillou est chauffer a plusieurs milliers de degrès ce qui détruit toutes vie bactérienne.Maintenant savoir si certaines bactéries résisterais à la chaleur a l’interieur même du caillou?

  • @ syncoopmaster : d’accord avec toi. D’ailleurs une expérience avait été faite en 2008 http://tinyurl.com/5ymwjq . Par contre cette étude donnait du crédit à l’affaire de la météorite martienne ALH84001.

  • [...] Sur le plan scientifique, nous avons eu le droit à deux annonces fracassantes avec un nouvel hoax d’un astrobiologiste de la NASA et l’incroyable pari de transformer le LHC en une machine à remonter le [...]

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