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Kingdom of Heaven – Ridley Scott (2005)

Il ne m’est pas fréquent de chroniquer des films historiques, mais le revisionnage de Kingdom of Heaven de Ridley Scott m’a donné l’envie d’écrire quelques lignes au sujet de ce long métrage. Je n’avais pas vu cette épopée médiévale avant que Gromovar me l’offre lors de mon swap cinéma. J’avais été dans un premier temps assez déboussolé par mon premier visionnage, avant que le camarade m’explique qu’il ne fallait pas se formaliser aux défauts de la version courte, et qu’il s’excusait de n’avoir pu m’offrir la bien meilleure version longue. C’est donc dans cet optique que je me suis attablé à ce revisionnage. Et force est de constater que cette approche m’a été beaucoup plus salutaire.

Kingdom of Heaven nous narre l’histoire de Balian (Orlando Bloom), un maître forgeron plongé dans le deuil de sa femme suicidée. En proie à un doute spirituel, il découvre que le prêtre du village a volé et décapité le cadavre de son épouse (le suicide était alors un pécher que la croyance populaire se devait de conjurer par décapitation du défunt). Tuant le religieux, il s’enfuit et trouve refuge auprès de son père, le Baron Godefroy d’Ibelin, dont il est le fils bâtard. Il décide alors de trouver le salut de son âme en Terre Sainte, à Jérusalem. Mais les hommes de l’évêque lancés à la poursuite de Balian traquent l’escorte de son père, qui est mortellement blessé lors d’une rixe. Balian se retrouve seul pour embarquer à Messine, port italien, vers la Terre Sainte. Par un mauvais coup du destin, son navire  chavire et échoue sur les côtes du Proche-Orient. Balian se retrouve seul rescapé. Arrivant tant bien que mal à Jérusalem, il est identifié par les vassaux de son défunt père et introduit à la cour du Roi de Jérusalem. Il y découvre rapidement que deux camps s’affrontent parmi les croisés : les pacifistes et les belliqueux templiers.

Guy de Lusignan et Renaud de Châtillon multiplient les provocations afin de déclancher une guerre sainte. Le Roi Saladin maintient une paix fragile avec le Roi Baudouin IV, mais à la mort de ce dernier, c’est Guy de Lusignan qui hérite du trône. Le nouveau monarque saute sur la première occasion pour déclencher une guerre contre les Sarrasins. La rencontre est brève et sonne le glas de l’armée croisée. Jérusalem se retrouve en état de faiblesse. Balian rallie alors les défenseurs pour préparer la ville à l’inévitable siège. Au-delà des considérations religieuses ou territoriales, un seul sujet le préoccupe : la protection du peuple innocent face aux affres de la guerre.

Si le film se présente comme une fresque épique à grand spectacle, il prend bien évidemment quelques libertés par rapport à la vérité historique (bien que « vérité » soit un bien grand mot que les historiens commenteraient abondamment). La reine Sybille n’était certainement pas cette héroïne libérée et moderne portée à l’écran. Balian d’Ibelin n’était ni forgeron ni bâtard (le pauvre a dû se retourner dans sa tombe). La sœur de Saladin ne fut pas tuée mais capturée par Renaud de Châtillon lors d’une de ses razzias. Guy de Lusignan n’était pas ce foudre de guerre fanatique mais un seigneur bien plus sage, qui essaya de maintenir la paix malgré les rapines de Renaud de Châtillon. On ne pendait pas les templiers condamnés comme de simples manants. Le siège de Jérusalem (1187) ne fut pas ce beau combat épique dépeint dans ce film et les négociations entre Balian et Saladin ne se résumèrent pas à de courtes répliques à l’américaine. La reddition de Jérusalem fut accordée en échange de la vie sauve de ses réfugiés, mais une rançon dut être payée pour chaque habitant, homme, femme et enfant. Nous ne sommes pas dans une docu-fiction, mais bien dans un film hollywoodien.

Alors, quelles qualités font de ce Kingdom of Heaven un film d’époque  médiévale intéressant ? La tolérance et l’ouverture d’esprit de ses héros. Balian y est dépeint comme un homme de foi (même s’il se lamente de l’avoir perdue) doublé d’idéaux philanthropiques et justes. Il s’oppose au fanatisme et à la barbarie des templiers, et devient le héraut du peuple et des faibles. Les tensions religieuses sont apaisées. Les sarrasins ne sont pas dépeints comme les grands ennemis, non, ils agissent avec des idéaux tout aussi justes que les chrétiens. Le fanatisme, quant à lui, est clairement mis à l’index. Chose d’autant plus remarquable, c’est le fanatisme chrétien qui est pointé du doigt comme responsable de la chute du « Royaume des Cieux » par Ridley Scott. Il est certain qu’en pleine guerre d’Irak, ce film prend un caractère politique déguisé. Pourtant, le message de Kingdom of Heaven reste avant tout en faveur de la paix au Proche-Orient. Dans le film, Balian harangue la foule en leur priant de se battre pour la ville, quelle que soit leur confession. Il crée une sorte d’unité pluri-religieuse autour de la cité et de ses temples et affranchit les barrières culturelles et de la foi. Le message laisse entrevoir une ville de Jérusalem appartenant à tous ceux qui s’y reconnaissent comme de libres citoyens. Car il n’est pas question de lutter ici contre l’Islam de Saladin. Le but de cette résistance a pour objectif de garantir vie sauve et liberté au peuple de Jérusalem. Dans le film, Saladin lui-même (Ghassan Massoud) accepte ces conditions et montre des signes de respect envers les autres confessions religieuses.

Dans Kingdom of Heaven, la relation au pouvoir est également jugée par l’opposition entre le beau et le laid. Si Balian (Orlando Bloom) et Sybille (Eva Green) en têtes d’affiche échappent forcément à ce traitement, il n’en est pas de même pour les Rois de Jérusalem : le sage et pacifiste Baudoin IV est lépreux, et le fanatique Guy de Lusignan est un bellâtre plein de fougue et de passion. Ce contraire entre l’apparence et la personnalité est bien entendu hors de connotation historique à prendre au premier degré, comme nous l’avons déjà vu. Balian éprouve des complexes vis-à-vis du pouvoir, qu’il ne juge pas assez pur et asservissant. En refusant une première fois de devenir le bras droit de Baudoin IV, et d’ainsi de se vendre au pouvoir, il laisse la voie libre à Guy de Lusignan et condamne en partie Jérusalem. « Ne vois-tu pas que d’un petit mal tu aurais pu tirer un si grand bien ? » lui assène la reine Sybille, dont il a au passage refusé la main par peur de ce même pouvoir. La puissance dévore les hommes, la lèpre de Baudoin IV en est une métaphore cinématographique. Le fanatisme de Guy de Lusignan l’exprime sous une autre forme, plus intérieure. Face à ses contradiction, Balian devra cependant faire un choix : peut-il toujours rester dans l’idéal utopique du chevalier ou bien apprendra-t-il à faire des concessions avec sa conscience ?

Tous ces axes de visionnage n »occultent pas pour autant le plaisir de ces paysages grandioses et de ces batailles hollywoodiennes à vous couper le souffle. Seul problème, autant d’éléments prometteurs nécessitent un montage en version suffisamment longue pour pouvoir être développés convenablement. Or cette version courte, télégraphiée, ne le permet pas vraiment. Aussi faut-il se rabattre sur la version longue de ce film pour en apprécier toutes les facettes.

Ma note : 14/20

 

10 commentaires sur Kingdom of Heaven – Ridley Scott (2005)

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