Mission Caladan – Roland Lehoucq et Claude Ecken
A Masdar, première ville écologique au monde, située dans l’émirat d’Abu Dhabi, en 2030, le jeune étudiant Robin Nagel fait la rencontre d’une sommité, le roboticien du MIT Gregory Forbie. Malheureusement, leur rencontre est de courte durée car le Dr. Forbie est enlevé par la CIA, qui le soupçonne d’échanger des informations sensibles avec des scientifiques arabes et chinois. Mais dans quel but ? Rien de moins que de construire un vaisseau interstellaire habité afin de coloniser Caladan, une planète tellurique de la taille de la Terre récemment découverte dans le système stellaire de Delta Pavonis. Le sanguin agent Harvey Langley, paranoïaque obnubilé par les intérêts américains, n’y voit qu’un énorme bluff pour dissimuler de plus vastes complots mondiaux, et menace d’abattre son prisonnier ! Pour se défendre, Forbie détaille aux agents de la CIA et à leur expert scientifique les points clés du projet : détournement d’un astéroïde pour le transformer en vaisseau, habitabilité par gravité artificielle, fusion nucléaire pour la propulsion et prélèvement du carburant sous forme d’hélium-3, mise en place d’un écosystème à bord, pérennité du savoir humain durant les trois siècles de voyage, etc. Même s’il ne convainc pas entièrement Langley, il s’attire progressivement la sympathie d’autres agents, qui voient en ce projet pharaonique une formidable aventure humaine, et non une banale trahison d’état. Pendant ce temps, Robin et sa copine Rachel sont contactés par les amis du savant, inquiets de sa disparition. Malgré la surveillance des autorités qui les soupçonnent d’avoir enlevé Forbie, le petit groupe d’étudiants et de scientifiques se lancent sur la piste des ravisseurs. Même s’ils savent que les agents de la CIA n’hésiteront pas à user de la force brute, tous sont motivés par la libération de leur ami et par le devoir de protéger à tout prix la Mission Caladan.
Thriller d’anticipation scientifique, Mission Caladan alterne suspens et réflexion autour de l’actualité géopolitique, écologique et scientifique. Écrit à quatre mains, le récit est bâti autour d’une vaste idée digne des meilleurs romans de hard science. Comment envisager, avec seulement 20 ans de technologie supplémentaire, la réalisation d’un vaisseau habité interstellaire ? Il fallait bien le talent de vulgarisation scientifique de Roland Lehoucq et la plume de Claude Ecken pour mener à bien ce récit. Au final, les deux compères nous livrent un texte facile à lire, auquel on se laisse prendre et regorgeant d’idées scientifiques et techniques. A tel point qu’une fois sa lecture achevée, il semble le plus naturel du monde de revendiquer d’ici la moitié de ce siècle les exo-planètes situées au-delà de notre système solaire ! Les références à la science-fiction ne manquent pas de nous faire redescendre un peu sur la terre ferme. Le titre de cette exo-planète, d’ailleurs, a été choisi en hommage à Frank Herbert. Hélas, malgré ses grandes qualités de vulgarisation scientifique, le roman sort parfois de son contexte pour s’engager sur quelques pentes glissantes, comme cette critique de l’éducation des jeunes enfants face à laquelle la défunte Super Nanny de M6 deviendrait coupable du plus vil endoctrinement carcéral. Paix à son âme.
Si le contexte scientifique fait sans aucun doute rêver le lecteur tout en le cultivant, passons maintenant à l’intrigue en elle-même. Mission Caladan n’est pas, sur ce point, un roman très équilibré. L’accumulation d’idées scientifiques se devait d’être rehaussée par une intrigue forte, haletante et surtout crédible. Mais le thriller proposé par Claude Ecken accumule beaucoup de poncifs propres au mythe de l’agent secret américain. Le personnage d’Harvey Langley, incarnant tour à tour le manque de volonté des décideurs en matière d’exploration spatiale, l’inculture scientifique du grand public, la paranoïa issue des théories conspirationnistes post 11/09 et la violence gratuite des men in black de série B, devient très vite irritant et peu crédible. La dualité entre le savant et l’agent de la CIA, censée créer le dialogue scientifique durant ces quelques 312 pages, est trop souvent bancale. Dommage que cette astuce narrative mal ficelée gâche un peu les qualités de ce roman de vulgarisation scientifique, à même de remotiver pour l’année tout un amphithéâtre d’étudiants en Sciences. On retiendra donc de ce Mission Caladan les passionnants discours de Gregory Forbie et le courage de Robin, Rachel et ses amis; tout en mettant de côté l’ennuyeuse boule de nerfs qu’est l’agent Langley.
Ma note : 13/20



Dommage en effet, l’accumulation de poncifs que tu cites me pousse à passer mon chemin. Une partie du synopsis me bottait bien pourtant.
Oui c’est le principal défaut de ce livre, pourtant passionnant sur le plan de l’anticipation scientifique.
Ah!!!
J’ai hésité un moment, car j’apprécie énormément les articles de Roland Lehoucq et ses talents de vulgarisation. Mais, sur le site de bifrost il le classe plutôt comme un livre destiné aux ados. Ta critique en plus, je vais attendre.
C’est pas faux. Il y a un côté « littérature adolescente » dans ce thriller, à cause de ses agents de la CIA trop caricaturaux.
En tant qu’amateur de SF ton blog est une merveille
@ Eric : merci beaucoup !