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Carnaval sans roi – Francis Berthelot

Kantor a un don. Une sorte de capacité télépathique qu’il considère avec répugnance comme une malédiction. Ou plutôt avait-il un don. Car il a perdu ses pouvoirs de télépathe en sauvant l’esprit malade de son ami Octave. Depuis, lui, Octave et Iris – la sœur de son ami – vivent dans une grande maison, cultivant à leurs manières les démons du passé. Octave et sa sœur ont pris le contrepied de leurs vies à la mort de leur père, un grand écrivain philosophe. Kantor tente toujours de se recueillir après son enfance volée par son père défunt, gourou d’une secte dont les membres se sont suicidés dans un horrible brasier, alors qu’il n’avait que douze ans.

Une lettre vient cependant perturber ce huis-clos amical. Le Dr. Nicolas Trebern, médecin psychiatre, sollicite l’aide de Kantor. Ce dernier avait déjà rencontré le spécialiste alors qu’il n’était qu’un enfant réchappé de justesse au dramatique incendie. Le psychiatre avait alors décelé son don paranormal, mais sans rien révéler au corps médical. Après toutes ces années, le Dr. Trebern souhaite présenter à Kantor un de ces patients, Alvar Cuervos, qui souffre d’une étrange psychose. L’homme semble abriter cinq autres âmes dans son corps, qui s’en disputent le contrôle à tour de rôle. Le Dr. Trebern sait comment les pouvoirs psychiques de Kantor ont sauvé son ami Octave. Il veut que Kantor tente la même expérience sur Alvar, et le libère de ses fantômes. Kantor accepte de rencontrer à nouveau le Dr. Trebern, et ne lui refuse pas son aide… Si en échange, le psychiatre parvient à lui rendre son pouvoir de télépathe.

Huitième roman du cycle « Le Rêve du démiurge » , Carnaval sans roi s’apparente à un livre psychologique et fantastique. S’il n’est pas nécessaire d’avoir lu les sept autres tomes du cycle – chacun pouvant être lu indépendamment – il n’est pas non plus requis d’apprécier à tout prix le fantastique pour pénétrer dans l’œuvre. Le lecteur peu enclin aux domaines de l’imaginaire sera ainsi rassuré de côtoyer un univers où le fantastique sert avant tout de toile de fond à un cycle assimilable à de la littérature générale.

Car cette part de fantastique, ou pour reprendre les termes de Francis Berthelot lui-même, ce « merveilleux noir » , permet de décrire l’histoire de personnages à la psychologie complexe, tourmentés par des héritages passés lourds à porter – pour ne pas dire handicapants. L’exploration de ces êtres sensibles et attachants passe par leurs paradoxes, entre ombres et lumières, alors que se joue autour d’eux le sauvetage psychiatrique d’Alvar.

Le gitan, prisonnier de son propre crâne, vit tourmenté par ces fantômes dont il fit autrefois la collection. Mais la situation est beaucoup plus complexe que cela. Kantor s’en rend rapidement compte, alors que l’évacuation de chaque spectre de l’esprit du jeune malade lui demande autant d’efforts introspectifs personnels que de réflexion sur le passé de ces âmes perdues. L’outil fantastique devient alors riche de métaphores baroques pour décrire les états psychiatriques qui animent Alvar et ses âmes captives. Une ficelle bien ancrée dans le fantastique, dont la nature interprétative en psychologie classique au genre n’échappera pas au lecteur

Alors, comment rendre ce vieux lien entre fantastique et psychologie encore vibrant ? En lui attribuant un troisième élément, celui de la musicalité et du théâtre. La construction du roman s’article en six actes, dont l’écriture évoque la composition d’un ensemble musical. Il se joue, durant la lecture de ce roman, un spectacle de théâtre musical, une pièce fantastique dont les multiples références au monde des artistes ne font que renforcer cette impression. Rien d’étonnant lorsque l’auteur, au cours d’interview, avoue son attachement au monde du spectacle.

Le carnaval sans roi est un roman fantastique réussi. Riche de ses personnages travaillés avec talent, il laisse après lecture une sensation persistante, comme un air de jazz manouche, à la fois envoutant et familier. Une belle réussite et un beau coup d’édition pour Le Belial.

Ma note : 16/20

A lire : Francis Berthelot en interview

 

5 commentaires sur : Carnaval sans roi – Francis Berthelot

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