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Cargo – Ivan Engler & Ralph Elter (2009)

Film présenté en compétition internationale dans le cadre des Utopiales de Nantes, Cargo est un long-métrage suisse (118 minutes) d’Ivan Engler et Ralph Elter, deux jeunes cinéaste qui réalisent ici le tour de force de nous présenter un film de science-fiction spectaculaire et abouti avec un budget de production très modeste.

Dans un futur lointain, en 2267, la Terre n’est plus habitable. L’humanité a trouvé refuge en orbite autour de son berceau originel et dans l’espace, à bord de stations spatiales sur-peuplées. Laura Portmann, une jeune docteur, n’a qu’un seul rêve : embarquer comme médecin de bord sur le cargo interstellaire Kassandra de la société spatiale Kuiper Enterprises et gagner ainsi suffisamment d’argent pour rejoindre sa sœur sur Rhea, une planète paradisiaque colonisée par quelques rares élus. Elle embarque à bord du vieux rafiot interstellaire depuis la principale station spatiale terrestre, un énorme complexe de cylindres O’Neill tournant sur eux-même pour générer une gravité artificielle.

Le voyage vers la station spatiale #42 doit durer 4 années standard. Les six membres d’équipage effectueront à tour de rôle des gardes de 8 mois et demi, tandis que leurs camarades seront plongés dans un cryo-sommeil. Un septième passager se présente alors, Samuel Decker, agent spécial mandaté par le gouvernement suite aux menaces terroristes d’activistes anti-technologie. Lorsque Laura prend son tour de garde, elle sombre peu à peu dans une profonde mélancolie. Ses seuls moments de bonheur restent les rares messages personnels qu’elle reçoit de Rhea. Mais alors qu’elle effectue ses répétitives tournées d’inspection du cargo, Laura entend de curieux bruits dans les coursives les plus reculées. Peu à peu, elle prend conscience qu’elle n’est pas la seule personne éveillée à bord du Kassandra

Cargo reste avant tout un projet très ambitieux. Les deux réalisateurs cherchent à renouer avec les films de science-fiction « réalistes » des années 70, ceux-là même qu’avait engendré l’étonnant 2001 de Stanley Kubrick. La rigueur scientifique reste donc une contrainte forte du cahier des charges que se sont imposés les deux cinéastes suisses. Un tour de force au vu de l’univers interstellaire mis en place dans le scénario. Les engins spatiaux sont donc relativement silencieux, mis à part lorsqu’une atmosphère diffuse les entoure, les bruitages sont restitués comme des bruits de basse en sourdine (compromis entre réalisme et spectacle), la gravité est générée par des mouvements de rotation des stations spatiales et vaisseaux interstellaires (avec juste quelques oublis en fin de film, presque un sans faute), les habitats spatiaux s’inspirent des travaux spéculatifs du fameux professeur de physique Gerard K. O’Neill… Un tel effort mérite d’être souligné !

Mais s’attarder avec autant de minutie sur le réalisme des effets spéciaux peut avoir un double tranchant, notamment concernant l’intrigue et les personnages. Il faut bien reconnaître que si le scénario présente quelques rebondissements intéressants, sa trame reste assez classique et s’inspire des thématiques actuellement à la mode dans le domaine de la SF. Il faut donc rechercher plus d’originalité dans les personnages et leur interaction avec le Kassandra, vieux bâtiment bon pour la casse à l’allure de sous-marin russe délabré. Impossible de ne pas se sentir claustrophobe en promenant son regard dans les couloirs glacés du navire, ni de claquer des dents lorsque s’ouvrent les portes massives des soutes maintenues à très basse température. Les membres d’équipage sont à l’image de leur navire. Le commandant est un vieil homme usé, bon pour la retraite, mais qui s’accroche à son bâtiment avec obstination. La première officier est aussi glaciale qu’un agent soviétique revenu de Sibérie. Les techniciens de bord me font penser à des naufragés désabusés, prisonniers du Kassandra, à la fois leur gagne-pain de misère et leur bagne. Laura et Samuel vivent une relation crue, entre attirance, mystère et répulsion. Leurs sentiments sont dépeints avec la même froideur que le Kassandra.

Décidément, rien ne semble pouvoir briser la sensation oppressante du vaisseau ! Le spectateur se retrouve à son tour embarqué sur cette caisse à savon interstellaire, plongé dans ce thriller spatial et sa course-poursuite mortelle à la recherche de ce mystérieux passager clandestin. Un film intelligent, haletant, qui parvient à accorder (avec peu de fausses notes) science-fiction, thriller et réalisme des effets spéciaux. Le tout en respectant un faible budget. Qui a dit que le cinéma SF n’était réservé qu’aux super-productions américaines ? Certainement pas nos deux réalisateurs suisses !

Ma note : 15/20

Distribution : à défaut de sortir dans toutes les salles, Cargo sera disponible en DVD et Blu-Ray dès le 23 novembre prochain.

 

15 commentaires sur Cargo – Ivan Engler & Ralph Elter (2009)

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