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La Horde du Contrevent – Alain Damasio

Ce que je vais écrire dans cette chronique va certainement déchaîner une bourrasque de commentaires, un violent mistral de contestation, un ouragan de reproches. Mais qu’importe.  Si je tenais un blog pour y reproduire systématiquement les opinions mainstream de la blogosphère, quel en serait l’intérêt ? Car l’objet de mon ennui n’est autre que la Horde du Contrevent, ouvrage adulé sur le web. Hélas, je n’ai pas été transporté par la tornade littéraire d’Alain Damasio. En bon pilier de horde, je suis resté stoïque face au furvent, qui a glissé sur moi comme une légère brise. Je l’avoue, je reste assez étonné par l’emballement de la blogosphère pour cet épais roman de 700 pages, original et très bien construit, certes, mais qui ne mérite pas à mon humble avis cette déferlante d’éloges plus dithyrambiques les unes que les autres. Une analyse s’impose donc.

Ma lecture de cet ouvrage fut pour le moins chaotique. Débutée fin septembre, j’ai d’abord décroché au bout de cinquante pages, écrivant une première version de ce billet dans laquelle je m’excusais presque de ne pas avoir adhéré au récit ! Développant peu à peu mes critiques dans les commentaires, j’ai également repris ma lecture sur les conseils de Lael. Même si je parvins, dans les grandes lignes, jusqu’à la fin du pavé, cette seconde plongée dans la Horde du Contrevent m’inspira au final un avis encore plus défavorable.

Car à l’origine, cet ouvrage avait tout pour me plaire. Alain Damasio bâtit un univers imaginaire original autour d’un thème-clé : le vent. Ce monde fantastique, parcouru par de puissants vents soufflant de l’extrême-amont à l’extrême-aval, a du s’adapter à ces contraintes climatiques permanentes. Le long de son interminable continent, les villes et villages en forme de goutte d’eau tentent de survivre aux tempêtes cycloniques fréquentes. Des vaisseaux éoliens sillonnent les plaines d’une cité à l’autre. Depuis huit siècles, les hommes s’interrogent sur la nature de leur monde. Ils ont donc fondé la Horde, un groupe d’aventuriers aux professions variées ayant pour mission de remonter les vents jusqu’à leur source. En huit cent ans, trente-trois Hordes sont parties de l’extrême-aval. La 34ème sera peut-être la dernière, celle qui atteindra son objectif. Pour certains, cette quête est un devoir mystique, un objectif presque sacré. Pour d’autres, cet horizon est devenu un défi personnel, un combat permanent entre eux et le vent. Pour les plus sceptiques, enfin, il ne s’agit que d’une dangereuse et inutile chimère que la science devrait décourager.

Commençons par les points positifs, car il y en a, tout de même. Alain Damasio s’inspire du vent dans son écriture. Il invente un lexique spécifique pour ses vingt-trois compagnons de la Horde, rappelant les termes nautiques ou d’alpinisme. L’écriture même s’inspire d’Eole : phases courtes et saccadées lors des événements climatiques les plus violents, qui s’allongent alors que le vent décroît; dialogues hachés entre deux bourrasques; jeux de ponctuation mimant l’écriture du souffle du vent, comme une partition de musique; références multiples et érudites au vent dans les mythologies; évocation et positionnement des membre de la Horde selon des caractères typographiques propres.

L’intrigue, pourtant servie par un monde finement sculpté, ne m’a cependant pas transporté. Reconnaissons-le, les personnages sont psychologiquement très bien décrits, jouissent d’un tempérament haut en couleurs et s’insinuent dans des intrigues et réflexions métaphysiques liées à la certaine absurdité de leur quête. Mais en quoi ceci est-il si original que cela ? Le souffle du vent, analogie mystique aux religions, m’a bien retenu quelques temps, comme beaucoup de blogueurs ont pris le temps d’en débattre. Il y a aussi l’absurdité de cette quête, une perception erronée du monde qui s’effrite peu à peu alors que la Horde progresse, des réflexions métaphysiques intéressantes car mises en avant par un univers original. D’accord. Mais toutes ces qualités ne m’ont pas suffi. Le traitement de ces réflexions n’apporte dans le fond rien de nouveau. Tout ceci est bien trop long pour arriver à une conclusion déjà annoncée dans les premières pages. Trop de fantasy of manners dans ces pages interminables. Trop de scènes redondantes et inutiles ! Ces défauts ne me permettent pas de considérer roman comme un chef d’œuvre. J’ai du prendre un contre-vent.

Écrire une œuvre dotée d’un univers aussi colossal est en soit un remarquable exploit. Après avoir traversé un ouragan de difficultés d’écriture, Alain Damasio s’en sort sur ce planvictorieux. Incontestablement. A l’image du Golgoth meneur de Horde, il garde le cap tout au long du récit. Il sait où il va, et selon ses révélations sur ActuSF, il projette même une suite à ce roman qu’il imaginait initialement en diptyque. Talentueux, original, certes, mais dans son genre littéraire uniquement. comme beaucoup d’autres auteurs inspirés. Alors où est le chef d’œuvre indiscutable dans ces 700 pages ? Passée la découverte de l’imaginaire de Damasio, le bruit assourdissant du vent m’a fait rapidement décrocher. Car derrière ces 700 pages d’intrigue se cache un recyclage d’auteurs existentialistes revendu sous le verni de la fantasy. Original ? Écorchons un peu ce vernis que l’ouvrage perd déjà de son bel attrait. Car ce repompage philosophique reste un très gros coup de bluff. Et comme tout bluff, ça passe ou ça casse. Certains y verront un ouvrage génial, d’autres comme moi resteront assez dubitatifs sur cet étalage interminable d’existentialisme balancé à la face du lecteur. D’autres beaucoup plus méchants crieront même au snobisme, à la pédanterie et autres bassesses que je ne cautionne guère, mais ce n’est pas mon genre.

Si je ne peux pas renier la qualité d’écriture de ce roman, je demeure insensible à cette intrigue. Ce recyclage d’auteurs désormais classiques souffre de longueurs et serait indigeste s’il n’était pas soutenu par un univers original. Je décroche donc rapidement en cours de lecture. Damasio a certainement très bien compris que la veine « post-existentialiste », qui alimente encore la littérature générale francophone aujourd’hui, pouvait être adaptée dans un tout autre genre – à savoir la fantasy – et susciter le même engouement auprès des lecteurs. Personnellement, ce n’est pas vraiment ce genre de démarche mercantile que j’attends d’un auteur en littérature de l’imaginaire. Je souhaite donc bon vent aux lecteurs qui découvriront cet ouvrage, signé de la plume d’un auteur désormais incontournable de la SFFF française. Voilà, j’en ai fini à présent. Je vous laisse faire déferler les vents cyclonaux dans vos commentaires.

Ma note : 9/20

Lire aussi chez : cafard cosmique, Efelle, fin de partie, le sens du vent, RSFblog, valunivers, yozone, Tigger Lilly,

Mais ce repompage philosophique à la sauce fantasy reste un gros coup de bluff à mes yeux. Et comme tout bluff, ça passe ou ça casse. Certains y verront un ouvrage génial, d’autres comme moi resteront assez dubitatifs sur cet étalage interminable. D’autres beaucoup plus méchants ont même crié au snobisme, à la pédanterie et autres bassesses que je ne cautionne guère, ce n’est pas mon genre.

 

58 commentaires sur La Horde du Contrevent – Alain Damasio

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