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On a marché sur Mars – Robert Zubrin

26 octobre 2015. Le vaisseau Beagle a atterri sur Mars. C’est un long voyage pour l’homme, un encore plus grand pas pour l’humanité ! A son bord, cinq astronautes se préparent à planter la bannière étoilée dans le sol martien : le pilote d’essai Townsend, commandant de la mission; l’ingénieure de vol Gwen, le géologue Luke, l’exobiologie et médecin Rebecca, et l’historien McGee. Après un long voyage dans l’espace, l’équipage touche enfin au but ! Leur séjour sur Mars, qui doit durer un an et demi avant la prochaine fenêtre de tir pour un retour sur Terre, leur permet de réaliser un programme scientifique chargé. Les premières dissensions apparaissent également, entre Gwen la croyante et Rebecca l’athée; Luke le géologue pétrolier et Rebecca la chercheuse académique; McGee le littéraire et l’équipage scientifique ou militaire.

Le groupe se retrouve cependant soudé suite à deux découvertes extra-ordinaires : la présence de pierres ultra-résistantes inédites sur Terre, et la découverte – enfin ! – de présence de vie microbienne dans le sous-sol martien ! Mais si cette dernière découverte révolutionnaire permet à la mission d’accomplir sa quête, elle provoque également une vague de protestations dans l’opinion publique américaine. Le succès de la mission martienne fait désormais place à la crainte que ces micro-organismes soient de puissants pathogènes sur Terre. Des mouvements écogoths et ultra-religieux manifestent en masse, soutenus par des « pseudo-intellectuels opportunistes » hyper-médiatisés. Les manifestants assiègent le Johnson Space Center de la NASA et dévastent ses locaux. Pire, dans la confusion, une série de nano-instructions sont envoyées à la mission martienne : ses réserves d’hydrogène liquide sont mises à sec, condamnant l’équipage sur Mars.

Mais les astronautes ne se laissent pas abattre. Alors que le gouvernement cède à la pression populaire et annule toute mission de sauvetage vers Mars, les cinq pionniers décident de survivre malgré tout, tels les Pères Pilgrims accostant en Amérique à bord du Mayflower. Avec les serres expérimentales de la mission, Rebecca met au point une agriculture sommaire, tandis que Gwen détourne une partie de l’énergie de la pile atomique pour créer un four à micro-ondes capable d’extraire la faible humidité du sol martien. Dans un second temps, l’équipage décide de produire son propre carburant chimique par électrolyse de l’eau, et découvre une nappe phréatique gelée capable de réaliser cet exploît.

Mais les sabotages se multiplient, et l’équipage manque de mourir à plusieurs reprises, victimes de ces actes de malveillance. Sur Terre, les mouvements écogoths et religieux appuient l’opposition aux élections présidentielles. Le succès – ou l’échec – de la survie des astronautes sur Mars est au cœur de tous les débats. Dans le JSC rénové, la bataille pour la survie des astronautes martiens fait rage. Qui sont les traîtres ? Qui manipule qui ? Quel terrible complot menace de tuer cinq astronautes et à qui profitera le crime ?

Robert Zubrin n’en est pas à son premier essai en matière d’anticipation scientifique. Cet ingénieur spatial, fondateur de la Mars Society, créateur du concept de Mars Direct (programme de vol habité vers Mars avec la technologie actuelle) et auteur de nombreux livres, a reçu en 2002 le Robert A. Heinlein Memorial Award pour « l’œuvre d’une vie entièrement consacrée à l’avènement d’une civilisation spatiale libre et développée ». Dans ce roman d’anticipation scientifique, tout le cadre scientifique se veut réaliste. Seul le récit de la mission appartient à la fiction. Cet effort de cohérence donne un récit passionnant, à mi-chemin entre la vulgarisation scientifique et le thriller SF. Associé à On a marché sur Mars, l’auteur offre en fin de livre un cahier technique passionnant, expliquant le principe du Mars Direct et sa relative facilité de mise en place. Les lecteurs souhaitant en savoir plus sont invités à contacter la Mars Society et sa branche française, l’Association Planète Mars.

Zubrin est un partisan convaincu de la Mars Society. Ce roman est une fois de plus l’occasion pour lui de démontrer la véracité de ses projets martiens. Afin de renforcer la qualité de sa plume, Zubrin a fait appel à Gregory Benford (chercheur en physique et écrivain, qui signe la préface du livre), James Cameron (qui dans le fond sait s’y débrouiller pour écrire des scénarios), Brian Frankie (pour les scènes d’alpinisme martien), Laurie Fox, Susan Allison et Kevin Anderson (juste en conseiller, je vous rassure). Le résultat est passionnant, haletant. L’intrigue technique tourne au thriller, sur Terre comme sur Mars, et les nombreux rebonds du récits scotchent littéralement le lecteur.

Mais le roman ne se limite pas qu’à la description technique d’un voyage martien. Autour de cette mission, sur Terre, des pressions néfastes cherchent à ruiner l’aventure. Zubrin dépeint avec beaucoup de cynisme le militantisme écologiste, les écogoths. Il leur fait lire un roman militant imaginaire, Enthalpie, dans lequel l’auteur Gary Stetson (un polémiste plus intéressé par les droits d’auteur que par le contenu de son roman) détourne le principe de thermodynamique pour en faire un indicateur de deep ecology. Surfant sur la vague médiatique, Stetson lance la rumeur d’un risque pathogène majeur des micro-organismes martiens. Relayé par des mouvements évangélistes radicaux, il se retrouve à la tête d’une contestation anti-NASA, Red-Peace, qui veut « sauver la Terre de la Peste Rouge ». Zubrin en profite pour critiquer fermement les mouvements religieux et écologistes. Décrits comme des adversaires de la science et de la technologie, ils apparaissent comme des contestataires obscurantistes, violents et dangereux. Ce n’est plus un portrait au vitriol, c’est du manichéisme pur et dur ! Les politiques ne s’en sortent pas mieux. Capables de sacrifier cinq humains sur Mars pour conserver leurs places, ils jouent avec la vie des astronautes comme d’autres jouent aux cartes dans une partie endiablée de poker menteur. La mutinerie des astronautes, qui refusent de « mourir gentiment » et se battent avec acharnement pour leur survie, est une allégorie du rêve martien de l’auteur, pris en étau entre la raison politique et le militantisme défavorable à la conquête spatiale. Zubrin est amer, et nous le fait savoir.

Le roman ne se limite pas à un réquisitoire contre les adversaires de l’exploration spatiale, fort heureusement. Il y a  en effet quelque chose d’heinleinien dans l’écriture de ce roman. Les personnages transcendent leurs différences pour accomplir un rêve pionnier, un défi humain repoussant les frontières et ouvrant de nouveaux horizons. Et pour accomplir ce nouveau rêve pionnier américain, les cinq astronautes s’appuient sur leur courage, leur liberté rebelle, leur rêve humaniste et leurs compétences en ingénierie. Du Heinlein tout craché. Cette intelligence mise au service de ces têtes brûlées leur permet de remporter de grandes victoires. Elle joue le rôle de lumière face à l’obscurantisme (religieux comme militant) et promet des lendemains radieux. En cela, l’ouvrage est lui-même un véritable plaidoyer militant en faveur de l’exploration spatiale. Si je suis convaincu moi-aussi par cette prise de position, je serai plus critique sur le rejet très violent de l’écologisme par Zubrin. Ce dernier n’insiste pas assez sur les avantages d’un développement durable intégrant une dimension écologique, qui n’est pas forcément opposé à l’exploration spatiale. Dommage que l’auteur ne propose pas de solution à une réconciliation entre les deux factions, et se borne à assimiler l’écologie à un militantisme deep ecology aussi violent (et détestable).

Excellent bouquin d’anticipation scientifique, quoique entaché d’un peu trop de manichéisme, On a marché sur Mars est un très bon roman d’aventure. Ce livre de planet-opéra réaliste saura sans aucun doute séduire les passionnés de conquête spatiale.

Ma note : 17/20

 

9 commentaires sur On a marché sur Mars – Robert Zubrin

  • Pas plus tenté que cela, je ne peux plus penser à Mars sans avoir en tête la trilogie de Kin Stanley Robinson (malgré ses longueurs).

  • Contrairement à Efelle, je suis très tenté. Il faut dire que j’ai été incapable de finir le premier tome de la trilogie martienne. Sorry !
    Mais je donnerai une seconde chance à Robinson.
    Quant au manichéisme, cela ne me dérange pas tant qu’on dénonce, non pas l’écologie, mais ses dérives totalitaires.

  • La trilogie martienne n’est pas un incontournable mais elle a mérite exploitée à fond la veine Hard SF. Depuis Mars ne me passionne plus…

  • Disons que pour ma part comme Efelle, depuis La trilogie de KSR je n’ai rien lu au niveau sur mars … Tellement d’aspects ont été abordés et si bien traités ( à mon avis bien sur …) que j’ai souvent peur d’être déçu avec les livres sur mars .

    Mais je dois dire que la critique de Guillaume a titillé ma curiosité et que j’irai peut être refaire un tour du coté de Vale Marinéris un de ces quatres …

    D’ailleurs j’ai dans un coin en attente de lecture la trilogie de greg Bear avec « reine des anges » « l’envol de mars » et « oblique » qui me fait clin d’oeil …

    Sinon Guillaume as tu lu la trilogie martienne a titre de comparaison ?

  • @ Benk : heu non je dois avouer que cela manque à mes lectures !

  • L’histoire fait penser très fort au roman de Gregory Benford, Les enfants de Mars(Presses de la Cité, 2001). Le principe est le même : une équipe pionnière est envoyée sur Mars puis laissée à l’abandon pour cause de crises politico-économiques. Je n’irai pas plus dans le détail, mais vraiment, le scénario est très proche. Zubrin non seulement conseillé, mais aussi inspiré par Benford ? Peut-être.
    En tout cas, pour la prochaine fois que j’ai envie de retourner sur Mars, je retiens le titre. Merci Guillaume.

  • C’est fort possible en effet, Blopromptu !

  • [...] SF : On a marché sur Mars – Robert [...]

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