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Planète Hurlante – Christophe Duguay (1995)

En 2078, sur la planète Sirius 6B, l’Alliance livre une guerre sans merci au Nouveau Bloc Economique (NBE) pour la possession des réserves minières de bérynium disponibles. Le combat semblait perdu pour l’Alliance, jusqu’à l’invention d’une nouvelle arme : les screamers. Ces robots, capables de détecter la présence d’êtres humains, peuvent taillader à mort un soldat ennemi en quelques secondes. Grâce à des brassards répulsifs, l’Alliance évite que ses propres robots ne se retournent contre elle. Dès leur conception, les screamers ont été rendus autoréplicatifs, afin d’assurer leur diffusion à travers le no man’s land nucléaire de Sirius 6B. Mais au bout de quelques temps, des innovations imprévues apparaissent chez certains spécimens. Les robots semblent muter, et s’adapter pour traquer leurs proies : les humains, quelque soit leur camp.

Inspiré de la nouvelle de P.K. Dick « Nouveau modèle », Planète hurlante est un film de science-fiction militaire haletant et dérangeant. Dans un décors post-nucléaire, les factions encore en présence doivent lutter contre un nouvel ennemi, encore plus intelligent qu’eux, et doté d’un formidable potentiel d’adaptation par générations successives. L’univers dystopique nous présente un avenir très gris pour l’humanité, qui malgré sa dispersion dans les étoiles n’en reste pas en proie à ses vieux démons. La guerre n’est plus politique mais économique, et le monde autrefois florissant de Sirius 6B en a fait les frais. Dans cette lutte armée, l’avantage militaire se gagne grâce à la suprématie technologique. L’Alliance gagne cette première manche en revisitant le mythe du robot destructeur autour de ces screamers. Folie humaine et destruction massive sont donc au rendez-vous de la première partie de ce film.

Les robots screamers ont été conçus autoréplicatifs. Cette compétence leur donne, par analogie avec l’évolution biologique, la possibilité d’adopter de nouvelles formes plus adaptées à leur environnement. Il s’avère que pour se développer, les screamers ont un comportement détritivore. Rapidement, les cadavres et débris métalliques ne leur suffisent plus et les êtres humains deviennent une ressource exploitable. Les screamers doivent cependant s’affranchir du champ disrupteur les empêchant d’attaquer des soldats de l’Alliance. Ils développent comme parade un mimétisme humain sans cesse amélioré, qui vient prendre à défaut la psychologie humaine. Cette évolution ne semble pas liée au hasard (darwinienne) mais contrôlée par l’I.A. des screamers. Les créations robotiques les plus dérangeantes sont les « David », des machines à tuer ayant l’apparence d’un enfant abandonné avec son ours en peluche, et dont l’objectif est d’attendrir les militaires pour pénétrer dans les bunkers. Progressivement, la machine se fait plus humaine à chaque amélioration, et apprend de ses erreurs. Elle finit par surpasser l’homme en force comme en intelligence en produisant des cyborgs parfaits. Cette traque des machines infiltrées crée une ambiance schizophrène insoutenable pour les rares survivants de ce monde dévasté, qui craignent de découvrir en leur compagnon d’armes un robot tueur infiltré.

Planète Hurlante se distingue également pour ses scènes d’action. Le réalisateur Christophe Duguay ne soigne cependant pas la cohérence de son univers d’anticipation lointaine. On notera ainsi le look improbable d’avion de ligne de la navette interstellaire s’écrasant sur Sirius 6B ou encore les communications instantanées avec la Terre. Mais ces travers ne sont pas sans rappeler l’interprétation très personnelle de la physique et de la technologie par P.K. Dick lui-même, et respectent sur ce point le style de ce grand auteur. L’accent est mis, tout comme dans l’œuvre de Dick, sur les épreuves psychologiques auxquelles sont confrontés les personnages.

Assez sceptique en allant voir ce film (diffusé dans le cadre des rétrospectives des Utopiales de Nantes), j’ai été très agréablement surpris par le traitement du sujet. Planète Hurlante reste donc quinze ans après un bon film, dont le regard schizophrène sur ces robots évolutifs crée un mélange de malaise et de fascination chez le spectateur.

Ma note : 15/20

 

34 commentaires sur Planète Hurlante – Christophe Duguay (1995)

  • FG

    j’avais adoré la nouvelle de P.K.Dick et j’ai trouvé l’adaptation moyenne…
    le film en lui même est sympa et se regarde encore avec plaisir, mais il morfle un max si on le compare à la nouvelle…
    bref, film sympa (d’ailleurs il y a eu une suite sortie il y a quelques temps) mais bien en dessous de la nouvelle.

  • Oui, mais il faut bien reconnaître que P.K. Dick est un auteur très dur à adapter ;)

  • Je me souvent que c’était marrant et sans prétention.

  • Ah tiens, j’ai justement écrit quelques mots sur le film dans mon billet sur les Utopiales
    Je n’ai pas lu la nouvelle mais je soupçonne qu’elle est un peu plus subtile que le film :-)
    J’ai trouvé qu’il y a avait quelques trucs un peu gros mais j’ai aimé la toile de fond, l’ambiance et le décor. J’ai passé un bon moment avec un film sans prétention.

  • Nessie

    Sur le wikipedia anglais il y a tout un comparatif entre la nouvelle et le film :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Screamers_%281995_film%29

  • K Dick j’arrive difficilement à le lire (même si j’adore) parce que c’est hyper dérangeant, tout les persos sont sur le fil. Et en film c’est pire, irregardable pour moi. Sinon à te lire ces robots adaptatifs me rappellent, dans une certaine mesure, les Borgs de Star Trek ou les Réplicateurs de Stargate SG1. Mais je suppose que les exemples doivent être plus nombreux que ça.

  • J’avais l’impression que cet épisode de SG1 était inspiré du livre d’Eric Drexler, Engins de création et de son concept de « gelée grise » . Enfin je ne suis pas spécialiste de cette série. Mais pour ce qui est du thème des robots auto-réplicatifs, P.K. Dick l’avait également abordé dans sa nouvelle « Autofab ».

  • heu c’est une espèce récurrente dans SG1, même qu’elle a une chouette évolution. Je connais pas ce Drexler. C’est bien ce bouquin ?

  • Bon, j’aurais peut-être du aller voir ce film plutôt que le Chemin des Etoiles (1957)…

    A.C.

  • Nessie

    @ lael : une espèce ? Ce ne sont pas des robots ? Le terme d’espèce se réfère à une entité biologique.

  • @ lael : comme je l’ai écris, je ne suis pas spécialiste de SG1 et ce n’est pas l’à-propos de ce billet. L’idée développée par Drexler dans son essai se voulait une mise en garde face aux nanotechnologies réplicatives. Pr analogie, ces critiques appliquées aux macro-robots évoquent les scénarios catastrophes de ce genre.

  • ok Guillaume pas de souci ;)

    @Nessie : heu pour moi une espèce en SF c’est une forme de vie, qui elle se définit pas sa conscience de soi, son intelligence… enfin j’vais pas ouvrir le débat XD revenons au film, sinon on va se faire tapper sur les doigts XD

  • * et zut il faut lire « par sa conscience » et non « pas »

  • Nessie a raisons, au contraire, puisque le terme d’espèce se réfère à la définition biologique qu’en a fait Ernst Mayr. Une espèce correspond à une population possédant un ensemble de caractères génétiques communs (taxonomie génotypique) ou phénotypiques communs (taxonomie morphologique), capables de se reproduire entre eux et de donner une descendance viable et fertile.

    Or dans Planète Hurlante les screamers ne forment pas une population morphologiquement identique et ne se reproduisent pas entre eux. On peut supposer au vu de certaines scènes du film que leur programmation informatique (leur « code génétique » par analogie) a subi de profondes modifications. Leur évolution n’est pas darwinienne mais artificielle, puisqu’ils cherchent à mimer l’homme pour mieux le détruire. Cette évolution est contrôlée par l’I.A. de ces screamers et n’apparaît pas au hasard.

  • Bonne chronique d’un bon film ; c’est dommage que tu spoiles tant par contre : j’ai peur que tu ruines une bonne partie du suspense pour tes lecteurs…

  • [...] d’autres avis : Traqueur Stellaire, Esprit S.F., [...]

  • @ Guilhem : en matière de spoiler, je ne serai jamais pire de ce que peut faire wikipedia ou d’autres blogs. Et pour un film sorti il y a 15 ans en plus… Si je révélais la fin du film, là je spoilerais. Petit hors-sujet, c’est marrant, on tolère plus de révélations sur l’intrigue pour une chronique livre que pour une chronique film, comme si le spoiler était avant tout réservé au cinéma ? Enfin je suis d’humeur râleuse ce dimanche, j’a du bosser au labo, ça explique tout :D

  • Ah oui, quand même… J’espère que ça n’a pas été trop dur, et que tu auras tes heures sup’ sur ton bulletin de salaire…

  • Dans ce cas comment appelez vous les « espèces » non biologiques comme toutes les formes de vies robotiques ? Les screamers du film par ex.

  • Pour moi, si l’on emploie ce terme dans ce cas de figure, c’est une catachrèse. De même pour les définitions d’espèces chimiques ou minérales qui ne peuvent pas être utilisées. Pour le moment, c’est un type de robot. Après, « vie robotique » , reste à savoir si cela est antinomique ou non. Vaste débat.

  • @ Guilhem : je sers la science et c’est ma joie, comme dit un certain disciple :D

  • « catachrèse »… -lael reste les yeux écarquillés, la gueule ouverte, la langue pendante-

  • FG

    ha oui le fameux (et vieux) débat au sujet de la question « à quel moment peut on considérer des être à la base artificielle comme une forme de vie à classifier en tant qu’espèce ? »
    c’est une vaste question d’éthique.
    à mon avis, sur cette question on se doit d’avoir un point de vu conséquentialiste, c’est à dire ne pas se contenter d’une opinion basé sur des idées détachées de tout sens pratique.
    et à mon humble avis, dans certaines œuvres (pour les « replicateurs » de SG1, par exemple) c’est bien à des formes de vie que l’on a à faire.
    dans notre cas (les « Screamers » de « planète hurlante »), en revanche, il me semble que nous n’avons pas encore à faire à des formes de vie mais à une étape intermédiaire puisque les machines réussissent déjà à s’autogérer. Alors certes, elles le font en réaction au stimuli « humain = à détruire », mais l’éventualité d’un dépassement de cette programmation initiale reste présente et offre ainsi un éventail de potentialités assez conséquent à l’avenir de ses machines, un éventail quine permet pas d’écarter définitivement le fait qu’elles puissent plus tard être considéré comme des formes de vie à part entière.

    j’attends l’opinion des experts :D

  • @ FG : bien d’accord avec toi pour les screamers, on voit qu’ils restent très inféodés à leur programmation anti-humains de base même s’ils pourraient aller plus loin. Par contre les réplicateurs, tout dépend s’ils sont capables de conserver leur intégrité physique, donc s’ils sont capables de s’auto-réparer, et de s’adapter à de nouveaux environnements.

    Il y a d’autres exemples intéressants, comme les répliquants de Blade Runner à la constitution plus biologique que robotique, posant la question de l’androïde vivant et pensant.

  • FG

    @ Guillaume : oui les Screamers restent des machine ne formant en fait qu’une seul et même entité non pensante régie par une programmation dont elle ne s’est pas encore libéré. On ne peut donc pas les considéré comme une forme de vie et encore moins comme une espèce d’êtres vivants.

    pour les réplicateurs de SG1, le cas est différent, leur niveau d’évolution est bien plus avancé. dans les dernières saisons de SG1, ils finissent même par former des unités à apparence humaines dotées d’une forme d’indépendance et de caractéristiques mentales proches de l’humain.
    ils s’adaptent à différents environnements qu’ils colonisent façon zergs (pardon de la comparaison…) et ils sont capables de réagir à diverses problématiques de façon efficace (ex : ils réussissent à modifier une technologie Asgarde de contrôle temporel censée les emprisonner pour l’utiliser afin d’accélérer leur progression technologique).
    dans un épisode on nous apprend que selon la façon dont ils sont conçu, ils peuvent développer une faculté à ressentir des émotions (ce qu’ils s’empressent de vouloir régler puisqu’ils considèrent ça comme une grande faiblesse).
    compte tenu de tout ça je pense qu’on peut sans doute les considérer comme une espèce d’être vivants, bien que non biologiques (ils sont apparemment constitué de millier de nanobots).

    pour ce qui est de la question androïde vivant et pensant, c’est une autre grande question éthique proposée par la SF (ça revient régulièrement un peut partout, même dans Alien !!!)

  • Cela colle bien avec la définition d’un être vivant de J. Doyne Farmer, on a affaire à une forme de vie artificielle. Petit aparté, cette grille de critères du vivant a cependant une faiblesse puisqu’elle utilise aussi de manière abusive le terme d’espèce, ce qui ne simplifie pas le débat c’est certain. Par contre si on utilise la définition du vivant de Callen, il nous manque la capacité à maintenir son intégrité et son organisation physique. Oui je sais je suis pointilleux, mais bon la notion de vivant était un de mes mémoires de master ^^

  • FG

    toujours pour les fameux réplicateurs de SG1, coté intégrité et organisation physique, il semble que les individu à forme humanoïde (puisqu’il y a différentes classes et donc, formes) puissent puissent maintenir leur intégrité physique sans peine mais qu’ils pussent aussi fusionner avec les autres réplicateurs afin de partager plus aisément les information.
    on note aussi une forme de contrôle des modèles humanoïdes sur ceux de classe mécaniques, et même une sorte de chaîne hiérarchique au sain de cette classe humanoïde.
    tout au long de la série on peut distinguer une vague similitude avec le fonctionnement structurel d’insectes sociaux (abeilles, fourmis et termites).

  • FG

    et j’ajouterais qu’on peut peut être voir poindre un début de structure chez les screamers de « planète interdite » lorsqu’on examine les différentes classes de machines.

  • Ok merci pour ces précisions FG, les screamers ont une sorte de puce électronique commune, on voit qu’elle est modifiée dans les nouvelles classes robotiques auxquels les personnages sont confrontés. Mais c’est plus un élément suggérant une évolution artificielle et finalisée.

  • eh bien XD Vous avez un langage assez soutenus les coco, un peu dur à suivre pour moi mais bon… j’ai pas forcément tout compris mais c’est interessant ! Je ne peux m’empêcher de penser que l’un des exemple d’androïde le plus connu est dans Star Trek TNG avec Data. La série pose sans cesse la question de savoir à quel point on peut dire que c’est une vie ou pas. Par contre point « d’espèce » ou de je-ne-sais-quel-terme mieux adapté puisqu’il ne peut se reproduire d’une quelconque manière et qu’il est le seul (ou presque) de son « espèce » (quand j’y pense, je crois que la vf dit « espèce », c’est ptet pas scientifiquement juste mais… quel terme donc vous utiliseriez à la place ?)

  • @ lael : genre, type, modèle, prototype, spécimen, unité…

  • Fou là là … Il est temps que j’aille me coucher, parce que j’ai rien compris. :’-(

  • Si ça peut te rassurer, tu n’es pas le seul… =P

  • FG

    rhooo voyons, on commence juste à rigoler !!!
    je suis sur qu’à nous tous on pourrait réussir à publier une distinction des spécimens et espèces non-biologique dans la SF !!! revenez !!!
    :D

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