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Le printemps d’Helliconia – Brian Aldiss

Sur Helliconia, le terrible hiver touche à sa fin, après cinq cent ans de règne. Son cycle orbital complexe autour de ses deux soleils entre dans une nouvelle phase, et un court printemps s’apprête désormais. A sa surface, humains et phagors se partagent les maigres ressources de l’hiver. Tous vivent dans le souvenir légendaire de temps plus cléments. Alors que les premiers signes d’un redoux apparaissent, Yuli le chasseur nomade perd son père, capturé par les phagors. Dans son errance, il découvre Pannovial, la cité troglodyte, où les hommes cherchent à fuir le grand froid. Mais Yuli devenu prêtre refuse ce mode de vie cloîtré et remet en question l’ancien ordre établi. Il lui préfère la dure vie des nomades sur les étendues gelées. Dans les ruines de pierre d’un ancien palais, au bord d’un lac gelé, les chasseurs ont établi leur campement. Cette maigre tribu, que Yuli va conquérir, deviendra au fil des courtes générations humaines le cœur d’un bouleversement technologique, mu par le réchauffement climatique. Avec le dégel, l’humanité du paléolithique se mue en néolithique, puis en âge de bronze, et enfin en âge de fer. Le printemps voit refleurir l’humanité, et les phagors s’exilent à nouveau vers les dernières contrées gelées, fuyant l’interminable été qui s’annonce sur Helliconia.

Brian Aldiss, auteur britannique émérite de science-fiction, voulait créer son propre univers, et dresser un tableau romanesque de l’évolution de notre civilisation. L’idée d’Helliconia lui vint alors : un monde fort semblable au nôtre, à la différence près qu’une année y dure aussi longtemps que l’histoire de l’humanité. Sa première vision exposée à des amis et collègues scientifiques, il transforma ce deux rêve en un univers plus mûr. Helliconia connaîtrait bien des saisons interminables, mais en raison de son système solaire binaire. Son orbite autour de Batalix, une étoile au rayonnement plus faible que celui de notre soleil, dure 490 jours. Mais Batalix orbite elle-même autour d’une étoile géante, Freyr, en une révolution elliptique de 2592 années terriennes. La faible Batalix ne permet pas de réchauffer suffisamment Helliconia, le dégel ne s’opère que lorsque l’étoile se rapproche de Freyr. Le monde d’Helliconia n’a pas toujours connu ces cycles astronomiques majeurs. A l’origine, Batalix était seule, avant d’être capturée dans le champ gravitationnel de Freyr. Les premiers nés, les phagors, parcouraient alors leur monde gelé. L’arrivée de Freyr provoqua de puissantes transformations géologiques et écologiques, et de nouvelles espèces évoluèrent en conséquence. Les rares primates présents sur Helliconia donnèrent une race d’humains, s’épanouissant l’été et régressant l’hiver. Depuis ces temps, les phagors et les « fils de Freyr » comme ces derniers appellent les humains sont en guerre constante pour le contrôle de la biosphère helliconienne.

Cette fable teintée d’écologie planétaire resterait une belle construction de planète-opéra si les Terriens n’y rajoutaient pas leur discret grain de sel. Discrète touche de space-opéra, une station orbitale surveille discrètement Helliconia depuis des siècles. A son bord, des scientifiques terriens étudient avec attention le plus spectaculaire sujet d’étude en planétologie. Toutes les données recueillies sont envoyées vers la lointaine Terre, où l’étude d’Helliconia et de ses peuples captive les scientifiques comme le grand public. Véritable planète-laboratoire, Helliconia est également un programme de télé-réalité mondialement suivi sur Terre. Avec son millier d’année-lumière de différé, l’émission passionne notre planète. Curieux sentiment que notre humanité regardant par la lorgnette d’une station spatiale cette analogie qu’est Helliconia. Car aucun terrien ne peut venir explorer directement la planète. Il circule dans sa biosphère un virus à ARN, le virus hélico, mortel pour les Terriens. Sur Helliconia, il est véhiculé par les tiques, et est responsable de deux grands vagues d’épidémies lors des brusques changements de saison : la fièvre osseuse et la mort grasse. Ce mal vient jouer un rôle modérateur dans les populations mondiales de phagors et d’humains helliconiens, assurant discrètement le contrôle et la préservation de ses écosystèmes face aux deux espèces dominantes.

Le cycle d’Helliconia débute comme un laboratoire de l’imaginaire. Brian Aldiss s’évertue à dresser le portrait scientifique d’un monde de S.F. particulièrement complexe. Tour à tour astronome, géologue, écologue, ethnologue et archéologue, Aldiss s’appuie sur les remarques et discussions de scientifiques pour rendre son univers le plus crédible possible, et nous place dans la même situation que ces Terriens. Le biologisme omniprésent que jettent les scientifiques sur Helliconia fait place sur Terre à la passion des spectateurs pour ces lointains héros. Un certain sentiment de malaise persiste toutefois à la lecture de ce roman. Certes, la science justifie ce non-interventionnisme terrien comme un acte de foi éthique respectant l’évolution singulière d’Helliconia. Mais ce prétexte sert également de merchandising sur Terre, et écœure peu à peu le lecteur. Le spectateur terrien se réjouit du drame sans cesse répété que vivent les civilisations humaines et phagors à la surface de la planète ; est-ce là une perversion justifiée par la vertu scientifique ? L’éthique de ce roman repose dans ce questionnement sans cesse renouvelé, entre humanisme et biologisme.

De cette observation à la loupe et en accéléré d’une civilisation humaine, qu’en retient le lecteur ? Intérêt ou amusement ? La réponse est encore une fois dans le roman. Tout comme les spectateurs terriens abandonnent les vastes amphithéâtres de diffusion des années durant lorsque rien de nouveau ne se déroule sur Helliconia, le lecteur décroche à intervalles réguliers devant les scènes à rallonge développées au fil du texte. La lenteur du récit permet de créer un effet temporel, une longue mais inéluctable transition alors que l’hiver s’achève et que l’été s’annonce. Malgré les inévitables moments d’ennui qui jalonnent la lecture de ce tome, il est gratifiant d’en achever la lecture. La tableau d’ensemble est riche, haletant, dépeint avec un rare souci de minutie par un auteur convainquant. Helliconia mérite à coup sûr son titre de cycle classique de la S.F., l’œuvre ne demande qu’un peu de patience à son lecteur pour lui livrer toute son essence.

Ma note : 16/20

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9 commentaires sur Le printemps d’Helliconia – Brian Aldiss

  • Jamais rien lu d’Aldiss mais ta chronique me fait carrément envie. Définitivement dans la LAL.

  • Rien à redire à ta chronique, nous sommes totalement d’accord notamment concernant ses quelques défauts.

  • Je l’ai lu il y a une quinzaine d’années et j’en ai gardé un assez mauvais souvenir, la faute à ces longueurs que tu évoques ; pourtant, lire les tomes suivants me démange toujours un peu, parfois : il faudra que je relise celui-ci avant de m’y lancer toutefois, et ta chronique m’y encourage :]

    @ gromovar : Aldiss est un auteur fascinant sous bien des aspects, je te conseille en particulier « Croisière sans escale » (Non-stop, 1958), qui a un peu vieilli bien sûr mais reste néanmoins intéressant ; et puis bien sûr « Le Monde vert » (Hothouse, 1962), qui n’est pas franchement plus jeune mais auquel je voue une affection toute personnelle…

  • Val

    J’ai lu ce cycle il y a bien longtemps. Les longueurs qui ont du me peiner à l’époque ne me viennent pas à l’esprit aujourd’hui. J’en garde le souvenir de personnages très attachants et d’un univers très particulier propre à Brian Aldiss.

  • Il faut que tu lises Croisière sans Escale !
    J’ai d’ailleurs été surpris de recevoir un message du fils d’Aldiss annonçant les 85 ans de l’auteur sur Facebook.

  • Gurgeh

    j’ai découvert la SF il y a… pfffff 20 ans déjà… grâce à Helliconia ! l’univers est fascinant, la réflexion qui suit la lecture bien réelle. j’ai lu le cycle plusieurs fois depuis sans jamais me lasser. pour les longueurs, à part le prologue du 1er volume, je ne partage pas… et j’aime tout particulièrement l’ambiance lancinante de l’Eté d’Helliconia. bref, un chef d’oeuvre de monde-univers que je placerais peu derrière les cadors comme Hypérion.

    PS : je découvre ton site, intéressant et bien fait, félicitations

  • Merci Gurgeh pour ton commentaire !

  • [...] Opera : Le Printemps d’Helliconia – Brian [...]

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