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Dracula – Bram Stoker

Impossible de parler de littérature fantastique et vampirique sans aborder Dracula, le célèbre personnage de Bram Stoker, devenu un véritable mythe moderne amplifié par le cinéma. L’ouvrage, écrit en 1897, reste une référence en matière de fantastique, mêlant épouvante et psychologie. J’avais été agréablement surpris de recevoir grâce à Gromovar un exemplaire de cet ouvrage, lors du swap Cinéma du printemps dernier. Le clin d’œil cinématographique était bien vu de sa part. Profitant d’une lecture commune avec les compères Efelle et Lhisbei, je me suis retrouvé plongé dans l’ambiance sauvage de la Transylvanie, les tempêtes violentes contre les jetées de Whitby et l’atmosphère oppressante de Londres.

Dracula est un monument de la littérature, et je serai bien en peine d’apporter dans ma chronique une quelconque analyse nouvelle. Mais puisque l’occasion m’en est donnée, il reste tout de même quelques fausses idées auxquelles j’aimerais rompre le cou. Premièrement, Bram Stoker n’a pas inventé le mythe du vampire. Sa représentation moderne apparaît dans la littérature gothique dès 1819, avec The Vampyre de John Polidori, sur une idée de Lord Byron. Stoker revisite le mythe du vampire en lui apportant deux nouveaux éclairages. Stoker s’inspire du voïvode Vlad Ţepeş (1431-1476), seigneur de Valachie particulièrement célèbre pour avoir facilement recours à l’empalement, et dont le surnom de Dracula resta associé aux rumeurs de satanisme que lui affublèrent ses adversaires de l’époque. De plus, Stoker fait de son vampire non pas qu’un monstre à l’apparence humaine, mais aussi un homme damné, un réprouvé victime de sa propre malédiction, dont l’immortalité en fait un mort-vivant inspirant à la fois pitié, haine et épouvante.

Ce roman victorien reste également célèbre pour mélanger érotisme et épouvante ; le vampire convoite l’innocente Lucy, les rapports entre Jonathan Harker et Dracula évoquent une certaine note d’homosexualité, aspect que développera notamment Murnau dans son Nosferatu. Parmi les scènes les plus intéressantes sur ce plan, notez les tentatives de séduction d’Harker par trois femmes vampires ou la non-vie de Lucy.

Le style épistolaire du Dracula de Stoker crée une distance entre le lecteur et les personnages ; le récit nous parvient de manière indirecte, par l’intermédiaire de lettres, extraits de journaux intimes et coupures de presse. Le lecteur est pris à témoin d’une affaire rapportée sur pièces. L’enchaînement de narrateurs aux témoignages subjectifs crée une mosaïque de regards jetés sur l’affaire. Le choix d’un roman épistolaire interdit en premier lieu tout dialogue direct entre les personnages. Le scepticisme de la société victorienne force ses contemporains au silence ; l’accumulation d’événements fantastiques ne s’ébruite pas, mais est consignée sur papier. Soit parce qu’avouer publiquement son effroi serait une faute, soit pour rapporter un fait divers ne méritant pas plus que quelques lignes dans la gazette locale ou dans sa correspondance privée, mais au combien révélateur pour le lecteur averti.

Le vampire tire d’ailleurs sa force de ce silence ; il évolue dans l’ombre et sait tisser son réseau de complices sachant rester muets. Jonathan Harker, prisonnier chez le Comte Dracula, tente d’alerter des tziganes sur son sort. Mais ces derniers restent sourds à ses appels, ceux-là sont déjà réduits au silence par leur collaboration avec le vampire. Lorsque les adversaires du vampire se retrouvent menés par le Dr. Van Helsing, le silence est brisé. Commence alors une terrible chasse au vampire, au prédateur de la nuit…

Roman envoûtant, plongeant son lecteur au cœur de l’épouvante, Dracula souffre cependant des fioritures typiques d’un roman victorien. Un défaut qui finit par rendre certains passages ennuyeux, et que des auteurs comme Poe surent éviter dans leurs propres textes fantastiques. Il n’en reste pas moins que lire Dracula permet de partir à la rencontre des origines mêmes du mythe moderne du vampire, un voyage d’épouvante qu’il serait dommage de rater.

 

8 commentaires sur Dracula – Bram Stoker

  • FG

    merci pour cette bonne critique.
    bon en passant je préfère toujours les « fioritures victoriennes » de ce genre de roman à la mélasse infâme que nous servent les œuvres vampiriques d’aujourd’hui…

  • J’ai modifié ma chronique en conséquence. ;)

    Rien à redire, il n’y a que les marivaudages de Lucy qui m’ont parus longs.

  • A l’exception des « fioritures victoriennes » que j’apprécie toujours, j’adhère à ton avis. Je n’ai pas trouvé mieux sur les vampires jusqu’à présent. A la limite, si on considère qu’il y a de ça dans « Un peu de ton sang » de Sturgeon, qui a en plus réutilisé le procédé formel de Stoker, je dirais que c’est le seul qui lui arrive à la cheville. Et j’ai aimé Carmilla de Le Fanu dont Stoker s’est inspiré pour le côté « origine du mythe » et Riverdream de George R. Martin pour le plaisir de la lecture.

  • Peut on te demander ton avis sur Anne Rice, Isil ?

  • Je n’ai pas lu ses histoires de vampire, c’est un manque à ma culture vampirique. J’ai lu une histoire de sorcière (je crois) qui m’a prodigieusement ennuyée. Je le lirai un jour pour ne pas mourir idiote mais sans conviction à priori.
    Et comme personne ne me le demande, je précise que je n’ai pas fini Twilight (mais le film est très drôle, involontairement bien sûr)

  • Les fioritures victoriennes faut aimer, c’est sûr. Mais j’irai pas jusqu’à leur préférer les niaiseries bit-litt, je vous rassure ! :D

  • bon bon bon. j’ai raté quelque chose. faut que je rattrape ça :)

  • [...] de ces deux auteurs majeurs du courant fantastique du XIXème siècle ! Le bon Dr. Van Helsing de Stoker n’est plus cet homme de science luttant contre la perversion de Dracula, le voilà devenu un [...]

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