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Evadés de l’Enfer ! – Hal Duncan

Ils sont quatre paumés. Quatre pauvres âmes récemment décédées, et embarquées sur le même ferry en direction de l’Enfer. Les voici prisonniers dans ce New York recomposé où l’Archange Gabriel fait vivre un purgatoire des plus glauques à ses résidents damnés. Il y a Eli, le clochard que la vie a brisé ; Belle, la pauvre fille prostituée de force par son mac ; Matthew, mis à l’index car homosexuel ; et Seven le tueur à gages sadique.

Tous les quatre ne se connaissaient pas avant d’arriver en Enfer. Ils vivent chacun de leur côté les supplices infligés par ce royaume damné à la sauce contemporaine. Dans la ville du vice, les démons sont des flics mafieux et violents. Aucun espoir de salut, matraque jour et nuit sur le câble la télévision locale. Et pourtant. Mû par sa propre rage, Seven profite de la première occasion pour tuer ses gardiens. Les démons peuvent mourir ! Et s’il y a bien quelque chose que Seven sait faire, sur Terre comme en Enfer, c’est buter du gusse. Alors telle une tornade de violence, le tueur cherche la porte de sortie de cette souricière. Sur son chemin, il croise Matthiew, Elie et Belle. Eux aussi cherchent le salut de leur âme. Ils vont alors tenter l’impossible : arracher les clés de l’enfer des mains de leur geôlier. Et libérer le pire enfoiré de ce monde malade : Lucifer en personne.

Avec un speech aussi alléchant, Hal Duncan nous promet un voyage à la sauce hard rock dans un royaume des Enfers aussi violent que décalé. On s’attend à retourner dans ce court roman tout l’Evangile, la Sainte Trinité et la boutique du Patron. Un thème jouissif pour les athées et sceptiques du clergé. De ce côté-là, Hal Duncan ne nous trompe pas sur la marchandise avec ces 215 pages détonnant dans tous les sens. Péter la baraque, certes, mais après ? Et une fois l’émeute urbaine passée, Hal Duncan se trouve bien à court d’arguments. C’est la traversée du désert. Car Evadés de l’Enfer reste avant tout un brassage constant des cinq ingrédients de base d’un univers ultra-violent et décadent : sang, sperme, merde, pisse, larmes. Le tout réchauffé du début jusqu’à la fin. Les premières pages embarquent le lecteur dans un style décapant, aussi agressif que les riffs d’une guitare électrique. Mais le plus dur après un tel démarrage sur les chapeaux de roue reste de construire quelque chose de convaincant tout en gardant ce rythme d’enfer.

Et de ce côté-là, c’est clairement un échec. Pourtant, avec ses multiples références mythologiques, musicales, culturelles et new-yorkaises, Evadés de l’Enfer avait quelque chose d’aguichant. Une vague promesse de « sense of wonder  » dans ce bouquin anticlérical à souhait. Mais rien à faire. Hal Duncan n’arrive pas à dépasser le cap de la violence gratuite durant tout son texte. A peine parvient-il à effleurer une critique théologique ou une métaphore socio-politique qu’il la balaye dans le souffle d’une nouvelle explosion. Les quatre personnages, au profil fort et prometteur, n’atteignent pas leur plein potentiel et restent trop superficiels. Dommage. Car au final, si on s’y amuse un temps de ce cocktail jouissif, on en vient rapidement à regretter ce manque d’originalité  et de profondeur que même le style nerveux de l’auteur n’arrive pas à pallier. Evadés de l’Enfer ressemble beaucoup à un album banal de black metal. On y retrouve tous les poncifs du genre, avec le même goût du subversif anti-sociétal et anti-clérical où Satan devient le good guy de l’histoire.  Mais comme en black metal, il y a les groupes convaincants, et les autres qui imitent.

Ma note : 11/20

Lu avec le Cercle d’Atuan et gagné chez Anudar. A lire aussi chez les singes de l’espace, Efelle, Foudre Olympienne, Cachou, Endea, A.C. de Haenne,

 

16 commentaires sur Evadés de l’Enfer ! – Hal Duncan

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