Le Canal Ophite – John Varley
Voici six siècles, les Envahisseurs ont chassé les humains de la Terre. Depuis ce jour, l’homme a trouvé refuge dans le système solaire. Ses connaissances scientifiques ont été fortement améliorées par la découverte d’un signal extra-terrestre, le Canal Ophite, transmettant à l’aide d’un puissant laser un flot continu d’informations technologiques. Sur Luna, le politicien Tweed prépare en secret un vaste plan de reconquête de la Terre. Dans des laboratoires secrets, placés en orbite autour de Jupiter, des clones illégaux de savants sous les ordres de Tweed cherchent à mettre au point des armes capables de chasser les Envahisseurs. Mais comment combattre un ennemi dont on ne connait quasiment rien ?
Lilo est une jeune biologiste, condamnée à mort pour avoir enfreint les Lois de Bioéthique sur l’ADN humain. Alors qu’elle attend sa sentence, Tweed la libère secrètement. Il l’oblige alors à rejoindre les Libres-Terriens et à collaborer avec lui. Lilo refuse à de nombreuses reprises, mais chaque tentative d’évasion conduit à son exécution, et un clone prend sa place. Les plans de Tweed sont cependant contrariés par un événement inattendu. Le Canal Ophite diffuse en boucle un avertissement. Les humains doivent impérativement régler leur facture d’abonnement au Canal dans la décennie à venir, sous peine de sanctions sévères. Les Ophites sont-ils capables de traverser l’espace interstellaire pour mettre leurs menaces à exécution ? Et si oui, seront-ils capables de chasser les Envahisseurs ? Pour les Libres-Terriens, cet avertissement sonne tout aussi bien comme un nouvel espoir.
Le Canal Ophite (The Ophiuchi Hotline) est le premier roman de John Varley, paru en 1977. Ce livre de space-opéra, écrit d’une traite sur un « coup de tête » , étonne avec sa forme narratrice assez novatrice mais encore brouillonne. Varley y expose sa vision spéculative du clonage, de la chirurgie esthétique, de la place de l’homme dans l’univers, et caricature non sans humour les réseaux câblés d’information. Varley surprend, fait mouche. Son style progressif dévoile l’intrigue par une succession de séquences narratives très cinématographiques. Le caractère inachevé de l’ouvrage désoriente fréquemment le lecteur, mais l’impressionnant effort de description de son univers force à continuer la lecture, jusqu’à reprendre pied dans l’intrigue. Le roman sait donc séduire, et le succès fut rapidement au rendez-vous (certains critiques le qualifiant de « Nouvel Heinlein ! »). Par la suite, ce premier roman devait servir de base à sa célèbre série des Huit Mondes.
Roman explosif, à la progression parfois déstructurée, Le Canal Ophite est une réflexion misanthrope sur l’homme. Dans l’univers de Varley, notre espèce n’est pas considérée par les races dominantes comme une espèce intelligente. Elle n’est qu’un animal habile, parasite de la Terre que les Envahisseurs chassent au profit d’être plus intelligents (les baleines, les dauphins et les cachalots). Notre entêtement nous empêche de véritablement progresser, et nous ne pouvons exploiter qu’une infime fraction des données émises par le Canal Ophite. Pour survivre dans cette galaxie, il fait savoir évoluer. Cela se peut par une symbiose avec les créatures photosynthétiques intelligentes des Anneaux, ou bien en osant briser les tabous moraux portant sur notre génome. L’homme est à deux doigts d’échouer, et le Canal Ophite entend lui forcer la main.
Le génie génétique et l’éthique sont omniprésents dans le Canal Ophite. Lilo est une jeune généticienne surdouée. Ses travaux d’amélioration génétique de plantes productrices de viande l’ont rendue assez riche pour financer ses propres travaux de recherche. La jeune femme n’a qu’une obsession : briser le tabou de l’ADN humain, pour le bien de ses semblables. Ses activités clandestines causeront d’ailleurs sa perte et le début de ses aventures. La curiosité insatisfaite du chercheur se heurte ici à des règles bioéthiques sévères, un garde-fou pourtant transgressé par les sociétés des Huit Mondes, qui autorisent toutes sortes de modifications chirurgicales dans des buts esthétiques ou sexuels. Dans le futur imaginé par Varley, le corps humain est devenu un objet comme un autre, mais l’ADN conserve un caractère sacré.
Le paradoxe apparaît également dans le recours aux clones. Chaque citoyen est libre de faire enregistrer sa psyché, mais nul ne peut créer de son vivant un clone de sa personne. Il ne peut y avoir qu’un seul exemplaire actif de chaque génotype humain [1]. Les échantillons biologiques prélevés en vue du clonage ne sont donc utilisés que lors du décès de l’individu. Cependant, la technique de transfert de la mémoire crée un duplicata de la personne, mis à jour selon les enregistrements effectués à une date précise. Les clones ne se transmettent pas la psyché de manière linéaire. Ce sont de nouvelles branches. Les humains du système solaire se leurrent en croyant avoir ainsi vaincu la mort. Ils ne font que permettre à une copie de continuer à exploiter leur psyché, mais l’original est irrémédiablement condamné à mourir. Il est curieux que cette société futuriste, si à cheval sur l’éthique de l’ADN, s’évertue à reproduire le corps et l’esprit à volonté; John Varley s’amuse entre les lignes de cette hypocrisie.
Le Canal Ophite m’a beaucoup inspiré. Cette œuvre réfléchie, parfois brouillonne mais débordant de cynisme, ouvre les portes de l’univers de John Varley. Ce n’est qu’un début, nous promet la conclusion de ce premier roman, et j’ai bien envie de poursuivre le voyage.
Ma note : 16/20
[1] Dans Le Canal Ophite, John Varley ne fait pas de distinction claire entre génotype et phénotype. Même si pour les besoin de cette chronique j’ai retenu sa définition, je rappelle toutefois qu’il s’agit d’une grossière erreur en biologie.




Intéressant et en plus il s’agit d’un Folio SF. Qu’entend tu par brouillon au fait ?
A la lecture, les enchaînements de plans séquences (son style est très cinématographique) manquent de raccords assez efficaces, et les actions de ses personnages s’enchaînent parfois comme par flashs hachurés, on sent qu’il s’est lancé d’un seul jet dans le roman.
De Varley j’ai lu La trilogie de Gaïa…j’en garde un excellent souvenir, je vous la conseille
one more pour le Summer Star Wars
. j’ai publié un billet qui rentre dans le challenge ce soir. je ne referai pas mon retard mais j’avance j’avance.
il t’en reste combien à chroniquer ?
@ Lhisbei : il ne m’en reste plus qu’un à chroniquer pour rentrer dans les délais du challenge !
Ok mais si tu as envie d’en chroniquer un de plus n’hésites pas hein
ça se calme un peu en ce moment.
J’en ai un en cours à la fois pour le défi Summer Star Wars que pour le défi Heinlein. Je ne me souvenais d’ailleurs pas qu’il était aussi violent dans le discours.
Sinon Varley ce n’était pas un proche d’Heinlein ? Par le style ou sa vie ? Pas le temps d’aller voir le Bifrost concerné.
Si je me souviens qu’il était interviewé au sujet d’Heinlein dans le Bifrost consacré. Il en disait tout le plus grand bien, mais je n’ai pas le numéro sous la main non plus.
@ Efelle : j’attends de lire ton billet
(j’aimerai bien engranger une dizaine de billets de plus d’ici la fin du mois, histoire de faire « péter le compteur » et les liens qui vont bien avec.)
Je crois que tant Guillaume que moi même avons bien donné dans ce défi.
Au fait les inscrits ont ils déjà tous participés.
Désolé Guillaume mais c’est toi qui a transformé ton blog en forum.
C’est amusant, j’ai l’intention de le lire dans les jours à venir celui-là… Histoire de continuer ma participation au Summer StarWars !
Tu m’as donné envie avec ce post. Je garde Varley en mémoire.
Je lis « Up Jim River » pour le challenge en ce moment.
Et je fais comment avec ma PAL raz la g….. moi ? Ben je l’ajoute à Lal dans un premier temps !
Si j’avais pas une PAL si fournie je m’y intéresserais sur le moment.
Je me permets aussi de te demander si un partenariat entre nos deux blogs t’intéresserait. Je débute, certes, mais je pense avoir du contenu de qualité (il te suffit de jeter un oeil), et je recherche avant tout des partenaires de qualité également.
Mon blog :
http://foudre-olympienne.over-blog.com/
Ben tu devrais lire la suite
je l’ai fait bien des années apres, et j’ai tout devoré ( certaines nouvelles sont encore bien au dessus du Canal)
on trouve une description de l’univers des « huits mondes » ici
http://en.wikipedia.org/wiki/Eight_Worlds