La Nef des fous – Richard Paul Russo
Bartolomeo Aguilera est un jeune homme handicapé de naissance. Engoncé dans une exo-armure paramédicale, privé de ses avant-bras, il compense son handicap tératogène par son dévouement envers le Capitaine Nikos, son plus vieil ami. Depuis toujours embarqués dans l’Argonos, un immense vaisseau parcourant les espaces interstellaires, l’homme de l’ombre Bartolomeo et son Capitaine tentent de maintenir leur position vis-à-vis des jalousies du Conseil, et notamment de l’Évêque, principal adversaire politique du Capitaine Nikos.
A bord de l’Argonos, la fracture sociale règne entre les habitants des niveaux supérieurs et les ouvriers des niveaux inférieurs. La colère gronde depuis toujours, d’autant plus que de mémoire d’homme, personne ne sait sur quelle planète débuta le périple de l’immense vaisseau. Les forçats des soutes cultivent une rancœur pour la classe supérieure, qu’ils accusent de les retenir captifs dans l’Argonos, sans jamais les autoriser à débarquer sur de nouveaux mondes.
Dans ce climat explosif, les navigateurs du vaisseau détectent un signal régulier, émis par une planète inconnue, rapidement baptisée Antioche. Sur ce monde, Bartolomeo et son équipe d’exploration ne découvrent que ruine et des légions de squelettes humains, horriblement massacrés. que s’est-il passé sur Antioche ? D’où vient ce signal mystérieux, et pourquoi émet-il subitement en direction de la périphérie du système planétaire ? Le Capitaine Nikos décide de prolonger cette enquête, quitte à en perdre sa place. Mais Bartolomeo reste sceptique, et embrasse peu à peu la cause des niveaux inférieurs… Tout en gardant un œil sur les manigances suspectes de l’Évêque.
La Nef des fous est un roman palpitant, bien écrit. Richard P. Russo tient en halène ses lecteurs avec talent. L’intrigue sait rebondir à intervalles réguliers, pour couper court à tout ralentissement de rythme. Le résultat ne traîne pas à se faire sentir: La Nef des fous se dévore d’une traite.
Bien-sûr, propulser un vaisseau interstellaire dans l’espace ne suffit pas à faire un bon space-opéra. Russo s’attarde donc avec raison sur son vieux vaisseau Argonos, dont les origines restent relativement obscures. Des générations de passagers s’y succèdent, et le vaisseau est devenu au fil des ans une sorte de patrie dérivant d’étoile en étoile. Un important clivage social s’est instauré entre les niveaux supérieurs (administrateurs, navigateurs, forces de l’ordre) et les niveaux inférieurs (dockers, mécaniciens, agriculteurs, manutention). Les actes de mutinerie se succèdent, et le Capitaine craint fréquemment que son vaisseau ne se transforme en une Bounty spatiale. Rajoutez à cela le rôle d’une Église puissante, dont la cathédrale est ancrée au cœur de l’architecture du vaisseau et dont la plus haute autorité, l’Évêque, est le principal opposant du Capitaine Nikos.
Au-delà du roman d’aventures spatiales, la Nef des fous réalise une mise en abîme d’un vaisseau à la sociologie complexe et dangereuse, sans cesse au bord de l’implosion, dans laquelle évolue des personnages torturés par leurs propres contradictions. Impossible de ne pas sentir l’oppression sociale de l’Argonos et son climat étouffant, qui enserre ses passagers au-delà même des parois du vaisseau.
Qui sont les fous à bord de l’Argonos ? Qui a donc raison gardé ? Dans ce livre passionnant, l’écho de la peinture du flamand Jérôme Bosch n’a de cesse de hanter le lecteur. Un Prix P.K. Dick largement mérité.
Ma note : 16/20
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Tu es le premier je crois
Tiens, ça me donne vraiment envie, ce livre ! Je note, alors…merci d’en avoir parlé !
Un très bon premier choix Guillaume, j’ai aussi adoré ce roman.
Ah ben les premiers billets placent la barre haute à ce que je vois. Je ne connais ni l’ouvrage ni l’auteur mais ta chronique donne très envie. Je pense que ce challenge va être l’occasion de faire imploser les PALs et autres LALs, pour notre plus grand plaisir.
Encore un livre qui sommeille dans ma pile depuis… pfffiuuuuu je ne sais plus. Le défi space opera sera peut être l’occasion de l’en sortir, merci de me rappeler l’existence de ce roman.
Quand je lis vos chronique, j’aime de plus en plus le space opera…pas autant que le post-ap mais pas loin. Hop, je me note celui là aussi !
Jérôme Bosch dans l’espace ? Original
Je parle d’ailleurs de ton billet dans le mien : http://nath-pageapage.blogspot.com/2010/06/mes-critiques-preferees-de-ces-derniers_27.html
j’adore ce tableau de Bosch, c’est d’ailleurs le titre qui m’a engagé à lire cette critique … et du coup je me retrouve avec un bouquin de plus sur ma liste (beaucoup) trop longue ! Merci
J’ai eu occasion de me replonger un peu dans l’œuvre de Bosch et je te confirme que les clins d’œil au tableau sont nombreux dans ce roman
J’ai fini ma lecture aujourd’hui et je te rejoins complètement. D’ailleurs, dans ma propre critique je me suis permise de mettre un lien vers la tienne, j’aurais peut-être dû demander ton autorisation. Si ça pose un problème je corrigerai ça rapidement.
Merci à toi c’est sympa