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Une porte sur l’été – Robert Heinlein

S’il existe bien un génial inventeur en cette année 1970, c’est sans aucun doute l’ingénieur Daniel B. Davis. Cet esprit brillant, à peine la trentaine, a réalisé le robot ménager à tout faire. Une formidable invention appelée à un brillant avenir commercial. Mais Dave est aussi naïf que génial, et ses deux associés – son meilleur Miles ami et sa fiancée Belle – l’ont dépossédé de tous ses droits et brevets. Il ne lui reste plus que son chat Petronius le Sage, dit Pete. Les deux lascars sont inséparables, écumant même les bars ensemble pour chasser la mélancolie.

Pourtant, Dave n’entend pas se laisser aussi facilement abattre. Il veut aller de l’avant, et pas qu’un peu ! D’un bond de 30 ans, grâce à la technique d’hibernation du Grand Sommeil. Il transmet ses derniers biens à la petite Ricky, et s’apprête à plonger dans ce long et froid repos en compagnie de son chat. Cependant, Dave est une tête brûlée, et décide d’un dernier baroud d’honneur chez ses deux meilleurs ennemis avant cela. Bien mal lui en a pris : il se retrouve drogué contre son gré et envoyé de force au centre d’hibernation par des rivaux enchantés de s’en débarrasser aussi facilement ! A son réveil, privé de son chat et sans nouvelles de Ricky, il craint avoir définitivement perdu la partie. Sauf si… Les rumeurs d’une technologie à même de remonter dans le temps pouvaient lui donner un dernier atout !

Une Porte sur l’Été est ce que l’on pourrait appeler un roman mineur dans l’œuvre d’Heinlein. Le texte, narré à la première personne, rapporte les aventures de Dave, un héros assez en somme assez banal. Sa seule originalité reste sa complicité avec son chat Pete et l’hommage rendu à travers leur amitié au genre félin. Les personnages gravitant autour de Dave sont d’une construction classique et se cantonnent à des rôles collégiaux : le traitre, la femme vénale, l’ami sincère, la petite fille amoureuse du héros, le bon docteur, tout y est. Jusqu’aux caricaturaux chef de bureau, gardien de nuit et cheftaine-scout.

Comme souvent dans les ouvrages d’Heinlein, la technologie a la part belle. Une Porte sur l’Été offre tout un catalogue d’inventions futuristes pour ingénieur en manque d’inspiration : robots ménagers, planche à dessin, machine à voyager dans le temps, tout ceci dans un style rétro – l’ouvrage ayant été écrit en 1956. Mais qu’importe. Le roman tout entier valorise le génie créatif et le métier d’ingénieur, ce héros des temps modernes. Le texte aurait pu être sérieusement alourdi par des discours techniques futuristes supplémentaires. Heureusement pour le lecteur, Heinlein les expose par la propre plume de Dave, dans un style vulgarisateur, humoristique et ironique. « Avec des transistors et des circuits imprimés, on peut réaliser des miracles  » , nous explique Dave d’un ton désinvolte, entre deux boulons vissés.

Les romans majeurs d’Heinlein sont bien connus pour ses prises de position politique et ses analyses sociologiques. Une Porte sur l’Été apparaît au contraire comme une parenthèse distrayante. Aucun sens caché, aucune allusion idéologique, rien qu’une aventure à rebondissements exploitant aussi bien les thèmes des robots que des voyages dans le temps. La romance entre Dave et Ricky dégage à peine une note de lolita, rapidement étouffée par une honnête romance entre jeunes adultes (ha, la magie de l’hibernation ! On dort trente ans et la petite fille qui vous faisait du pied est devenue une plantureuse jeune femme !). Pas de quoi crier au scandale, juste un peu trop d’eau de rose dans l’encre à la fin de l’ouvrage.

Et pourtant, malgré ces ficelles trop grossières, Une Porte sur l’Été parvient à capter l’attention du lecteur, à la manière d’un bon feuilleton radiophonique. je ne retiens cependant pas grand chose de ce roman, qu’il serait inconcevable de comparer à des pièces maîtresses comme Étoiles, garde-à-vous ! ou Révolte sur la Lune, bien plus consistants.  Une Porte sur l’Été demeure une lecture très distrayante mais qui restera d’approche trop superficielle pour certains lecteurs, il me faut le reconnaître.

Lire aussi chez : Cafard cosmique, Galma, Lelf,

 

4 commentaires sur Une porte sur l’été – Robert Heinlein

  • Va savoir pourquoi mais celui ci ne m’attire absolument pas. Peut être la faute au 4e de couverture.

  • J’ai bien fait de m’abstenir en somme.

  • Même s’il reste très simple, je garde un bon souvenir de ce livre : celui d’un pur divertissement, d’une parenthèse comme tu dis

    Une lecture agréable qui m’a rappelé – je ne sais pas pourquoi – certains de ces contes de fée d’antan – peut-être parce qu’à l’époque où on me racontait ces contes j’étais incapable d’en saisir le sens…

    En tous cas, je le recommande à tous les fans d’Heinlein, et même les autres : c’est une belle occasion d’examiner une facette bien peu connue de cet auteur

  • [...] ! Val l’a aussi chroniqué. Pour ma part, enfin, j’ai publié les chroniques de Une Porte sur l’Été et de Marionnettes Humaines. J’espère n’avoir oublié personne pour ce debriefing de [...]

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