Star Wars, épisode I : La Menace fantôme – George Lucas (1999)
La Fédération du Commerce impose le blocus de la planète Naboo en représailles contre la taxation des routes commerciales. Le Sénat Galactique, pris de court, envoie deux Jedi, Qui-Gon Jinn et son padawan Obi-Wan Kenobi, pour mener des négociations. Mais la voie diplomatique échoue et la Fédération envoie ses robots de guerre envahir la planète. La Reine Amidala parvient à s’échapper de justesse grâce à l’aide des deux chevaliers Jedi. Leur vaisseau est cependant endommagé en forçant le blocus et ne peut rallier directement la capitale Coruscant. Il fait donc escale sur le monde de Tatooine pour effectuer les réparations nécessaires. Sur place, Qui-Gon Jinn rencontre un jeune garçon, Anakin Skywalker, dont l’accointance avec la Force l’impressionne. Serait-il l’Elu qui amènera l’équilibre dans la Force ?
Chroniquer Star Wars reste quelque part une tâche assez redondante, voire superflue, j’en conviens. Les sites de fans ont largement débattu des six films et je ne vous apprendrai rien de révolutionnaire dans cet article. Pour vous donner encore envie de poursuivre votre lecture, il me faut bien avouer que revisionner cet épisode 1 m’a donné envie d’écrire une petite bafouille. Non pas pour m’extasier sur les époustouflants effets spéciaux, mais pour livrer quelques impressions générales sur ce film, sorti en grandes pompes à la veille de l’an 2000.
Mais revenons tout d’abord à l’étiquette du film. Space opéra ou science fantasy ? Le débat fait rage auprès des fans. Star Wars fait la part belle aux voyages interstellaires ultra-rapides dans des vaisseaux spatiaux divers et variés, à l’esthétique rétro très soignée dans cet épisode. L’intrigue met également en scène les fameux chevaliers Jedi, personnages de cape et d’épée un peu anachroniques dans cet univers high-tech. Nous avons affaire à deux archétypes du space-opéra. Mais les chevaliers Jedi ne se contentent pas de se battre avec leurs célèbres sabres laser. Ils manient la Force, une énergie mystique provenant des midi-chloriens, symbiotes microscopiques à l’origine de ces pouvoirs. La Force dépasse les lois physiques pour insuffler une perception et des capacités supérieures à celui qui la maîtrise. Cette intrusion du merveilleux justifie l’étiquetage de Star Wars en science-fantasy. La question ultime reste de trancher entre deux, ou bien d’adopter une troisième étiquette, cette fois-ci plurielle, la space-fantasy. Quelque part, comme l’écrit Pierre Bordage, toutes ces querelles taxonomiques dans les univers imaginaires ont de quoi faire doucement sourire !
Le principal argument de vente de cet épisode 1 (hormis l’inévitable confusion entre l’ordre chronologique de l’intrigue et les dates de sortie des films) est développé autour de la galaxie Star Wars. Ce retour aux sources permet de recycler des personnages de la précédente trilogie devenus extrêmement populaires auprès des fans. Les références aux films passés permettent au spectateur de rapidement s’immerger dans l’intrigue, avec pour fil rouge le destin de cet attachant enfant, Anakin, dont chaque spectateur sait qu’il deviendra le terrible Dark Vador. Et George Lucas use de cette ficelle jusqu’à réemployer la mythique planète de Tatooine, berceau de la famille Skywalker. Tatooine n’est pas seulement un monde de mercenaires et autres pirates de l’espace (très bon élément pour un scénario), elle incarne aussi ce pèlerinage du spectateur au cœur de la saga Star Wars. Quel que soit son âge, fan ou néophyte, tous connaissent ce monde désertique d’où partit Luke Skywalker. Tatooine, c’est en quelque sorte, le foyer familial du spectateur durant cette saga.
La Menace Fantôme pourrait d’ailleurs se résumer à un film familial de science-fantasy. Chaque membre du foyer peut s’identifier aux héros de cet épisode. Les parents repensent avec nostalgie au premier film en retrouvant les robots C-3PO et R2-D2 et le (disciple) Obi-Wan Kenobi. Les enfants s’identifient à la Reine Amidala ou à Anakin Skywalker et s’extasient devant la photographie et les scènes d’action à couper le souffle. La trame dramatique est régulièrement coupée par les cabrioles de l’insupportable Jar-Jar Binks, et les méchants sont vraiment de sales types. Le Jedi n’incarne pas seulement le bien dans cet univers manichéen. Qui-Gon Jinn endosse également le rôle du père, figure idéalisée à la fois protectrice et un peu rebelle. Ce père qui a su rester adolescent brave les interdits, s’oppose à son jeune disciple Obi-Wan Kenobi, qui incarnera le moment venu une image paternaliste bien plus sage que son Maître. L’image de la mère n’en sort pas grandie dans ce film. Elle reste un personnage effacé, passif, dont le destin se résume à voir grandir son enfant, puis à accepter son déchirant départ. Rien de plus qu’une vision patriarcale de la femme. L’identification de la mère d’Anakin à une sorte de vierge Marie place cette mère dans une référence mystique chrétienne ; la Force n’est pas seulement affaire de magie. C’est aussi une expérience spirituelle.
L’histoire tient somme toutes en quelques valeurs morales bien basiques. Le sens du devoir, le respect de ses maîtres, l’humanisme et le combat pour la paix. Ajoutez à cela un peu de politique à grand papa (on paye trop d’impôts sur les routes interstellaires ; les politiciens de la République sont tous des pourris) et vous obtiendrez un film tout public absolu. La succès-story de Star Wars ne tient pas que dans son univers de space-opéra, mais aussi dans le fait que George Lucas ne prend aucun risque dans son scénario. Hors de question de froisser le spectateur, il risquerait de bouder les produits dérivés. Alors il se rattrape sur les scènes d’action aux effets spéciaux décoiffants. Entre les combats dans l’espace, la bataille contre les drones de la Fédération et la course de modules en plein désert, le spectateur en a pour son argent. Le cahier des charges est fort bien bouclé : ne regarde-t-on pas Star Wars pour ses fabuleux vaisseaux, ses batailles dans l’espace, ses tirs de laser crépitants et ses fracassantes explosions de stations spatiales ?
Alors, oui, La Menace Fantôme est l’archétype même de la suite à succès réussie. Nous ne sommes pas dans le réchauffé, mais dans le recuisiné. Et la recette marche très bien. La preuve, malgré toutes ces ficelles commerciales, on en redemande. Car après tout, cette nouvelle trilogie, qui ne la réclamait pas de tous ses vœux avant sa sortie en salles ? Ah, il est fort, ce George Lucas…
Ma note : 13/20






le film qui a faillis me dégouter à vie de la licence. Je le déteste, je le hais. De l’action, de l’action, de l’action mais aucune intensité dramatique et des personnages sans charisme. Et oui, oui, oui. Je préfère 100 fois m’infuser les ewoks en boucle que jar jar.
@ Pitivier : un jour George Lucas payera. Je te le promets, et on mangera Jar Jar en rôti.
La promenade sur Naboo avec Jar Jar est irritante au possible…
Je retiens tout de même le duel final avec Darth Maul.
Merci Guillaume d’avoir tenu parole sur tes chroniques StarWars. C’est bien de faire un retour dessus avec du recul.
Comme Efelle, la seule chose vraiment sympathique que je retienne de ce film est la scène de combat final, deux sabre lasers simples contre un double – rouge sang ! -, deux Jedi contre un Sith, et une musique à faire dresser les cheveux sur la tête (les choeurs sont à tomber par terre).
Pour le reste, je dois avouer que je me suis ennuyée à mourir. Qui-Gon Jinn aurait pu être beaucoup, beaucoup plus attachant, ainsi que… tous les autres personnages, en fait.
Bien entendu, je ne parle pas, ne parlerai jamais et n’ai jamais parlé de Jar-Jar (en méchoui, ça vous dit ?)
J’ai beaucoup aimé celui-ci, à sa sortie c’était quand même un évènement.
Par contre, il est clair que Jar-Jar est de trop, et est même de plus en plus agaçant à chaque re-visionnage :/
Jar Jar is back dans l’épisode 2. Il est si ridicule que je me demande comment interpréter ce personnage. Surtout avec la diction « petit nègre » de la VF…
Il n’est jamais trop tard pour apprendre et ton article m’a permis de découvrir cette appellation de « science-fantasy », dont j’ignorais l’existence !
Je suis un vrai fan de Science-Fiction depuis des décennies et j’adore regarder les (rares) très bons films que le genre a produit. Et pourtant, je n’ai jamais mais jamais pu accrocher à l’univers de Star Wars.
Pas taper, pas taper.
@ Arutha : tu devrais bien accrocher à ma chronique du second épisode alors
Il faudrait présenter Pitivier au personnage central de la série anglaise Spaced qui a brûlé toute sa collection d’objets Star Wars le jour de la sortie de cet épisode
Comme je le rejoins sur ce film, je pourrai avoir un bout de Jar Jar à dévorer moi aussi? Je crois que même Obi Wan m’ennuie prodigieusement dans cet épisode.
Je ne comprends pas cette mode de démolir des suites qui renouvellent et complètent une saga avec créativité, non sans défauts, mais pas plus que dans la trilogie d’origine. Les râleurs s’attardent sur des personnages totalement secondaires, comme jar-jar, dont l’importance est presque anecdotique. Et pire que tout ce sont certainement ces même personne qui porte aux nues un film comme Star Trek 2009, qui est une insulte à la saga, mais en tout premier à la Science-Fiction toute entière. La mauvaise foi avec laquelle les trucages numériques ont été critiqués, et une preuve de parti pris non justifié.
@ Marswalker : que veux-tu, il en faut pour tous les goûts
Mes Star Wars préférés restent les III, IV et V. Je suis en train de rédiger ma chronique de l’épisode III et je me fais bien plaisir
Par contre tu es dur avec Jar-Jar, il a un rôle important dans les événements menant à la bataille de Naboo !