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Lovecraft is not dead !

Écrire un hommage à Lovecraft n’a rien d’exceptionnel. Tout amateur du créateur de Cthulhu se comptent par légions, et les textes élogieux se bousculent au portillon. Même Houellebecq y est allé de son bouquin. Le maître de l’horreur est devenu un auteur posthume mondialement connu, emporté bien trop tôt par un cancer en 1937. Roland C. Wagner a voulu aussi y aller de sa petite prose. Il n’y avait déjà plus beaucoup d’options. Pour se démarquer, il fallait innover. Aussi RCW n’a pas fait les choses comme tout le monde. En 1995, il publie aux Éditions de l’Astronaute Mort la nouvelle H.P.L. (1890-1991) (30 p.). Oui, vous avez bien lu, Lovecraft serait mort à 101 ans.

Prendre le parti de l’uchronie pour raconter la biographie de Lovecraft a quelque chose de jouissif. L’auteur de Providence est mort beaucoup trop tôt, inconnu du grand public et certainement sans avoir achevé son œuvre littéraire. Roland C. Wagner répare l’outrage en reliant réalité et uchronie. En 1937, Lovecraft a fait soigner son cancer à temps, et une opération chirurgicale lui a permis de se débarrasser d’une tumeur encore bénigne à l’intestin. Libéré du crabe infâme mais fauché par les frais médicaux, Lovecraft va devoir quitter l’écriture amateur qu’il affectionnait tant pour devenir professionnel.

Puisque nous sommes dans l’uchronie, autant que l’avenir nouvellement tracé de Lovecraft soit la plus belle possible. Ou plutôt, Roland C. Wagner ayant ressuscité Lovecraft, il ne se gène pas pour le faire évoluer selon ses désirs. Finies les tentations racistes du nazisme. Lovecraft a rejeté ses anciens démons, et plaide désormais pour des discours  de « gentleman bien trop à gauche  » , comme l’en raille son meilleur ennemi, Robert A. Heinlein. Une guerre lui a suffit pour devenir un progressiste plus ou moins proche du marxisme, adversaire écœuré de la chose militaire et de la bombe atomique, signataire en 1968 contre la guerre du Vietnam. Il devient un des auteurs fétiches de Campbell, jusqu’à ce qu’après avoir violemment attaqué Ron Hubbard, ce dernier lui ferme les portes d’Astounding Science Fiction. Il correspond avec Philip K. Dick, écrivent un livre tous deux ; il découvre le rock psychédélique et autorise un groupe à porter son nom (ce qui le mènera à la célébrité) ; il écrira même une œuvre majeure, dans laquelle un voyageur temporel sauve son peintre préféré d’une mort brutale pour découvrir quel artiste il aurait pu être sans ce drame !

Cette uchronie permet à Roland C. Wagner de placer Lovecraft au cœur de l’age d’or de la SF américaine. Par ce travail il montre comment sa disparition brutale en 1937 a certainement laissé un trou dans l’édifice. Lovecraft aurait pu être une pierre angulaire de cet âge d’or, à n’en pas douter. Ce Lovecraft uchronique est cependant un pur produit estampillé RCW. Transformer le personnage de réactionnaire de droite à progressiste de gauche, il fallait vraiment oser ! Reste que point de vue crédibilité, la question se pose ; mais ne sommes-nous pas dans le domaine de l’imaginaire ? HPL reste une projection uchronique très subjective, cependant l’exercice demeure intéressant, surtout qu’il ne peut que plaire à tout fan de Lovecraft.

Ma note : 14/20

Lire aussi chez : Efelle, Nébal,

 

29 commentaires sur Lovecraft is not dead !

  • RCW

    Merci pour la critique.
    Je récuse en partie la subjectivité de la projection uchronique. Le principe d’un glissement vers la gauche des opinions politiques de Lovecraft ne résulte pas d’un choix subjectif, mais d’une extrapolation réfléchie et raisonnée.

    On ne peut pas contester que Lovecraft évolue tout au long de sa vie sur le plan politique, et notamment pendant les dernières années, et que cette évolution se fait de la droite vers la gauche. Il ne faut pas non plus oublier que le champ politique est différent aux USA. Et puis, il fallait bien insérer HPL dans le contexte de la guerre froide. D’où l’idée de lui faire écrire le fameux texte sur la bombe nucléaire (un thème suggérée par Campbell, je crois) qui a valu à son auteur la visite des services secrets. (Bon, lui faire signer la page de Galaxie contre la guerre du Vietnam, c’était un peu trop, je le reconnais, mais tout juste.)

    Ce que je veux dire c’est que j’ai essayé de décliner le plus fidèlement le postulat de départ, en réservant les fioritures personnelles aux aspects “superficiels”. La subjectivité, on la trouve plus dans le choix de titres des textes uchroniques de Lovecraft que dans la trajectoire de sa vie après 1937. As-tu pensé à faire une recherche sur “I had too much to dream last night” ou “Anxious Color”, juste par curiosité ?

    Oui, je me suis bien amusé, mais ça n’impacte nullement le texte. J’ai simplement puisé dans une mine de titres donnée, sans aucun rapport avec HPL ou la SF, et elle était assez riche pour me donner un ensemble cohérent de titres uchroniques.

    Mais pour l’évolution politique de Lovecraft, je n’ai fait, je pense, que prolonger un processus observable.

  • Pouvait il glisser beaucoup plus à droite de toute façon… Dans la vie secrète de Cthulhu, Patrick Marcel évoque un jeune Lovecraft royaliste sauf erreur.

    Sinon histoire de faire ma pub : http://efelle.canalblog.com/archives/2007/05/05/4849473.html
    Je ne m’étais pas trop cassé sur celle ci.

  • FG

    je suis partagé entre curiosité et critique.

    le jeu de l’imaginaire que représente ce livre mérite un grand salut, mais l’adorateur du Maître de Providence que je suis ne peut passer sur des choses aussi énormes qu’un Lovecraft de gauche, écoutant du rock, ou adepte de la vie mondaine.

    ça reste une œuvre imaginaire et je respecte énormément ce travail, après de mon coté la figure de Lovecraft restera celle du névrosé raciste isolé capable d’arracher des morceaux à l’éther infernale pour nous les restituer dans ses œuvres.
    c’est quelque chose qui restera intouchable chez moi, même si H.P.L n’était pas politiquement correct il reste un des plus grand génie de la SF et du fantastique.

    mais beau travail en tout cas, certains y trouveront surement grande joie.

  • Si je dis portnawak, c’est trop bref comme analyse ?

    RCW aurait du lire la correspondance de Lovecraft, ça lui aurait évité de trop délirer.

  • RCW

    Euh… “adepte de la vie mondaine”, je ne vois pas à quoi tu fais allusion.

    En ce qui concerne le rock, deux choses : d’abord, il n’en “écoute” pas, on lui en fait écouter. Une fois. Lui, ce qu’il écoute, c’est précisé dans le texte, ce sont des compositeurs des XVIIe et XVIIIe siècle, un peu de jazz et Frank Sinatra.

    Ensuite, l’intrusion du rock psychédélique dans la (longue) vie de HPL est le fruit d’une extrapolation uchronique. Dans notre univers, où HPL est mort en 1937, il y a effectivement eu un nommé Bill Traut, qui a effectivement produit un groupe appelé HP Lovecraft. Si Lovecraft est vivant, il me semble logique que Traut vienne lui demander l’autorisation.

    Une dernière chose : Lovecraft était tout sauf “isolé”. D’une part, il a vécu à New York dans les années 20, et il a aussi fait quelques voyages. De l’autre, c’est quelqu’un qui a écrit plus de 100 000 lettres, une authentique figure du fandom de l’époque — d’où vont émerger des gens comme Robert Bloch ou Henry Kuttner. Lovecraft était un maillon important d’un réseau qui a continué à se développer après sa mort, et c’est peut-être le vrai sujet de la nouvelle.

    Ou pas.

  • RCW

    Euh, Gromovar, ce serait gentil d’éviter de dire n’importe quoi.

    Je prends bien soin de regarder la date des lettres quand j’en lis dans des recueils de correspondance. C’est très pratique quand on veut déceler un changement ou une évolution chez l’auteur des lettres en question. Notamment, voyons, un exemple au hasard, ah oui, notamment quand il s’agit de son opinion par rapport à un sujet aussi sensible que le nazisme.

    Donc : portnawak, c’est bel et bien trop bref comme analyse.

  • FG

    Lovecraft a vécut sa vie en reclus, la plupart du temps enfermé chez lui volets et rideaux clos, c’est un fait.
    son expérience de vie à New York fut un monumental fiasco et il s’empressa de retourner habiter chez ses tantes.
    ensuite, une correspondance écrite, même abondante comme celle de Lovecraft, ne fait pas de celui qui l’écrit quelqu’un de sociable pour autant (ou alors les millier d’ado qui n’ont d’autre compagnon que leur écran LCD sont des modèles de sociabilité).
    c’était quelqu’un de fort aimable dans ses lettres et dans la vie, mais il exécrait la société.

    d’autre part concernant ses opinions, je ne pense pas qu’elles aient changé tant que ça, dans sa correspondance il constate juste que la politique nazie a été un échec.
    il voit en Hitler un clown à la politique extrême, bien que les objectifs de départ aient été plein de bons principes…
    cependant cela ne fait pas de lui un gauchiste, loin de là, il reste très attaché de façon puritaine à ses valeurs aristocratiques et garde une haine féroce des immigrants, qu’il voit comme une bouillie informe sortie d’un limon puant et visqueux…
    il formulera juste quelque vagues regrets (uniquement théoriques) à la fin de sa vie concernant le déroulement de son existence et son désir d’accès au bonheur.

    je comprends quel a été l’objet de la nouvelle, et dans le fond je trouve ça fort respectable et éminemment sympathique, mais je trouve que le traitement est paradoxal avec la vie de Lovecraft.
    après ça n’est que mon opinion et je trouve déjà admirable d’avoir pris le temps d’écrire un bouquin sur ce mode uchronique.

  • Tout d’abord merci RCW d’avoir pris le temps de commenter mon billet, ce n’est pas fréquent de pouvoir échanger directement ainsi avec l’auteur (enfin je lis souvent des auteurs anglophones et/ou décédés, et là c’est un obstacle de taille, il faut dire).

    Moi cette subjectivité dans HPL, elle m’intéressait, à la base. Ne serait-ce que pour voir où cette uchronie allait mener le personnage. En plus la nouvelle est écrite avec plaisir, pour moi c’est quand même un plus appréciable.

    Oui c’est vrai, je n’aurais pas été dans la même projection imaginaire de HPL. Je suis ok sur le revirement de Lovecraft, mais je ne l’aurais pas vu comme ça. Le rejet du nazisme tel qu’on l’a connu pendant la guerre, oui, la description avant l’heure de la bombe A par HPL, très bonne idée d’insertion du personnage; le frittage avec R.A. Heinlein oui; leur réconciliation après s’être expliqués, oui, mais la re-querelle au sujet de la guerre du Vietnam non, en effet. En fait j’aurais bien vu perdurer plus d’idées réactionnaires chez HPL, que le revirement soit moins prononcé. Ce qui m’amène à une voie de garage parce que je n’aurais pas vu HPL aussi « ouvert » au rock psychédélique, mais je ne vois pas comment j’aurais pu remplacer ce passage-là pour que « ça colle » jusqu’au bout.

    Sinon, c’est vrai je n’ai pas assez parlé des nota-bene et notices littéraires qui basculent progressivement dans l’uchronie, ça valait le coup de m’en poser la question on penserait que je ne les ai pas vues. Là qu’est-ce que je peux dire ? Ben ouais, je les ai bien kiffé, comme disent les jeunes. Cela vaut le coup de les lire lorsqu’elles sont citées, dans le contexte de la nouvelle, terrible.

  • @ FG : non mais je te rassure, dans la nouvelle HPL le fait que Lovecraft corresponde beaucoup par courrier n’en fait pas un mondain ou un personnage « médiatique »; d’ailleurs comme écrit dans la nouvelle, HPL avait l’habitude de toujours répondre à une lettre qui lui était adressée, ce qui permet de débuter cette relation uchronique avec P.K. Dick; mais ce n’est pas pour autant qu’il aurait été un super-actif des réseaux sociaux du web 2.0 (pour faire une comparaison à nos moyens modernes de communication).

  • [...] This post was mentioned on Twitter by Skalp, Traqueur Stellaire. Traqueur Stellaire said: Lovecraft is not dead !: Écrire un hommage à Lovecraft n’a rien d’exceptionnel. Tout amateur du créateur de Cthulh… http://bit.ly/dtMhpa [...]

  • @RCW : Du point de vue fictionnel tu fais ce que tu veux, loin de moi l’idée de te dire ce que tu dois écrire, mais je crains quand même que tu prennes des désirs, peut-être sympathiques, pour des réalités possibles. Lovecraft, paix à ses cendres, était un névropathe obsédé par les questions d’origine et de pureté biologique. Qu’il se détache à un moment du nazisme, dont d’ailleurs je ne vois pas comment il a pu y être attaché à part en pensée, ne change rien à ce qui fait sa structuration mentale profonde.
    C’est un Wasp caricatural qui écrit qu’il aime le Texas parce que il n’y a pas trop de juifs et que les nègres s’y tiennent à leur place (je cite).
    Dans sa correspondance par exemple on trouve les lettres qu’il écrit à ses amis pour décrire les quartiers immigrés de New-York et ces textes sont très proches de ceux qu’ils utilisent pour décrire ses monstruosités (par exemple dans Horreur à red Hook). Il est frappant de constater à quel point le lexique qu’il utilise pour décrire le réel est proche de celui qu’il utilise dans ses oeuvres de fiction.
    Que Lovecraft ait une évolution politique au fil de sa vie, sans doute, mais les fondamentaux que sont le passé, le sang, l’origine, la volonté discriminatoire, ne me semblent pas susceptibles de transformations radicales, précisément parce que’on est là dans ce qui constitue le coeur inconscient de la culture lovecraftienne tel qu’il transparait sans cesse dans ses écrits.
    Ce texte, que je n’ai pas lu (je parle donc sous les controles pointilleux de Guillaume et de RCW) nous en dit finalement peut-être moins sur HPL et son hypothétique évolution politique que sur RCW et son envie de voir un auteur qu’il admire être plus conforme à sa vision politique du monde.

  • RCW

    Mon pauvre Gromovar, RCW, qui n’a jamais prétendu être un “admirateur” de Lovecraft, n’a pas non plus eu spécialement envie à un moment ou à un autre de le voir “plus conforme à sa vision politique du monde”.

    RCW il ne fonctionne pas comme ça, tu vois ?

    Mais alors, pas du tout.

    D’un autre côté, comme tu n’as pas lu le texte, je reconnais qu’il t’est difficile de dire quelque chose de pertinent à son sujet. M’est avis qu’il devrait passer au crible de tout ce que tu évoques ci-dessus.

    Si j’avais le temps, je discuterais bien cette histoire de “fondamentaux”, parce le racisme “scientifique” en a quand même pris un sacré coup dans les dents depuis la (vraie) mort de Lovecraft et le départ en fumée de quelques six millions de personnes. Mais ça m’amènerait à aborder les subjectivités collectives, et ce n’est pas un sujet qu’on traite en cinq minutes, ni en cinq heures.

    Au fait, c’est quoi ces histoires sur la “vision politique du monde” ? Je croyais que ces conneries étaient enterrées depuis le début des années 80 et la mort de la NSFFP.

  • RCW

    De toute manière, le truc le plus invraisemblable dans la nouvelle, c’est qu’il décide de devenir écrivain professionnel. Là, j’ai hésité, quand même. Mais sinon ça ne marchait pas, il mourait de faim.

  • @RCW Commençons par poser que je ne peux en aucun cas être ton pauvre Gromovar. Il me semble avoir été civil avec toi, essaie de l’être avec moi.

    Il m’aurait été facile de faire semblant d’avoir lu HPL (il y a suffisamment de review ici et là), je ne l’ai pas fait. Mais je sais lire :

    Finies les tentations racistes du nazisme. Lovecraft a rejeté ses anciens démons, et plaide désormais pour des discours de « gentleman bien trop à gauche » , comme l’en raille son meilleur ennemi, Robert A. Heinlein. Une guerre lui a suffit pour devenir un progressiste plus ou moins proche du marxisme, adversaire écœuré de la chose militaire et de la bombe atomique, signataire en 1968 contre la guerre du Vietnam.

    et chez Nébal :

    C’est l’occasion de voir Lovecraft changer, aussi. Pourquoi pas ? Nous sommes dans l’uchronie, tout est imaginable : alors, autant construire un Lovecraft idéal, débarrassé de ses plus vilains aspects… Le Lovecraft que nous connaissons était un salaud de réactionnaire, antisémite, raciste et un temps pro-hitlérien ? Mais l’homme a eu le temps de changer : matérialiste convaincu, il se distancie de toute pseudo-science, condamne le racisme et le nazisme, joute en pro-démocrate contre un Heinlein aux tentations totalitaires ; il est même suspecté un temps durant la « chasse aux sorcières » ! Un Lovecraft de rêve est nécessairement de gauche…

    « Un Lovecraft de rêve est nécessairement de gauche » est une assertion que je ne fais pas mienne. Mais nonobstant mon opinion, je persiste à penser que faire de Lovecraft un homme de gauche sur le tard dépasse mes maigres capacités à la suspension d’incrédulité. Désolé.

    Enfin, concernant la NSFFP, ces conneries sont peut-être enterrées comme tu dis, j’ai plutôt l’impression qu’elles sont devenues dominantes sur le plan idéologique ce qui fait qu’elles n’ont plus besoin d’exister institutionnellement (voir L’appel d’air d’ActuSF, voir toute la production de La Volte, voir la remarque « évidente » de Nébal, etc…)

  • RCW

    Mais je suis civil, moi aussi.

    Bon, sérieusement, tu ne peux pas me reprocher à moi que Nébal pense qu’un Lovecraft de rêve est nécessairement de gauche. Je ne cautionne absolument pas la pensée nébalienne.

    D’ailleurs, en relisant l’extrait de sa chronique, je me rends compte que tu ne peux même pas faire confiance à sa description.

    Par contre, celle de Guillaume est fidèle : Robert Heinlein raille effectivement Lovecraft en le traitant de gentleman trop à gauche. Mais c’est ce que dit Heinlein, rien ne prouve que ce soit l’opinion de l’auteur du texte, et comme c’est Heinlein qui le dit, une certaine ironie est envisageable.

    En fait, même la description de Guillaume pose un problème : lorsqu’il dit que HPL devient un « progressiste plus ou moins proche du marxisme », il commet en fait une erreur d’interprétation du texte. HPL ne s’y rapproche certainement pas du marxisme, mais un épisode de sa vie que je ne révèlerai pas (je vais pas tout raconter, non plus) l’amène à dénoncer la manière dont le « pays de la liberté » traite les marxistes à l’époque de la chasse aux sorcières, ce qui n’est pas du tout la même chose.

    Pour la pétition contre la guerre du Vietnam, je crois bien que j’ai tiré à pile ou face.

    En résumé, tu te bases sur deux chroniques écrites par de sales gauchistes qui ont donc intérêt à faire croire à leur lectorat de vilains petits gauchistes qu’on va leur vendre du gauchisme pur jus.

    C’est tout le problème avec les gens de gauche : on ne peut vraiment pas leur faire confiance.

  • tu ne peux pas me reprocher à moi que Nébal pense qu’un Lovecraft de rêve est nécessairement de gauche. Je ne cautionne absolument pas la pensée nébalienne.

    Tu as raison. C’était vil de ma part.

    C’est tout le problème avec les gens de gauche : on ne peut vraiment pas leur faire confiance.

    Comme quoi, on peut tomber d’accord ;-)

    Mon intérêt est tellement éveillé maintenant que je vais acheter, lire et chroniquer HPL, alors que sur la base du résumé ce n’était pas mon intention, mais il faut que j’en ai le coeur net. Je te tiendrai au courant.

    Et Guillaume pourrait lancer le challenge « HPL chronicle », où tout le monde devrait chroniquer l’ouvrage ;-)

  • Petit aparté en orbite autour d’un point Godwin.

    Pour les profanes (oui y’a pas de honte) qui lisent ce fil, traduction de NSFFP : nouvelle science-fiction française politique.

    Concernant le racisme scientifique il n’est malheureusement pas mort. Il puise toujours sa source dans des idées associées au darwinisme social et perdure dans des pseudo-études nauséabondes cherchant toujours à différencier des races dans l’espèce humaine. La fin de la seconde guerre mondiale a réveillé bien des consciences, mais des polémiques contemporaines ont pris le relais dès les années 50.

    Donc, pourquoi pas imaginer que tout en rejetant Hitler et le nazisme, HPL continue à flatter quelques pensées « eugénistes ».

    Mais pour revenir au marxisme, oui j’ai trouvé ça trop gros et l’épisode relative à HPL face à la chasse aux sorcières marxistes m’a semblé peu convaincant. Si j’avais une proposition à y faire, j’aurais par exemple imaginé que : « HPL, refroidi par les thèses eugénistes du darwinisme social et dérives nazies, se soit emballé publiquement en faveur du lyssenkisme. Les fédéraux flairant l’apôtre marxiste essayent de le prendre la main dans le sac ».

    @RCW : de toutes façons les gauchistes c’est le mal :D

  • De toute manière, le truc le plus invraisemblable dans la nouvelle, c’est qu’il décide de devenir écrivain professionnel. Là, j’ai hésité, quand même. Mais sinon ça ne marchait pas, il mourait de faim.

    Je vois pas comment faire autrement sur ce point.

  • Et pour le « HPL chronicle » ? ;-)

  • @ Gromovar : j’ai été très vil ces derniers temps pour engranger rétroliens et commentaires, cela pourrait finir par se voir.

  • FG

    bon pour mettre tout le monde d’accord et en acte de solidarité avec un certain pasteur américain, je propose un autodafé d’ouvrage marxistes et communistes en récitant quelques passages du Nécronomicon !!!
    à vos briquets bande de poulpes !!!

  • RCW

    @ Gromovar : je suis curieux de voir ce que tu vas en penser.

  • RCW

    @ Guillaume : On peut imaginer ce qu’on veut, du moment que l’ensemble reste cohérent, et il est clair que pour arriver à cette cohérence il peut arriver que l’auteur tire un peu les cheveux de la spéculation uchronique. Dans le cas que tu cites (la chasse aux sorcières et tout ça), l’idée est de mettre en scène un Lovecraft soupçonné (évidemment à tort, ça me semble flagrant dans le texte) de sympathies communistes, et de montrer, par la réaction de Heinlein, que la solidarité entre auteurs de SF dépasse les clivages politiques. Les raisons pour lesquelles on le soupçonne sont en fait sans importance, puisqu’on était alors dans un climat propice à la délation.

    Ce qui est clair, en tout cas, c’est que les idées racistes et eugénistes de Lovecraft ne sont pas vraiment le sujet du texte. Par exemple, il n’est pas fait mention de sa réaction au mouvement pour les droits civiques du début des années 60.

    Entre les options alternatives et les potentialités laissées de côté, il y a toujours de quoi retoucher une uchronie, tout simplement parce qu’on ne peut pas tout traiter. La carte n’est pas le territoire, alors les lecteurs ont tendance à rajouter des trucs dans les zones blanches, ce qui entraîne de leur part une interprétation du texte.

    HPL, c’est un texte à lire avec l’esprit bien ouvert.

  • RCW

    Intéressant. Perso, je ne suis pas un grand fana de biographies non plus. Pourtant, j’aime bien le passage sur “il n’y a pas de grands hommes, etc.”, mais le truc, c’est justement le fait que c’est une uchronie personnelle, ou individuelle, et pas un grand machin historique avec des bordes d’anonymes pris dans la tourmente du tourbillon de l’histoire, ça c’est un autre projet. Alors évidemment si tu n’adhères pas au principe, bah tant pis, et puis ça ne t’a apparemment pas empêché d’apprécier le jeu de la fausse érudition.

    Cela dit, tu n’as pu t’empêcher d’interpréter légèrement. Sauf erreur de ma part, il n’est plus fait mention dans le texte d’une quelconque position politique de Lovecraft après 1954, donc on ne sait absolument pas si HPL évolue vers « plus de progressisme » ensuite, soit jusqu’en 1991, et rien dans les textes évoqués ne me semble révélateur.

    À moins que tu ne considères que le fait de commencer à écouter du jazz à 77 ans est un truc spécifiquement de gauche, évidemment.

  • De fait tu as raison, je n’adhère pas au projet.

    Concernant la politique, ya pas l’affaire de la guerre du vietnam quand même après 54 ?

    Amicalement.

    Tu sais je crois sincèrement que si la critique est facile, l’art est difficile.

  • RCW

    Oui, zut, tu as raison, il y a le coup du Vietnam. Je sais pas pourquoi, je l’oublie toujours.

    D’un autre côté, tu l’aurais vu soutenir l’intervention US ?

    Je pourrais bricoler une explication pour chaque attitude, et même une qui repose sur la xénophobie de Lovecraft, en fait. Juste pour dire que ce point aurait peut-être nécessité des précautions oratoires.

    Mais ce qui est fait est fait, alors bon.

  • @ RCW : et pourquoi pas, dans un commentaire précédent, tu nous expliquais que tu as eu toi-même du mal à trancher la question lors de l’écriture. Mais bon, pour reprendre la formule de Gromovar, c’est plus facile de « refaire le match » que de le jouer.

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