Au bout du labyrinthe – Philip K. Dick
Sur la planète hostile de Delmak-O, quatorze colons s’installent sur une planète à la nature capricieuse, changeante et dangereuse. Alors qu’ils perdent tout contact avec l’état-major interstellaire de ce secteur de la galaxie, ils doivent faire face à des crises hallucinatoires inspirées par leur environnement hostile. Les illusions se succèdent, alors que les morts mystérieuses s’accumulent autour d’eux.
Au bout du Labyrinthe s’apparente à un Dix Petits Nègres à la sauce space opéra, mais n’a rien du polar à la Agatha Christie. Tout n’y est qu’absurdité, folie et crises hallucinatoires. Roman au bord permanent du naufrage, il n’en reste pas moins une étrange expérience de la détresse psychique dans laquelle était plongé son auteur au moment de son écriture.
Au début des années 1970, P.K. Dick est au plus mal. Sa femme Nancy Hackett l’a quitté avec sa fille, Isa. Il vit désormais en marginal dans sa maison californienne, ouverte à tous les hippies, junkies et squatteurs de passage. Il expérimente de nouvelles drogues, sombrant dans de longues périodes de délire. Lors de ses moments de lucidité, il cherche à se faire interner en hôpital psychiatrique, mais sans succès. Il publie durant cette année 70 deux ouvrages, Au bout du Labyrinthe et Message de Frolix 8. Deux livres qui suivent Ubik (1969) et Coulez mes larmes, dit le policier (1974). Une époque forte dans la vie de l’auteur, et dont ses futures œuvres garderont la trace, que ce soit dans le recours aux narcotiques (Substance mort) comme dans la recherche d’expériences mystiques (L’invasion Divine).
Mais revenons Au bout du labyrinthe. L’avant-propos de l’auteur, plutôt décousue, sonne comme un mélange mal digéré d’expériences psychotiques sous fond de crise existentielle. La fameuse expérience vécue de Maggie Walsh, qui lui aurait été inspirée à l’aide de L.S.D., est décrite de manière fade et conventionnelle. De même les différents personnages, censés représenter des facettes de sa personnalité déprimée, restent de tragiques bouffons et reflètent plus du désespoir de l’auteur que de la crise psychotique. Le fameux Coulez mes larmes, dit le policier exprime tout aussi bien, sinon mieux, la mélancolie et la déprime de Dick. Quelques références aux autres œuvres de Dick apparaissent ici et là; les structures réplicatrices de Delmak-O évoquent par exemple la nouvelle Autofab (1955). Comme souvent chez Dick, la compréhension des sciences et techniques reste hasardeuse, le caractère « scientifique » de sa SF reste relégué au second plan. Peu importe l’exactitude de ses propos, la technique ne sert que de problématique psychologique supplémentaire, sans prétention visionnaire.
Alors, si ce roman ne parvient pas à mêler efficacement hallucinations, psychologie et rêverie, que lui reste-t-il ? Probablement l’expérience mystique, avec l’écriture d’une théologie réfléchie et crédible, basée sur la déclinaison d’une divinité aux multiples facettes. Et le talent de rendre ce livre au combien imparfait aussi passionnant qu’intriguant. Peut-être pas la meilleure œuvre de Dick, mais sans aucun doute un ouvrage remarquable du maître.
Ma note : 16/20





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J’ai lu quasiment tout ce qui avait été traduit de Dick dans ma jeunesse. Cela remonte à plus de 25 ans maintenant. J’ai donc tendance parfois à confondre quelques titres. Ce qui est sûr c’est que j’ai lu ce Au bout du labyrinthe et que j’en ai un excellent souvenir. Nébuleux mais excellent.
@ Arutha : j’ai lu pas mal de récits de Dick il y a maintenant dix ans, je me refais une relecture à l’occasion avec délectation
ha c’est toujours un plaisir de se replonger dans les fantasmes futuristes du tonton Phiphi.
plein de bons moments me reviennent passés à dévorer ses recueils de nouvelles.
j’ai une préférence particulière pour les fins qu’il donne presque à chacune de ses œuvres.
en bref, du très grand monsieur.
(et si tout les camés étaient aussi productifs le monde serait surement encore plus chouette)
Comme le résume parfaitement l’un de mes amis, un Dick mineur vaut souvent bien plus que l’oeuvre majeure d’une foultitude d’écrivains.
Je n’ai pas accroché à ce livre parce que j’ai trouvé le final très décevant, du style « et il se réveilla de son cauchemar », quelque chose comme ça. Je ne m’attendais pas à ça de la part de Dick je dois dire…
Merci d’aider à faire connaître Philip K. Dick, mon auteur de science fiction préféré qui n’en finit pas d’inspirer les scénarios de nombreux films contemporains, de Blade Runner en passant par Total Recall, Paycheck, Minority Report en tout récemment Inception. Bonne continuation !