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Planète SF

L’Enfant tombé des Etoiles – Robert Heinlein

Depuis des générations, la famille Stuart a pour curieux animal de compagnie une créature extra-terrestre baptisée Lummox. Montée sur huit pattes, l’étrange monstre à l’allure de dinosaure débonnaire pèse plusieurs tonnes et possède un insatiable appétit pour tout ce qui peut lui tomber sous la gueule ! John Thomas Stuart est le jeune héritier d’une illustre lignée d’explorateurs spatiaux. Il a désormais la garde de Lummox, comme son père Senior avant lui.

Mais Lummox est devenu énorme, et son parc ne lui suffit plus. Il s’offre un beau matin une petite fugue qui l’emmène jusqu’au proche centre-ville. Mais sa rencontre avec d’autres humains tourne au vinaigre. Traqué, affolé, Lummox provoque de terribles dégâts en ville. Capturée par la police, John Stuart a le plus grand mal du monde à sauver son pauvre compagnon. Au Ministère des Affaires Spatiales, cette affaire de province prend de plus plus d’importance alors qu’un doute envahit les diplomates : et si Lummox n’était autre que cette princesse extra-terrestre, que les siens réclament à la Terre sous menace de destruction de l’espèce humaine ? John Stuart et son amie Betty n’en ont pas fini d’aller d’aventure en rebondissements !

L’Enfant tombé des Etoiles (The Star Beast) est paru en 1954 chez l’éditeur Scribner’s. Ce roman s’inscrit dans la période des Heinlein’s Juveniles (1947-1958), période durant laquelle Heinlein, en contrat chez Scribner’s, publiait pour chaque fin d’année un ouvrage destiné à la collection jeunesse de l’éditeur. Comme à l’accoutumée, Heinlein ne cherche pas à infantiliser ses jeunes lecteurs mais cherche à alimenter leurs propres réflexions sur la société, tout en les familiarisant avec des concepts scientifiques vulgarisés. Comme il l’écrivit à L. Blassingame en 1959, le public jeune est pour lui plus réceptif aux sujets « lourds » que ne le sont leurs parents. Pour Heinlein, la science-fiction devient un moyen de s’adresser aux plus jeunes sur des sujets sociétaux et politiques, tout en leur apportant le plaisir d’un univers imaginaire de SF.

Mais Heinlein n’insulte ni ne rabaisse jamais l’intelligence de ses jeunes lecteurs. Il ne fait pas de propagande politique, ne pose pas de pièges en laissant ces esprits jeunes s’identifier à des personnages moins positifs ou au comportement double. Entre les lignes apparaissent les leçons de politique et de morale d’Heinlein, aux valeurs centrées sur l’humanisme et la tolérance. Heinlein aime faire parler des personnages un peu en retrait de la société, au regard d’observateurs critiques qui vont amener le jeune lecteur à décortiquer la société de manière logique, pour leur faire mettre le doigt sur ses contradictions. Le jeune lecteur s’offusque donc rapidement des injustices, des lenteurs de l’administration bureaucratique ou des travers de certains de ses concitoyens. Le mentor n’est jamais gourou. Les jeunes héros d’Heinlein gardent toujours leur libre arbitre. A l’image de l’auteur, véritable esprit libre à qui il serait dans le fond impropre de coller des étiquettes politiques.

Dans l’Enfant tombé des Etoiles, l’aspect politique développé concerne la diplomatie et les affaires étrangères. Heinlein y joue avec le feu ; son tour de force fera sourire les lecteurs adultes mais fournir à son lectorat jeunesse une stupéfiante leçon de politique. Pour sauver Lummox comme la Terre, la diplomatie reste la seule et unique arme de l’humanité. Aussi les personnages adultes identifiés comme « positifs » par Heinlein vont s’évertuer à œuvrer dans ce sens. Mais qu’est-ce que la diplomatie, sinon un imbroglio de stratégies de paroles, d’actions et de gestes ? Heinlein montrer comment des notions d’habitude négatives dans l’esprit de jeunes lecteurs, comme le mensonge, la manipulation ou la flatterie, peuvent se révéler des outils puissants mais délicats à manier. La politique est une science difficile, dangereuse, où les notions de bien et de mal sont difficilement discernables. Il faut réfléchir au-delà des apparences, distinguer des schémas stratégiques globaux, et alors les bonnes actions ressortent des mauvaises actions.

Le personnage de Betty est à ce titre le plus intéressant. Cette jeune héroïne, femme libre et indépendante, prend la défense de John et de Lummox à plusieurs reprises. Elle n’a de cesse de décrypter avec son franc parler les manœuvres politiciennes auxquelles John ne comprend rien. Elle lui démontre comment ces manières que John désapprouve sont en vérité les seuls moyens qui permettront de sauver Lummox. John est un jeune garçon intrépide, mais le véritable cerveau de ce duo juvénile reste la jeune Betty. Jeune, intelligente, tolérante, libre, belle et désirable, Betty est le personnage auquel les lecteurs adolescents ont peut-être le plus accroché. Son antithèse est incarnée par la mère de John. Cette veuve acariâtre, castratrice envers son fils, raciste envers Lummox et renfermée dans son rôle de femme au foyer n’inspire pas beaucoup de sympathie. Au diplomate Sergueï, elle lance avec mépris « je me suis fait une règle de vie de ne jamais m’intéresser à la politique ». Heinlein enterre littéralement ce personnage avec une telle réplique. Alors qu’il s’évertue à montrer que seule la politique bien menée peut sauver Lummox, le rejet de cette même politique par les paroles de Mrs. Stuart, qui souhaite se débarrasser de Lummox, finit de convaincre le lecteur de l’intérêt de la leçon de diplomatie du roman.

La principale star de cet ouvrage reste la débonnaire Lummox, cette créature présentée comme primitive au début de l’ouvrage et qui s’avère être l’une des créatures les plus puissantes de la galaxie en fin de roman. Le texte présente d’abord la famille Stuart comme propriétaire de Lummox. Par un tour de force désopilant, Heinlein renverse la situation et révèle comment Lummox a passé ces dernières décennies à « élever des John Stuart » et compte bien continuer ce loisir sur sa planète. Les valeurs s’inversent, ce sont les hommes qui deviennent les créatures primitives. Sans leur diplomatie, leur panache et la tolérance anti-raciste des héros du roman envers les autres peuples de la galaxie, les humains auraient certainement été détruits par les représailles des hrotiens. La leçon d’Heinlein possède ses propres garde-fous : la politique, le jeu trouble de la diplomatie, oui, mais pas sans valeurs humanistes de tolérance et de progrès des peuples.

D’une lecture facile et agréable, L’Enfant tombé des Étoiles est un bon exemple des fameux Heinlein’s Juveniles. Son style désopilant fera sourire le lecteurs, tandis que les messages positifs d’Heinlein ainsi que sa description à la loupe de la diplomatie en apprendront plus sur son regard éclairé sur la société de ses contemporains.

Ma note : 16/20

Lecture commune avec Cachou, Lelf, Trillian.

Summer Star Wars


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12 commentaires sur L’Enfant tombé des Etoiles – Robert Heinlein

  • Faut que je l’offre à mon fils.

  • Ah ben, il va falloir que je le lise.
    Après en avoir jugé, sans doute que je l’ajouterai à la liste des livres de SF à mettre entre des mains d’enfant…

  • J’ai beaucoup aimé (oui, j’ai réussi à le finir dans les temps, mais pas encore à écrire ma chronique). Je n’en dirais pas autant que toi, vu que c’est que mon 2è Heinlein, mais j’ai encore une fois apprécié l’humour et la légère poésie qui se dégage de ses histoires.

  • J’ai découvert gamin la SF en lisant de vieux livres jeunesse dans la même veine, qui appartenaient à mon père. L’univers est bon mais le style a bien vieilli; le plus dur sera de retenir l’attention de nos chères petites têtes blondes d’aujourd’hui :D

    @ Gromovar : tu en feras peut-être un ingénieur, beaucoup de scientifiques de la NASA avouent avoir découvert leur vocation en lisant les Heinlein’s Juveniles !

  • Je n’ai pas trop accroché je dois dire, la faute certainement aux lectures très intenses que j’ai faites en même temps (ça joue quand même).

    Lelf l’a lu aussi pour la lecture commune? (auquel cas je la rajouterai à mon article ^_^)

  • Salut! Meric pour ton commentaire sur mon blog ;)

    Je voulais savoir (et vu que tu as l’air de t’y connaître) je me demande depuis un moment ce qu’est le space opéra? par ce qu’on en parle depuis un moment sur le monde du blog. ^^
    Merciiiii

  • Salut petite etoile sadique, le space opera est un sous-genre de la SF, qui a pour trame un univers interstellaire, que ce soit une dissémination de l’humanité dans la galaxie ou un empire galactique avec plusieurs races extra-terrestres. Un roman de space op’ peut se dérouler dans l’espace ou sur une planète à partir du moment où la trame interstellaire reste omniprésente dans l’intrigue. A l’inverse les univers se concentrant uniquement sur une planète comme Solaris sont du planet opera.

  • Je devrais m’y essayer… mais j’ai toujours peur de ce qui est à destination « jeunesse ».

  • Pfiou, j’ai enfin publié ma chronique. Si ça a été facile d’être dans les temps pour la lecture, j’ai lâché le rythme pour le reste.
    J’ai adoré ce roman. Encore plus qu’Une porte sur l’été. Un vrai plaisir, de la fraîcheur, de l’humour et une touche de réflexion. J’aime décidément cet auteur. Je suis ravie que cette LC ait lieu, je n’aurais sans doute pas acheté ou en tout cas pas lu aussi rapidement ce titre sans elle :)

  • Finalement tu as déjà rempli les conditions de ton défi avant d’avoir commencé, non ?

  • Pas encore tout lu Heinlein :D Il me reste aussi pas mal de chroniques à faire. J’ai dernièrement récupéré un roman désormais épuisés en français et un inédit en anglais, cela me donne de quoi jouer le jeu du défi.

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