Le dernier dimanche de monsieur le chancelier Hitler – Jean-Pierre Andrevon
Brooklyn, 1949. Contraint à l’exil après la défaite du IIIème Reich contre l’URSS, le chancelier Hitler a trouvé refuge avec son épouse, Eva, dans un petit trois-pièces de la banlieue new-yorkaise. Cela fait désormais quatre ans que le chancelier Hitler est sous la protection des États-Unis, l’ennemi d’hier. Sous surveillance étroite du FBI, l’homme n’a plus grand chose du dictateur charismatique qui écrasa l’Europe sous sa botte. C’est désormais un petit vieux à la vue baissante, souffrant de la maladie de Parkinson et d’un début d’Alzheimer. Radotant ses souvenirs glorieux, rêvant encore à des lendemains de fer, il arpente son appartement, ses journées rythmées par ses problèmes de prostate. Nous sommes vendredi, et la seconde guerre mondiale entre les USA et l’URSS menace d’éclater. Nous sommes vendredi, et le chancelier Hitler n’a plus que deux jours à vivre.
Uchronie historique brossée au vitriol, Le dernier dimanche de monsieur le chancelier Hitler s’attaque au personnage le plus détesté de l’histoire : Adolf Hitler. Cette figure même de l’horreur nazie est ressuscitée dans une tragi-comédie où le personnage principal est ridiculisé par ses incurables maladies de vieillesse. Jean-Pierre Andrevon nous livre un cruel portrait du chancelier Hitler. Handicapé, presque sénile, il reste pour autant le même personnage misanthrope, à l’humeur changeante et obsédé par ses fantasmes de grandeur et de pureté. Diminué par sa prostate et son Alzheimer, il s’est transformé en un personnage affaibli, misérable, suscitant chez le lecteur un mélange de dégoût et de pitié.
Cette satire n’est pas tendre avec ce vieux chancelier d’opérette et son entourage. Ses lieutenants nazis se sont enfuit ou ont été exécutés par les soviétiques. Sa femme, Eva, est devenue une bimbo américaine, parfaite desperate housewife passée en un temps record de la culture germanique à la culture pop-art. Hermann Goering, qui l’a suivi dans cet exil, est devenu un personnage encore plus grossier et arriviste, se vautrant dans la société américaine avec délice. Les années dorées sont loin pour le chancelier Hitler, petit vieux pathétique rejouant avec ses chats le grand air de la solution finale. Jean-Pierre Andrevon se sert ici de l’uchronie comme satire destructrice du mythe. Il n’existe plus aucune fascination, plus aucun tabou autour du personnage. Humilié jusque dans ses problèmes de prostate, Hitler en devient d’un commun ennuyeux, insignifiant. Il ne s’agit pas de réhabiliter le personnage, mais de le montrer comme un pauvre diable, n’ayant certainement pas le monopole de l’horreur à lui tout seul. Insignifiant et méprisable, il n’est qu’un médiocre ayant servi d’instrument au mal. Ce même mal qui en a fini avec lui et qui pousse désormais américains et soviétiques à s’entre-tuer.
En une uchronie, Jean-Pierre Andrevon décrit la banalité du mal façon Hannah Arendt tout en flinguant une bonne fois pour toutes son horrible larbin. Un réquisitoire cynique contre le médiocre peintre de Munich, direct et sans complaisances.




SI Jean-Pierre Andrevon rejoint Hannah Arendt, je me dois de lire ce livre. Merci pour la cro.
Le sujet ne me passionne pas des masses de mon côté, je passe mon tour.
@ gromovar : il m’a fallu fouiller un peu le web pour trouver cette référence illustrant mes propos, je dois l’avouer.
Je me suis commandé le bouquin hier alors je ne lis pas ton avis tout de suite. Pour le coup, je préfère ne rien en savoir ! Mon premier billet du challenge devrait aussi paraître aujourd’hui.
A mon avis, Hitler risque de revenir souvent cet hiver. En tout cas, je note. Ça m’a l’air pas mal du tout.
@ BiblioManu et Pitivier : on n’a pas fini d’entre parler de prostate alors
Dans un autre style mais sur un sujet approchant , « La séparation » de Cristopher Priest est aussi très bien.
Mais c’est vrai que je suis pas trop dans ce mood là en ce moment … » Je vogue sur le fleuve des dieux » et c’est très fort
C’est pas trop difficile à lire le fleuve des dieux ? J’ai cru comprendre qu’il y avait bcp de références à la culture indienne et qu’il fallait souvent se référer à un glossaire assez imposant.
joli ça donne envie
« Hermann Goering, qui l’a suivi dans cet exil, est devenu un personnage grossier et arriviste »
Mais Goering était déjà un personnage grossier et arriviste.
Ce livre a l’air tout à fait splendide !
Merci à toi pour cette chronique de la déchéance ordinaire…
A.C. de Haenne
@ A.C. de Haenne : Ok je précise « encore plus » car Andrevon assiste énormément sur ces défauts que la vie américaine exacerbent dans cette uchronie ! Vu ton choix de lecture pour ce défi, tu devrais aussi aimer ce court roman
Et j’aime Andrevon depuis une certaine lecture d’enfance…
Mais j’ai déjà trop de lectures uchroniques de prévu pour rajouter celle-là.
Mais plus tard, je me la cale dans un coin de ma mémoire !
A.C.
@ Guillaume : Le slogan de mon blog, invisible sur mon blog d’ailleurs
, étant From Arendt to Walking Dead, je ne peux passer mon tour
@ Gromovar : dans ce cas j’attends ta chronique avec impatience !
@ Pitivier
Pour « le fleuve de dieux » je n’ai lu que 150 pages mais c’est très très bon !
Il y a effectivement beaucoup de mots « indien » avec un gros lexique à la fin , mais c’est parfaitement lisible.Cela exige un peu d’attention c’est tout …
En même temps je ne fais pas systématiquement référence au lexique …
Mais ça serai vraiment dommage de se priver