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Mars – Geoff Marslett (2010)

Afin de découvrir une bonne fois pour toutes s’il y a une vie sur Mars, la NASA expédie trois astronautes sur la planète rouge. Hank Morrison et le docteur Casey Cook sont complètement concentrés sur leur travail, tandis que le dissident Charlie Brownsville se sent insulté dans sa mission, étant en charge de la liaison télévisée régulière envoyée sur terre pour captiver les téléspectateurs. Leur voyage interplanétaire n’est pas toujours de tout repos et les trois personnalités, finalement si différentes, ne peuvent pas s’empêcher de se contrarier mutuellement.

Comédie romantique d’anticipation scientifique, Mars utilise un style graphique proche de la bande dessinée grâce à un procédé novateur de modification des images filmées en contrastes saturés. Geoff Marslett anime ainsi une intrigue satirique, parfois cynique, teintée d’existentialisme.  L’exploration spatiale devient une exploration personnelle pour les trois membres de l’équipage. Les réponses à leurs interrogations sont sur Mars, mais sont-ce bien les mêmes questions qu’au départ ?

Ce film semble à première vue nostalgique de la conquête spatiale . L’introduction nous présente notre époque comme un reliquat de l’âge d’or des années 60-70. Il n’y a plus de volonté, et les acteurs de cette épopée spatiale sont blasés. Le réalisateur cherche-t-il en vain un but à l’exploration du cosmos ? Difficile de voir dans cette satire un hommage aux missions martiennes, mais plutôt un constat acerbe pointant du doigt l’essoufflement progressif des programmes spatiaux russes comme américains. Geoff Marslett se moque des politiques, des responsables d’agences spatiales, des programmes robotisés et de leurs mésaventures passées, de la recherche de traces de vie sur Mars; il fait un pied de nez au Moon hoax pour rebonditraussitôt sur les perspectives d’un vol humain vers Mars.  Jusqu’ici toujours repoussé aux calandres grecques à chaque nouveau président américain.

Voyager vers Mars apparaît comme un prétexte. Le véritable voyage est plutôt introspectif. Ces astronautes trentenaires livrent leurs visions désabusées du monde. Dans la solitude de leur vaisseau, ils recréent un huis-clos déprimant où chacun effectue sa propre analyse psychologique, non sans s’attirer l’indifférence voire le mépris de ses coéquipiers. Et pourtant, cette génération désabusée sait sortir de sa coquille lorsqu’elle doit surmonter de graves incident. La crise d’adulescence s’opère en orbite autour de Mars, et nos héros apaisent leurs craintes en s’ouvrant à l’amour et à la vie. Aller sur Mars est une parabole. Vivre, c’est foncer, avancer. Se laisser mourir, c’est tourner en rond, repousser toujours à demain ses opportunités, refuser de s’accomplir. Au final, la planète Mars, planche de salut psychologique de notre génération désabusée ?

Face à ces explorations psychologiques, le travail graphique de Mars peut paraître à double tranchant. Les contrastes d’images assez violents pour la rétine rebuteront les spectateurs les plus myopes et irriteront l’intérêt pour ce film. Les plus acharnés (ou ceux ayant encore une rétine en bon état) noteront le clin d’œil aux bandes dessinées et à l’univers graphique dans lequel baigne notre génération. Un moyen original de créer des effets spéciaux en écho aux pistes explorées dans ce film pour le moins original. Mars apparaît comme une curiosité sympathique, bien plus profond qu’il n’en paraît. S’il laisse assez sceptique après visionnage, les personnages restent à l’esprit assez longtemps pour laisser un bon souvenir et beaucoup de réflexions capturées en l’air.

Ma note : 15/20

Sélection officielle du Prix des Longs Métrages du Festival des Utopiales de Nantes (2010).

Site officiel du film : http://www.swervepictures.com/mars.htm

 

1 commentaire sur Mars – Geoff Marslett (2010)

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