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La Planète des singes – Pierre Boulle

Au cours d’une croisière interstellaire d’agrément, un couple de riches touristes découvre une bouteille dérivant dans l’espace. A l’intérieur, un manuscrit relatant les aventures d’Ulysse Mérou et de sa famille, ayant fui avec sa famille un épouvantable fléau qui menace l’espèce humaine :

Ulysse Mérou faisait partie de la première expédition interstellaire, partie de la Terre en 2500 en direction de Bételgeuse. A son bord, trois membres d’équipage – le Pr. Antelle, le second Arthur Levain et le narrateur Ulysse – peuvent vivre en autarcie pendant la durée du voyage à vitesse relativiste. A leur arrivée, les explorateurs humains découvrent une exo-planète habitable, qu’ils baptisent Soror, comparable en de nombreux points avec la Terre. Les trois compagnons ne tardent pas à atterrir sur ce nouveau monde, où ils découvrent une bande d’humains sauvages. Les terriens sont frappés par leur découverte inattendue, mais également par la bestialité de ces humains, incapables de communiquer par le langage. Alors que les trois voyageurs tentent de rentrer en contact avec ces humains, un groupe de chasseurs attaque la colonie forestière. Les humains affolés tentent d’échapper aux coups de de fusils tirés par des gorilles !

Séparé de ses compagnons, Ulysse se retrouve captif des primates chasseurs.  Cédé à un institut scientifique, il y est étudié comme un animal sauvage. Seule une jeune chimpanzé scientifique, Zira, découvre sa véritable nature. Elle persuade Cornélius, son fiancé, qu’Ulysse représente la découverte majeure de la science simiesque. Ulysse, reconnu publiquement comme un être doué d’intelligence, est libéré. Il fonde un foyer, une famille, et participe aux travaux de Cornélius et Zira sur les origines de la civilisation simiesque. Mais alors que la vérité se dévoile peu à peu, une terrible frayeur s’empare d’Ulysse et de ses compagnons chimpanzés… Et si leurs découvertes pouvaient les mettre en péril, tous les trois ?

Pierre Boulle est un auteur mondialement célèbre pour ses deux romans majeurs, Le Pont de la rivière Kwai (1952) et La Planète des singes (1963). Ce héros résistant de la Seconde Guerre Mondiale est un écrivain aventurier, spécialiste de l’Asie du Sud-Est et pionnier de la science-fiction française d’après-guerre. Dans La Planète des Singes, il livre un récit fort, haletant, au dénouement brutal. Pierre Boulle y remet en question la notion d’humanité. Sur la planète Soror, les singes sont des êtres pensants et les humains des animaux sauvages. La science simiesque s’évertue à étudier les singes, en capturant un grand nombre pour ses laboratoires scientifiques, tandis que les gorilles traditionalistes en perpétuent la chasse lucrative. Ulysse se retrouve à la place du cobaye, subissant toute une batterie de tests censés rechercher la moindre preuve d’intelligence dans son comportement. Entre les sages Orang-outans se bornant à l’étude des réflexes pavloviens chez les humains et les intelligents Chimpanzés apportant des éléments novateurs à la science simiesque, la guerre académique fait rage. D’abord objet de discorde, Ulysse devra se battre pour démontrer son intelligence, et non plus être considéré comme un « humain dressé ».

La présence d’hommes et de singes identiques sur cette exo-planète, élément de pure fiction, reste donc un prétexte tout à fait acceptable pour créer cet intriguant effet de miroir. Toute l’ironie des sciences biologiques, notamment de l’éthologie, est soulignée dans ce roman inversant les rôles entre le chercheur et le cobaye, non sans humour. Le thème a à peine vieilli. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux singes captifs dans leurs cages, que l’on étudiait à l’université en cours d’éthologie, et qui ne témoignaient d’une profonde déprime au travers de leurs comportements stéréotypés. Le malaise gagne en intensité lorsque Ulysse visite le laboratoire de neurosciences, où d’insoutenables expériences de lobotomisation partielle d’humains y sont effectuées. L’écœurement du lecteur est à la hauteur de l’efficacité de ces expériences, comme prend un malin plaisir à le souligner Pierre Boulle.

Enfin, le texte ne serait pas aussi prenant s’il n’utilisait pas quelques concepts de physique relativiste pour rendre suffisamment crédible ce premier voyage interstellaire. L’effort de scientifiction y est remarquable, preuve que pendant l’âge d’or de la SF américaine, nos auteurs français n’étaient pas en reste ! Entre réflexion sur l’humanité et voyage spatial rêvé, La Planète des Singes fascine autant qu’il dérange, et vous réserve un agréable moment de lecture.

Ma note : 17/20

Summer Star Wars

 

10 commentaires sur La Planète des singes – Pierre Boulle

  • FG

    lu il y a une bonne dizaine d’années maintenant et ta chronique me rappelle combien cette lecture avait été agréable.
    merci donc pour ce petit article bien riche (comme toujours)

  • preuve que pendant l’âge d’or de la SF américaine, nos auteurs français n’étaient pas en reste !

    Et oui, autre temps, autre moeurs.

  • Tu as bien fait de ne pas m’attendre, j’aborderai Pierre Boulle dans le cadre de mon omnibus SF plus tard, sûrement l’année prochaine.

    Ce que j’aime chez lui c’est la fluidité du texte avec des fins à l’ironie mordante.

  • Je me souviens aussi m’être bien régalé avec un de ses recueil de nouvelles parues chez Presses Pocket à l’époque. c’était vraiment pas mal.

  • Oui c’est vraiment très fluide : lu en une seule soirée, d’une traite. C’est dire !

  • Bonne idée, merci à vous !

  • Dis moi Guillaume, tu as un secret pour lire aussi vite, parce que moi… je lis trop lentement!

    Mais La Planète des Singes c’est pas plus du planet opera que du space opera? Enfin de ce que je me souviens du film… jamais lu le livre. Mais je l’ai dans ma PàL.

  • Oui, il y a une méthode, avec un rythme de 100 pages max lues par jour (tout de même…) par tranches de 50. C’est un peu comme tout jeu cérébral, au début tu as du mal à tenir le rythme, mais peu à peu tu parviens à lire très vite et bien !

    Pour la Planète des Singes, le récit correspond tout de même au journal de bord d’un voyageur interstellaire, récupéré dans l’espace par un voilier stellaire; le cadre est très space-opéra même si bien entendu l’aventure se déroule sur une planète. Mais en space-opéra, il faut avant tout que l’intrigue ait une envergure interstellaire.

  • Un gros coup de coeur pour ce court roman ( et un peu de chauvinisme, l’auteur est de chez moi! cocorico!!). Presque plus philosophique que vraiment SF, mais c’est exactement le genre que j’apprécie.
    Et une chute d’un cynisme absolument réjouissant, un peu dans le goût de Fredric Brown, un de mes chouchous absolus soit dit en passant, quel dommage qu’elle ait été supprimée dans les deux adaptations ciné, car elle amène une relecture de tout ce qui a précédé.

    Prochaine lecture Boullesque en attente, Les Jeux de l’esprit…

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